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L’énigme de Salcombe Bay résolue après trois décennies

credit : lanature.ca (image IA)

Il y a trois décennies, des plongeurs naviguant au large des côtes du Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre, ont aperçu un éclat doré au fond de l’eau. D’abord un petit lingot, puis 17 pièces de monnaie, et enfin des centaines d’autres objets précieux enfouis dans le sable de la baie.

Pendant trente ans, l’identité de ce navire mystérieux, sa provenance et les raisons de son naufrage si près des côtes anglaises sont restées totalement inconnues. Cette énigme historique vient enfin de trouver une réponse définitive grâce à une analyse approfondie et des recherches minutieuses menées à terre.

Des documents d’archives extraits de vieux dossiers judiciaires conservés à Londres ont permis d’identifier l’épave comme étant celle du Dom van Keulen, un navire de commerce néerlandais. Ce navire a sombré en décembre 1633 alors qu’il transportait une précieuse cargaison d’or depuis le Maroc vers Amsterdam, selon une étude publiée dans le British Museum Technical Research Bulletin.

La découverte sous-marine et les premières fausses pistes

credit : lanature.ca (image IA)

C’est le plongeur Ron Howell qui a découvert l’or en premier, alors qu’il explorait les fonds marins de la baie de Salcombe, dans le Devon. Après avoir signalé sa découverte au Receiver of Wreck, l’organisme public britannique chargé de la gestion des épaves, une équipe de spécialistes a commencé à cartographier méthodiquement le site sous-marin.

Au fil des années suivantes, les chercheurs ont récupéré plus de 400 pièces d’or, ainsi que des lingots, des bijoux et les débris dispersés d’un navire de travail. Le professeur David Parham, archéologue maritime à l’Université de Bournemouth, a dirigé les efforts pour identifier l’épave.

L’équipe scientifique a conclu que ces pièces ne correspondaient pas à des pertes accidentelles de passagers, mais bien à un trésor de lingots délibérément transporté comme cargaison commerciale. Le site de l’épave, qui s’étend sur environ 30 mètres de long à une profondeur de 18 mètres, contient des canons et des ancres, mais aucune représentation peinte du navire n’a survécu. Les premières pistes suggéraient qu’il s’agissait d’un corsaire de Barbarie ou d’un marchand anglais, des théories rapidement écartées.

La clé du mystère enfouie dans les archives londoniennes

credit : lanature.ca (image IA)

Nommer ce navire a demandé près de trente ans d’efforts. La clé du mystère n’a pas été trouvée sous l’eau, mais bien sur la terre ferme, dans une salle de lecture. L’historien indépendant Ian Friel a passé des années à fouiller les documents séculaires de l’Amirauté conservés à Kew, dans l’ouest de Londres.

Parmi ces archives judiciaires, il a découvert le rapport d’un navire perdu en décembre 1633, déclaré par deux marchands d’Amsterdam. Leur bâtiment avait quitté Safi, le port le plus actif du Maroc à l’époque, mais n’était jamais arrivé à destination.

La déclaration d’un des marchands décrivait en détail une cargaison de 9 000 pièces d’or appelées « ducats de Barbarie », accompagnées de sacs de gomme et de peaux, ce qui correspondait parfaitement aux découvertes de Salcombe. La pièce la plus récente trouvée sur le site date de 1632, ce qui confirme la chronologie du drame.

Un instantané du commerce transsaharien du XVIIe siècle

credit : lanature.ca (image IA)

La cargaison du Dom van Keulen offre un aperçu fascinant des routes commerciales du début de l’ère moderne. Le navire avait quitté le Maroc avec 150 sacs de gomme arabique, une sève d’acacia utilisée pour la fabrication d’encres et de médicaments, ainsi que 64 sacs de salpêtre, un composant essentiel de la poudre à canon.

Les cales contenaient également 320 peaux de chèvre et environ 9 000 ducats de Barbarie, des pièces d’or frappées au Maroc. À l’époque, le pays était gouverné par la dynastie saadienne, dont la puissance et la richesse reposaient en partie sur l’or d’Afrique de l’Ouest échangé à travers le désert du Sahara.

Cet or pur et abondant représentait une ressource hautement convoitée par les marchands néerlandais. L’équipage avait réussi à récupérer la majeure partie de la cargaison peu après le naufrage car il connaissait l’emplacement exact de la perte. Les quelque 400 pièces restées au fond de l’eau, inaccessibles à l’époque, sont aujourd’hui conservées et en partie exposées au British Museum avec les bijoux retrouvés.

Objets du quotidien et destin de l’équipage

credit : lanature.ca (image IA)

Au-delà de l’or, les plongeurs ont également remonté des objets ordinaires qui racontent la vie quotidienne à bord d’un navire de commerce du XVIIe siècle. Parmi ces objets figuraient un bol et une cuillère en étain, des poteries, un sceau et une sonde de plomb en forme de poisson que les marins utilisaient pour mesurer la profondeur de l’eau.

Certaines découvertes se sont révélées particulièrement inhabituelles, comme des pilules enrobées de résine parfaitement conservées, offrant un témoignage rare sur la médecine maritime de l’époque. Des bijoux en or d’artisanat marocain, rarement trouvés dans un contexte historique aussi précisément daté, ont également été extraits du sable.

L’équipage a connu un sort plus clément que son navire. Alors que l’eau envahissait le bâtiment, les marins ont jeté l’ancre à environ 400 mètres de Salcombe et ont ramé vers le rivage à bord de la chaloupe du navire, permettant à l’ensemble des hommes de s’en sortir vivants.

Une découverte numismatique majeure pour l’Histoire

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Avant cette découverte, les historiens disposaient de très peu d’or saadien issu d’un contexte archéologique aussi précisément daté. Le trésor du Dom van Keulen représente désormais la plus grande collection connue de pièces saadiennes au monde, frappées au Maroc avant 1633 et récupérées ensemble.

Cette datation absolue offre aux chercheurs un point de comparaison fiable pour analyser d’autres pièces de monnaie, tester des théories sur le monnayage de cette dynastie et évaluer la quantité d’or en circulation à cette époque.

« Cela fournit un contexte important pour la richesse et l’architecture des chérifs saadiens, le commerce de l’or africain, et constitue une preuve tangible du commerce maritime florissant du XVIIe siècle reliant le Maroc, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne », explique le professeur David Parham dans les conclusions de ses recherches.

Le voyage inachevé de l’or de Barbarie

credit : lanature.ca (image IA)

À leur arrivée à Amsterdam, les pièces marocaines de ce type n’avaient généralement pas vocation à le rester longtemps. Les marchands néerlandais fondaient l’or étranger pour le refrapper sous la forme de leurs propres ducats, des pièces qui sont devenues l’une des monnaies de transaction les plus acceptées dans le monde pendant des siècles.

Le Dom van Keulen a sombré avant que son précieux chargement ne subisse ce sort, préservant ainsi un instantané unique de l’histoire économique mondiale. Aujourd’hui, le site du naufrage reste rigoureusement protégé par la loi britannique sur le patrimoine national, interdit d’accès aux plongeurs non autorisés et surveillé en permanence.

Les historiens disposent désormais d’un nom de navire, d’une cargaison confirmée et d’un repère temporel précis sur les routes de l’or qui reliaient autrefois le Maroc à l’Europe du Nord, clôturant ainsi une enquête historique de trois décennies.

Selon la source : earth.com

L’énigme du Dom van Keulen : comment des pièces d’or ont identifié un navire néerlandais naufragé en 1633

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