L’histoire regorge d’étrangetés, et les tendances en matière de beauté ne font pas exception. Qu’il s’agisse de peindre ses veines en bleu pour souligner la pâleur ou d’appliquer de la belladone dans les yeux pour agrandir le regard, les pratiques insolites autrefois considérées comme séduisantes ne manquent pas. Bon nombre d’entre elles étaient également liées à la richesse et à l’identité, ce qui signifie que les modifications radicales du corps étaient des signes de statut social, aussi ironique que cela puisse paraître. En jetant un regard rétrospectif sur ces tendances en matière de beauté, on se rend compte que chaque époque avait ses propres idées farfelues sur ce qu’il fallait faire pour paraître désirable.
1. Le bandage des pieds en Chine
Le bandage des pieds est l’une des normes esthétiques les plus douloureuses et les plus connues de l’histoire. Pendant des siècles en Chine, en particulier au sein des communautés chinoises han, les « pieds de lotus », d’une taille très réduite, étaient associés à la féminité, à l’élégance et à l’attrait matrimonial. Ce processus commençait généralement dès l’enfance, lorsque les pieds des filles étaient étroitement bandés afin d’en altérer la croissance et la forme. Ce qui était autrefois considéré comme un signe de raffinement est aujourd’hui reconnu comme une pratique physiquement néfaste qui limitait la mobilité des femmes.
2. Les dents noircies au Japon
Au Japon, la pratique de l’ohaguro consistait à teindre les dents en noir, et elle était souvent associée à la maturité, au mariage ou aux coutumes des classes sociales privilégiées. Plutôt que de considérer les dents blanches comme un idéal, beaucoup trouvaient que les dents foncées et brillantes étaient belles et dignes. Le colorant était généralement préparé à partir d’un mélange à base de fer, et il pouvait également contribuer à protéger l’émail dentaire. Pour les lecteurs d’aujourd’hui, habitués aux produits de blanchiment, cette norme semble complètement inversée.
3. Les fronts hauts dans l'Europe de la Renaissance
À certaines époques de la Renaissance, un front haut était considéré comme un signe de beauté et de raffinement. Certaines femmes s’épilaient ou se rasaient la racine des cheveux pour donner l’impression d’un front plus large et plus lisse. On pouvait également éclaircir les sourcils afin d’ouvrir davantage le haut du visage. Si vous avez déjà observé des portraits de la Renaissance et remarqué des fronts inhabituellement hauts, cet idéal de beauté explique pourquoi.
4. La peau blanche comme le plomb dans l'Europe moderne
Dans certaines régions de l’Europe du début de l’époque moderne, le teint pâle était très prisé, car il était synonyme de richesse et d’une vie à l’abri des travaux en plein air. Pour obtenir ce teint, certaines personnes utilisaient des cosmétiques à base de plomb, notamment des poudres blanches qui permettaient d’obtenir un teint clair et lisse. Le problème était que le plomb pouvait endommager la peau et empoisonner l’organisme à long terme. Il en résultait une routine de beauté qui permettait de suivre la mode tout en nuisant lentement à la santé.
5. Veines bleues peintes
À l’époque où la pâleur extrême était à la mode, certaines femmes poussaient ce look encore plus loin en dessinant des veines bleues sur leur peau. L’objectif était de donner au teint un aspect délicat, translucide et épargné par le soleil. Cette tendance était particulièrement liée à la classe sociale, car une peau pâle suggérait qu’une femme n’avait pas à travailler en plein air. Cela peut paraître étrange aujourd’hui, mais à l’époque, ces veines artificielles visibles contribuaient à donner l’illusion d’une fragilité raffinée.
6. Patchs de beauté
En Europe, aux XVIIe et XVIIIe siècles, de petits cache-cœurs décoratifs appelés « mouches » sont devenus des accessoires à la mode pour le visage. Ils étaient souvent confectionnés dans des matières telles que la soie ou le velours et pouvaient prendre la forme de cercles, d’étoiles ou de cœurs. Certaines personnes les utilisaient pour dissimuler des imperfections ou des cicatrices, tandis que d’autres les portaient uniquement pour des raisons esthétiques. Un petit cache-cœur pouvait attirer l’attention sur les lèvres, la joue ou l’œil, selon l’endroit où il était placé.
7. Collyre à la belladone
Les grandes pupilles étaient autrefois jugées si séduisantes que certaines femmes utilisaient des gouttes à base de belladone pour dilater leurs yeux. La belladone, également connue sous le nom de « morelle noire », pouvait donner un regard écarquillé, mais elle comportait de graves risques. Elle pouvait brouiller la vision, irriter les yeux et même causer des lésions à long terme. C’est l’une de ces pratiques de beauté d’autrefois où l’effet recherché était éphémère, mais le danger bien réel.
8. La taille cintrée
Les corsets ont façonné la mode européenne et américaine pendant des siècles, mais la taille fine est devenue particulièrement emblématique à l’époque victorienne. Un corset bien serré permettait de créer la silhouette à la mode de l’époque, en affinant visuellement la taille et en maintenant le torse dans une forme bien définie. Tous les corsets n’étaient pas portés à l’extrême, mais cet idéal exerçait néanmoins une forte pression sur les femmes pour qu’elles modelent leur corps en fonction de leurs vêtements. Dans de nombreux cas, la silhouette à la mode était le fruit d’une structure artificielle plutôt que d’une forme naturelle.
9. Crinolines à armature
Au milieu du XIXe siècle, on portait des crinolines à armature sous les jupes pour créer un volume impressionnant. Ces jupons rigides contribuaient à donner cette forme évasée qui a dominé la mode pendant un certain temps. Elles pouvaient être impressionnantes, mais elles compliquaient aussi les gestes les plus simples, qu’il s’agisse de s’asseoir ou de passer une porte. L’idéal de beauté reposait sur le fait d’occuper de l’espace d’une manière qui signalait clairement le statut social.
10. Les tournures victoriennes
Une fois que les crinolines ont commencé à passer de mode, les tournures ont déplacé l’accent mis sur le volume à l’arrière du corps. Ces rembourrages ou armatures se portaient sous la jupe pour accentuer la silhouette arrière. Aux yeux des Victoriens, cette silhouette pouvait paraître élégante, harmonieuse et convenable. D’un point de vue moderne, il est frappant de constater à quel point on s’efforçait de remodeler une partie très précise de la tenue.
11. Les chopinettes vénitiennes
À la Renaissance, à Venise, certaines femmes portaient des chopines, des chaussures à semelles compensées extrêmement hautes. Elles permettaient de protéger les vêtements et les pieds de l’humidité et de la saleté des rues, mais elles devinrent également des symboles de statut social. Certaines chopines étaient si hautes que pour marcher, il fallait l’aide de serviteurs ou d’accompagnateurs. Cette hauteur répondait à la fois à des besoins pratiques et à une volonté d’ostentation, ce qui rendait ces chaussures à la fois utiles et très peu pratiques.
12. Les ongles longs dans la Chine de la dynastie Qing
Dans la Chine de la dynastie Qing, avoir les ongles longs pouvait indiquer qu’une personne était suffisamment riche pour ne pas avoir à effectuer de travaux manuels. Certaines femmes de l’élite portaient des protège-ongles ouvragés afin de protéger leurs ongles et de souligner leur statut. Ces accessoires pouvaient être fabriqués à partir de métaux tels que l’argent ou le cuivre et ornés de motifs détaillés. La manucure n’était pas seulement une question d’esthétique ; elle montrait que les mains de la personne n’avaient pas à travailler.
13. Les jambes peintes pendant la Seconde Guerre mondiale
Lorsque les bas en nylon se sont raréfiés pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses femmes ont eu recours à du maquillage ou à des produits cosmétiques imitant les bas pour se maquiller les jambes. Certaines allaient même jusqu’à tracer une ligne à l’arrière de chaque jambe pour imiter la couture des vrais bas. Ce look était une réponse pratique au rationnement, mais il montre aussi à quel point les attentes en matière de mode restaient fortes en temps de guerre. Même lorsque le vêtement lui-même avait disparu, l’apparence de le porter avait toujours de l’importance.
14. Les mollets chez les hommes : un élément de mode
Pendant des siècles, en Europe, les jambes des hommes ont occupé une place importante dans les codes vestimentaires. Des mollets bien dessinés pouvaient être mis en valeur grâce à des bas moulants, des culottes et des tenues de cour. Certains hommes allaient même jusqu’à utiliser des rembourrages pour embellir leurs jambes. Cela nous rappelle que les normes de beauté strictes ne se sont jamais limitées aux femmes, même si ces dernières en subissaient souvent les conséquences les plus sévères.
15. La silhouette en S de l'époque édouardienne
Au début des années 1900, le corset à devant droit, très en vogue, a contribué à créer ce qu’on appelle souvent la silhouette en S. Il poussait la poitrine vers l’avant et les hanches vers l’arrière, créant ainsi une posture qui semblait élégante sur les gravures de mode édouardiennes. Ce modèle était parfois présenté comme une alternative plus saine aux corsets antérieurs, mais cette forme exagérée contraignait tout de même le corps à adopter une position non naturelle.
16. Sourcils rasés et sourcils dessinés au Japon
Au Japon, pendant la période Heian, les femmes de la noblesse s’épilaient souvent les sourcils naturels pour en dessiner de nouveaux, placés plus haut sur le front. Cette pratique, connue sous le nom de hikimayu, s’inscrivait dans le cadre d’autres coutumes esthétiques de l’élite, telles que la poudre pour le visage et les cheveux longs et foncés. Ces sourcils dessinés n’étaient pas censés paraître naturels au sens moderne du terme. Ils contribuaient plutôt à créer un visage stylisé, typique de la cour, qui reflétait les goûts de l’époque.
17. Le monosourcil de la Grèce antique
Dans la Grèce antique, un monosourcil pouvait être considéré comme un signe de beauté, car il évoquait la symétrie et la distinction. Les femmes qui n’avaient pas naturellement de monosourcil utilisaient parfois un pigment foncé pour combler l’espace entre leurs sourcils. Ce détail peut paraître surprenant aujourd’hui, car de nombreuses routines de soins modernes visent justement à éliminer les poils de cette zone précise. Cela montre à quel point un petit trait physique peut rapidement passer du statut de atout à celui de défaut.
18. Modelage artificiel du crâne
La déformation intentionnelle du crâne était pratiquée dans plusieurs cultures anciennes, notamment chez certaines communautés d’Amérique, d’Europe et d’Asie. La tête des nourrissons pouvait être bandée ou modelée tant que le crâne était encore malléable, ce qui donnait des formes allongées ou aplaties. Ces formes revêtaient souvent une signification sociale, culturelle ou esthétique au sein du groupe qui les pratiquait. Modifier le crâne pour des raisons esthétiques peut sembler extrême, mais dans ces sociétés, cela pouvait faire partie intégrante de l’identité dès les premières années de la vie.
19. Inlays dentaires Maya
Les anciens Mayas pratiquaient la modification décorative des dents, notamment à l’aide d’incrustations réalisées à partir de matériaux tels que le jade, la pyrite et l’obsidienne. Des artisans qualifiés creusaient avec soin de petites cavités dans les dents et y fixaient les pierres. Ces dents décorées pouvaient symboliser la beauté, le statut social, l’identité ou revêtir une signification sociale. Contrairement à la dentisterie esthétique moderne, qui cherche souvent à donner aux dents un aspect naturel, l’art dentaire maya mettait en valeur ces ornements.
20. La plénitude de la dynastie Tang
Sous la dynastie Tang en Chine, on admirait souvent les silhouettes féminines plus rondes, surtout par opposition aux idéaux ultérieurs ou modernes qui prônaient la minceur. Yang Guifei, l’une des beautés les plus célèbres de l’histoire chinoise, est devenue l’incarnation même de cette préférence, bien que les descriptions modernes de son corps varient et soient souvent influencées par la légende. La silhouette séduisante de l’époque était synonyme de santé, de luxe et de prospérité. Dans ce contexte, la douceur et la rondeur pouvaient incarner précisément ce que de nombreuses sociétés attendaient de la beauté.