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Un rôle écologique fondamental souvent ignoré

credit : saviezvousque.net (image IA)

Les micro-organismes qui peuplent nos cours d’eau effectuent un travail écologique fondamental, bien qu’ils demeurent largement ignorés du grand public. Selon un rapport publié par le média Earth.com, sous la plume du journaliste Andrei Ionescu, l’équilibre des écosystèmes d’eau douce repose en grande partie sur l’activité silencieuse de ces êtres vivants.

Les champignons aquatiques jouent un rôle crucial dans le maintien du fonctionnement des rivières. Ils décomposent la matière organique, telle que les feuilles et les débris ligneux, dégradent certains contaminants chimiques et stimulent les cycles des nutriments essentiels.

Bien qu’ils ne soient pas charismatiques et n’apparaissent pas dans les documentaires animaliers, ils agissent comme le véritable système digestif de la rivière. La diversité de ces communautés est primordiale, car chaque espèce remplit une fonction spécifique, et une communauté dépourvue de variété devient moins capable, moins résiliente et plus susceptible de faillir lorsque les conditions changent.

Une analyse à grande échelle sur la péninsule ibérique

credit : saviezvousque.net (image IA)

Une nouvelle étude, dirigée par des scientifiques de l’Université de Barcelone et du Global Change Research Institute de l’Université Rey Juan Carlos en Espagne, cherche à identifier les pressions humaines et les changements climatiques qui causent le plus de dommages à cette communauté. Leurs recherches visent à déterminer avec précision les éléments qui perturbent cet équilibre fragile.

Pour mener à bien cette analyse, l’équipe s’est appuyée sur des données provenant de soixante-deux rivières réparties dans sept régions ibériques. Ce projet d’envergure a mobilisé dix-neuf chercheurs originaires d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne et de Suisse.

Ces travaux sont étroitement liés à l’Observatoire des rivières ibériques (IberRios), qui utilise les cours d’eau de la péninsule comme une expérience naturelle pour observer la manière dont les pressions environnementales remodèlent les écosystèmes aquatiques. La grande diversité des climats et des sols à travers ces soixante-deux rivières offre un ensemble de données exceptionnellement riche pour identifier les facteurs de stress les plus importants.

La pollution par les nutriments écartée comme cause principale

credit : saviezvousque.net (image IA)

Initialement, les scientifiques s’attendaient à ce que la pollution par les nutriments, notamment les nitrates et les phosphates issus de l’agriculture et du ruissellement urbain, apparaisse comme l’une des principales causes du déclin fongique. Cependant, les observations sur le terrain ont révélé une tout autre réalité, contredisant les hypothèses de départ de la recherche.

Aida Viza, chercheuse à l’Université de Barcelone et à la RPTU University Kaiserslautern-Landau en Allemagne, souligne cette découverte inattendue. « Cependant, contrairement à nos attentes, l’augmentation des composés chimiques tels que le nitrate et le phosphate, associés aux impacts agricoles et/ou urbains, n’a eu presque aucune influence sur la biodiversité ou les fonctions des champignons aquatiques, » explique la scientifique.

Elle précise ensuite les raisons potentielles de ce phénomène spécifique aux cours d’eau étudiés. « Cela peut être dû au fait que les rivières ibériques ont un apport important en nutriments et que les champignons n’ont pas besoin de grandes quantités pour remplir leurs fonctions. » Ainsi, bien que la gestion des rivières en Europe se concentre lourdement sur la réduction de la pollution par les nutriments, cette approche ne protégera pas spécifiquement les organismes responsables de ce travail écologique.

Le paysage et la température au cœur des menaces

credit : saviezvousque.net (image IA)

Les menaces les plus évidentes pesant sur ces micro-organismes sont en réalité liées au paysage et au climat, rapporte le document de Earth.com. La disparition de la forêt riveraine, qui regroupe les arbres et les arbustes bordant les rives et ombrageant l’eau, s’avère avoir une importance capitale pour la survie de ces écosystèmes.

Cette végétation maintient la fraîcheur des rivières, limite la quantité de lumière solaire atteignant le lit du cours d’eau et modère les variations de température qui stressent les communautés microbiennes. « La perte de forêt riveraine a des effets négatifs sur les champignons, car elle augmente l’exposition au soleil et la température sur le lit de la rivière, » affirme Aida Viza.

L’élimination des arbres au profit de l’agriculture ou du développement, combinée à la hausse des températures de base et à l’allongement des sécheresses estivales, multiplie les pressions. Dans la péninsule ibérique, où des rivières peuvent s’assécher pendant des mois, le changement climatique prolonge ces périodes critiques, transformant deux mois de conditions difficiles en trois ou quatre mois d’épreuve pour la faune microscopique.

Les sédiments comme refuge temporaire et les pistes d’action

credit : saviezvousque.net (image IA)

Face à ces agressions environnementales, les sédiments fluviaux offrent une zone tampon partielle en fournissant des conditions de température et d’humidité plus stables que l’eau libre située au-dessus. Durant les périodes rigoureuses, ce refuge naturel permet aux communautés microbiennes de continuer à fonctionner, conférant ainsi aux rivières une certaine résilience.

Toutefois, cette protection possède des limites. « Ces résultats montrent des données prometteuses pour les rivières. Cependant, nous devons garder à l’esprit que, avec le changement climatique, ces conditions défavorables deviendront de plus en plus prolongées et que la capacité de refuge offerte par les sédiments est limitée, » avertit Aida Viza. La protection des champignons aquatiques exige donc des actions concrètes, telles que la restauration des arbres riverains et la limitation stricte des prélèvements d’eau en été.

Ces recommandations sont formellement documentées dans l’étude publiée par la revue scientifique Freshwater Biology. « Une telle action pourrait être, par exemple, d’augmenter l’ombre en restaurant les boisements riverains ou de prévenir l’extraction excessive d’eau, en particulier pendant l’été, » conclut Cayetano Gutiérrez, du Global Change Research Institute, soulignant que ces organismes silencieux nécessitent principalement de l’ombre, de l’eau, et des étés qui ne s’éternisent pas.

Selon la source : earth.com

Le changement climatique menace les champignons essentiels à la survie des rivières

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