Le brouillard, un écosystème atmosphérique méconnu

La présence de vie dans l’atmosphère est un fait établi de longue date par la communauté scientifique. Un seul mètre cube d’air peut en effet contenir des millions de microbes en suspension. La question de savoir si ces organismes, une fois happés par le brouillard, sont actifs ou s’ils restent à l’état de cellules dormantes se laissant porter par les courants, vient de trouver une réponse.
Le brouillard souffre souvent d’une mauvaise réputation dans l’imaginaire collectif, servant fréquemment d’outil narratif pour signaler l’imminence d’un événement paranormal. En réalité, il s’agit simplement d’un nuage en contact avec le sol. Le Met Office définit ce phénomène météorologique comme une densité de vapeur d’eau qui réduit la visibilité à moins de 1 000 mètres (3 281 pieds).
Une récente recherche vient de démontrer que ce voile blanc abrite une communauté microbienne distincte, bien vivante et en pleine croissance. Loin d’être une mauvaise nouvelle, cette activité biologique présente des avantages écologiques considérables.
Une enquête scientifique menée sur deux ans

Afin de déterminer si ces concentrations de bactéries constituent une communauté unique au brouillard ou s’il s’agit d’un simple échantillon aléatoire de l’environnement, une équipe de scientifiques a mené une vaste campagne de prélèvements. L’air a été analysé avant, pendant et après 32 épisodes de brouillard distincts.
Cette phase de collecte s’est étalée sur une période d’étude de deux ans. De retour en laboratoire, les chercheurs ont minutieusement comparé les microbes présents dans les différents échantillons, en évaluant à la fois leur abondance et leur taille.
Les résultats de ces analyses ont révélé que les gouttelettes d’eau du brouillard représentent un pôle de biomasse bactérienne majeur et extrêmement concentré dans l’air. Malgré la taille microscopique de ces gouttes, elles contiennent des concentrations comparables à celles que l’on trouve dans un lac eutrophe ou dans l’océan. Cette densité est telle qu’elle pourrait inciter avec humour les promeneurs à garder la bouche fermée lors d’une marche dans la brume.
Des bactéries friandes de formaldéhyde

L’étude souligne que les composants de cette concentration microbienne sont distincts de ceux présents dans l’air environnant. Les échantillons prélevés dans le brouillard se sont révélés particulièrement riches en espèces appartenant au genre Methylobacterium.
Ces micro-organismes ne se contentent pas d’être de simples passagers inactifs. L’observation a montré que ces communautés microbiennes sont métaboliquement actives et capables de traiter des produits chimiques complexes pour assurer leur survie. Leur cible principale est le formaldéhyde.
Célèbre pour son utilisation dans les processus d’embaumement, le formaldéhyde est un polluant naturel réputé toxique pour les êtres vivants. La capacité des communautés du brouillard à utiliser ce composé chimique comme source de nourriture pour soutenir leur propre croissance constitue un atout inattendu pour l’environnement.
La préservation des services écosystémiques

L’étude des activités biologiques qui se déroulent à l’intérieur des nuages est une branche relativement nouvelle de la science. Les mécanismes internes de ces formations atmosphériques demeurent encore largement incompris par la communauté scientifique.
Cependant, face à l’émergence d’idées novatrices visant à récolter de l’eau douce directement à partir du brouillard, la compréhension de ces processus devient critique. La captation de l’eau atmosphérique soulève de nouvelles questions sur la modification de ces milieux naturels.
Lorsque les phénomènes météorologiques fournissent gratuitement des services écosystémiques, comme le traitement des polluants, toute intervention humaine nécessite une évaluation préalable pour ne pas en perdre les bénéfices.
Les perspectives face à la collecte de l’eau atmosphérique
Ferran Garcia-Pichel, co-auteur de l’étude et directeur de l’Arizona State University Biodesign Center for Fundamental and Applied Microbiomics, a fait part de ses réflexions dans un communiqué officiel de l’université. Ses observations mettent en garde contre une exploitation non mesurée de ces ressources.
« Si nous récoltons le brouillard, nous nous débarrassons de nos petits amis dans l’air », a déclaré Ferran Garcia-Pichel. « Nous ne savons pas si cela va avoir un grand impact ou non, mais nous devrions le prendre en considération. » Cette recherche fondamentale vient d’être publiée dans les pages de la revue scientifique mBio.
Ainsi, la prochaine fois que l’air s’épaissit, il est scientifiquement justifié d’adopter l’attitude du Maire Tom Loftis et d’alerter son entourage sur le fait qu' »il y a quelque chose dans le brouillard ! ». La présence de cet écosystème est bien réelle, même si elle s’avère nettement moins effrayante que dans les films d’horreur.
Selon la source : iflscience.com
Quelque chose vit dans le brouillard : des scientifiques découvrent des écosystèmes uniques dans ce phénomène mystérieux