Un secret de 80 ans révélé au large des côtes italiennes

À environ trois kilomètres de la côte de Bari, en Italie, une structure massive repose silencieusement sur le fond sablonneux de l’Adriatique, à 50 mètres de profondeur. Si les plongeurs locaux fréquentaient ce site depuis les années 1970, l’identité exacte du navire restait un mystère persistant pour la communauté maritime. Les théories divergeaient : certains y voyaient un croiseur auxiliaire italien coulé par les Britanniques, tandis que d’autres penchaient pour un navire à vapeur perdu lors d’un incident de guerre distinct.
Selon un rapport de Tim Newcomb, ce mystère est désormais officiellement résolu grâce aux travaux d’une équipe de recherche italienne. Le navire a été identifié comme étant le SS Samuel J. Tilden, un cargo de classe Liberty mesurant 134 mètres de long. Construit à Portland, dans l’Oregon, ce bâtiment représente l’unique vestige physique encore existant de l’une des catastrophes alliées les plus graves, mais aussi l’une des moins connues, de la Seconde Guerre mondiale.
Les conclusions des chercheurs, publiées dans la revue scientifique Heritage, confirment que le Tilden est l’épave de la Seconde Guerre mondiale la mieux préservée de toute la région adriatique. Cette découverte permet de mettre un point final à une recherche historique de plusieurs décennies sur les conséquences du raid aérien dévastateur de 1943.
Le drame du Petit Pearl Harbor de Bari

Le SS Samuel J. Tilden est le dernier témoin matériel d’un événement tragique survenu le 2 décembre 1943, surnommé le « Petit Pearl Harbor ». À l’époque, les forces américaines et britanniques avaient envahi l’Italie continentale trois mois auparavant, et le port de Bari était devenu l’un des centres stratégiques les plus importants saisis par les Alliés. Le port était saturé avec plus de 100 navires, dont 31 navires marchands et 30 vapeurs, une concentration que le commandement allié ne jugeait pourtant pas menacée par l’Axe.
L’erreur de jugement fut fatale. À 19h24, 105 bombardiers allemands JU-88 ont décollé de bases situées dans le Piémont et en Lombardie. Sans rencontrer de résistance alliée, ils ont atteint Bari et ont déclenché une réaction en chaîne catastrophique en frappant les navires de munitions SS J. Motley et SS J. Harvey. Ce dernier transportait une cargaison secrète de 2 000 bombes au gaz moutarde M47A1, destinées à servir de dissuasion en cas de recours à la guerre chimique par Hitler.
Comme le rapporte le média d’origine, l’ignorance de la présence de ce gaz toxique par les autorités portuaires a aggravé le bilan. Les survivants, couverts d’un mélange d’huile et de gaz moutarde, ont souffert de brûlures graves et de lésions oculaires. Les chirurgiens ont d’abord diagnostiqué une « dermatite non identifiée », ne comprenant que bien plus tard la nature chimique de l’agent qui empoisonnait les eaux du port. Au total, le raid a coulé 21 navires alliés et causé la mort de plus de 1 000 personnes.
L’agonie et la disparition du SS Samuel J. Tilden

Au moment de l’attaque, le Tilden venait d’arriver de Bizerte, en Tunisie, transportant environ 250 passagers et plus de 1 000 tonnes de fret. Sa cargaison comprenait de l’essence, des munitions, des véhicules et des fournitures médicales. Alors qu’il attendait à l’ancre pour décharger, une bombe allemande a percé le pont avant et détruit l’affût des mitrailleuses. Le navire, criblé de balles de défense antiaérienne, a commencé à dériver vers la côte, en proie aux flammes.
Contrairement à d’autres navires qui ont sombré immédiatement, le Tilden a lutté contre les flots pendant plus de 24 heures. Le 4 décembre, vers 1h00 du matin, deux vedettes lance-torpilles britanniques, les MTB-297 et MTB-270, ont remorqué l’épave fumante hors du port, probablement pour éviter de nouvelles explosions à proximité des autres quais. Finalement, le navire a été sabordé par des tirs alliés pour mettre fin à son incendie incontrôlable.
Les efforts de sauvetage ont permis de mettre à l’abri 251 personnes, mais 41 ont été blessées et 27 hommes ont péri dans le naufrage. Par la suite, alors que tous les autres navires détruits lors du raid de Bari ont été démantelés, renfloués ou réparés pour être vendus, le Tilden a sombré dans l’oubli historique. Il est resté le seul navire de cette tragédie à ne jamais avoir été récupéré, disparaissant des registres actifs jusqu’à cette identification récente.
Une expédition archéologique de haute technologie

La confirmation de l’identité de l’épave en 2025 est le fruit d’une collaboration étroite entre l’Université de Sienne, les unités de plongée des Carabinieri italiens, l’unité navale des Carabinieri et l’ISPRA (l’institut italien de recherche environnementale). Cette campagne de 15 jours, menée en juillet et août 2025, a mobilisé des plongeurs militaires d’élite et des outils de détection à distance de pointe pour cartographier le site avec précision.
Les chercheurs ont découvert le Tilden reposant presque entièrement intact sur un lit de sable plat, légèrement incliné sur son flanc bâbord. Bien que le château de pont ait glissé le long de la pente, les secteurs de la poupe, de la proue et de la passerelle demeurent dans un état de conservation exceptionnel. Des filets de pêche drapent encore les mâts et la coque, témoignant de l’activité humaine autour du site au cours des dernières décennies.
L’étude souligne également que l’épave est devenue un récif artificiel florissant. Les structures métalliques sont aujourd’hui colonisées par une vie marine abondante, notamment des algues, des éponges jaune vif et diverses espèces de rascasses. Ce sanctuaire sous-marin combine ainsi une importance historique majeure et une valeur écologique contemporaine pour la région des Pouilles.
Un sanctuaire figé dans le temps

L’exploration du pont du SS Samuel J. Tilden a révélé des scènes saisissantes, presque inchangées depuis 1943. Les chercheurs ont pu identifier plusieurs véhicules motorisés sur le pont arrière, dont ce qui semble être des ambulances, restés immobiles depuis le naufrage. Des canons antiaériens Oerlikon de 20 mm et des râteliers de grenades anti-sous-marines, dont les charges semblent encore intactes, ont également été localisés sur la proue du navire.
L’analyse des dommages confirme la violence de l’attaque. Une dépression en forme de bol sur la proue correspond probablement au cratère d’impact des bombes allemandes. Les auteurs de l’étude notent que les bombes ayant frappé le Tilden ont rompu les réservoirs chimiques du navire, exposant le pont à un brouillard d’acide sulfurique et chlorhydrique. Ce facteur pourrait avoir été la cause directe du décès des 27 membres d’équipage dont les corps sont probablement toujours à l’intérieur de la coque.
« L’épave a une importance historico-culturelle significative étant donné qu’elle représente le dernier vestige tangible du soi-disant Petit Pearl Harbor », écrivent les auteurs dans leur étude. En restant dans l’obscurité à deux milles du rivage, le Tilden a préservé la mémoire de ces hommes et de cet événement majeur de la campagne d’Italie. Pour toute question médicale liée à des expositions chimiques historiques ou actuelles, consultez un professionnel de santé qualifié.
Selon la source : popularmechanics.com
L’énigme du SS Tilden : le dernier navire du Petit Pearl Harbor de la Seconde Guerre mondiale enfin identifié