De 1,28% à plus de 2% du PIB en un temps record
L’Espagne partait de très loin : en 2024, le pays ne consacrait que 1,28% de son PIB à la défense, l’un des taux les plus faibles de toute l’Alliance atlantique. Le 22 avril 2025, le premier ministre Pedro Sánchez a annoncé un plan industriel et technologique de 10,5 milliards d’euros destiné à porter les dépenses totales à 33,123 milliards d’euros, soit précisément 2% du PIB espagnol pour l’année 2025.
Cette augmentation représente une hausse de 43,1% par rapport aux 22,693 milliards d’euros dépensés en 2024, selon les données confirmées par l’OTAN en août 2025. Un bond que le gouvernement espagnol a présenté comme une réponse directe aux exigences de solidarité envers ses partenaires de l’Alliance.
Une croissance en défense qui dépasse même les attentes du SIPRI
Selon les données publiées par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires espagnoles ont bondi de 50% pour atteindre 40,2 milliards de dollars en 2025, portant le ratio du pays au-dessus de 2% du PIB pour la première fois depuis l’établissement de l’objectif de l’OTAN en 2014. Cette hausse fait de l’Espagne le pays affichant l’une des plus fortes progressions annuelles parmi l’ensemble des pays classés par le SIPRI.
Le gouvernement espagnol a également négocié avec l’OTAN une certaine flexibilité, fixant son propre plafond de dépenses à 2,1% du PIB plutôt que de s’engager immédiatement sur la trajectoire complète vers les 5% adoptée par l’ensemble de l’Alliance lors du sommet de La Haye.
Cette hausse de 50% en une seule année force le respect, même si je reste conscient que l’Espagne a longtemps traîné les pieds sur ce dossier. Mieux vaut un rattrapage tardif et massif qu’un immobilisme prolongé face à la menace que représente la Russie de Poutine.
Le cas portugais : un petit pays qui embrasse l'objectif sans réserve
Une accélération de quatre ans par rapport au calendrier initial
Le Portugal a suivi une trajectoire tout aussi remarquable. Le premier ministre Luís Montenegro avait initialement fixé l’objectif des 2% du PIB pour 2029, avant d’annoncer, le 5 juin 2025, que le pays atteindrait ce seuil dès 2025, soit quatre années plus tôt que prévu. Une annonce d’autant plus notable que Lisbonne figurait, selon la Banque mondiale, parmi les plus faibles contributeurs de défense de toute l’Alliance depuis des décennies.
Selon le rapport de l’OTAN publié en mars 2026, le Portugal a effectivement franchi ce seuil symbolique, avec des dépenses record de 6,118 milliards d’euros, soit une hausse de 37% par rapport à 2024 et près du double des 3,563 milliards d’euros investis trois ans plus tôt seulement.
Une adhésion sans réserve au nouvel objectif de 5%
Contrairement à l’Espagne, qui a négocié une certaine flexibilité face au nouvel objectif de 5% du PIB d’ici 2035 fixé lors du sommet de La Haye, le Portugal a accepté ce nouvel objectif sans réserve apparente, s’engageant à consacrer 3,5% du PIB aux dépenses militaires traditionnelles et 1,5% supplémentaire aux initiatives de défense élargies, incluant la cybersécurité et les infrastructures stratégiques.
Le ministre portugais des Affaires étrangères, Paulo Rangel, a précisé que le pays prévoyait une augmentation annuelle de son budget de défense de 450 millions d’euros pour progresser graduellement vers cet objectif ambitieux dans les années à venir.
L’attitude du Portugal, qui embrasse pleinement le nouvel objectif de 5% sans chercher d’échappatoire contrairement à d’autres alliés, mérite d’être saluée. C’est exactement le type d’engagement sans équivoque que l’Occident doit démontrer face à la Russie et à ses alliés autoritaires.
Le nouvel objectif ambitieux fixé par l'ensemble de l'Alliance
Le sommet de La Haye et la naissance de l’objectif des 5%
Lors du sommet de La Haye tenu en juin 2025, les 32 pays membres de l’OTAN se sont collectivement engagés à porter leurs investissements de sécurité et de défense à 5% du PIB d’ici 2035, un objectif plus du double de l’ancien seuil de 2% fixé en 2014. Cet engagement se décompose en 3,5% du PIB pour les dépenses militaires traditionnelles et 1,5% pour des initiatives de défense élargies comme la cybersécurité et les infrastructures résilientes.
Ce nouvel objectif, qualifié d’historique par plusieurs analystes, reflète une prise de conscience collective face à la menace russe persistante depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ainsi qu’aux pressions exercées par l’administration Trump pour que les alliés européens assument une part plus importante du fardeau de leur propre défense.
Des trajectoires nationales qui restent inégales malgré l’objectif commun
Malgré cet objectif commun, les trajectoires nationales demeurent inégales : la Pologne, la Lituanie et la Lettonie dépassaient déjà le seuil intermédiaire de 3,5% dès 2025, tandis que l’Espagne, le Portugal, la Belgique, l’Albanie et le Canada se situaient tout juste au niveau minimal de 2%, confirmant que le chemin vers l’objectif final de 2035 reste long pour plusieurs alliés du flanc sud et occidental de l’Alliance.
Le secrétaire général Mark Rutte a d’ailleurs exprimé son attente que le prochain sommet d’Ankara permette à l’ensemble des alliés de présenter une trajectoire claire et crédible vers cet objectif de 5%, une pression diplomatique qui vise explicitement les pays encore en retard sur cette trajectoire.
Je note avec un certain agacement que l’Espagne continue de chercher des accommodements plutôt que de s’engager pleinement, contrairement au Portugal. Face à un adversaire aussi déterminé que la Russie de Poutine, les demi-mesures ne suffiront simplement pas à garantir la sécurité collective de l’Occident.
Les propos de Mark Rutte sur ce tournant historique
Un changement de mentalité salué par le secrétaire général
Présentant son rapport annuel à Bruxelles le 26 mars 2026, Mark Rutte a déclaré : « Les chiffres du rapport parlent d’eux-mêmes », ajoutant que « nous avons fait des progrès significatifs sur l’investissement de défense, et l’OTAN est plus forte aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été ». Une déclaration qui reflète la satisfaction du secrétaire général face à l’ampleur du rattrapage observé chez plusieurs alliés historiquement réticents.
Rutte a également souligné : « Pendant trop longtemps, les alliés européens et le Canada ont été trop dépendants de la puissance militaire américaine. Nous n’avons pas assumé suffisamment de responsabilités pour notre propre sécurité. Mais il y a eu un véritable changement de mentalité », une reconnaissance implicite des pressions exercées ces dernières années par Washington.
Une pression américaine qui a porté ses fruits
Cette évolution ne peut être dissociée de la pression constante exercée par le président américain Donald Trump, qui a exhorté à plusieurs reprises les membres de l’OTAN à augmenter significativement leurs dépenses de défense, insistant sur le fait que les alliés européens devaient assumer la responsabilité principale de la défense conventionnelle du continent.
Si les méthodes de pression employées par l’administration américaine ont pu heurter certaines sensibilités diplomatiques en Europe, le résultat concret, à savoir le rattrapage rapide de pays comme l’Espagne et le Portugal, démontre que cette insistance américaine a produit des effets mesurables sur le terrain budgétaire.
Je le répète sans détour : Trump reste un mal nécessaire pour forcer l’Europe à assumer ses responsabilités de défense. Sa méthode est brutale, parfois même humiliante pour nos alliés, mais le résultat est là, chiffré noir sur blanc dans le rapport de l’OTAN.
L'impact économique concret de ces nouveaux investissements
Des retombées industrielles et des créations d’emplois
Le plan espagnol de 10,5 milliards d’euros ne se limite pas à l’achat d’équipements militaires : selon les estimations du gouvernement Sánchez, cette initiative devrait créer plus de 36 000 emplois directs et environ 60 000 emplois indirects, la plupart offrant des niveaux de qualification et de salaire supérieurs à la moyenne nationale espagnole.
Le gouvernement espagnol estime également que ce plan pourrait faire progresser le PIB national de 0,4 à 0,7 point de pourcentage, tout en augmentant les dépenses de recherche et développement de l’État de 18%, un effet d’entraînement économique qui dépasse largement le seul secteur de la défense.
Un financement qui préserve les acquis sociaux, selon Madrid
Fait notable pour un pays historiquement prudent sur les questions budgétaires, le gouvernement espagnol a insisté sur le fait que ce plan serait financé « sans toucher un centime de l’État providence », selon les mots mêmes de Pedro Sánchez, sans augmentation d’impôts ni creusement du déficit public, une promesse ambitieuse compte tenu de l’ampleur des sommes en jeu.
Cette approche contraste avec les craintes exprimées par certains analystes européens, qui redoutent que l’escalade des dépenses de défense à travers le continent ne finisse par peser sur les finances publiques et la dette de plusieurs États membres d’ici la fin de la décennie.
J’observe avec intérêt cette promesse espagnole de financer le réarmement sans toucher aux acquis sociaux. Si elle tient, elle pourrait servir de modèle rassurant pour d’autres pays européens hésitants à investir davantage dans leur défense par crainte de coûts sociaux insupportables.
Les investissements concrets prévus pour les forces armées portugaises
Une modernisation qui cible la marine et les capacités navales
Selon une analyse de la Heritage Foundation, le Portugal prévoit d’orienter une part significative de ses nouveaux investissements vers la marine portugaise, les opérations de lutte anti-sous-marine et les missions de stabilité en Afrique, des priorités qui reflètent la position géographique atlantique stratégique du pays au sein de l’Alliance.
Contrairement à l’Espagne, le Portugal s’est engagé sans ambiguïté au nouveau standard de l’OTAN fixant un minimum de 3,5% du PIB pour les dépenses militaires de base, ce qui devrait libérer des fonds substantiels supplémentaires pour ces priorités entre maintenant et 2035.
Un pays qui a longtemps sous-investi dans ses capacités militaires
Il faut rappeler que le Portugal n’avait pas dépassé la barre de 1,6% du PIB en matière de dépenses militaires depuis vingt ans, selon les données de la Banque mondiale, ce qui rend le rattrapage actuel d’autant plus significatif pour un pays historiquement classé parmi les plus faibles contributeurs de toute l’Alliance atlantique.
Cette transformation rapide illustre la capacité d’un petit pays européen à réorienter significativement ses priorités budgétaires lorsque le contexte géopolitique l’exige, une leçon que d’autres alliés plus réticents pourraient utilement retenir.
Le Portugal, souvent perçu comme un acteur secondaire au sein de l’OTAN en raison de sa taille modeste, démontre ici qu’un engagement sincère compte davantage que le poids économique brut d’un pays. C’est une leçon d’humilité pour des puissances plus grandes qui traînent encore des pieds.
Le contexte plus large de la menace russe qui justifie cet effort
L’invasion de l’Ukraine comme catalyseur du réarmement européen
Ce rattrapage espagnol et portugais ne peut être compris sans le replacer dans le contexte de l’invasion russe de l’Ukraine depuis février 2022, qui a fondamentalement transformé la perception des menaces sécuritaires à travers le continent européen, y compris dans des pays du flanc sud historiquement moins exposés aux ambitions territoriales de Vladimir Poutine.
Cette prise de conscience s’est accompagnée d’une reconnaissance progressive, y compris à Madrid et à Lisbonne, que la sécurité collective de l’Alliance atlantique repose sur un partage équitable du fardeau financier entre tous les membres, plutôt que sur une dépendance excessive envers la puissance militaire américaine.
Une dépense américaine qui reste dominante malgré le rattrapage européen
Malgré ces progrès notables, les États-Unis continuent de représenter environ 60% des dépenses de défense totales de l’Alliance atlantique en 2025, un déséquilibre qui justifie la pression continue exercée par Washington pour que les alliés européens accélèrent encore davantage leurs investissements dans les années à venir.
Ce constat rappelle que, malgré les progrès réels accomplis par l’Espagne et le Portugal, le chemin vers un partage véritablement équilibré du fardeau de la défense occidentale reste encore long, particulièrement face à des adversaires comme la Chine, l’Iran et la Corée du Nord, qui renforcent également leurs capacités militaires respectives.
Face à un axe autoritaire qui inclut la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord, je ne peux que constater que même ce rattrapage encourageant de l’Espagne et du Portugal reste insuffisant. L’Occident ne peut pas se permettre de relâcher ses efforts, peu importe les progrès accomplis jusqu’à présent.
Les critiques et réserves qui subsistent malgré ces progrès
Des inquiétudes persistantes sur la soutenabilité budgétaire
Plusieurs analystes européens, notamment ceux cités par le Parlement européen, mettent en garde contre les risques budgétaires à long terme associés à cette escalade des dépenses de défense, redoutant une hausse de l’endettement public de plusieurs États membres après 2029, une fois les premières phases de financement plus faciles épuisées.
Ces réserves s’appliquent particulièrement au Portugal, dont le PIB nominal reste modeste par rapport à d’autres économies européennes, ce qui soulève des questions légitimes sur la capacité du pays à maintenir sa trajectoire ambitieuse vers 5% du PIB sans affecter d’autres priorités budgétaires essentielles.
Le scepticisme espagnol face à l’objectif final de 5%
Contrairement au Portugal, l’Espagne a affiché un scepticisme notable face à l’objectif final de 5% du PIB, plaidant activement pour davantage de flexibilité et un calendrier étendu plutôt que de s’engager immédiatement sur la trajectoire complète adoptée par la majorité de ses partenaires de l’Alliance lors du sommet de La Haye.
Cette réticence espagnole, bien que compréhensible sur le plan budgétaire, illustre les tensions persistantes au sein même de l’Alliance entre la nécessité collective de renforcer la défense occidentale et les contraintes économiques nationales spécifiques à chaque pays membre.
Cette réticence espagnole face à l’objectif de 5% me laisse perplexe, même si je comprends les contraintes budgétaires invoquées par Madrid. À un moment où la Russie ne montre aucun signe de retenue, chaque hésitation supplémentaire de nos alliés européens m’inquiète profondément.
Comment ce rattrapage s'inscrit dans la dynamique globale de l'Alliance
Une moyenne européenne en nette progression
La moyenne des dépenses de défense des alliés européens et du Canada devrait atteindre 2,33% du PIB en 2025, comparativement à 1,97% l’année précédente, selon les données citées par plusieurs analyses spécialisées, confirmant une dynamique collective de renforcement qui dépasse largement les seuls cas espagnol et portugais.
Cette progression collective, portée notamment par le rattrapage des pays historiquement en retard, renforce la crédibilité de l’Alliance atlantique dans son ensemble face aux critiques récurrentes sur le partage inégal du fardeau financier entre ses membres.
Le prochain rendez-vous d’Ankara sera déterminant
Le prochain sommet d’Ankara constituera un test important pour vérifier si cette dynamique positive se maintient, notamment pour des pays comme l’Espagne qui devront clarifier leur position définitive face à l’objectif ambitieux de 5% du PIB d’ici 2035, une échéance qui approche plus vite qu’il n’y paraît pour des budgets nationaux déjà sous tension.
Les résultats de ce sommet permettront de mesurer si le rattrapage spectaculaire de 2025 se poursuit sur sa lancée, ou si certains alliés, une fois le seuil symbolique de 2% atteint, ralentissent leurs efforts avant d’atteindre les objectifs plus ambitieux fixés collectivement par l’Alliance.
Le rôle de l'industrie de défense locale dans ce rattrapage
Des entreprises espagnoles et portugaises qui profitent de la manne budgétaire
Ce rattrapage budgétaire profite directement à l’industrie de défense nationale des deux pays, qui bénéficie d’une part croissante des nouveaux contrats liés au plan industriel et technologique espagnol ainsi qu’aux investissements portugais dans la modernisation navale et les infrastructures stratégiques.
Cette dynamique favorise l’émergence d’un tissu industriel de défense plus robuste dans des pays où ce secteur restait historiquement modeste, une évolution qui pourrait générer des retombées économiques durables bien au-delà du seul horizon budgétaire fixé pour 2035.
Une intégration progressive aux chaînes d’approvisionnement européennes
Ces nouveaux investissements permettent également à l’Espagne et au Portugal de s’intégrer plus étroitement aux chaînes d’approvisionnement de défense européennes, renforçant ainsi l’autonomie stratégique du continent face à une dépendance historique envers les équipements militaires américains.
Cette intégration industrielle s’inscrit dans une volonté plus large de l’Union européenne de renforcer sa base industrielle de défense commune, un objectif qui converge avec les efforts de l’OTAN pour un partage plus équitable du fardeau financier entre alliés.
Je vois dans cette montée en puissance industrielle une occasion pour l’Europe du Sud de ne plus seulement consommer de la sécurité importée, mais de contribuer directement à la base industrielle de défense occidentale. C’est un signe de maturité stratégique bienvenu.
Les comparaisons avec d'autres alliés du flanc sud de l'OTAN
L’Italie, un cas parallèle encore en retard
L’Italie, autre grande économie du sud de l’Europe, demeure comparativement à la traîne malgré des annonces de doublement de ses dépenses de défense sur quatre ans, selon une analyse du Parlement européen. Ce retard italien contraste avec le rattrapage plus rapide observé chez ses voisins espagnol et portugais au cours de la dernière année.
Cette comparaison régionale illustre que le rattrapage n’est pas uniforme au sein du flanc sud de l’Alliance, certains pays progressant plus rapidement que d’autres malgré des pressions diplomatiques similaires exercées par Washington et par le secrétariat général de l’OTAN.
La Grèce, un contre-exemple historique de dépenses élevées
À l’inverse, la Grèce maintient depuis longtemps des dépenses de défense supérieures à la moyenne européenne, en raison de tensions régionales persistantes avec la Turquie, un rappel que les niveaux de dépenses militaires au sein de l’OTAN restent également façonnés par des considérations géopolitiques régionales propres à chaque pays membre.
Cette diversité de situations nationales illustre la complexité de coordonner un objectif commun de 5% du PIB entre des pays aux réalités géopolitiques, économiques et historiques aussi différentes que celles de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de la Grèce.
Cette mosaïque de situations nationales au sein même du flanc sud de l’OTAN me rappelle que l’unité occidentale n’est jamais acquise une fois pour toutes. Chaque pays avance à son rythme, façonné par sa propre histoire et ses propres priorités budgétaires.
Ce que ce rattrapage signifie pour la crédibilité future de l'Alliance
Un argument renforcé face aux critiques de Washington
Ce rattrapage espagnol et portugais offre à l’OTAN un argument concret à opposer aux critiques répétées de l’administration Trump, qui a longtemps accusé les alliés européens de profiter du parapluie sécuritaire américain sans assumer une part équitable des coûts associés à la défense collective du continent.
La capacité de l’Alliance à démontrer des progrès mesurables et chiffrés, comme ceux réalisés par Madrid et Lisbonne, renforce sa position de négociation face à un partenaire américain de plus en plus exigeant quant au partage du fardeau financier de la sécurité occidentale.
Une dynamique qui doit maintenant se confirmer dans la durée
Le véritable test de crédibilité pour l’Espagne et le Portugal ne résidera pas dans l’atteinte ponctuelle du seuil de 2% en 2025, mais dans leur capacité à maintenir cette trajectoire ascendante année après année jusqu’à l’échéance de 2035, sans céder aux tentations d’un relâchement budgétaire une fois l’objectif initial atteint.
Les prochains rapports annuels du secrétaire général de l’OTAN permettront de vérifier si cet engagement se traduit par une progression continue, ou si certains alliés se contentent d’un minimum symbolique sans poursuivre l’effort vers les objectifs plus ambitieux fixés collectivement.
Je resterai attentif à ces prochains rapports annuels, car un engagement ponctuel ne vaut rien sans continuité. L’histoire de l’OTAN regorge de promesses budgétaires non tenues, et je refuse de céder à un optimisme naïf tant que la trajectoire complète vers 2035 n’est pas confirmée dans la durée.
Le regard des marchés financiers sur ce réarmement européen
Les valeurs de défense européennes en forte hausse
Les marchés financiers ont réagi positivement à cette vague de réarmement continental, les actions des grandes entreprises européennes de défense affichant des gains substantiels depuis l’annonce de l’objectif des 5% du PIB lors du sommet de La Haye, un signal que les investisseurs anticipent des années de croissance soutenue pour ce secteur.
Cette confiance des marchés reflète la conviction croissante que l’engagement des gouvernements européens, y compris ceux de l’Espagne et du Portugal, envers l’augmentation des dépenses militaires ne relève pas d’un effet d’annonce ponctuel mais d’une transformation structurelle durable des priorités budgétaires nationales.
Un secteur qui attire désormais des investisseurs institutionnels
Cette dynamique attire également des investisseurs institutionnels auparavant réticents à financer l’industrie de la défense pour des raisons éthiques ou réglementaires, un changement d’attitude qui reflète l’évolution du contexte géopolitique depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022.
Cette évolution du sentiment des marchés constitue, selon plusieurs analystes financiers, un indicateur supplémentaire de la crédibilité à long terme de l’engagement occidental envers le renforcement de ses capacités de défense collective face aux menaces persistantes de la Russie et de ses alliés.
Voir les marchés financiers eux-mêmes parier sur la pérennité de ce réarmement européen me conforte dans l’idée que ce n’est pas une mode passagère, mais un changement structurel profond de la posture stratégique occidentale face à un monde plus dangereux.
Conclusion : un signal encourageant qui doit se transformer en habitude durable
Un rattrapage réel mais encore fragile
Le rattrapage de l’Espagne et du Portugal en matière de dépenses de défense constitue une avancée réelle et mesurable pour la cohésion de l’Alliance atlantique, mais elle demeure fragile tant que ces deux pays n’auront pas confirmé une trajectoire claire et soutenue vers l’objectif final de 5% du PIB fixé pour 2035.
Ce progrès, bien réel, ne doit pas masquer le chemin qui reste à parcourir face à des adversaires déterminés comme la Russie, qui continue d’investir massivement dans son appareil militaire malgré les sanctions occidentales qui pèsent sur son économie depuis 2022.
Je choisis de saluer ce rattrapage sans naïveté : il est encourageant, mais il ne suffira pas à lui seul à garantir la sécurité de l’Europe si la volonté politique venait à faiblir dans les années à venir.
Une leçon de persévérance pour l’ensemble de l’Occident
Ce qui rend cette histoire particulièrement instructive, c’est la démonstration que même des pays historiquement réticents et sous-financés peuvent opérer un virage budgétaire rapide lorsque la volonté politique et la pression diplomatique convergent suffisamment. L’Espagne et le Portugal offrent ainsi un exemple encourageant pour d’autres alliés qui traînent encore des pieds face à leurs obligations envers la sécurité collective occidentale.
Au terme de cette chronique, je retiens surtout que la volonté politique, quand elle est réellement mobilisée, peut renverser des décennies d’inertie budgétaire en à peine deux ans. Puisse cette leçon inspirer d’autres alliés occidentaux encore hesitants face à la menace russe.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
NATO sees sharp increase in Europe and Canada’s defence spending — Reuters, 26 mars 2026
NATO Defense Spending Tracker — Atlantic Council
Sources secondaires
Defence expenditures and NATO’s 5% commitment — OTAN
Nato confirms that Spain reached 2% of GDP defence spending in 2025 — Sur in English, 26 mars 2026
Portuguese Defense Strategy and Spending — The Heritage Foundation, 14 avril 2026
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