Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, le mariage n’avait pratiquement rien à voir avec l’amour, mais tout à voir avec le pouvoir. Les royaumes avaient besoin d’alliances, il fallait mettre fin aux guerres, et le moyen le plus rapide de sceller un accord consistait à confier une fille ou une sœur à celui qui se trouvait assis de l’autre côté de la table des négociations. Dans de nombreux cas, il s’agissait d’adolescentes envoyées vivre parmi des étrangers dans une cour étrangère, dont on attendait qu’elles donnent naissance à des héritiers et ne causent aucun problème. Voici 20 mariages qui n’étaient en réalité que des manœuvres diplomatiques accompagnées d’une cérémonie de mariage.
1. Marie, reine d'Écosse, et François II de France
Marie fut envoyée en France à l’âge de cinq ans pour y être élevée aux côtés de son futur époux, le dauphin de France. Ce mariage avait pour but de lier l’Écosse à la France, et lorsque François mourut prématurément, Marie fut renvoyée en Écosse, un pays qu’elle connaissait à peine, veuve à dix-huit ans, couronnée mais sans ancrage.
2. Éléonore de Castille et Édouard Ier d'Angleterre
Éléonore avait treize ans lorsqu’elle épousa le futur Édouard Ier dans le cadre d’un traité visant à régler un différend territorial en Gascogne. Ils finirent par éprouver une véritable affection l’un pour l’autre, ce qui rend cette histoire inhabituelle. Mais au départ, il s’agissait d’une transaction, et les préférences d’Éléonore n’en faisaient pas partie.
3. Marie-Antoinette et Louis XVI de France
Marie-Antoinette avait quatorze ans lorsqu’elle fut envoyée d’Autriche en France pour sceller une alliance. À la frontière, on la dépouilla de son identité autrichienne, on lui changea de vêtements et on remplaça ses servantes. Elle arriva à Versailles comme une étrangère et passa le reste de sa vie à être tenue pour responsable d’une cour à laquelle elle n’avait jamais souhaité appartenir.
4. Isabelle de Valois et Richard II d'Angleterre
Isabelle avait six ans lorsqu’elle épousa Richard II, alors âgé de vingt-neuf ans, afin de garantir une trêve entre l’Angleterre et la France. Lorsque Richard fut destitué et mourut, elle fut renvoyée en France alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, veuve avant même d’avoir compris ce que le mariage était censé signifier.
5. Roxane et Alexandre le Grand
Roxana était une princesse bactrienne dont le père s’était rendu à Alexandre après un long siège. Certains historiens ont présenté ce mariage comme une histoire d’amour, mais il faut replacer les faits dans leur contexte : celui d’un peuple conquis et d’un conquérant cherchant à stabiliser son nouveau territoire. Quant à savoir si elle disposait d’une réelle liberté d’action dans cette situation, c’est une question à laquelle les sources n’apportent pas vraiment de réponse.
6. Bérengère de Navarre et Richard Ier d'Angleterre
On considère généralement que Richard Ier ne s’intéressait pas aux femmes, ce qui fit de son mariage avec Bérengère une union bien morne pour elle. Les deux époux ne passèrent pratiquement aucun moment ensemble ; elle ne mit jamais les pieds en Angleterre pendant son règne et lui survécut, veuve et dépourvue de toute influence.
7. Catherine d'Aragon et Arthur, prince de Galles
Catherine avait seize ans lorsqu’elle arriva en Angleterre pour épouser Arthur, âgé de quinze ans ; tous deux n’étaient que les pions d’une alliance diplomatique entre l’Espagne et l’Angleterre. Arthur mourut cinq mois plus tard, et Catherine passa des années dans l’incertitude avant d’être promise au mariage avec son frère cadet, Henri.
8. Anne de Clèves et Henri VIII d'Angleterre
Henri VIII accepta d’épouser Anne en grande partie sur la base d’un portrait flatteur. À son arrivée, il la trouva peu attirante et en fit porter la responsabilité au peintre. Anne avait été envoyée depuis un duché allemand afin de sceller une alliance protestante. Elle négocia son annulation avec habileté et finit par s’en sortir mieux que plusieurs de ses successeurs.
9. Blanche de Castille et Louis VIII de France
Blanche avait douze ans lorsqu’elle fut envoyée d’Espagne pour épouser le futur Louis VIII, choisie parce qu’elle était la petite-fille d’Aliénor d’Aquitaine et qu’elle pouvait contribuer à régler un litige de succession en Angleterre. Elle devint l’une des régentes les plus compétentes de l’histoire de France, ce que personne n’avait prévu.
10. Hatchepsout et Thoutmôsis II d'Égypte
Hatchepsout fut mariée à son demi-frère Thoutmôsis II afin de maintenir la succession royale au sein de la lignée, une pratique courante au sein de la famille royale égyptienne. Elle finit par devenir pharaon à son tour, ce qui était nettement moins courant.
11. Agrippine la Jeune et l'empereur Claude
Agrippine était la nièce de Claude lorsqu’elle l’épousa, ce qui obligea le Sénat romain à adopter une loi spéciale autorisant les mariages entre oncle et nièce. Elle orchestra cette union afin d’assurer la succession à son fils Néron. Cela ne se termina pas bien pour Claude.
12. Margaret Beaufort et Edmund Tudor
Margaret avait douze ans lorsqu’elle épousa Edmund Tudor, âgé de vingt-quatre ans, qui mourut l’année suivante alors qu’elle était enceinte. Elle donna naissance au futur Henri VII à l’âge de treize ans, un accouchement si difficile qu’il l’empêcha probablement d’avoir d’autres enfants.
13. Urraca de Castille et Alphonse Ier d'Aragon
Urraca était veuve et reine régnante lorsqu’elle fut contrainte d’épouser Alphonse d’Aragon afin de stabiliser la situation politique dans la péninsule ibérique. Elle trouva ce mariage insupportable, et le couple finit par se séparer, passant des années à se disputer leurs territoires respectifs. C’est l’un des exemples les plus frappants de l’histoire où une alliance forcée s’est retournée contre ses auteurs.
14. Philippa de Hainaut et Édouard III d'Angleterre
Philippa fut choisie parmi plusieurs de ses sœurs comme l’épouse la plus appropriée pour le futur Édouard III, sur la base de critères purement politiques. Elle et Édouard semblaient s’entendre à merveille, mais ses sentiments à l’égard de cette union n’avaient pas été pris en compte lors des négociations initiales.
15. Marie Ire d'Angleterre et Philippe II d'Espagne
Marie avait trente-sept ans et Philippe vingt-six lorsqu’ils se marièrent, une union très impopulaire en Angleterre car elle risquait d’entraîner le pays dans la politique étrangère espagnole. Philippe y passait très peu de temps et considérait ce mariage comme un devoir. Marie mourut sans avoir donné naissance à l’héritier que cette alliance était censée produire.
16. Anne de Bretagne et plusieurs rois de France
Anne épousa Maximilien d’Autriche par procuration en 1490, mais fut contrainte par Charles VIII de France d’annuler ce mariage pour l’épouser à sa place. À la mort de Charles, elle fut obligée d’épouser son successeur, Louis XII. Elle passa sa vie d’adulte à être ballottée entre différents souverains qui cherchaient à exercer leur emprise sur la Bretagne.
17. Catherine la Grande et Pierre III de Russie
Catherine était une princesse allemande de rang mineur lorsqu’elle fut choisie pour épouser l’héritier du trône de Russie. Elle se convertit, apprit le russe et passa des années à évoluer au sein d’une cour qui la considérait comme une étrangère. Pierre III s’avéra être un souverain capricieux et hostile, et elle finit par le faire destituer.
18. L'impératrice Joséphine et Napoléon Bonaparte
Napoléon courtisa Joséphine avec insistance et celle-ci accepta en grande partie parce que sa situation financière était précaire après la Révolution. Lorsqu’elle ne parvint pas à lui donner un héritier, il divorça pour épouser Marie-Louise d’Autriche, une union explicitement dynastique dans laquelle Marie-Louise n’avait absolument pas son mot à dire.
19. Marguerite d'Autriche et ses nombreux maris
Marguerite d’Autriche fut fiancée à l’âge de trois ans, se maria et devint veuve à deux reprises avant d’avoir vingt-quatre ans, et fut utilisée comme pion diplomatique à tant de reprises qu’elle finit par demander à être définitivement écartée du marché matrimonial. Elle passa le reste de sa vie à exercer avec brio ses fonctions de régente.
20. Nur Jahan et l'empereur Jahangir de l'Empire moghol
Nur Jahan était veuve lorsqu’elle épousa Jahangir et devint sans doute la personne la plus puissante de la cour moghole, dirigeant de fait l’empire tandis que son mari luttait contre la dépendance. Cela nous rappelle que les femmes utilisées comme monnaie d’échange diplomatique étaient parfois bien plus compétentes que les hommes qui décidaient de leur sort.