Pierre Haski dit ce que les autres murmurent seulement
Dans le Nouvel Obs, Pierre Haski — chroniqueur qui n’a pas l’habitude des verdicts hâtifs — écrit quatre mots qui valent une analyse de cent pages : « Trump a perdu la main. » Il observe que « la belle mécanique s’est enrayée ». Que « s’installe le sentiment que le président n’est pas imbattable ». Ce sentiment-là, c’est le plus dangereux. Pas parce qu’il affaiblit Trump directement — un homme comme lui se nourrit des attaques frontales. Mais parce que le sentiment d’imbattabilité, c’était son carburant principal. Le seul actif qu’il ait jamais vraiment eu : la certitude, chez ses partisans comme chez ses adversaires, qu’il finit toujours par gagner.
Cette certitude se fissure. On ne l’entend pas craquer — les fissures dans le béton sont silencieuses — mais on les voit quand on regarde bien. Le politologue Larry Sabato, interrogé lui aussi par l’Express, trace le calendrier avec la netteté d’un chirurgien : « Si la situation actuelle perdure jusqu’en septembre, l’addition sera salée pour les candidats républicains lors des élections de mi-mandat de novembre. » Novembre 2026. Dans sept mois. C’est demain, en politique. Et dans sept mois, si la guerre continue de s’embourber, si les tarifs douaniers continuent d’étrangler les familles américaines, si le dollar continue de trembler — les Républicains paieront à la caisse ce que Trump a dépensé en imprudences.
Il y a quelque chose d’étrange à regarder la plus grande puissance militaire de l’histoire se débattre contre un régime qu’elle a sanctionné, isolé, menacé pendant quarante ans. L’Iran tient debout. Pas parce qu’il est fort — mais parce que nous, collectivement, avons mal compris ce que signifie tenir debout quand on n’a plus rien à perdre.
Le prix des midterms, ou comment une guerre devient une urne
Les élections de mi-mandat américaines ne parlent jamais de politique étrangère. Les Américains votent sur le prix de l’essence, sur les factures médicales, sur l’impression que leur vie va mieux ou moins bien que quatre ans avant. Et pourtant, les guerres longues ont cette façon de s’infiltrer dans les cuisines et les garages. Elles entrent par le prix du carburant. Elles entrent par les enfants déployés. Elles entrent par la télévision qui montre des cercueils. Dans sept mois, si l’Iran n’est ni vaincu ni négocié — si le conflit reste suspendu dans cet espace inconfortable entre la victoire impossible et la défaite inavouable — chaque candidat républicain portera ce conflit comme une pierre autour du cou.
Trump le sait. Son équipe le sait. C’est peut-être la raison pour laquelle les déclarations présidentielles deviennent de plus en plus contradictoires — une menace un jour, une ouverture le lendemain, un ultimatum qui n’arrive jamais vraiment. Ce n’est pas de la stratégie. C’est de la panique habillée en imprévisibilité. La panique a le même costume que la tactique — mais elle sent différemment quand on est suffisamment proche.
Bolloré, ou la main qui referme la bouche de la culture
Olivier Nora, Grasset, et deux cents auteurs qui claquent la porte
En France, pendant que la presse internationale autopsie Trump, une autre main se ferme — plus discrète, plus patiente, mais tout aussi déterminée. Vincent Bolloré, 73 ans, milliardaire breton, a éjecté Olivier Nora de la direction des éditions Grasset. Olivier Nora, l’éditeur qui avait publié certains des textes les plus importants de la littérature française contemporaine. Éjecté. Sans cérémonie. Avec l’efficacité froide d’un changement de serrure.
La réponse a été immédiate, massive, et sans précédent dans le monde de l’édition française. Plus de 200 autrices et auteurs ont claqué la porte de Grasset et revendiqué les droits de leurs œuvres. Deux cents voix. Deux cents livres. Deux cents contrats. Deux cents actes de résistance dans un milieu qui se débat rarement avec autant d’unité. Le Nouvel Obs consacre sa Une au phénomène : « Vincent Bolloré, le rapt de la culture. » Pas « l’influence ». Pas « l’impact ». Le rapt. Le mot du vol. Le mot de la saisie par la force.
Il existe une différence entre posséder des médias et contrôler des récits. Bolloré a compris depuis longtemps que cette différence est illusoire. Quand tu tiens la maison d’édition, tu tiens ce qui sera lu dans dix ans. Quand tu tiens le canal de diffusion, tu tiens ce qui sera cru ce soir. Il a les deux. Et l’élection présidentielle de 2027 arrive.
Canal+, CNews, Europe 1, Grasset — la cartographie d’une emprise
Le Nouvel Obs dresse l’inventaire avec la précision d’un état des lieux après un incendie : Canal+ en 2015. I-Télé — devenue CNews — en 2016. Europe 1 en 2021. Plon en 2021. Paris Match en 2022. Le Journal du Dimanche en 2023. Et maintenant Grasset. Fayard. Prisma Presse. Ce n’est pas une collection. Ce n’est pas de la diversification patrimoniale. C’est une infrastructure. Une infrastructure capable de produire une information, de la diffuser, de la mettre en livre, de la mettre en magazine, et de la répéter jusqu’à ce qu’elle ressemble à la réalité.
Pour le Nouvel Obs, Bolloré n’est pas « un mécène éclairé » — il est « un prédateur, décidé à fabriquer l’opinion avec, en tête, un agenda politique ». Et cet agenda a une date : 2027. L’élection présidentielle française. Qui se déroule dans douze mois. Douze mois pendant lesquels chaque émission de CNews, chaque éditorial de Paris Match, chaque livre publié chez Grasset — ou refusé chez Grasset — participera à dessiner le paysage de ce que les Français croient vrai. C’est pour ça que deux cents auteurs ont claqué la porte. Ils ont senti quelque chose. La même chose que les diplômés soviétiques qui gardaient deux carnets — un officiel, un vrai.
La France écartelée vue de l'extérieur
Quatre France irréconciliables — le diagnostic suisse
Pendant que la France regarde ses propres plaies, la presse européenne regarde la France. Et ce qu’elle voit n’est pas rassurant. Le Temps, quotidien suisse, dissèque l’anatomie française avec la netteté d’un scalpel extérieur : une France écartelée en « quatre parts irréconciliables et bien définies ». Les centres-villes sociaux-démocrates. Les bourgeois de province conservateurs. Les territoires reculés ou délaissés, penchant à l’extrême droite. Et les banlieues, à l’extrême gauche. Quatre France. Quatre réalités. Quatre vocabulaires qui ne se comprennent plus.
Ce diagnostic n’est pas nouveau pour ceux qui vivent en France. Mais il a quelque chose de saisissant quand il arrive de Genève — cette ville qui observe avec la précision d’un horloger les mécanismes des autres. Et pourtant, cette France fracturée devra choisir un président dans douze mois. Un président parmi des candidats qui parlent à une de ces quatre Frances — rarement aux quatre simultanément. Un président légitimé par une fraction du pays, contesté par les trois autres. La Ve République a cette capacité perverse de transformer la division en gouvernement. Jusqu’au moment où elle ne le peut plus.
Je lis ces descriptions depuis l’extérieur et je me demande ce que l’Europe voit que nous ne voulons pas voir. Quatre Frances qui se regardent comme des étrangers. Peut-être que le problème n’est pas le candidat. Peut-être que le problème est la France qui se raconte qu’elle est encore une.
Mélenchon sous le regard suédois, la gauche américaine sous le regard américain
La Suède observe la France aussi. Et le quotidien Dagens Nyheter n’a pas la plume tendre pour Jean-Luc Mélenchon, chef de la France insoumise. Le journal le qualifie de « vieux réactionnaire imperturbable qui glorifie son époque et se comporte comme s’il savait toujours tout, mieux que tout le monde ». Ce portrait — brutal, peut-être excessif, mais pas entièrement faux — dit quelque chose sur la façon dont la gauche française est perçue au-delà de ses frontières. Pas comme une force de transformation. Comme une posture. Un personnage figé dans les années 1970 qui croit que la conviction suffit à remplacer la modernité.
Aux États-Unis, The Nation observe de son côté que les électeurs progressistes « semblent désirer ardemment une campagne qui associe des appels à des réformes de base et une dénonciation du statu quo ». Mais une candidature commune semble peu probable. La gauche a ce talent universel — de droite à gauche, de Paris à Washington — de se diviser au moment précis où l’unité serait décisive. Pendant ce temps, Bolloré construit. Trump reconstruit ses positions. Et ceux qui s’y opposent débattent de leur vocabulaire.
Ce que tout ça dit, au fond
Le fil invisible entre Trump, Bolloré et la fracture démocratique
Il y a un fil — ténu, invisible, mais solide comme du câble acier — entre Trump qui perd la main au Moyen-Orient, Bolloré qui resserre son emprise sur la culture française, et les quatre Frances irréconciliables décrites par la presse suisse. Ce fil s’appelle : la confiance dans les institutions qui s’effondre. Quand les institutions ne protègent plus — ni contre la guerre, ni contre la concentration des médias, ni contre la fragmentation sociale — les citoyens cherchent des raccourcis. Des hommes forts. Des récits simples. Des ennemis nommés.
Trump est un symptôme. Bolloré est un symptôme. Mélenchon est un symptôme. La maladie, c’est ce vide qui s’est creusé entre les démocraties et les gens qui y vivent. Ce vide où s’engouffrent ceux qui savent exploiter la colère mieux que quiconque. Et pendant que les analystes débattent de savoir si Trump perd ou gagne la main — pendant que les auteurs claquent la porte de Grasset — pendant que les Français se regardent sans se reconnaître — ce vide continue de s’agrandir. Silencieusement. Méthodiquement. Comme une fissure dans un barrage.
Ce qui me frappe, dans tout ça, c’est la simultanéité. Trump qui vacille. Bolloré qui avance. La culture française qu’on essaie de normer. Ce n’est pas une coïncidence. C’est le même mouvement, habillé différemment selon les latitudes. Partout, quelqu’un essaie de décider ce que les autres pourront croire. La démocratie, c’est précisément le pari inverse.
La main qui vacille, et la main qui resserre
Il y a donc deux mains dans cette semaine politique. La main qui vacille : celle de Trump, qui a cru que la force suffisait à plier l’Iran, et qui découvre que certaines réalités ne plient pas. Et la main qui resserre : celle de Bolloré, qui n’a jamais cru à la force brute — il croit à la patience, à l’accumulation, à la transformation lente de ce que les gens considèrent comme normal. Ces deux mains ne s’opposent pas. Elles travaillent, chacune à sa façon, à la même œuvre : la réduction de l’espace dans lequel les démocraties peuvent encore respirer librement.
Et pourtant — ce « et pourtant » qu’il faut maintenir coûte que coûte — deux cents auteurs ont claqué une porte. Des chroniqueurs disent à voix haute ce que les diplomates murmurent. Des électeurs américains commencent à se souvenir que « imbattable » n’est pas une propriété permanente. Les fissures sont là des deux côtés. Il suffit de savoir regarder où elles commencent.
Paul Seixas, 19 ans, et la seule bonne nouvelle de la semaine
Un prodige sur deux roues dans un monde qui en a besoin
Dans ce paysage alourdi de guerres et de batailles culturelles, le Parisien Dimanche offre un visage souriant et juvénile en couverture. Paul Seixas, 19 ans, vient de remporter la Flèche Wallonne. Dimanche, il affronte Tadej Pogacar à Liège-Bastogne-Liège — la course la plus ancienne du cyclisme mondial, 264 kilomètres entre les collines belges, un parcours qui a fracassé des champions établis et révélé des inconnus. Ce gamin de 19 ans, les jambes brûlantes et la tête froide, est peut-être la meilleure métaphore que cette semaine pouvait offrir.
Le journal parle d’« intelligence situationnelle » — cette capacité à lire une course en temps réel, à savoir quand attaquer et quand économiser, quand suivre et quand devancer. Peut-être que c’est ça, au fond, la compétence la plus rare de ce moment politique : l’intelligence situationnelle. Savoir quand la réalité a changé. Savoir quand tenir une posture coûte plus qu’elle ne rapporte. Savoir que certaines batailles ne se gagnent pas à la force mais à la lecture. Trump ne l’a pas. Bolloré, lui, l’a — mais au service d’une vision qu’on peut contester.
Paul Seixas va probablement perdre contre Pogacar aujourd’hui. Pogacar est le meilleur cycliste du monde. Mais Seixas sera encore là l’année prochaine, et l’année d’après. Et un jour, il gagnera. Il y a quelque chose dans cette certitude-là — la certitude que la jeunesse compense le manque d’expérience par l’excès d’avenir — qui me semble utile à retenir cette semaine.
Ce que le cyclisme dit parfois mieux que la politique
Il y a dans le cyclisme une honnêteté que la politique ne peut pas se permettre. On arrive. On part. On monte. On souffre — les cuisses qui brûlent, les poumons qui éclatent, la route qui ne finit pas. Et on voit où on finit. Pas de spin. Pas de communication de crise. Pas de tweet pour expliquer pourquoi perdre était en réalité une victoire stratégique. Le classement est le classement. Le temps est le temps. La côte de la Redoute ne ment pas sur qui peut la gravir.
Et pourtant, même dans le cyclisme, même dans cette honnêteté brute du chronomètre, ce qui dure n’est pas toujours le plus fort du moment. C’est celui qui comprend le mieux quand économiser et quand tout donner. L’intelligence situationnelle. La capacité à lire ce qui vient. C’est vrai pour un garçon de 19 ans dans les Ardennes belges. C’est vrai pour des démocraties qui essaient de comprendre si ce qu’elles traversent est une crise ou une transformation. La différence entre les deux, c’est souvent ce qu’on fait dans les sept prochains mois.
La mécanique qui s'enraye — anatomie d'un vacillement
Quand l’imprévisibilité cesse d’être une force
La stratégie de Trump a toujours reposé sur un principe simple : être imprévisible coûte moins cher qu’être cohérent. Si personne ne sait ce que vous allez faire, personne ne peut vraiment se préparer à le contrer. Cette imprévisibilité a fonctionné pendant des années — dans les affaires, dans la politique américaine, dans les premières négociations internationales du premier mandat. Elle a fonctionné parce que les adversaires craignaient le pire.
Mais il y a un moment où l’imprévisibilité se retourne contre celui qui la pratique. Ce moment arrive quand les alliés ne savent plus sur qui compter. Quand les marchés ne peuvent plus prévoir à trois mois. Quand les adversaires comprennent que derrière l’imprévisibilité, il n’y a pas de plan — juste de la réactivité habillée en stratégie. L’Iran a compris quelque chose que beaucoup ont mis du temps à admettre : pour résister à un imprévisible, il suffit d’être immovable. La montagne ne bouge pas quand le vent change de direction.
Je me souviens d’avoir écrit, il y a dix-huit mois, que Trump était le meilleur négociateur de sa génération. Je maintiens le diagnostic sur la méthode. Mais la méthode suppose que l’autre veut un accord. L’Iran ne veut pas un accord. Il veut survivre. Ces deux postures ne se négocient pas — elles s’affrontent jusqu’à ce que l’une cède. Et celle qui cède n’est pas toujours celle qu’on croyait.
Les Républicains entre fidélité et calcul électoral
Au sein du Parti républicain, le calcul est en train de changer. Dans un parti discipliné par la peur de Trump, la question qu’on ne pose jamais à voix haute commence à se murmurer dans les couloirs du Congrès : jusqu’où suivre un président qui perd la main ? Pas par conviction morale — les convictions morales sont rares en politique, et le Parti républicain actuel n’en est pas le temple. Mais par calcul de survie électorale. Novembre 2026 est dans sept mois. Les candidats aux élections de mi-mandat commencent à regarder leurs sondages locaux. Et dans ces sondages locaux, quelque chose a changé.
L’addition de la guerre, des tarifs douaniers, de l’inflation qui ne redescend pas comme promis — cette addition, les Américains la reçoivent dans leurs boîtes aux lettres. Pas en théorie géopolitique. En factures. En prix à la pompe. En taux d’intérêt qui maintiennent les maisons hors de portée. La politique étrangère, disait Henry Kissinger, finit toujours par rentrer à la maison. Elle rentre par la porte de derrière, silencieusement, sous la forme d’un budget familial qui ne boucle plus.
Ce que la presse française ne dit pas encore
Le silence dans lequel se construit la suite
Il y a quelque chose que la presse française, dans sa revue des hebdomadaires de cette semaine, ne dit pas encore clairement. Elle montre les pièces. Elle ne nomme pas encore le tableau complet. Trump qui vacille. Bolloré qui avance. La France fracturée. La gauche divisée. La droite qui attend. Et dans cet espace d’attente, dans ce silence entre la fin d’un équilibre et le début d’un autre — quelque chose se décide. Quelque chose qui n’est pas encore visible dans les sondages, pas encore audible dans les débats, mais qui se prépare.
Ce quelque chose, c’est la question de savoir qui contrôlera le récit de 2027. Bolloré a compris avant tout le monde que les élections se jouent dans les têtes, et que les têtes se forment dans les médias, et que les médias se contrôlent par la propriété. C’est une équation simple. Brutalement simple. Et deux cents auteurs qui claquent une porte de maison d’édition n’inversent pas une équation — ils en révèlent l’existence.
La liberté de la presse n’est pas une valeur abstraite. C’est le nom qu’on donne à la capacité de nommer les choses telles qu’elles sont — Bolloré comme prédateur, Trump comme vacillant, les fissures comme réelles. Quand cette capacité se rétrécit, ce n’est pas la presse qui souffre en premier. C’est la réalité. Parce que la réalité non nommée continue quand même — mais personne ne la voit venir.
Et pourtant, la résistance existe
Et pourtant. Et pourtant deux cents auteurs ont dit non. Et pourtant des chroniqueurs américains écrivent que Trump perd la main — dans des journaux américains, lus par des Américains, qui votent dans sept mois. Et pourtant un politologue nommé Larry Sabato dit publiquement que si ça continue, l’addition sera salée — ce qui est une façon académique de dire que l’Amérique peut corriger le tir à travers ses urnes.
La démocratie est lente. Elle est maladroite. Elle est bruyante et souvent décevante. Elle produit des Trump et des Bolloré parce qu’elle permet aussi de les produire. Mais elle produit également des chroniqueurs qui les nomment, des auteurs qui claquent des portes, des électeurs qui changent d’avis, des jeunes cyclistes de 19 ans qui battent des champions établis sur des côtes qui ne mentent pas. Ce n’est pas de l’optimisme. C’est une observation factuelle. Les démocraties corrigent. Lentement. Douloureusement. Mais elles corrigent.
La dernière image de la semaine
Une tasse de thé qui refroidit dans le Bureau ovale
Imaginez une scène. Le Bureau ovale, un mardi matin, 9h47. Donald Trump, 79 ans, signe quelque chose. Ou fait semblant de signer — la distinction est parfois difficile à établir. Sur son bureau, une tasse de café refroidit. Depuis combien de temps n’a-t-il pas regardé les sondages sans sourciller ? Depuis combien de temps l’Iran n’a-t-il pas cédé ? Ces questions ne se posent pas à voix haute dans cette pièce. Elles existent quand même, suspendues dans l’air climatisé, entre les drapeaux américains et le portrait d’Andrew Jackson.
À Paris, au même moment, dans une grande maison d’édition du 6e arrondissement, des cartons se préparent. Des contrats d’auteurs s’amassent sur des bureaux. Des livres qui ne se feront pas ici se feront ailleurs. La résistance culturelle ressemble toujours à ça, au début : des cartons et des portes qui claquent. Pas de barricades. Pas de discours. Des gens qui décident que leur nom, leur voix, leur travail ne sera pas l’instrument d’une agenda qu’ils n’ont pas choisi.
Peut-être que c’est ça, la vraie question de cette semaine. Pas « Trump perd-il la main ? » — il la perdra ou il la reprendra, et dans dix ans on saura si novembre 2026 a été le tournant ou juste un creux. La vraie question, c’est : est-ce qu’on voit les fissures à temps ? Est-ce qu’on les nomme avant qu’elles deviennent des gouffres ? L’Iran tient. Bolloré avance. Deux cents auteurs résistent. Et moi, j’écris. C’est tout ce qu’on peut faire, certains jours.
Ce que les fissures annoncent
Une fissure dans le béton n’est jamais urgente le jour où elle apparaît. Elle est trop fine, trop silencieuse. On passe à côté sans la voir. Ce n’est que quand elle s’est élargie — quand l’humidité a commencé à y entrer, quand le gel l’a écartée, quand la structure entière a commencé à se déplacer millimètre par millimètre — qu’on réalise qu’on aurait dû intervenir bien avant.
Cette semaine, la presse française a documenté plusieurs fissures. Dans la direction des États-Unis. Dans l’indépendance culturelle française. Dans la cohésion des démocraties face à ceux qui les achètent de l’intérieur. Aucune de ces fissures n’est encore un gouffre. Elles peuvent encore être comblées. Mais le béton ne se répare pas seul. Et le temps, lui, continue de travailler.
Conclusion
Trump perd peut-être la main. Bolloré resserre peut-être la sienne. La démocratie française se prépare peut-être à une élection dans des conditions de plus en plus asymétriques. Et dans les Ardennes belges, un gamin de 19 ans pédale vers quelque chose qui ne ressemble pas encore à ce que ça deviendra.
Ce qui unit toutes ces images, c’est l’incertitude de ces sept prochains mois. Novembre 2026 aux États-Unis. 2027 en France. Entre les deux, une guerre au Moyen-Orient sans sortie évidente, une culture française qu’on essaie de normer progressivement, et des citoyens qui ne savent pas encore tout à fait ce qu’ils feront de ces informations.
La belle mécanique s’est enrayée. La question n’est pas de savoir si elle peut repartir. La question est de savoir qui tiendra le volant quand elle redémarrera — et dans quelle direction.
La tasse de café dans le Bureau ovale est froide maintenant. Quelqu’un a dû l’enlever.
Personne n’a dit à quelle heure.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
RFI — Revue de presse des hebdomadaires français, 26 avril 2026
L’Express — « Trump, le début de la fin ? », avril 2026
La Tribune Dimanche — Éditorial de Bruno Jeudy, avril 2026
The National Interest — Jacob Heilbrunn, comparaison Iran/Vietnam, avril 2026
Courrier International — « La course pour 2027 passionne la presse européenne », avril 2026
Le Temps (Suisse) — Analyse de la France écartelée en quatre parts, avril 2026
Dagens Nyheter (Suède) — Portrait de Jean-Luc Mélenchon, avril 2026
The Nation (États-Unis) — Analyse de l’électorat progressiste américain, avril 2026
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