Le mystère des eaux volcaniques

Les profondeurs lacustres dissimulent parfois des vestiges figés dans le temps, attendant patiemment d’être exhumés par les chercheurs. C’est précisément le cas dans les eaux du lac volcanique de Bolsena, en Italie, où une création en argile reposait depuis des millénaires. L’objet, qui semble avoir été abandonné avant même d’être achevé par son artisan à l’âge du fer, offre un accès direct aux gestes de cette époque lointaine.
Selon un rapport rédigé par le journaliste Tim Newcomb, des chercheurs ont extrait cette œuvre rudimentaire lors d’une campagne de fouilles menée en 2024 sur le site archéologique subaquatique de Gran Carro di Bolsena, au lieu-dit Aiola. Loin d’être un chef-d’œuvre abouti, cette première ébauche se révèle être une mine de données pour comprendre le mode de vie des populations préromaines de la péninsule italique.
De la terre ferme aux abysses lacustres

La géographie de la région de Gran Carro di Bolsena possède un passé complexe, documenté par plusieurs descriptions officielles et études universitaires. Le site s’étendait originellement sur la terre ferme. L’élévation progressive du niveau du lac a finalement submergé cet environnement, figeant sous les flots des fondations trouvant leurs origines à l’âge du bronze moyen et abritant d’importants vestiges du premier âge du fer.
Le complexe archéologique ne se limite pas à un simple périmètre villageois, mais s’articule autour de plusieurs secteurs distincts. L’un d’eux correspond à la zone dite de la « palafitta », caractérisée par d’anciennes habitations sur pilotis. L’occupation des lieux s’est prolongée bien au-delà de l’époque préhistorique, comme en témoignent des preuves d’une fréquentation romaine tardive. Les fouilles y ont notamment permis de répertorier des pièces de monnaie de l’époque de Constantin et diverses poteries.
Un artefact marqué par son créateur
La récupération de l’artefact a mobilisé une expertise technique pluridisciplinaire. Le Service d’archéologie subaquatique a mené cette découverte à bien, tandis que des spécialistes italiens de la restauration des biens culturels ont collaboré avec des plongeurs du gouvernement pour préserver et remonter la trouvaille. La datation place cette figure féminine inachevée entre le Xe et le IXe siècle avant notre ère.
Mesurant la taille d’une paume, cette création se distingue par une particularité saisissante. Selon une déclaration traduite de la Surintendance de l’archéologie, des beaux-arts et du paysage, entité dépendant du ministère italien du Patrimoine culturel, la statuette « conserve encore les marques des empreintes digitales » de son créateur. Une empreinte de tissu située sous la poitrine de la silhouette indique par ailleurs que la figurine portait probablement un vêtement à l’origine.
Pratiques cultuelles et vie quotidienne

Les experts en patrimoine culturel assimilent généralement ce type de représentation à des objets issus de contextes funéraires. Or, la statuette a été mise au jour dans une zone identifiée comme résidentielle. Cette provenance soulève plusieurs hypothèses : il pourrait s’agir d’un élément lié à des rituels domestiques, d’une offrande votive, ou simplement d’une ébauche ratée puis jetée par son fabricant.
Le contexte environnant apporte toutefois un éclairage supplémentaire. À Aiola, le monumental tumulus de pierres est aujourd’hui décrit dans les documents officiels comme un secteur cultuel. Les chercheurs y ont identifié des preuves de feux rituels, d’offrandes de nourriture déposées dans de grands récipients en céramique, ainsi que des objets en métal de prestige laissés parmi les pierres. Ces éléments dépeignent un voisinage où habitations, structures en bois et pratiques de culte se sont superposées sur un long intervalle de temps.
Une immersion accessible au public

Au-delà de la trouvaille isolée, les autorités ambitionnent de transformer l’ensemble du site. D’ici janvier 2026, des documents de la Soprintendenza prévoient de présenter Gran Carro comme un parc archéologique submergé. Le projet met en avant la conservation in situ des vestiges, tout en ouvrant l’accès au public via des parcours de snorkeling et de surface balisés.
Les aménagements incluent des visites en bateaux à fond transparent, un éclairage nocturne, ainsi qu’un parcours spécifiquement adapté aux visiteurs malvoyants. La municipalité, qui promeut d’ores et déjà le Sentier archéologique subaquatique de Gran Carro, prévoit un modèle réduit en résine, des enregistrements photogrammétriques en trois dimensions et une visite virtuelle. La région d’Aiola possède encore une vaste histoire à révéler, et cette figurine en argile mal exécutée porte littéralement les empreintes de ce travail d’excavation continu.
Selon la source : popularmechanics.com
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