Bien avant que les lois ne s’accompagnent de noms soigneusement choisis et de conférences de presse, elles naissaient souvent de la panique, des scandales et du dégoût du public. Un meurtre, un incendie, un empoisonnement ou un acte de trahison pouvaient montrer à une société où exactement ses règles étaient trop laxistes. Les exemples les plus anciens sont plus confus que les lois modernes portant le nom d’une victime, car l’histoire offre rarement un récit clair de cause à effet. Pourtant, à maintes reprises, un acte terrible a contraint les législateurs à rédiger de nouvelles règles pour tous ceux qui viendraient après. En voici 20.
1. L'interdiction du nom d'Hérostrate
En 356 avant J.-C., Hérostrate a incendié le temple d’Artémis à Éphèse, apparemment parce qu’il voulait que son nom reste à jamais gravé dans les mémoires. La ville a réagi en le condamnant à mort et en interdisant à quiconque de prononcer ou d’écrire son nom, tentant ainsi de lui refuser la renommée qu’il avait cherché à obtenir au prix d’un crime contre l’histoire.
2. Les lois relatives à la Conspiration des poudres
Guy Fawkes n’était qu’un des membres du complot, mais il est devenu le symbole de la tentative d’attentat visant à faire sauter le roi Jacques Ier et le Parlement en 1605. L’échec de ce complot a donné lieu à l’adoption de lois telles que la loi de Thanksgiving et à des mesures plus strictes à l’encontre des catholiques réfractaires, transformant ainsi une nuit marquée par une tentative de massacre en plusieurs siècles de mémoire officielle.
3. La loi sur la reconstruction de Londres
Le grand incendie de Londres a éclaté en 1666 dans une boulangerie de Pudding Lane appartenant à Thomas Farriner, bien que l’origine exacte du sinistre reste incertaine. Après la destruction de la ville par les flammes, le Parlement a adopté des règles de reconstruction qui ont orienté Londres vers l’utilisation de la brique et de la pierre, l’élargissement des rues et un avenir moins exposé aux risques d’incendie.
4. La loi sur l'anatomie
Les meurtres commis par Burke et Hare ont mis au jour un sinistre marché de cadavres dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle, où les écoles de médecine avaient besoin de corps et où les criminels en fournissaient. La loi sur l’anatomie de 1832 réglementait l’accès aux corps destinés à la dissection, dans le but de mettre fin aux incitations qui avaient rendu le meurtre rentable.
5. La loi anti-duel
Lorsque le député William Graves tua le député Jonathan Cilley lors d’un duel en 1838, le Congrès ne put plus considérer le duel comme une affaire d’honneur relevant de la sphère privée. L’année suivante, il interdit de lancer ou d’accepter un défi en duel dans le district de Columbia, car les hommes publics avaient transformé une question d’orgueil privé en un problème public.
6. Les règles de M’Naghten
En 1843, Daniel M’Naghten a abattu Edward Drummond, le secrétaire particulier du Premier ministre britannique Robert Peel, après l’avoir apparemment pris pour ce dernier. Son acquittement pour cause d’aliénation mentale a suscité l’indignation générale et a poussé la Chambre des lords à définir un critère juridique plus large en matière d’aliénation mentale pénale.
7. La loi sur les garrotteurs
En 1862, l’agression du député James Pilkington a contribué à attiser la panique à Londres face aux vols violents commis dans la rue. La loi sur la protection contre la violence, souvent appelée « loi sur les garrotters », a rétabli la flagellation pour certains vols violents, une loi sévère née autant de la peur que d’une volonté politique.
8. La loi Pendleton
Charles Guiteau a abattu le président James Garfield après s’être persuadé qu’il méritait un poste au sein du gouvernement. L’assassinat de Garfield a fait apparaître le système de favoritisme non seulement comme corrompu, mais aussi comme dangereux, et la loi Pendleton de 1883 a orienté le recrutement fédéral vers les concours, le mérite et un peu moins de chaos politique.
9. Protection assurée par les services secrets présidentiels
Lorsque Léon Czolgosz a tiré sur le président William McKinley en 1901, le pays avait déjà perdu Lincoln et Garfield, victimes d’assassinats. Après la mort de McKinley, le Congrès a demandé que les présidents soient placés sous la protection des services secrets, et l’agence a rapidement endossé ce rôle qui semble aujourd’hui indissociable de la fonction présidentielle.
10. Règlement de l'Iroquois Theater
L’incendie de l’Iroquois Theatre, survenu à Chicago en 1903, a coûté la vie à des centaines de personnes dans un bâtiment présenté comme sûr. Des issues verrouillées, une signalisation insuffisante et des équipements anti-incendie défaillants ont contribué à transformer une représentation de l’après-midi en une véritable catastrophe, et les conséquences de cet événement ont conduit à des réformes concernant les issues de secours, les dispositifs anti-panique et la sécurité dans les théâtres.
11. Les réformes mises en place à la suite de l'incendie de la Triangle
L’incendie de l’usine Triangle Shirtwaist en 1911 a coûté la vie à 146 ouvriers, dont une grande partie étaient de jeunes femmes immigrées piégées par des conditions de travail dangereuses. New York a réagi en renforçant les règles relatives à la sécurité au travail et à la prévention des incendies, démontrant ainsi que les portes verrouillées et les risques ignorés n’étaient pas seulement des pratiques commerciales, mais aussi des échecs politiques.
12. La loi sur les radiocommunications et la convention SOLAS
Le naufrage du Titanic n’a pas été causé par un seul coupable, mais il a mis en évidence une arrogance fatale, des règles de communication défaillantes et un manque criant de canots de sauvetage. Cette catastrophe a contribué à l’adoption de la loi sur la radio de 1912 et de la première…
13. La loi Lindbergh
L’enlèvement et le meurtre du jeune fils de Charles Lindbergh ont transformé une tragédie familiale en une obsession nationale. La loi fédérale sur les enlèvements, connue sous le nom de « loi Lindbergh », a donné aux autorités fédérales le pouvoir de poursuivre les ravisseurs au-delà des frontières des États, car les criminels avaient appris à se servir des frontières comme couverture.
14. La loi sur les aliments, les médicaments et les cosmétiques
En 1937, l’Elixir Sulfanilamide a causé la mort de plus de 100 personnes après qu’une entreprise eut commercialisé un mélange médicamenteux non testé contenant un solvant toxique. La loi fédérale de 1938 sur les aliments, les médicaments et les cosmétiques a conféré aux autorités de régulation des pouvoirs accrus en matière de sécurité des médicaments, car le principe selon lequel un produit était « techniquement légal » s’était révélé être une norme désastreuse pour la santé publique.
15. Le Code de Nuremberg
Le Code de Nuremberg a vu le jour à la suite du procès des médecins après la Seconde Guerre mondiale, au cours duquel des médecins nazis ont été jugés pour avoir mené des expériences brutales sur des êtres humains. Son principe fondamental était simple et rigoureux : aucune recherche ne peut être éthique lorsque le sujet est privé de son consentement, de sa dignité et de son libre arbitre.
16. Le système d'alerte AMBER
Le système d’alerte AMBER a vu le jour à la suite de l’enlèvement et du meurtre, en 1996, d’Amber Hagerman, une fillette de neuf ans, à Arlington, au Texas. Les médias et la police ont mis en place ce système d’alerte précoce en partant d’un principe simple : lorsqu’un enfant est enlevé, chaque minute compte et le public ne peut pas se permettre d’être informé trop tard.
17. La loi Brady
La loi Brady sur la prévention de la violence par arme de poing a été nommée en l’honneur de James Brady, qui a été grièvement blessé lors de la tentative d’assassinat du président Ronald Reagan par John Hinckley Jr. en 1981. Son système de vérification des antécédents repose sur la conviction que l’achat d’une arme à feu ne doit pas se résumer à une simple transaction rapide et à l’espoir que tout se passe bien.
18. La loi Laci et Conner
La loi sur les victimes de violence à naître est également connue sous le nom de « loi Laci et Conner », en référence à Laci Peterson et au fils qu’elle portait en son sein lorsqu’elle a été assassinée. Cette loi reconnaît l’enfant à naître comme une victime juridique à part entière dans le cadre de certains crimes violents relevant de la juridiction fédérale.
19. Les lois « Son of Sam »
David Berkowitz a semé la terreur à New York dans les années 1970, puis a fait naître une nouvelle crainte : celle que les meurtriers puissent vendre leurs récits et tirer profit de leurs crimes. Les lois dites « Son of Sam » ont tenté d’empêcher cette manne financière et de réorienter les fonds vers les victimes, même si les tribunaux ont par la suite dû faire face aux problèmes liés au Premier amendement que ces lois avaient soulevés.
20. La loi fédérale contre la falsification
Les meurtres liés au Tylenol de 1982 ont soudainement fait naître un sentiment d’insécurité à l’égard des simples flacons de médicaments. Après le décès de sept personnes dans la région de Chicago, victimes de gélules contenant du cyanure, le Congrès a adopté la loi fédérale anti-falsification (Federal Anti-Tampering Act), qui érigeait la falsification des produits de consommation en délit fédéral et a contribué à généraliser l’utilisation des emballages inviolables dans la vie quotidienne.