La mort a toujours été une affaire compliquée, mais nos ancêtres ont imaginé des moyens pour le moins farfelus de gérer les aspects les plus sombres de la mortalité. Tout au long de l’histoire, les communautés ont fait appel à une galerie de personnages singuliers qui se chargeaient de tâches étranges, taboues, voire carrément écœurantes, dans le seul but d’apaiser le monde des esprits et d’assurer la sécurité des vivants. Qu’il s’agisse de personnes qui « mangeaient » littéralement vos péchés ou de pleureuses professionnelles qui pleuraient sur commande, ces métiers morbides faisaient partie intégrante de la vie quotidienne pendant des siècles.
1. Le Mangeur de péchés
Employées en Angleterre et au Pays de Galles, ces pauvres âmes étaient engagées par des familles pour veiller auprès du défunt pendant la veillée funèbre et manger littéralement un morceau de pain et boire un peu d’eau déposés sur le cercueil. La communauté croyait que les péchés du défunt étaient absorbés comme par magie par le corps et l’âme de ces personnes.
2. Voleur de cadavres
Au XIXe siècle, les facultés de médecine avaient désespérément besoin de cadavres humains pour leurs cours d’anatomie, mais l’offre légale était extrêmement limitée. Ces « entrepreneurs des cimetières » comblaient ce manque en se faufilant dans les cimetières à la faveur de l’obscurité pour déterrer des tombes récentes. Ils ont fait fortune en vendant les corps volés aux médecins.
3. Pleureuse professionnelle
Si, dans la Rome antique, vous vouliez que votre famille fasse bonne figure lors d’un enterrement, vous engagiez une troupe de ces artistes pour qu’elles se lamentent et s’arrachent les cheveux dans les rues. Les femmes étaient rémunérées en fonction de l’intensité de leurs pleurs. Elles offraient donc au quartier un spectacle grandiose et théâtral.
4. L'Éventreur anatomique
Travaillant directement au sein des premières salles d’anatomie, ces assistants étaient chargés de procéder à l’ouverture initiale des cadavres humains avant que le professeur ne prenne la parole. Ce métier exigeait d’avoir l’estomac bien accroché, car ils devaient manipuler des restes mal conservés. C’étaient eux qui assumaient le plus gros de la tâche physique, tandis que les médecins fortunés s’attribuaient tout le mérite.
5. Le marié de la potence
Dans l’Europe médiévale, les bourreaux avaient besoin d’assistants pour effectuer les tâches fastidieuses et pénibles nécessaires à la préparation d’une pendaison. Ce malheureux ouvrier passait ses matinées à tester les cordes, à enduire les pièges de graisse et à s’assurer que l’échafaudage en bois était suffisamment solide.
6. Le « Bone Picker »
Au XVIIIe siècle, la tradition choctaw prévoyait l’existence d’une classe vénérée de membres de la tribu qui utilisaient leurs longs ongles pour dépouiller les corps de leurs proches décédés. Une fois le squelette entièrement nettoyé, l’opérateur enveloppait les os dans des coffrets en vue d’une grande cérémonie funéraire communautaire. Cette fonction était considérée comme hautement sacrée.
7. Le messager des morts
Avant l’apparition des moyens de communication modernes, les villes européennes employaient un crieur public qui parcourait les rues vêtu de noir, en faisant sonner une lourde cloche en fer. Ce fonctionnaire proclamait à haute voix les noms des personnes récemment décédées et invitait la population à assister aux funérailles. Tout le quartier savait ainsi exactement quand quelqu’un venait de mourir.
8. Le fossoyeur de la peste
Lorsque la peste noire ravagea Londres, les citoyens ordinaires fuirent la ville tandis que ces ouvriers désespérés acceptaient des emplois bien rémunérés consistant à ramasser les cadavres infectés. Ils parcouraient les rues en pleine nuit au volant de lourdes charrettes en bois, exhortant les habitants à sortir leurs morts pour un enterrement collectif.
9. Collecteur de sangsues
Bien qu’ils ne travaillaient pas directement avec des cadavres, ces personnes s’enfonçaient dans des marécages boueux pour laisser des parasites suceurs de sang s’accrocher à leurs jambes nues. Les médecins utilisaient ces créatures pour pratiquer des saignées sur des patients en fin de vie afin de rééquilibrer leurs fluides corporels. Les cueilleurs passaient leurs journées dans le froid et l’humidité.
10. Catacomb Arranger
Les ossuaires souterrains de Paris ont nécessité l’intervention d’ouvriers spécialisés pour organiser les millions de squelettes humains transférés depuis les cimetières de la ville, qui débordaient. Au lieu de simplement les empiler, ces ouvriers les ont disposés avec art en rangées formant des murs décoratifs. Ils ont ainsi transformé une crise de santé publique en une attraction touristique souterraine insolite et permanente.
11. Requin-foulon « Mummy »
À l’époque victorienne, des milliers de momies égyptiennes étaient importées en Europe. Les ouvriers des usines avaient pour tâche, dans un environnement poussiéreux, de déballer ces corps anciens et de les réduire en poudre pour en faire un pigment de peinture d’un brun intense ou un engrais agricole. On pouvait facilement passer toute sa journée de travail à respirer ces restes pulvérisés.
12. Conducteur du train de la nécropole
Dans les années 1850, Londres a inauguré une ligne ferroviaire spécialement dédiée au transport des dépouilles mortelles et de leurs familles en deuil vers un immense cimetière de banlieue. Les conducteurs de ces trains devaient gérer une liste de passagers pour le moins singulière, composée de cercueils empilés et classés selon la classe sociale et la religion. C’était un trajet quotidien d’une bureaucratie pour le moins étrange.
13. Praticien Skhizis
Dans la Grèce antique, certaines personnes se spécialisaient dans l’ouverture post-mortem de la cavité thoracique afin d’inspecter les organes internes à la recherche de signes spirituels. Elles recherchaient des imperfections ou des marques spécifiques. Pour elles, cela pouvait révéler si le défunt avait été maudit par les dieux avant son décès.
14. Façonneur de masques mortuaires
Avant que la photographie ne se généralise, les artistes étaient appelés d’urgence au chevet des personnalités célèbres pour immortaliser leurs traits du visage à l’aide de plâtre humide. L’artisan devait travailler rapidement avant que la rigidité cadavérique ne s’installe, en appliquant avec soin le mélange sur la peau froide de cette personnalité éminente.
15. Coupe-glace
Au XIXe siècle, les entrepreneurs de pompes funèbres comptaient beaucoup sur des blocs de glace pour empêcher les corps de se décomposer pendant les veillées funéraires estivales, lorsque les températures étaient élevées. Les ouvriers passaient leurs hivers rigoureux à extraire d’épaisses plaques de glace de la rivière et à les entreposer dans des entrepôts isolés remplis de sciure de bois en vue d’une utilisation ultérieure. C’était un travail glacial et dangereux.
16. Le gardien de l'ossuaire
Les églises médiévales manquaient souvent d’espace pour les sépultures, ce qui obligeait un gardien à déterrer les anciennes tombes afin de faire de la place pour les nouveaux défunts. Ce travailleur nettoyait les ossements les plus anciens et les rangeait dans une chapelle en pierre située dans l’enceinte même de l’église. Il vivait et travaillait ainsi en permanence entouré des restes exposés des ancêtres de la ville.
17. Mute victorien
Au XIXe siècle, en Angleterre, les familles aisées engageaient ces hommes à l’air sombre pour qu’ils se tiennent, silencieux et immobiles, devant la porte d’entrée d’une maison en deuil. Vêtus d’une tenue entièrement noire et coiffés d’un haut-de-forme, leur seule mission consistait à afficher une tristesse profonde. Ils servaient d’accessoires vivants pour signaler au public qu’une personne fortunée venait de décéder.
18. Sexton
En tant que gardien officiel d’un cimetière, cette personne passait la majeure partie de ses journées à creuser à la main des tombes profondes à l’aide d’une pelle et d’une pioche. Elle devait connaître parfaitement la disposition du cimetière pour éviter de heurter accidentellement des cercueils plus anciens. C’était un métier solitaire et éreintant.
19. Appareil de lavage du corps
Bien avant que les entrepreneurs de pompes funèbres professionnels ne prennent le contrôle du secteur funéraire, on faisait appel aux femmes de la communauté locale pour préparer le corps en vue de la veillée funéraire à domicile. Elles lavaient la peau, habillaient le défunt de ses plus beaux vêtements et bouchaient les blessures. Cette tâche intime et respectueuse était accomplie par nécessité.
20. L'Oiseau de la potence, le charognard
Après une exécution publique, ces chiffonniers opportunistes rôdaient autour de l’échafaud pour récupérer les vêtements et les effets personnels abandonnés par le criminel exécuté. Techniquement, la loi attribuait ces objets au bourreau, qui engageait ensuite des ouvriers pour nettoyer et revendre les vêtements tachés de sang à des friperies.