Un arsenal diversifié de drones de frappe longue portée
Les types de drones concernés par le programme de production aux Pays-Bas incluent des drones longue portée et à portée moyenne. Les modèles associés au programme Build with Ukraine comprennent le Lyuty, l’UJ-22 Airborne, le Bober et un drone à propulsion par réacteur utilisé dans les frappes en profondeur sur la Russie. Ces appareils représentent différents segments du spectre opérationnel : surveillance, frappe de précision, frappe longue portée sur infrastructures.
Le drone Lyuty — le terme signifie « sauvage » ou « féroce » en ukrainien — est un drone de frappe développé pour des missions en profondeur. L’UJ-22 Airborne est un système de drone aérien polyvalent capable de missions de reconnaissance et de frappe. Le Bober (le castor) est un drone de frappe lourd capable de transporter des charges militaires significatives. Ces systèmes, développés et perfectionnés sur le champ de bataille ukrainien, ont prouvé leur valeur dans des conditions de combat réelles — un avantage concurrentiel qu’aucun laboratoire ne peut simuler.
La diversification par rapport à la production en Grande-Bretagne
Cette initiative aux Pays-Bas complète un programme similaire déjà lancé en Grande-Bretagne. Cette diversification géographique est délibérée : produire dans plusieurs pays européens réduit les risques de goulots d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement, augmente le volume total de production, et crée un réseau industriel distribué plus difficile à perturber pour l’adversaire. Elle signale aussi que le modèle Build with Ukraine est reproductible — d’autres pays pourraient rejoindre ce réseau dans les mois à venir.
Fedorov a déclaré : «La technologie ukrainienne et l’expérience du champ de bataille aident nos partenaires à s’adapter plus rapidement aux défis de la guerre moderne. En parallèle, le soutien des alliés nous permet de multiplier des solutions qui ont déjà prouvé leur efficacité sur le champ de bataille.» Cette formulation est importante : ce n’est pas une relation de bénéficiaire à donateur. C’est un échange de valeur réciproque.
Le Bober, le Lyuty, l’UJ-22. Ces noms d’animaux et d’adjectifs ukrainiens portent quelque chose d’artisanal et de déterminé. Ces drones ne sont pas sortis de laboratoires de Lockheed Martin avec des milliards de budget. Ils ont émergé d’une nécessité absolue, conçus par des ingénieurs dont les villes étaient bombardées pendant qu’ils travaillaient. Ce contexte de création leur donne une légitimité que nulle spécification militaire ne peut remplacer.
L'accord de défense bilatéral Ukraine-Pays-Bas : au-delà des drones
Un accord-cadre pour la coopération en défense innovation
Parallèlement au programme de production de drones, l’Ukraine a signé un accord de coopération en matière de défense avec les Pays-Bas, axé sur «l’avancement de l’innovation de défense et le renforcement de la collaboration entre les fabricants d’armements ukrainiens et néerlandais». Cet accord prévoit également le développement conjoint de missiles et de capacités de guerre électronique pour renforcer la préparation des deux nations.
Cette extension vers les missiles et la guerre électronique signale l’ambition stratégique du partenariat : ne pas se limiter aux drones, mais construire une architecture de défense bilatérale intégrée. La guerre électronique est devenue un domaine d’une importance critique dans le conflit ukrainien — les contre-mesures électroniques russes cherchent à brouiller les communications et les systèmes de navigation des drones ukrainiens, et l’Ukraine a développé des capacités de contre-contre-mesures remarquables que ses partenaires souhaitent désormais co-développer.
Les Pays-Bas comme partenaire stratégique de premier plan
Fedorov a qualifié les Pays-Bas de pays qui fournit non seulement «un des plus grands volumes d’aide militaire» mais aussi «certains des soutiens de la plus haute qualité parmi tous les partenaires internationaux de l’Ukraine». Cette reconnaissance n’est pas gratuite — les Pays-Bas ont notamment contribué aux coalitions Patriot et F-16, fourni des systèmes d’artillerie et de défense aérienne, et s’engagent maintenant dans une relation industrielle profonde. Le paquet de soutien de 500 millions d’euros mentionné par Fedorov comprend 250 millions pour la fourniture de drones aux forces de défense ukrainiennes et 250 millions pour la procurement d’armes américaines sous le mécanisme PURL.
Cette double mise — investissement dans la production ukrainienne ET achat d’armes américaines pour l’Ukraine — illustre la sophistication de l’approche néerlandaise. Amsterdam ne choisit pas entre les fournisseurs ; il multiplie les vecteurs d’aide pour maximiser l’impact sur le terrain ukrainien. C’est la politique de défense alliée dans sa forme la plus efficace.
Les Pays-Bas et l’Ukraine co-développant des missiles et des systèmes de guerre électronique. Il y a dix ans, cette phrase aurait appartenu à de la science-fiction. Aujourd’hui, c’est un accord signé. Ce que la guerre en Ukraine a produit d’inattendu, c’est une accélération de l’intégration industrielle de défense européenne que vingt ans de politiques communes n’avaient pas réussi à accomplir.
L'initiative Build with Ukraine : le modèle danois amplifié
Du modèle danois à l’architecture européenne
Le programme Build with Ukraine s’inscrit dans ce que Euromaidan Press appelle le «modèle danois» : plutôt que de livrer des équipements danois à l’Ukraine, le Danemark avait inauguré la pratique de financer directement la production de défense ukrainienne. En novembre 2025, le Danemark avait engagé 188 millions d’euros via ce modèle. Le Canada avait porté sa contribution via ce modèle à environ 190 millions de dollars canadiens d’ici février 2026. La Suède et la Norvège ont suivi.
Mais c’est l’UE qui a véritablement changé d’échelle. Le 30 juin 2026, l’Union européenne a versé 3,9 milliards d’euros à l’Ukraine — la première tranche défense de sa première tranche du prêt de soutien de 90 milliards d’euros. Cette somme est «restreinte à la production de drones ukrainiens, aux capacités industrielles de défense et aux approvisionnements urgents pour le front». La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a déclaré : «L’ingéniosité de l’Ukraine est au cœur de son succès à résister à l’invasion à grande échelle de la Russie. Une ingéniosité que nous voulons soutenir.»
La production nationale ukrainienne : de 70 % à 90 %
Ces investissements produisent des résultats mesurables. L’industrie de défense ukrainienne produit maintenant 90 % de ses nouvelles armes autorisées, contre 70 % un an auparavant. Plus de 400 unités de combat ukrainiennes ont commandé plus de 500 000 drones et équipements via la plateforme Brave1 Market. L’UE avait également versé 3,2 milliards d’euros en soutien macro-financier général la semaine précédente. Ces flux de financement massifs et directs vers la production de défense représentent un changement de paradigme dans la façon dont l’Occident soutient l’Ukraine.
Le total disbursé sous le prêt de soutien de l’UE atteignait plus de 7 milliards d’euros après ces versements, sur une enveloppe 2026 de 45 milliards d’euros dont 28,3 milliards dédiés aux capacités industrielles de défense ukrainiennes. Ces chiffres sont d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de la défense européenne.
28,3 milliards d’euros pour les capacités industrielles de défense ukrainiennes en 2026. Si vous aviez dit cela à un responsable du Conseil européen en 2020, il vous aurait regardé avec des yeux ronds. Ce qui était impensable est devenu la politique officielle de l’Union. La Russie a réussi quelque chose que Bruxelles n’avait pas accompli en vingt ans de politique de défense commune : rendre urgente et réelle la défense européenne collective.
La stratégie ukrainienne de délocalisation industrielle
Produire hors d’Ukraine pour produire plus
La décision de produire aux Pays-Bas — et en Grande-Bretagne — répond à une logique défensive évidente. Les usines de production de drones sur le territoire ukrainien sont des cibles permanentes des frappes russes. Les 3 000 frappes par jour en moyenne documentées par l’État-major ukrainien pour la journée du 1er juillet 2026 incluent des attaques sur les infrastructures industrielles. Délocaliser une partie de la production préserve la continuité de la chaîne d’approvisionnement contre les tentatives russes de la démanteler.
C’est la même logique qui a conduit les démocraties alliées à déplacer des parties de leur production industrielle pendant la Seconde Guerre mondiale — hors d’atteinte des bombardiers ennemis. L’Ukraine, contrainte par les réalités de la guerre, découvre et applique ces principes en temps réel, avec une agilité remarquable pour un pays en état de guerre.
L’objectif à long terme : une base industrielle de défense ukrainienne intégrée à l’Europe
La vision derrière Build with Ukraine dépasse la seule guerre actuelle. Elle vise à intégrer l’industrie de défense ukrainienne dans l’écosystème industriel européen de façon durable. Que le conflit prenne fin dans six mois ou dans deux ans, les usines aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne continueront de produire. Les accords de co-développement de missiles et de guerre électronique continueront d’avancer. Les partenariats industriels établis pendant la guerre deviendront la base d’une intégration plus profonde dans le marché de défense de l’UE.
Cette perspective est cruciale pour l’avenir de l’Ukraine. Un pays dont l’industrie de défense est intégrée à l’Europe a une garantie de sécurité supplémentaire qui dépasse les traités formels. L’interdépendance industrielle crée des incitations mutuelles à la défense collective que les articles de traités seuls ne peuvent pas garantir.
L’intégration industrielle comme garantie de sécurité — c’est une leçon que l’Europe elle-même a apprise après 1945. Le projet européen a débuté par la CECA, la Communauté européenne du charbon et de l’acier : créer des interdépendances économiques pour rendre la guerre impensable. Intégrer l’Ukraine industriellement à l’Europe, c’est appliquer cette leçon à la situation actuelle. C’est de la sagesse historique habillée en politique industrielle.
La guerre des drones sur le front : pourquoi l'augmentation de production est urgente
Les chiffres du front qui expliquent l’urgence
Pour comprendre l’urgence du programme de production aux Pays-Bas, il faut regarder les chiffres du front. Le 29 juin 2026, la Russie a déployé 9 618 drones kamikazes en une seule journée. Le lendemain, 9 801. Ce déluge de drones — plus de 400 par heure en moyenne — est la raison pour laquelle l’Ukraine a besoin d’une capacité de production qui corresponde à ce rythme d’utilisation. Les drones sont devenus le principal vecteur de la guerre de terreur russe, mais aussi le principal outil de la contre-offensive ukrainienne.
Les drones ukrainiens ne servent pas seulement à se défendre contre les Shahed russes. Ils frappent des dépôts logistiques russes, des postes de commandement, des systèmes de défense aérienne. Depuis le début de l’année 2026, l’Ukraine a détruit près de 200 systèmes de défense aérienne russes — dont 31 en juin seul — majoritairement par des frappes de drones. Le 30 juin, les contre-frappes ukrainiennes incluaient la destruction de six postes de contrôle de drones russes. Cette cadence de destruction ciblée requiert un volume massif de drones opérationnels.
La course à la production : intercepteurs, drones de frappe, drones longue portée
L’Ukraine a doublé son parc de drones intercepteurs en 2026 par rapport à 2025. Au moins 29 entreprises ukrainiennes sont désormais licenciées pour la production en série d’intercepteurs. Les commandes pour des systèmes comme l’Octopus atteignent 8 000 unités. La compagnie General Cherry a réalisé 11 473 frappes en mars 2026 seul, détruisant 43 % des drones Molniya russes. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la demande opérationnelle en drones.
Pour maintenir ce rythme et l’amplifier, la production aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne est essentielle. Elle permet d’augmenter le volume global disponible sans dépendre uniquement des capacités de production sur le sol ukrainien. C’est une diversification de la chaîne d’approvisionnement avec un bénéfice direct immédiat sur le terrain.
Neuf mille huit cents drones russes en une journée. Pour y répondre, l’Ukraine doit produire des milliers de drones chaque semaine. Cette équation industrielle m’obsède. Elle devrait obseder chaque dirigeant occidental. La production de drones aux Pays-Bas n’est pas une annonce diplomatique sympathique — c’est une réponse industrielle à une attaque industrielle. Le front se joue aussi dans les usines.
L'impact sur l'économie de guerre russe : frappes sur les raffineries et pression systémique
Les drones ukrainiens longue portée contre les infrastructures russes
Les drones ukrainiens de longue portée — dont une partie sera bientôt produite aux Pays-Bas — jouent un rôle crucial dans la campagne de frappe sur les infrastructures économiques russes. Les frappes sur les raffineries russes ont mis hors service 50 % des capacités de raffinage russes selon les analyses compilées par Euromaidan Press. Ces frappes créent des pénuries domestiques de carburant en Russie, réduisent les recettes pétrolières de Moscou et compliquent l’approvisionnement des forces armées russes en carburant.
Le 3 juin 2026, un missile Neptune avait mis hors service deux unités de distillation primaires à la raffinerie de Novoshakhtinsk dans l’oblast de Rostov. Les drones longue portée ukrainiens ont frappé d’autres raffineries, des terminaux pétroliers, des dépôts de carburant. Cette campagne systématique sur les infrastructures énergétiques russes constitue l’un des fronts les plus efficaces de la guerre — celui qui pénètre directement dans l’économie civile russe et affecte la capacité de Moscou à financer et alimenter sa machine de guerre.
L’économie russe sous pression croissante
L’industrie de raffinage russe ne représente qu’un des secteurs touchés. Les frappes ukrainiennes ont ciblé des usines d’armement, des centres logistiques, des infrastructures ferroviaires. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2026, un drone ukrainien frappait l’Institut de recherche scientifique de Penza, fabricant de capteurs pour les missiles Iskander, Kalibr et Kh-101, ainsi que des composants pour les avions militaires russes. En privant l’armée russe de ses capacités de production de capteurs de précision, l’Ukraine attaque la chaîne d’approvisionnement des armes qui frappent ses propres villes.
La Russie a répondu à ces succès ukrainiens par la manipulation statistique — ses fonctionnaires ont, selon le chef du renseignement suédois Thomas Nilsson, «manipulé les statistiques pour dissimuler l’impact de quatre années de guerre sur la croissance économique et l’inflation». Derrière ces chiffres maquillés, la pression économique est réelle et croissante.
L’Ukraine frappe les raffineries russes avec des drones produits à Kharkiv, Dnipro ou Kyiv. Bientôt, certains de ces drones seront produits à Rotterdam ou à Birmingham. Il y a dans cette géographie quelque chose qui dépasse la simple logistique militaire — c’est la solidarité industrielle de l’Europe libre contre la barbarie organisée de l’Est. Cette solidarité produit des effets réels sur les files d’attente aux pompes à essence russes.
Les défis du programme : propriété intellectuelle, transfert technologique, formation
Les questions non résolues de la co-production
Le programme Build with Ukraine soulève des questions pratiques complexes que les communiqués officiels ne détaillent pas complètement. La question de la propriété intellectuelle des technologies de drones ukrainiennes — développées avec des fonds publics ukrainiens mais améliorées grâce à des fonds et partenariats occidentaux — n’est pas encore pleinement résolue dans le cadre légal européen. Les conditions de transfert technologique, les règles d’exportation applicables aux drones produits aux Pays-Bas à des tiers, et les mécanismes de révision des conditions d’un accord initialement conçu pour les besoins de la guerre — tout cela devra être formalisé.
La formation du personnel est un autre défi concret. Les techniciens néerlandais devront être formés sur des systèmes ukrainiens — une inversion du sens habituel du transfert technologique dans les partenariats de défense. Cette formation nécessite du temps, de la présence ukrainienne aux Pays-Bas, et potentiellement des traductions de documentation technique actuellement disponible uniquement en ukrainien. Ces défis logistiques sont surmontables mais requièrent une planification rigoureuse.
Les garanties de qualité et la standardisation
Un autre défi concerne la standardisation et le contrôle qualité. Les drones ukrainiens ont été développés dans un environnement industriel d’urgence de guerre — parfois avec des standards moins formalisés que ceux requis par les processus d’acquisition de défense européens. Adapter ces processus de production aux exigences de l’industrie néerlandaise sans perdre la flexibilité et la rapidité qui font le succès de la production ukrainienne sera un équilibre délicat à maintenir.
Ces défis ne remettent pas en cause la validité ou l’importance du programme. Ils signalent simplement que l’annonce du 30 juin 2026 est le début d’un processus, pas sa conclusion. Le succès du programme Build with Ukraine aux Pays-Bas se mesurera dans les livraisons réelles de drones aux forces ukrainiennes dans les prochains mois — et dans les éventuelles commandes de pays tiers qui prouveront la valeur commerciale et stratégique de ce modèle.
Il faut nommer les défis sans les laisser étouffer l’enthousiasme légitime pour ce programme. La propriété intellectuelle, la formation, la standardisation — ce sont des problèmes réels. Mais ce sont des problèmes de gens qui travaillent ensemble, pas d’adversaires. La bonne foi des deux côtés est évidente. Et dans les partenariats de défense, la bonne foi compte autant que les clauses contractuelles.
La diplomatie du drone : Estonie, Japon, Taïwan, Australie
L’Ukraine comme exportateur de savoir-faire militaire
La production aux Pays-Bas est une facette d’une stratégie diplomatique plus large que l’Ukraine déploie depuis mi-2026 : transformer son savoir-faire en drone en actif diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères estonien a déclaré en juin 2026 que «les drones ukrainiens déployés dans l’OTAN valent le prix de la défaite russe» — une formulation qui reconnaît explicitement la valeur stratégique des transferts de technologie de drones ukrainiens. Le Japon a lancé une collaboration avec des startups ukrainiennes pour développer des drones intercepteurs comme le Terra A1, testé en Ukraine depuis avril 2026.
Le 29 juin 2026, le ministre des Affaires étrangères ukrainien Andrii Sybiha débutait une tournée en Asie de l’Est — Japon, Corée du Sud, Taïwan — pour transformer l’Ukraine d’un pays bénéficiaire d’aide en partenaire stratégique. La technologie de drones et l’expérience de guerre au centre de cette diplomatie nouvelle. L’Ukraine est en train de construire un réseau d’alliances technologiques qui dépasse le seul conflit actuel.
Le programme néerlandais comme modèle exportable
Le programme Build with Ukraine aux Pays-Bas pourrait devenir un modèle pour d’autres pays alliés. L’Australie, qui développe ses propres capacités en drones, l’Allemagne qui cherche à reconstruire son industrie de défense, la Pologne qui investit massivement dans sa défense — tous ces pays pourraient bénéficier d’accords similaires avec l’Ukraine. Le savoir-faire ukrainien en matière de drones de combat — le plus avancé au monde en conditions réelles — est une ressource que l’ensemble de l’Occident a intérêt à intégrer dans ses propres doctrines et capacités industrielles.
La déclaration de Gdańsk du 25 juin 2026 appelait explicitement à «resserrer la coopération gouvernementale et industrielle de défense avec l’Ukraine, en particulier dans les technologies de drones et anti-drones». Le programme néerlandais en est la concrétisation la plus avancée à ce jour — et probablement le précurseur d’un réseau de production distribué qui couvrira plusieurs pays européens dans les deux prochaines années.
L’Ukraine est en train de faire quelque chose que peu de pays ont réussi dans l’histoire : transformer une guerre défensive en levier diplomatique global. La technologie de drones ukrainienne est devenue une monnaie d’échange avec Tokyo, Amsterdam, Londres, Ottawa. C’est de la géopolitique de guerre — menée avec une sophistication qui aurait fait honneur à des pays avec des décennies de tradition diplomatique.
La chaîne de valeur du drone : composants, logiciels, intelligence artificielle
Au-delà de l’assemblage : la chaîne complète des sous-composants
La production de drones aux Pays-Bas ne sera pas uniquement de l’assemblage. L’accord de coopération bilatérale inclut une intégration étroite des technologies et des bases industrielles ukrainienne et néerlandaise. Cela soulève une question cruciale : quelle part des composants sera produite localement aux Pays-Bas et quelle part viendra de l’Ukraine ou d’autres sources ? La dépendance de l’industrie de drones ukrainienne à des composants électroniques chinois — une réalité reconnue dans les analyses sur la diplomatie du drone en Asie — constitue un point de vigilance.
L’accord prévoit également un volet guerre électronique dont les composants logiciels sont au cœur de l’efficacité des drones modernes. Les Ukrainiens ont développé des systèmes de détection et de brouillage de drones particulièrement sophistiqués. Intégrer ces capacités logicielles dans un cadre de production européen implique des questions de sécurité des données et de protection des secrets industriels qui devront être gérées avec rigueur.
L’intelligence artificielle dans les systèmes de drones
La prochaine génération de drones — dont certains seront probablement développés dans le cadre du partenariat ukraino-néerlandais — intégrera des capacités d’intelligence artificielle pour la navigation autonome, la détection de cibles et les contre-mesures électroniques. L’Ukraine est à la pointe du développement de ces systèmes, testés en conditions de combat réelles que nul laboratoire ne peut simuler. Le partenariat avec les Pays-Bas — pays avec une forte tradition d’excellence en ingénierie de précision — pourrait accélérer significativement ces développements.
Cette dimension IA est particulièrement sensible car elle touche aux questions de responsabilité humaine dans les décisions de tir — un sujet qui fera l’objet de régulations internationales croissantes. L’accord bilatéral devra intégrer des garde-fous éthiques et légaux qui correspondent aux standards européens tout en preservant l’efficacité opérationnelle des systèmes sur le champ de bataille.
L’intelligence artificielle dans les drones de combat — voilà un sujet sur lequel je dois admettre une vraie incertitude. Je ne sais pas avec précision où se situent les limites éthiques que ce partenariat devra respecter. Ce que je sais : l’Ukraine est le seul laboratoire de guerre réelle pour ces technologies. Et ce laboratoire, il faut le soutenir tout en s’assurant que les règles du droit international humanitaire s’appliquent. Ce n’est pas une contradiction — c’est une obligation.
Le signal envoyé à Moscou : la production ukrainienne est hors d'atteinte
La signification stratégique de produire hors d’Ukraine
La décision de produire des drones ukrainiens aux Pays-Bas envoie un signal stratégique clair à Moscou : les capacités de production ukrainiennes ne peuvent plus être totalement neutralisées par des frappes sur le territoire ukrainien. Les usines à Rotterdam ou dans d’autres villes néerlandaises sont hors de portée des missiles russes et des drones kamikazes. Cette garantie de continuité de production change les calculs russes sur l’efficacité des frappes contre l’industrie de défense ukrainienne.
C’est la même logique que l’implication de la Corée du Nord dans le conflit — Moscou a cherché des sources d’approvisionnement en obus hors d’atteinte des contre-frappes ukrainiennes. L’Ukraine répond avec la même logique, mais dans le sens inverse : ses alliés deviennent des nodes de production distribués que l’adversaire ne peut pas frapper. C’est la guerre industrielle du XXIe siècle.
La pression sur la décision russe de continuer
Ce programme de production délocalisée s’ajoute aux autres facteurs qui compliquent le calcul russe sur la durée de la guerre. Le taux d’avancée russe a chuté de 77 % en moins d’un an. Les 200 systèmes de défense aérienne russes détruits depuis janvier fragilisent la protection des forces russes. Les raffineries en feu réduisent les recettes de l’État russe. Et maintenant, la base industrielle qui produit les armes ukrainiennes s’étend géographiquement hors de portée. La combinaison de ces facteurs doit peser dans les discussions au sein du commandement militaire russe sur la soutenabilité à long terme de cette guerre.
Mais je dois rester honnête : cette pression n’est pas encore suffisante pour forcer un changement de cap russe à court terme. Poutine a montré une capacité à absorber des coûts qui défient les prévisions conventionnelles. La durée de cette guerre reste une inconnue. Ce que le programme Build with Ukraine garantit, c’est que plus le temps passe, plus les capacités ukrainiennes augmentent — et plus le calcul russe se dégrade.
Le temps joue contre Poutine — si l’Occident tient. C’est le conditionnel qui me préoccupe. La production néerlandaise de drones est une bonne nouvelle. La persistance du soutien occidental sur dix-huit mois, vingt-quatre mois, trente-six mois — c’est là que se jouera l’issue. Les démocraties ont la mémoire courte et les cycles électoraux impitoyables. Ce programme doit survivre aux alternances politiques des capitales alliées.
Le volet missiles et guerre électronique : la suite logique
Co-développer des missiles : une étape majeure
L’accord bilatéral Ukraine-Pays-Bas prévoit également le développement conjoint de missiles — une dimension qui dépasse largement les drones et positionne ce partenariat comme l’un des plus ambitieux de l’histoire récente de la défense européenne. Si ce volet se concrétise, les Pays-Bas deviendraient co-développeurs d’armements offensifs avec l’Ukraine — un précédent remarquable pour un pays qui, avant 2022, n’avait pas de tradition de co-développement d’armes avec des partenaires hors de l’OTAN.
Ce volet missile du partenariat s’inscrit dans le même mouvement que le mémorandum entre MBDA et le Bureau Luch pour le Neptune 2, ou les fournitures de Storm Shadow à l’Ukraine. L’industrie de défense européenne reconnaît que les technologies ukrainiennes — développées et testées dans les conditions les plus dures qui soient — ont une valeur qu’il serait absurde de ne pas capitaliser. Le co-développement crée des synergies industrielles qui bénéficieront à la fois à l’Ukraine en temps de guerre et à l’Europe en temps de paix.
La guerre électronique : un domaine en révolution
Le volet guerre électronique du partenariat néerlandais mérite une attention particulière. Le conflit en Ukraine a produit une révolution dans ce domaine — les contre-mesures électroniques russes (brouillage GPS, perturbation des communications, neutralisation des liaisons de données des drones) ont forcé les Ukrainiens à développer des systèmes de contre-contre-mesures d’une sophistication remarquable. Ces avancées ukrainiennes en guerre électronique sont documentées et reconnues comme parmi les plus avancées au monde dans les conditions de combat réel.
Intégrer ces capacités de guerre électronique ukrainiennes dans un cadre de co-développement néerlandais permettrait à l’Europe de renforcer ses propres défenses contre les stratégies hybrides russes — le brouillage de systèmes civils, la perturbation des communications, les cyberattaques. Ce qui se teste sur le champ de bataille ukrainien aujourd’hui deviendra demain la doctrine de défense électronique de l’ensemble de l’OTAN.
La guerre électronique est le domaine dont on parle le moins dans les médias grands publics et que les militaires considèrent comme l’un des plus déterminants. L’Ukraine a appris à se battre dans un environnement de brouillage intense, de leurres électroniques et de cyberattaques permanentes. Ce savoir-faire, que les Pays-Bas veulent co-développer, vaut des milliards. Et il devrait intéresser chaque membre de l’OTAN qui se prépare à la même menace.
Conclusion : le modèle Build with Ukraine comme vision d'avenir
Ce que ce programme dit de la solidarité stratégique occidentale
Le programme Build with Ukraine aux Pays-Bas représente la maturité d’une relation d’alliance qui a mûri depuis les premières livraisons de casques et de gilets pare-balles de 2021. En quatre ans, le soutien occidental à l’Ukraine est passé du humanitaire au militaire, puis du militaire à l’industriel. Cette progression signale une compréhension croissante que le soutien à l’Ukraine n’est pas de la charité — c’est un investissement dans la sécurité collective de l’Occident.
Fedorov l’a dit clairement : «C’est un investissement dans la capacité industrielle de défense de l’Europe et dans notre sécurité commune.» Cette formulation est exacte et importante. Les drones produits aux Pays-Bas sous licence ukrainienne ne sont pas seulement des armes pour la guerre actuelle. Ils sont les prototypes d’une industrie de défense européenne intégrée qui sera meilleure, plus agile et plus capable qu’avant cette guerre.
L’Ukraine comme partenaire, pas comme assisté
Le changement de paradigme fondamental que représente Build with Ukraine est le passage du statut d’assisté à celui de partenaire. L’Ukraine n’est plus seulement un pays qui reçoit des armes — elle est un pays qui apporte des technologies, des brevets et un savoir-faire que ses alliés veulent co-développer. Cette transformation a des implications profondes pour l’avenir des relations Ukraine-UE : un pays dont les technologies militaires sont intégrées dans l’industrie européenne est un candidat à l’adhésion autrement plus crédible qu’un simple bénéficiaire d’aide.
Le 30 juin 2026, l’Ukraine était simultanément sous les bombes russes, en train de recevoir 3,9 milliards d’euros de l’UE pour ses drones, et en train de lancer une production de ses propres systèmes aux Pays-Bas. Cette triple réalité — la guerre, le financement, la production délocalisée — dit tout de ce qu’est devenue l’Ukraine : un pays qui se bat, innove et construit son avenir en même temps. C’est une forme de courage que peu de nations auraient pu maintenir.
Sous les bombes et simultanément en train de lancer une production industrielle en Europe. Je n’ai pas les mots pour pleinement rendre justice à ce qu’accomplit l’Ukraine. Je sais seulement que chaque fois que quelqu’un dit « l’Ukraine ne peut pas tenir », ce genre d’annonce — précise, industrielle, stratégique — lui répond plus efficacement que n’importe quel discours.
Les 3,9 milliards de l'UE : l'ampleur inédite du soutien financier à la défense ukrainienne
La tranche la plus importante jamais versée pour la défense d’un pays tiers
Le versement de 3,9 milliards d’euros le 30 juin 2026 — première tranche défense du Prêt de soutien à l’Ukraine de 90 milliards — représente le plus grand versement unique jamais effectué par l’UE pour la défense d’un pays tiers. Cette somme, strictement dédiée à la «production de drones ukrainiens, aux capacités industrielles de défense et aux approvisionnements urgents pour le front», est gérée par l’Ukraine sous la supervision de Bruxelles. Elle s’inscrit dans une enveloppe 2026 de 45 milliards dont 28,3 milliards dédiés aux capacités industrielles de défense.
Ce financement à cette échelle rend le programme Build with Ukraine aux Pays-Bas non seulement possible mais pérenne. L’Ukraine ne dépend pas uniquement de l’aide bilatérale variable des États membres — elle dispose d’un flux de financement institutionnel stable, issu d’un mécanisme voté par le Parlement européen et le Conseil. Cette architecture financière est l’une des innovations institutionnelles les plus importantes de la réponse européenne à la guerre en Ukraine.
L’utilisation des fonds : ce que financera cette tranche
Les 3,9 milliards d’euros serviront à financer des commandes de drones via la plateforme Brave1 Market, des investissements dans les capacités industrielles ukrainiennes, et les approvisionnements urgents pour le front. Une partie de ces fonds financera probablement la mise en place de la ligne de production aux Pays-Bas, le transfert technologique associé, et les contrats de production initiaux. La traçabilité de ces fonds — assurée par les mécanismes de vérification de Bruxelles — est essentielle pour maintenir la confiance des pays qui ont consenti à se faire co-emprunter pour financer ce prêt (à l’exception de la République tchèque, de la Hongrie et de la Slovaquie qui ont choisi de ne pas participer à l’emprunt commun).
Le ministre Fedorov a été clair sur l’utilisation : «Ces ressources seront investies directement dans l’expansion de la production de défense ukrainienne — en multipliant les drones et autres capacités critiques pour nos Forces de défense.» Le programme aux Pays-Bas est l’expression concrète de cette vision : multiplier les drones en diversifiant les sites de production.
28,3 milliards pour les capacités industrielles de défense ukrainiennes. C’est presque trois fois le budget annuel de défense de la Belgique. Si l’Europe investit ces sommes efficacement, dans les bonnes technologies, avec les bonnes procédures, cette guerre marquera le début d’une industrie de défense européenne enfin digne de ce nom. Sinon, ce sera de l’argent bien dépensé pour sauver l’Ukraine — et mal dépensé pour l’avenir de la défense européenne. Le diable est dans les détails de l’exécution.
Conclusion : une transformation industrielle qui dépasse la guerre
Le legs du programme Build with Ukraine pour l’après-guerre
Quand cette guerre prendra fin — sous quelque forme que ce soit — le programme Build with Ukraine aura laissé une empreinte durable dans l’industrie de défense européenne. Des usines de drones aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Des brevets et savoir-faire ukrainiens intégrés dans des processus industriels européens. Des accords de co-développement de missiles et de guerre électronique. Des réseaux humains entre ingénieurs ukrainiens, néerlandais et britanniques. Ces legs survivront au conflit et constitueront la base d’une industrie de défense européenne transformée.
Ce legs est précieux indépendamment du résultat final de la guerre — même si je demeure convaincu que l’Ukraine gagnera, c’est-à-dire préservera son existence comme nation souveraine aux frontières reconnues internationalement. Les coopérations industrielles établies pendant les guerres ont souvent produit les innovations les plus durables de l’histoire de la technologie. Le programme Build with Ukraine est en train d’écrire l’un de ces chapitres.
Le message final : innover sous les bombes est la dignité ultime
La capacité de l’Ukraine à innover, à construire des partenariats industriels, à piloter sa propre stratégie de production de défense — tout en encaissant des milliers de frappes par jour — est la preuve la plus éloquente que ce pays mérite le soutien occidental plein et entier. Ce n’est pas un pays qui mendie de l’aide. C’est un pays qui propose un partenariat à valeur ajoutée réciproque. Les Pays-Bas ont compris cela. Que le reste de l’Europe en fasse autant.
L’Ukraine innove sous les bombes. Ses ingénieurs conçoivent des drones pendant que leurs villes sont frappées. Ses négociateurs signent des accords industriels pendant que leur pays brûle. Il y a dans cette capacité de construction simultanée à la destruction quelque chose qui relève de la dignité humaine dans sa forme la plus haute. Je n’ai pas d’autre mot pour cela. Et c’est pour cela que je continue d’écrire sur cette guerre.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
RBC-Ukraine — Drone diplomacy in action: How Ukraine is building ties in Asia — 29 juin 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.