Ce qu’il y a de plus étrange dans le langage courant, c’est à quel point il finit par nous sembler normal. On dit que quelqu’un nous a « volé la vedette » ou nous a « fait la leçon » sans avoir la moindre idée de l’origine de ces expressions. Beaucoup d’expressions courantes trouvent leur origine dans des événements historiques très précis, puis se sont usées à force d’être utilisées jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que l’expression elle-même. Certaines origines sont claires, d’autres font l’objet de débats, et d’autres encore sont bien plus sombres que la façon joyeuse dont on les utilise aujourd’hui. Voici donc vingt expressions courantes dont les origines historiques bizarres se cachent à la vue de tous.
1. Fou comme un chapelier
Cette expression est généralement associée à l’ancien métier de chapelier, où l’on utilisait du mercure pour traiter le feutre. Une exposition prolongée pouvait provoquer des tremblements et des changements de comportement, ce qui a contribué à faire du « chapelier fou » moins un personnage de dessin animé qu’un risque professionnel, même si l’origine exacte de cette expression fait encore l’objet de débats.
2. Voler la vedette à quelqu’un
Cette expression tire son origine d’une anecdote théâtrale merveilleusement mesquine. Le dramaturge John Dennis aurait créé un effet sonore imitant le tonnerre pour sa propre pièce, qui n’a pas connu le succès escompté, avant de découvrir qu’une autre production avait repris son astuce, ce qui signifie que quelqu’un lui avait littéralement « volé la vedette ».
3. Lire la loi anti-émeute
Publication originale datant du début du XXe siècle, dont les droits d’auteur ont expiré
Aujourd’hui, cela signifie se faire sévèrement réprimander, mais à l’origine, il s’agissait d’une véritable loi britannique. Le Riot Act devait être lu à haute voix devant une foule avant que les autorités puissent considérer le rassemblement comme illégal, ce qui rend la version moderne utilisée au bureau un peu moins dramatique.
4. Mettre le paquet
Cette expression vient du monde des orgues à tuyaux, et non des affiches de motivation. Le fait de « tirer les registres » permet à davantage d’air et de son de circuler dans l’instrument ; ainsi, l’expression « mettre le paquet » signifiait à l’origine fournir l’effort le plus intense et le plus bruyant possible.
5. Fausse piste
À l’origine, un « red herring » désignait un poisson fortement fumé, et c’est son odeur puissante qui a donné à cette expression sa signification figurée un peu étrange. Ce sens figuré a été popularisé par une histoire selon laquelle on traînait ce poisson sur un sentier pour détourner l’attention des chiens de chasse, bien que cette histoire elle-même ait contribué à semer la confusion.
6. Se déchaîner
Le mot « amok » vient d’un terme d’Asie du Sud-Est qui désigne une frénésie soudaine et violente. Aujourd’hui, on l’utilise pour parler des tout-petits qui font des caprices au supermarché ou des imprimantes qui ne fonctionnent pas correctement, ce qui représente un sacré chemin parcouru depuis sa signification initiale, si intense.
7. Allons droit au but
C’est un expression typique du cinéma. Dans les premiers films, on réservait souvent la scène de poursuite palpitante pour la fin ; ainsi, « aller droit au but » signifiait passer outre la lente montée en puissance pour en venir directement à la partie que tout le monde attendait.
8. À deux doigts du but
Cette expression trouve probablement son origine dans les anciens jeux de foire, où l’on distribuait des cigares en guise de lots. Si vous aviez failli gagner mais que vous aviez raté de peu, le bonimenteur pouvait vous dire, avec une cruauté sans pareille : « Presque, mais pas de cigare. »
9. Sans hésiter
Cette expression vient des courses hippiques, où un jockey qui avait une avance confortable pouvait relâcher sa prise sur les rênes à l’approche de la ligne d’arrivée. Gagner « haut la main » signifiait remporter la victoire si facilement qu’il n’était pas nécessaire de continuer à pousser.
10. Un cas désespéré
Cette expression a des origines sinistres. Elle est apparue vers la Première Guerre mondiale, à la suite de rumeurs et de témoignages faisant état de soldats si gravement blessés qu’ils auraient dû être transportés dans des paniers, bien que les autorités aient nié l’existence de tels cas.
11. Des larmes de crocodile
Depuis très longtemps, les gens se méfient des émotions des crocodiles. Cette expression trouve son origine dans une ancienne croyance selon laquelle les crocodiles pleuraient en dévorant leurs proies, ce qui nous offre une image parfaite de la fausse tristesse.
12. Éléphant blanc
Un « éléphant blanc » désigne un objet coûteux, impressionnant, mais dont on n’a pas vraiment besoin. Cette expression trouve généralement son origine dans les récits concernant de rares éléphants de couleur pâle au Siam (l’actuelle Thaïlande), où ces animaux étaient considérés comme sacrés et coûtaient cher à entretenir.
13. Se reposer sur ses lauriers
Dans l’Antiquité, les couronnes de laurier étaient des symboles de victoire, en particulier pour les athlètes et les personnalités éminentes. « Se reposer sur ses lauriers » signifie se reposer sur ses lauriers d’hier au lieu de faire quoi que ce soit d’utile aujourd’hui.
14. Haut la main
Cette expression n’a rien à voir avec les bulletins scolaires brillants, du moins pas à l’origine. Le mot « couleurs » désignait les drapeaux, et le fait de quitter le champ de bataille ou d’y revenir victorieux en arborant les couleurs était un signe visible que tout s’était bien passé.
15. Fermer les yeux
Cette célèbre anecdote met en scène l’amiral Horatio Nelson, qui était borgne et aurait porté son télescope à cet œil afin de pouvoir ignorer un signal de retraite. L’expression existait déjà avant lui, mais l’anecdote concernant Nelson lui a donné ce caractère mémorable que la langue affectionne tant.
16. Date limite
Autrefois, le terme « deadline » avait une connotation bien plus littérale qu’une simple date limite sur un calendrier. Pendant la guerre de Sécession, ce mot désignait les limites du périmètre de la prison que les prisonniers franchissaient au risque de se faire abattre.
17. La douzaine du boulanger
Une « douzaine du boulanger » désigne en réalité 13 pains, car les boulangers avaient tout intérêt à se montrer généreux. Au Moyen Âge, les boulangers risquaient d’être sanctionnés s’ils vendaient des pains trop légers ; en ajoutant un pain supplémentaire, ils s’assuraient ainsi la satisfaction de leurs clients et évitaient les amendes.
18. Pris en flagrant délit
Cette expression trouve son origine bien plus près du sang que du pot de biscuits. À l’origine, elle désignait quelqu’un qui avait littéralement du sang sur les mains, notamment dans le cadre de crimes tels que le meurtre ou le braconnage.
19. Un peu sur le déclin
Cette expression trouve son origine dans l’évaluation de l’âge des chevaux. À mesure que les chevaux vieillissent, leurs gencives se rétractent et leurs dents semblent plus longues ; ainsi, qualifier quelqu’un de « vieux de la vieille » revient en quelque sorte à reprendre les commérages de l’écurie.
20. Étoile filante
Cette expression trouve son origine dans les anciennes armes à feu, où la poudre pouvait s’enflammer dans la cuvette sans pour autant déclencher le tir. Cela produisait un effet spectaculaire pendant une fraction de seconde, puis ne donnait rien ; c’est exactement ainsi que nous utilisons cette expression aujourd’hui.