La mode n’a jamais été uniquement une question d’apparence ; depuis des siècles, elle est un moyen infaillible de mettre les gens en rage. Une longueur de jupe, un chapeau ou un pantalon « inapproprié » ont suffi à déclencher des sermons, des mesures législatives et, parfois, des émeutes. Certaines de ces réactions semblent aujourd’hui presque ridiculement anodines, tandis que d’autres prennent tout leur sens lorsqu’on comprend ce qui se passait réellement en coulisses. Les vêtements ont toujours servi de prétexte à des débats plus larges sur le genre et la classe sociale. Voici 20 choix vestimentaires qui ont provoqué un véritable tollé à leur époque.
1. Poulaines
Des chaussures extrêmement longues et pointues, appelées « poulaines », sont devenues à la mode dans certaines régions d’Europe à la fin des années 1300 ; certaines pointes dépassaient d’un pied, voire plus, au-delà des orteils. Les moralistes se plaignaient de leur manque de praticité et de leur caractère vaniteux, et l’Angleterre a fini par adopter une loi en 1463 limitant la longueur maximale de la pointe.
2. Coquilles
Les codpieces de l’époque Tudor ont d’abord été conçus comme une solution pratique pour couvrir l’ouverture des bas masculins, avant de devenir un accessoire de mode extravagant à la cour d’Henri VIII. Rembourrés, décorés et parfois d’une taille ridiculement démesurée, ils ont suscité les critiques du clergé, qui les considérait comme vulgaires plutôt que pudiques.
3. Les fraises
Les fraises rigides et sophistiquées de l’Angleterre élisabéthaine devinrent si volumineuses que certaines nécessitaient des armatures métalliques pour rester dressées. Les détracteurs puritains les condamnaient comme une vanité inutile, et plusieurs lois somptuaires tentèrent d’en limiter la taille en fonction du rang social de celui qui les portait.
4. Chopines
Les « chopines » vénitiennes étaient des chaussures à semelles compensées pouvant atteindre bien plus d’un pied de hauteur, nécessitant parfois l’aide de serviteurs pour permettre à une femme de rester debout en marchant. Les détracteurs associaient cette hauteur exagérée à la vanité et, dans certains cas, à la volonté des courtisanes de se démarquer.
5. Robes en mousseline transparente
Après la Révolution française, les Parisiennes à la mode ont commencé à porter des robes en mousseline légère et transparente, inspirées des statues classiques ; certaines d’entre elles étaient même humidifiées pour épouser encore mieux les formes du corps. Les détracteurs étaient scandalisés par la nudité que laissait entrevoir le tissu, et les satiristes s’en donnaient à cœur joie en dessinant des femmes qui semblaient pratiquement nues.
6. Les femmes en pantalon
En 1800, Paris a adopté un arrêté obligeant les femmes à obtenir l’autorisation de la police avant de porter un pantalon en public, considérant ainsi le fait pour une femme de porter des vêtements masculins comme un problème relevant quasi de l’ordre public. Des écrivaines comme George Sand ont néanmoins défié cette interdiction et se sont fait connaître pour avoir porté ouvertement des vêtements masculins. Techniquement, la loi est restée en vigueur, bien qu’elle fût largement ignorée, jusqu’à son abrogation officielle en 2013.
7. Crinoline
La crinoline, qui donnait du volume aux jupes des femmes dans les années 1850 et 1860, créait des silhouettes spectaculaires, mais représentait également une quantité véritablement dangereuse de tissu inflammable. Les journaux rapportaient avec une régularité alarmante des cas de femmes prenant feu à proximité de cheminées ou de bougies, et ce style faisait l’objet de moqueries incessantes dans les caricatures, même s’il restait très populaire.
8. Bloomers
Dans les années 1850, Amelia Bloomer a contribué à populariser le port de pantalons amples sous une jupe plus courte, destinés à offrir une alternative pratique aux robes lourdes et contraignantes. La presse s’en est donné à cœur joie pour tourner ce style en dérision, le qualifiant de peu féminin et de vaguement menaçant pour l’ordre social. Les femmes qui les portaient en public étaient parfois victimes de harcèlement ouvert, et la tendance s’est rapidement estompée sous la pression.
9. Chapeaux à plumes
Les chapeaux édouardiens, surmontés d’une profusion de plumes, voire parfois d’oiseaux entiers empaillés, sont devenus un symbole de statut social au tournant du XXe siècle. La demande en plumes a alimenté une industrie de la chasse si prédatrice que les défenseurs de l’environnement ont organisé de véritables campagnes pour s’y opposer, contribuant ainsi à l’adoption des premières lois sur la protection de la faune sauvage.
10. Le maillot de bain d'Annette Kellerman
La nageuse australienne Annette Kellerman a été arrêtée sur une plage de Boston en 1907 pour avoir porté un maillot de bain une pièce moulant qui laissait apparaître ses bras et ses jambes. À l’époque, les maillots de bain féminins devaient comporter des jupes amples et des bas ; son maillot aux lignes épurées a donc été perçu comme scandaleux plutôt que pratique. Cette arrestation a finalement contribué à normaliser le port de maillots de bain plus fonctionnels au cours de la décennie suivante.
11. Jupes à volants
Le créateur Paul Poiret a lancé les jupes « hobble » dans les années 1910 ; celles-ci étaient si étroites au niveau de la cheville qu’elles obligeaient à marcher à petits pas traînants. Les journaux rapportaient que des femmes trébuchaient, voire se blessaient gravement en essayant de monter dans les tramways avec ces jupes.
12. Robes à volants
Dans les années 1920, les robes « flapper » ont fait remonter les ourlets au-dessus du genou et ont mis fin au port contraignant du corset, ce que de nombreux détracteurs ont considéré comme une urgence morale. Le clergé a dénoncé ce style en chaire, et plusieurs villes américaines ont proposé de véritables arrêtés municipaux visant à réglementer la longueur minimale légale des jupes. Rien de tout cela n’a empêché la tendance de se répandre rapidement.
13. Le pantalon en jersey de Chanel
Coco Chanel a en partie bâti sa réputation initiale en utilisant le jersey, un tissu jusqu’alors réservé aux sous-vêtements masculins, pour confectionner des vêtements féminins simples et sans structure. Au départ, la haute société a jugé ce style bon marché et scandaleusement sobre par rapport aux robes sophistiquées qu’il venait de remplacer. Il a pourtant fini par redéfinir l’apparence de la mode féminine pour le reste du siècle.
14. Les tailleurs de Marlene Dietrich
Dans les années 1930, Marlene Dietrich portait des costumes masculins complets en public et à l’écran, à une époque où ce genre de travestissement pouvait entraîner de réels problèmes juridiques dans certaines villes. Les studios craignaient les réactions négatives, et certains lieux auraient même menacé de lui refuser l’accès pour cette raison.
15. Les costumes zoot
Les « zoot suits », avec leurs vestes oversize et leurs pantalons taille haute et fuselés, sont devenus populaires auprès des jeunes d’origine mexicaine et afro-américaine au début des années 1940. Les détracteurs les qualifiaient de gaspillage en période de rationnement des tissus lié à la guerre, et ces tensions ont débouché sur les émeutes des « zoot suits » de 1943 à Los Angeles, au cours desquelles des militaires ont attaqué des jeunes hommes portant ce style de vêtements.
16. Le bikini
Louis Réard a lancé le bikini à Paris en 1946, ce qui a fait un tel scandale qu’au début, aucune mannequin professionnelle n’a accepté de le porter en public. C’est finalement une danseuse, Micheline Bernardini, qui l’a présenté. Plusieurs pays, dont l’Italie et l’Espagne, l’ont interdit sur les plages publiques pendant des années par la suite.
17. Minijupe
Dans les années 1960, les minijupes de Mary Quant ont repoussé la longueur des jupes plus haut que ne l’avaient jamais fait les robes « flapper », et les réactions ont été tout aussi vives. Certaines écoles et certains lieux de travail les ont purement et simplement interdites, et de nombreux commentaires ont présenté cette tendance comme un signe de déclin moral. Elle est néanmoins devenue l’un des looks emblématiques de la décennie.
18. Doc Martens
Les bottes Doc Martens, initialement conçues comme des chaussures de travail robustes, ont été adoptées par la sous-culture skinhead en Grande-Bretagne à la fin des années 1960 et dans les années 1970, et ont rapidement été associées, dans la presse, au hooliganisme dans le football et à la violence de rue. Plusieurs établissements scolaires britanniques les ont purement et simplement interdites, considérant ces bottes comme un problème disciplinaire plutôt que comme de simples chaussures. Cette association a perduré pendant des années, même si des sous-cultures ultérieures ont adopté ces mêmes bottes pour des raisons tout à fait différentes.
19. Qipao de Shanghai des années 1920
La transformation du qipao à Shanghai dans les années 1920, avec une coupe plus ajustée au corps et une fente plus haute au niveau de la jambe, a marqué une rupture nette avec les tenues chinoises traditionnelles, plus amples. Les critiques conservateurs considéraient cette nouvelle silhouette comme scandaleusement provocante et trop influencée par la mode occidentale. Elle est néanmoins devenue extrêmement populaire et reste étroitement associée à cette époque.
20. La mode punk
Les créations punk de Vivienne Westwood dans les années 1970, avec leurs épingles de sûreté et leurs tissus délibérément déchirés, avaient pour but de provoquer une réaction, et elles ont atteint leur but. Les tabloïds britanniques ont considéré ce look comme une véritable menace pour la décence publique, et certains établissements ont carrément interdit l’accès aux clients habillés en punks. Cette levée de boucliers n’a fait que renforcer la réputation de ce style.