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Le tabou qui empoisonne les relations

Au cœur des tensions entre Pékin et Pyongyang, il y a une vérité que personne n’ose nommer ouvertement : la Chine n’a jamais accepté que la Corée du Nord devienne une puissance nucléaire. Pendant des décennies, la doctrine chinoise a été claire : la dénucéarisation de la péninsule coréenne était un objectif non négociable. Pour Kim Jong-un, en revanche, l’arme atomique n’est pas un luxe, mais une assurance-vie. Sans elle, son régime serait aussi vulnérable que celui de Saddam Hussein ou de Mouammar Kadhafi, deux dirigeants qui, après avoir abandonné leurs programmes nucléaires, ont fini par être renversés — le premier par une invasion américaine, le second par une intervention de l’OTAN.

Le dilemme chinois est cruel. Reconnaître officiellement le statut nucléaire de la Corée du Nord, ce serait trahir des principes fondamentaux de sa politique étrangère, notamment son engagement en faveur de la non-prolifération. Ce serait aussi risquer de déclencher une réaction en chaîne : si Séoul ou Tokyo estiment que Pékin a validé le droit de Pyongyang à posséder l’arme atomique, pourquoi eux n’auraient-ils pas le même droit ? Une Corée du Sud ou un Japon nucléarisés seraient un cauchemar stratégique pour la Chine, qui se retrouverait encerclée par des puissances hostiles équipées de l’arme ultime. Pourtant, ne pas reconnaître ce statut, c’est continuer à vivre dans le déni, alors que Kim Jong-un a déjà mené plus de 70 essais de missiles et 6 essais nucléaires depuis son arrivée au pouvoir en 2011.

La Chine est prise au piège de sa propre rhétorique. Elle a passé des années à prêcher la modération à Pyongyang, tout en fermant les yeux sur les violations les plus flagrantes. Aujourd’hui, elle doit faire un choix : soit elle avale son orgueil et accepte le fait accompli, soit elle risque de perdre définitivement son influence sur un régime qui, de toute façon, n’a jamais eu l’intention de se plier à ses désirs.

La trahison des sanctions et le retour de bâton

Il fut un temps où Pékin et Washington faisaient front commun contre Pyongyang. En 2017, sous la pression américaine, la Chine a même accepté de durcir les sanctions contre la Corée du Nord, coupant une partie de ses exportations de charbon et limitant les échanges commerciaux. Kim Jong-un n’a pas oublié. Ces mesures, bien que partielles, ont été perçues comme une trahison par le régime nord-coréen, qui y a vu la preuve que la Chine était prête à sacrifier son allié sur l’autel de ses relations avec les États-Unis. Les conséquences ont été immédiates : les relations sino-nord-coréennes se sont dégradées, et Kim Jong-un a accéléré son rapprochement avec Moscou.

Aujourd’hui, la Chine paie le prix de cette période de froid diplomatique. Poutine, lui, n’a pas ces scrupules. La Russie, isolée sur la scène internationale en raison de sa guerre en Ukraine, a tout à gagner à soutenir Pyongyang : des armes, des munitions, et un allié qui peut déstabiliser l’Asie au moment où l’Occident se concentre sur l’Europe de l’Est. En échange, Kim Jong-un obtient ce qu’il a toujours désiré : une garantie de sécurité et un partenaire prêt à lui fournir un soutien militaire et technologique sans poser de questions. La Chine, elle, reste coincée entre son désir de stabilité et sa peur de perdre le contrôle. Et chaque jour qui passe, Moscou creuse un peu plus l’écart.

Sources

China Needs North Korea on Its Side — Foreign Policy — 27 mai 2026

South Korean media reports on Xi Jinping’s potential visit to North Korea — Yonhap News Agency — 20 mai 2026

Vietnam’s leader heads to North Korea for first visit in 18 years — South China Morning Post — 2026

China is confronting new realities on the Korean Peninsula — Brookings Institution — 2025

Xi and Putin reaffirm cooperation on Tumen River project — The Hankyoreh — 2026

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