Les lettres privées ont souvent le don de survivre à leurs auteurs, et l’histoire ne s’est pas toujours montrée clémente lorsque ces mots ont fini par être rendus publics. On ne sait jamais ce que l’on va découvrir dans une correspondance cachée : certaines lettres ont révélé des liaisons, d’autres ont mis au jour des actes de trahison, tandis que d’autres encore ont fourni aux ennemis exactement les preuves dont ils avaient besoin pour ruiner une image publique qu’il avait fallu des années à bâtir. Une fois ces 20 documents privés rendus publics, la réputation des personnes concernées n’a plus jamais été la même.
1. Marie, reine d'Écosse
Les « lettres du cercueil » auraient été écrites par Marie, reine d’Écosse, à James Hepburn, comte de Bothwell, à l’époque où son deuxième mari, Lord Darnley, fut assassiné en 1567. (Vous avez tout compris ? Très bien.) Ses ennemis s’en sont alors servis pour faire courir la rumeur selon laquelle elle entretenait avec Bothwell une relation à la fois amoureuse et politique avant même de l’épouser, ce qui l’a fait passer pour coupable au pire moment qui soit. Leur authenticité fait encore débat, mais elles ont suffi à causer sa perte.
2. Catherine Howard
La lettre de Catherine Howard à Thomas Culpeper, qui a été conservée, est devenue l’un des éléments de preuve les plus accablants à l’encontre de la cinquième épouse d’Henri VIII. Pour résumer, le ton intime de cette lettre a suscité des soupçons, car Culpeper était déjà soupçonné d’entretenir une relation secrète avec elle alors qu’elle était reine. Catherine fut exécutée en 1542, et ces lettres n’ont pas joué en sa faveur.
3. Benedict Arnold
Les lettres secrètes de Benedict Arnold adressées au major britannique John André ont révélé le projet de capitulation de West Point pendant la Révolution américaine. Effectivement, lorsque André fut capturé en 1780, ces documents transformèrent la trahison d’Arnold, qui n’était alors qu’un simple soupçon, en une trahison officiellement avérée. Il s’enfuit du côté britannique, mais son nom est resté à jamais associé à la trahison aux États-Unis.
4. Alexander Hamilton
Bon, on était peut-être au XVIIIe siècle, mais les scandales d’ordre intime existaient bel et bien. Il suffit de demander à Alexander Hamilton, dont les lettres échangées avec Maria et James Reynolds l’ont entraîné dans le premier grand scandale de l’histoire politique américaine. Après que Reynolds l’eut fait chanter au sujet de cette liaison, Hamilton finit par publier le « Reynolds Pamphlet » en 1797 afin de prouver qu’il n’était pas coupable de corruption financière. Mais cela n’a servi qu’à écarter un chef d’accusation en en admettant un autre.
5. Thomas Hutchinson
À la fin des années 1760, le gouverneur du Massachusetts, Thomas Hutchinson, rédigea des lettres qui semblaient aller dans le sens d’un contrôle britannique plus strict sur les colonies. Cela ne fut pas du tout bien accueilli par la population, et lorsque ces lettres furent publiées à Boston en 1773, les lecteurs coloniaux le considérèrent comme un homme qui œuvrait contre leur liberté. Le tollé qui s’ensuivit ruina sa réputation, et il quitta la colonie.
6. Benjamin Franklin
Même si Benjamin Franklin n’était pas l’auteur des lettres d’Hutchinson, son rôle dans leur envoi a gravement nui à sa réputation en Grande-Bretagne. Après l’éclatement du scandale, Franklin a reconnu son implication alors que des innocents étaient accusés d’être à l’origine de la fuite. En guise de sanction, il a été humilié publiquement et démis de ses fonctions de directeur général des postes des colonies.
7. Mary Wollstonecraft
La réputation de Mary Wollstonecraft a subi un coup terrible après la publication, en 1798, des « Mémoires de l’auteure de Défense des droits de la femme » par William Godwin — alors qu’il n’avait même pas l’intention de ternir son image. Au contraire, il souhaitait lui rendre hommage, mais le fait d’évoquer sa liaison avec Gilbert Imlay, son enfant né hors mariage et ses tentatives de suicide a profondément choqué de nombreux lecteurs du XIXe siècle.
8. Frédéric, duc d'York
Frédéric, duc d’York, fut impliqué dans le scandale Mary Anne Clarke de 1809 après que son ancienne maîtresse eut témoigné au sujet de la vente de grades dans l’armée. Mme Clarke était en possession de lettres qu’il lui avait adressées et aurait par la suite reçu de l’argent pour qu’elle ne divulgue pas d’autres lettres. Toute cette affaire contraignit le fils du roi à démissionner de son poste de commandant en chef de l’armée britannique, bien qu’il ait par la suite réintégré cette fonction.
9. Lord Byron
La réputation de Lord Byron était déjà, au mieux, chancelante lorsque ses lettres privées et ses mémoires ont été rendus publics. Cependant, ceux-ci ont révélé une facette encore plus sombre de sa personnalité. Certaines lettres le liaient à des liaisons, notamment sa relation avec Caroline Cameron. Après sa mort, ses amis ont brûlé ses mémoires, estimant que leur contenu porterait atteinte non seulement à la réputation de Byron, mais aussi à la leur.
10. Henry Ward Beecher
Henry Ward Beecher était l’un des prédicateurs les plus célèbres d’Amérique… avant le scandale Beecher-Tilton dans les années 1870. Des lettres privées et des aveux ont alimenté une polémique publique visant à déterminer si Beecher avait commis l’adultère avec Elizabeth Tilton, l’épouse de son ancien ami Theodore Tilton. Le procès civil de 1875 s’est soldé par un jury indécis, mais l’autorité morale de Beecher ne s’en est jamais remise.
11. Charles Stewart Parnell
Le problème, c’est que la relation entre Charles Stewart Parnell et Katharine O’Shea était déjà de notoriété publique dans les milieux politiques. Puis, lorsqu’elle a été évoquée comme élément de preuve devant le tribunal, les rumeurs ont véritablement commencé à circuler. Lorsque le capitaine William O’Shea a demandé le divorce et que l’affaire a été jugée en 1890, des lettres et des témoignages ont confirmé une longue liaison ainsi que la naissance d’enfants issus de cette relation. Ce scandale a divisé le parti de Parnell et a mis fin à son leadership.
12. Oscar Wilde
Vous connaissez peut-être déjà le procès en diffamation intenté par Oscar Wilde contre le marquis de Queensberry, mais ce que vous ignorez peut-être, c’est que ses lettres privées ont en partie contribué à le mener devant les tribunaux. Les lettres adressées à Lord Alfred Douglas ont été au cœur de ce scandale public, et la salle d’audience a transformé l’art, les amitiés et la correspondance intime de Wilde en arguments à charge. L’accusation d’outrage aux bonnes mœurs dont il a fait l’objet en 1895 a entraîné son incarcération, sa faillite et son exil.
13. Horatio Nelson
Les lettres d’Horatio Nelson à Emma Hamilton ont révélé la force émotionnelle d’une liaison qui avait déjà ébranlé la société britannique. Tous deux étaient mariés lorsque cette liaison a été rendue publique, et la renommée de Nelson ne permettait pas de considérer cette affaire comme un simple commérage. Après sa mort, la publication de ces lettres n’a fait qu’aggraver la disgrâce d’Emma.
14. Marie-Antoinette
Oublions un instant cette histoire de file d’attente pour des gâteaux (ce qu’elle n’a d’ailleurs même pas dit). Les lettres secrètes de Marie-Antoinette au comte suédois Axel von Fersen ont également terni sa réputation. Pendant la Révolution française, sa correspondance privée l’a fait passer pour une menace politique aux yeux de ceux qui la soupçonnaient de comploter contre la France. Les passages censurés ont alors ravivé les interrogations sur la nature de cette relation et sur ses efforts pour communiquer en pleine crise.
15. Caroline de Brunswick
La vie privée de Caroline de Brunswick devint un véritable spectacle parlementaire lorsque George IV tenta de dissoudre leur mariage par le biais du « Pains and Penalties Bill » en 1820. La procédure mit au jour toutes sortes de secrets inavouables, notamment des lettres, des témoignages et des allégations concernant sa relation avec Bartolomeo Pergami. Caroline suscita la sympathie dans certains milieux, mais elle ne parvint jamais à se défaire complètement de ces accusations.
16. John Profumo
La chute politique de John Profumo fut rapide et brutale, notamment après qu’il eut menti à la Chambre des communes au sujet de sa liaison avec Christine Keeler. L’un des principaux problèmes était que Keeler était liée à l’attaché naval soviétique Evgueni Ivanov, ce qui avait semé la panique en matière de sécurité nationale. Profumo démissionna en 1963.
17. Alexandra Feodorovna
Les lettres privées de la tsarine Alexandra Fiodorovna ne faisaient que confirmer ce que les Russes redoutaient concernant l’accès de Raspoutine à la famille impériale. Elles montraient même de manière particulièrement crue à quel point Fiodorovna faisait confiance à Raspoutine alors que la Russie s’effondrait pendant la Première Guerre mondiale. Pour les lecteurs ultérieurs, ces lettres révélaient également à quel point la famille impériale était devenue isolée.
18. Édouard VIII
Les lettres et messages d’Édouard VIII à Wallis Simpson ont, en substance, plongé la Grande-Bretagne dans une crise constitutionnelle. Son obstination à épouser une Américaine deux fois divorcée a amené les dirigeants de l’Église et la famille royale à se demander s’il pouvait même rester roi. Mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Il a abdiqué en décembre 1936, et son amour pour Wallis Simpson est devenu la raison officielle pour laquelle il a renoncé au trône.
19. Warren G. Harding
Les lettres de Warren G. Harding à Carrie Fulton Phillips ont révélé une longue liaison qui s’est déroulée parallèlement à son ascension dans la vie politique américaine. Cette correspondance a mis en lumière une facette de sa personnalité qui contrastait avec l’image respectable que l’on attendait d’un président. Après sa mort, sa réputation n’a cessé d’être entachée par des scandales, mais ces lettres ont ajouté une nouvelle dimension d’imprudence à son image.
20. Robert Lowell
Robert Lowell a terni sa réputation en reprenant des extraits de lettres privées d’Elizabeth Hardwick dans son recueil de poésie de 1973, The Dolphin. Hardwick avait écrit ces lettres alors que leur mariage battait de l’aile, et Lowell a ensuite réutilisé certaines de ses paroles pour composer des poèmes évoquant sa nouvelle relation avec Caroline Blackwood. Le livre a remporté le prix Pulitzer, mais même certains amis de Lowell y ont vu un grave abus de confiance.