Salazar, Díaz-Balart et la machine à fantasmes
Maria Elvira Salazar, fille d’exilés cubains, incarne une génération de politiciens pour qui la lutte contre le « totalitarisme castriste » est une croisade personnelle. Aux côtés de ses collègues Mario Díaz-Balart et Carlos Giménez, elle a transformé une conférence de presse en meeting de guerre. « Les Castro ont offert une plateforme à nos ennemis pendant des années : le Hezbollah, le Hamas, l’Iran, la Chine, la Russie », a-t-elle asséné, comme si Cuba était un repaire de terroristes plutôt qu’un État souverain. Une affirmation qui relève moins du constat géopolitique que de la paranoïa électorale.
Díaz-Balart, plus mesuré en apparence, a tout de même brandi un rapport d’Axios selon lequel Cuba posséderait 300 drones d’attaque fournis par l’Iran et la Russie. « Ces drones peuvent atteindre n’importe quelle partie du sud-est des États-Unis », a-t-il prévenu, oubliant au passage que l’armée américaine dispose des moyens de les neutraliser. Une rhétorique qui sent l’exagération calculée, destinée à convaincre l’opinion publique que Cuba représente une menace existentielle. Pourtant, même Díaz-Balart admet que l’administration Trump n’a « pas encore » de plans concrets pour une intervention. Mais le doute est semé.
Ces hommes politiques ne parlent pas de Cuba. Ils parlent à leur base électorale, à Miami, où l’exil cubain pèse lourd dans les urnes. Leur discours n’est pas une analyse stratégique, c’est un cri de guerre. Et quand la guerre devient un slogan, la raison s’efface. On se demande alors : jusqu’où iront-ils pour satisfaire leur électorat ? Jusqu’à risquer un conflit ouvert avec un État qui, malgré ses faiblesses, a survécu à six décennies de blocus, d’attentats et de pressions inouïes ?
Section 3 : La réponse cubaine : entre défi et désespoir
Díaz-Canel et le spectre de la guerre totale
Face à ces menaces, le président cubain Miguel Díaz-Canel a réagi avec une fermeté qui contraste avec le désarroi économique de son pays. Dans un message publié sur X, il a mis en garde contre un « bain de sang aux conséquences incalculables » si les États-Unis passaient à l’acte. Une déclaration qui sonne comme un aveu de faiblesse autant que de détermination : Cuba sait qu’elle ne peut rivaliser militairement avec la première puissance mondiale, mais elle refuse de se soumettre sans combattre. « Cuba a le droit absolu et légitime de se défendre contre une agression militaire », a-t-il martelé.
Le régime cubain est affaibli, c’est un fait. Le blocus énergétique imposé par Washington a plongé l’île dans une crise humanitaire sans précédent. Les coupures d’électricité, les pénuries de carburant et de nourriture ont réduit la population à une survie quotidienne. Pourtant, malgré cette précarité, La Havane maintient une posture de résistance. Comme si, après six décennies de lutte, Cuba refusait de plier, même au bord du gouffre. Une obstination qui force l’admiration, mais qui pourrait aussi précipiter sa chute.
Les drones iraniens et russes : une menace réelle ou un épouvantail ?
L’argument des drones est le plus inquiétant. Selon les républicains, Cuba disposerait de 300 drones de combat, capables de frapper le sud des États-Unis. Une affirmation qui, si elle était avérée, justifierait une intervention préventive. Pourtant, rien ne prouve que ces drones soient opérationnels ou même déployés. Les images satellites et les rapports des services de renseignement restent flous. Alors, s’agit-il d’une véritable menace, ou d’une invention destinée à enflammer l’opinion ? Une chose est sûre : dans le jeu géopolitique, les rumeurs peuvent devenir des réalités.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que Cuba a reçu des livraisons d’armes de la part de l’Iran et de la Russie. Des missiles antiaériens, des systèmes de défense côtière, peut-être même des drones. Une alliance qui inquiète Washington, d’autant que Moscou et Téhéran voient dans l’île un pion stratégique dans leur confrontation avec les États-Unis. Mais transformer cette réalité en justification d’une guerre relève de la paranoïa ou de la provocation.
Section 4 : Trump, la guerre et les calculs électoraux
Un président sous pression, un pays au bord de l’effondrement
Donald Trump, en pleine campagne pour sa réélection, est tiraillé entre deux impératifs. D’un côté, il doit apaiser la frange la plus belliciste de son électorat, notamment en Floride, où les exilés cubains et vénézuéliens pèsent lourd. De l’autre, il sait qu’une intervention à Cuba pourrait dégénérer en bourbier, comme ce fut le cas en Irak ou en Libye. Les États-Unis n’ont pas les moyens, ni l’envie, de s’engager dans une nouvelle guerre, surtout alors que le conflit avec l’Iran fait rage au Moyen-Orient.
Pourtant, les signaux sont troublants. Le secrétaire d’État Marco Rubio, lui-même d’origine cubaine, a publié une vidéo en espagnol accusant le gouvernement cubain d’être responsable de la crise humanitaire sur l’île. « Vous qui appelez Cuba votre patrie, vous subissez des épreuves inimaginables », a-t-il déclaré. « La raison pour laquelle vous survivez 22 heures par jour sans électricité n’est pas due à un « blocus » américain, mais au pillage de milliards de dollars par ceux qui dirigent votre pays. » Une rhétorique qui rappelle étrangement celle utilisée avant l’invasion du Venezuela, où Maduro était présenté comme un dictateur corrompu incapable de gérer son pays.
On croirait entendre les mêmes mots, les mêmes accusations, les mêmes promesses de libération. Pourtant, l’histoire nous a appris que les interventions américaines, même menées sous couvert de démocratie, finissent souvent en catastrophes humanitaires. Le Venezuela en est l’exemple récent : une opération présentée comme une libération s’est transformée en chaos, avec des milliers de morts, des millions de réfugiés, et une économie en ruine. Alors, pourquoi Cuba serait-elle différente ? Parce que cette fois, ce serait « légal » ? Parce que cette fois, ce serait « juste » ? La morale ne justifie pas l’impérialisme.
Section 5 : Le piège de l’histoire et les leçons du passé
Bay of Pigs 2.0 : le retour des erreurs stratégiques
En 1961, la CIA organisait l’invasion de la baie des Cochons, une opération destinée à renverser Fidel Castro. Un échec cuisant, qui a renforcé le régime castriste et humilié les États-Unis. Aujourd’hui, les républicains semblent prêts à reproduire la même erreur, avec peut-être plus de moyens, mais avec la même arrogance. Ils oublient que Cuba n’est plus le régime fragile des années 1960. Depuis 1996, l’île a développé des alliances stratégiques avec la Russie, la Chine et l’Iran. Une intervention américaine déclencherait une réponse bien plus musclée que prévu.
Et puis, il y a la question humaine. Les Cubains, malgré les privations, restent attachés à leur révolution. Même les jeunes générations, lassées par le régime, ne veulent pas d’une intervention américaine. Une étude récente de l’Université de La Havane révèle que 78 % des Cubains rejettent une intervention étrangère, même si elle était présentée comme une « libération ». La mémoire de l’embargo, des attentats de la CIA, des invasions ratées pèse lourd dans les esprits.
L’option nucléaire : sanctions, blocus et guerre hybride
Plutôt qu’une intervention militaire directe, Washington pourrait opter pour une escalade progressive : sanctions accrues, blocus total, soutien à l’opposition interne, cyberattaques. Une stratégie déjà en cours, mais qui pourrait s’intensifier. Le problème, c’est que ces mesures ne feront qu’aggraver la crise humanitaire, sans pour autant renverser le régime. Cuba a survécu à des décennies de blocus, elle survivra à une intensification des sanctions. À moins que… à moins que l’objectif ne soit pas de renverser le régime, mais de le briser, coûte que coûte.
Car c’est bien là le cœur du problème : les faucons de Floride ne veulent pas d’un changement de régime. Ils veulent la destruction de Cuba en tant qu’État souverain, une humiliation totale du gouvernement castriste, une victoire symbolique sur l’anti-impérialisme. Une obsession qui rappelle les pires heures de la guerre froide, lorsque les États-Unis voyaient des communistes partout et étaient prêts à tout pour les écraser.
Section 6 : Les scénarios possibles et l’irresponsabilité politique
L’escalade incontrôlable
Si Trump cède aux pressions de la droite floridienne, plusieurs scénarios sont possibles. Le premier : une frappe limitée contre des cibles militaires, destinée à « punir » La Havane pour son soutien à des groupes terroristes. Un scénario à la Yougoslavie en 1999, où l’OTAN a bombardé la Serbie sans déclencher une guerre totale. Mais Cuba n’est pas la Serbie. Elle est bien plus proche des États-Unis, et elle dispose d’alliés prêts à riposter.
Le deuxième scénario : une invasion à grande échelle, avec débarquement de troupes américaines. Un cauchemar logistique, une opération militaire complexe, et surtout, un risque de guérilla prolongée. Les Cubains ne se rendront pas sans combattre, et une occupation américaine deviendrait rapidement un bourbier, comme en Irak ou en Afghanistan. Mais les faucons de Floride semblent prêts à prendre ce risque, comme si la mémoire de l’échec de la baie des Cochons n’existait pas.
Le piège de la légitimité internationale
Une intervention américaine contre Cuba serait illégale au regard du droit international. L’ONU condamnerait, l’Union européenne protesterait, la Chine et la Russie bloqueraient toute résolution au Conseil de sécurité. Les États-Unis se retrouveraient isolés, comme en 2003 lors de l’invasion de l’Irak. Pourtant, les républicains semblent prêts à assumer ce risque, comme si le droit international n’était qu’un détail sans importance. Une attitude qui rappelle étrangement celle de l’administration Bush en 2003, lorsque Colin Powell brandissait des « preuves » fabriquées pour justifier la guerre.
Et puis, il y a la question morale. Une guerre contre Cuba serait présentée comme une lutte pour la démocratie, mais elle serait en réalité une guerre pour le contrôle géopolitique. Les États-Unis ne veulent pas d’une démocratie à Cuba. Ils veulent un Cuba soumis, un Cuba qui ne défie plus l’hégémonie américaine dans la région. Une guerre pour la liberté ? Non. Une guerre pour le pouvoir.
Section 7 : Les conséquences d’un conflit ouvert
Une crise humanitaire sans précédent
Cuba est déjà au bord de l’effondrement économique. Une guerre aggraverait la situation de manière catastrophique. Les coupures d’électricité deviendraient totales, les hôpitaux manqueraient de médicaments, la famine s’installerait. Des millions de Cubains tenteraient de fuir, comme en 1994, lorsque 35 000 personnes avaient quitté l’île sur des radeaux de fortune. Une crise humanitaire qui dépasserait largement les frontières de l’île, avec des répercussions en Floride, où des centaines de milliers d’exilés cubains vivent déjà dans des conditions précaires.
Les États-Unis devraient alors faire face à une crise migratoire majeure, avec des milliers de Cubains fuyant la guerre et la famine. Une situation qui rappellerait les pires heures de la crise des boat people en Asie du Sud-Est. Mais cette fois, ce serait à leurs portes. Une ironie cruelle pour une administration qui se présente comme protectrice des frontières.
Un embrasement régional
Une guerre contre Cuba ne resterait pas confinée à l’île. Le Venezuela, déjà fragilisé, pourrait être entraîné dans le conflit. La Russie et la Chine, qui voient dans Cuba un allié stratégique, pourraient riposter en soutenant des mouvements anti-américains en Amérique latine. L’Iran, déjà en conflit avec les États-Unis au Moyen-Orient, pourrait étendre ses actions à la région. Une escalade régionale qui transformerait le conflit cubain en un brasier géopolitique incontrôlable.
Et puis, il y a la question de la crédibilité américaine. Si les États-Unis attaquent Cuba sous prétexte de défendre la démocratie, comment pourront-ils justifier leurs interventions futures ? Comment pourront-ils convaincre l’opinion internationale que leurs actions sont légitimes ? Une guerre contre Cuba serait une admission d’échec : l’échec de la politique de containment, l’échec de la diplomatie, l’échec de la stratégie américaine en Amérique latine.
Conclusion : La guerre n’est pas une option, c’est une folie
Le coût d’une aventure militaire
Les républicains de Floride veulent la guerre. Trump hésite. Mais une chose est sûre : une intervention américaine contre Cuba serait une erreur stratégique, morale et politique. Une erreur stratégique, parce que Cuba n’est plus le régime fragile des années 1960. Une erreur morale, parce que les États-Unis n’ont pas le droit de décider du destin d’un peuple souverain. Une erreur politique, parce que cette guerre isolerait Washington, diviserait l’opinion américaine, et plongerait la région dans le chaos.
Pourtant, l’histoire nous enseigne que les États-Unis répètent souvent les mêmes erreurs. En 1961, la baie des Cochons. En 2003, l’Irak. Aujourd’hui, Cuba. À chaque fois, les mêmes justifications : la sécurité nationale, la lutte contre le terrorisme, la promotion de la démocratie. À chaque fois, les mêmes résultats : l’échec, l’humiliation, le chaos. Alors, pourquoi Cuba serait-elle différente ? Parce que cette fois, ce serait « légal » ? Parce que cette fois, ce serait « juste » ? La morale ne justifie pas l’impérialisme.
Je l’écris avec un frisson : si les États-Unis attaquent Cuba, ce ne sera pas pour la démocratie. Ce sera pour l’ego. Pour la vengeance. Pour la satisfaction d’un électorat en colère. Ce sera une guerre de principe, une guerre de pouvoir, une guerre pour le contrôle. Et comme toutes les guerres de principe, elle se terminera dans le sang, les larmes et les regrets. Cuba survivra. Les États-Unis en sortiront affaiblis. Et le monde regardera, horrifié, une superpuissance s’enferrer dans une nouvelle aventure militaire, au nom d’une cause qui n’est même pas la sienne.
Signé Jacques Pj Provost, chroniqueur
Sources
The Calls for a U.S. War on Cuba Are Getting Louder — Foreign Policy — 21 mai 2026
Indictment of Raúl Castro — U.S. Department of Justice — 20 mai 2026
U.S. military concerned about Cuba’s drones from Iran and Russia — Axios — 17 mai 2026
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