Des microscopes à force atomique pour mesurer l’invisible
Nearfield Instruments développe des microscopes à force atomique, des appareils capables de prendre des mesures directes de caractéristiques de puces ne mesurant que quelques atomes de hauteur, en faisant glisser une sonde sur leur surface, un procédé que Reuters compare à la façon dont une aiguille se déplace sur un disque vinyle.
Ces mesures sont effectuées périodiquement tout au long des centaines d’étapes nécessaires à la fabrication d’une puce électronique moderne, afin de s’assurer que le processus de production reste dans les tolérances requises, un domaine appelé métrologie des semi-conducteurs, aujourd’hui largement dominé par l’américain KLA Corporation.
Un positionnement de niche à haute valeur stratégique
Le système phare de l’entreprise, baptisé QUADRA, ainsi que sa plateforme AUDIRA, permettent des mesures non destructives, à haut débit et à haute résolution, spécifiquement conçues pour les architectures de puces les plus avancées, notamment les technologies High-NA EUV, gate-all-around et l’intégration 3D par liaison hybride.
Cette spécialisation technique pointue explique pourquoi les investisseurs se bousculent: dans un contexte de boom mondial de la fabrication de puces dédiées à l’intelligence artificielle, la capacité à garantir la qualité de fabrication à l’échelle atomique devient un goulot d’étranglement stratégique pour l’ensemble de l’industrie des semi-conducteurs.
Cette comparaison avec l’aiguille d’un tourne-disque me plaît particulièrement, car elle rend concret un procédé technologique autrement difficile à visualiser: on ne parle pas ici de gadgets, mais d’une infrastructure de précision absolument fondamentale pour toute l’industrie des puces avancées.
Qui a mis l'argent sur la table, et pourquoi c'est important
Fidelity en tête d’un tour de table impressionnant
Le tour de financement a été mené par Fidelity Management & Research Company, nouvel investisseur dans le dossier, aux côtés de Temasek, Walden Catalyst Ventures, Innovation Industries, M&G Investments et Invest-NL, le fonds d’investissement public néerlandais, selon le communiqué officiel de l’entreprise.
La Qatar Investment Authority, fonds souverain du Qatar, a également rejoint ce tour de table en tant que nouvel investisseur, aux côtés des investisseurs historiques TNO Ventures et ING, confirmant l’attractivité internationale de cette opération pourtant menée depuis Rotterdam plutôt que depuis la Silicon Valley.
La présence d’un ancien cadre de Samsung, un signal fort
Parmi les investisseurs, la présence de Walden Catalyst Ventures, fonds de capital-risque cofondé par Young Sohn, ancien directeur de la stratégie de Samsung Electronics, a particulièrement retenu l’attention de la presse spécialisée asiatique, selon le Seoul Economic Daily, qui y voit un signal fort de la crédibilité technologique de Nearfield au sein de l’industrie mondiale des semi-conducteurs.
Ce tour de table, qualifié de sursouscrit par l’entreprise elle-même, illustre une demande d’investissement bien supérieure à l’offre disponible, un indicateur classique de la confiance élevée que suscite désormais ce dossier auprès des investisseurs institutionnels internationaux les plus exigeants.
Voir un fonds souverain du Golfe et un ancien dirigeant de Samsung investir côte à côte dans une entreprise néerlandaise de deep-tech, c’est la preuve la plus tangible que la géographie de l’innovation technologique ne se limite plus, et depuis longtemps, à la seule Silicon Valley.
Un contexte de course mondiale aux puces d'intelligence artificielle
La métrologie, maillon invisible de la révolution IA
Cette levée de fonds s’inscrit dans un contexte de demande mondiale sans précédent pour les outils de métrologie et d’inspection dans la fabrication de semi-conducteurs compatibles avec l’intelligence artificielle, selon le communiqué de l’entreprise elle-même, qui évoque une «demande mondiale sans précédent».
À mesure que les puces destinées à l’entraînement et à l’exécution des modèles d’intelligence artificielle deviennent plus denses et plus complexes, la marge d’erreur tolérée dans leur fabrication se réduit d’autant, rendant les outils de mesure de précision atomique de Nearfield toujours plus indispensables aux grands fabricants mondiaux de puces avancées.
Le directeur général évoque une industrie en pleine mutation
Le cofondateur et directeur général de Nearfield Instruments, Hamed Sadeghian, a expliqué à Reuters que les fonds serviraient à étendre les opérations de fabrication et de support client dans un contexte de boom de la fabrication de puces dédiées à l’intelligence artificielle, sans toutefois révéler le nom de ses clients actuels.
Sadeghian a néanmoins confirmé que les outils de Nearfield étaient d’ores et déjà utilisés par des fabricants de puces avancées, un indice supplémentaire de l’intégration croissante de cette entreprise néerlandaise dans les chaînes de production les plus stratégiques de l’industrie mondiale des semi-conducteurs.
Cette prudence du dirigeant sur l’identité de ses clients me semble révélatrice d’un secteur où la discrétion industrielle reste la norme absolue: dans la course aux puces d’IA, personne ne veut révéler prématurément qui travaille avec qui, tant les enjeux concurrentiels sont considérables.
Une progression fulgurante depuis la levée de série C
De 150 millions à 380 millions en moins de deux ans
Cette levée de Série D survient moins de deux ans après la clôture, en juillet 2024, d’un tour de Série C de 146 millions de dollars (135 millions d’euros à l’époque), mené par Walden Catalyst et Temasek, avec la participation de M&G Investment, Innovation Industries, Invest-NL et ING, selon DatacenterDynamics.
Cette progression rapide, d’un tour de série C à un tour de série D presque trois fois plus important en un temps aussi court, témoigne d’une accélération de la trajectoire de croissance de l’entreprise, portée par l’explosion de la demande mondiale pour les infrastructures de fabrication de puces liées à l’intelligence artificielle.
Une valorisation qui a plus que doublé
La valorisation de l’entreprise est ainsi passée en l’espace de deux ans à un niveau qui la place désormais parmi les entreprises de deep-tech européennes les plus valorisées de sa catégorie, dans un secteur où peu d’acteurs européens parviennent à atteindre une telle reconnaissance financière internationale face à la concurrence américaine et asiatique.
Cette trajectoire ascendante illustre également la capacité de l’écosystème néerlandais de deep-tech, déjà connu pour abriter le géant mondial ASML, à faire émerger de nouveaux champions technologiques dans des segments de marché adjacents mais tout aussi stratégiques pour l’avenir de l’industrie des semi-conducteurs.
Cette accélération de la valorisation en si peu de temps m’impressionne, mais elle m’invite aussi à la prudence: les cycles de financement du deep-tech peuvent être aussi rapides à monter qu’à redescendre si la demande mondiale pour les puces d’IA venait à se tasser dans les prochaines années.
L'écosystème néerlandais du deep-tech, un modèle à observer
Un héritage direct de l’écosystème ASML
Nearfield Instruments s’inscrit dans la continuité d’un écosystème néerlandais de semi-conducteurs déjà mondialement reconnu grâce à ASML, le fabricant néerlandais de machines de lithographie sans lequel aucune puce avancée ne pourrait aujourd’hui être produite nulle part dans le monde.
Cette proximité géographique et industrielle avec ASML, ainsi qu’avec l’institut de recherche TNO dont Nearfield est directement issue, illustre la force d’un écosystème néerlandais capable de faire émerger des entreprises technologiques de rang mondial dans des niches industrielles hautement spécialisées et à forte barrière à l’entrée.
Un signal encourageant pour la souveraineté technologique européenne
Dans un contexte où les dirigeants européens multiplient les discours sur la nécessité de renforcer la souveraineté technologique du continent face à la Chine et aux États-Unis, cette levée de fonds constitue un exemple concret, chiffré et vérifiable, de ce que cette ambition peut produire lorsqu’elle s’appuie sur des décennies d’investissement en recherche fondamentale.
Cette réussite ne doit toutefois pas masquer la fragilité structurelle de l’écosystème européen du deep-tech, qui reste largement dépendant de capitaux étrangers, comme l’illustre justement la participation majoritaire d’investisseurs américains, singapouriens et qatariens dans ce tour de financement pourtant qualifié de record néerlandais.
Je me réjouis de ce succès néerlandais, mais je refuse de céder à un optimisme naïf: tant que l’essentiel des capitaux qui financent nos champions technologiques viendra de fonds américains, singapouriens ou qatariens, parler de véritable souveraineté technologique européenne restera, en partie, un exercice de communication politique.
Les défis qui attendent Nearfield malgré ce succès financier
Une concurrence dominée par des géants établis
Malgré cette levée de fonds record, Nearfield Instruments continue d’évoluer dans un marché de la métrologie des semi-conducteurs largement dominé par des géants industriels bien plus établis, au premier rang desquels l’américain KLA Corporation, dont la position dominante ne sera pas facilement contestée malgré l’afflux de capitaux frais dont bénéficie désormais l’entreprise néerlandaise.
Cette réalité concurrentielle impose à Nearfield de démontrer, au-delà de sa capacité à lever des fonds, sa capacité opérationnelle à livrer ses équipements à grande échelle et dans des délais compatibles avec les exigences de production des plus grands fabricants mondiaux de semi-conducteurs avancés.
Le risque d’une dépendance excessive à un secteur cyclique
L’industrie des semi-conducteurs demeure historiquement cyclique, alternant phases d’investissement massif et périodes de ralentissement plus marquées, un facteur de risque que plusieurs analystes du secteur soulignent régulièrement lorsqu’ils évaluent la pérennité à long terme des entreprises fortement exposées à la demande liée à l’intelligence artificielle.
Si la demande actuelle pour les puces d’intelligence artificielle venait à se stabiliser ou à ralentir dans les prochaines années, Nearfield devra démontrer sa capacité à diversifier sa base de clientèle au-delà des seuls segments les plus directement liés à cette demande actuellement en plein essor.
Cette prudence sur la cyclicité du secteur n’est pas un pessimisme gratuit de ma part: c’est un rappel nécessaire que même les entreprises les plus prometteuses du moment doivent prouver leur résilience sur plusieurs cycles économiques avant de pouvoir être qualifiées de véritables champions industriels durables.
Ce que cette levée de fonds dit de l'avenir de l'industrie
Une infrastructure invisible mais indispensable
Cette opération rappelle une vérité trop souvent oubliée dans le débat public sur l’intelligence artificielle: derrière chaque avancée spectaculaire des grands modèles de langage se cache une chaîne d’infrastructures matérielles complexes, dont la métrologie des semi-conducteurs constitue l’un des maillons les plus critiques et pourtant les moins médiatisés.
Sans des outils de mesure aussi précis que ceux développés par Nearfield Instruments, aucun fabricant de puces avancées ne pourrait garantir la fiabilité de ses processus de production à l’échelle industrielle nécessaire pour répondre à la demande mondiale actuelle liée à l’intelligence artificielle.
Un secteur appelé à continuer d’attirer les capitaux
Plusieurs observateurs du secteur, cités par des publications spécialisées comme Photonics Spectra, estiment que la demande pour ce type de solutions de métrologie et d’inspection ne devrait que s’intensifier dans les prochaines années, à mesure que les architectures de puces continuent de gagner en complexité et en densité.
Cette dynamique laisse présager d’autres levées de fonds importantes dans ce secteur de niche au cours des prochains mois, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, à mesure que les investisseurs institutionnels identifient la métrologie des semi-conducteurs comme un segment stratégique encore relativement sous-investi par rapport à son importance industrielle réelle.
Cette tendance à investir massivement dans les infrastructures invisibles de l’intelligence artificielle plutôt que dans les seules applications visibles me semble être un signe de maturation salutaire du secteur: les investisseurs commencent enfin à comprendre que la révolution de l’IA se joue aussi, et peut-être surtout, dans l’atelier plutôt que dans le laboratoire.
Une comparaison utile avec d'autres champions européens du deep-tech
Un club encore restreint mais en expansion
Nearfield Instruments rejoint un club encore restreint mais croissant d’entreprises européennes de deep-tech ayant réussi à atteindre le statut de licorne technologique tout en restant fidèles à leur ancrage industriel européen, un phénomène qui reste statistiquement bien plus rare sur le continent qu’aux États-Unis ou en Asie.
Ce club comprend notamment des entreprises néerlandaises et allemandes actives dans des secteurs aussi variés que la robotique industrielle, les technologies quantiques ou encore la fabrication additive, autant de domaines où l’Europe conserve des atouts scientifiques significatifs mais peine encore trop souvent à transformer ses avancées en champions industriels de rang mondial.
Une leçon à tirer pour les politiques publiques européennes
Le parcours de Nearfield Instruments, depuis sa création comme spin-off de recherche publique en 2016 jusqu’à sa valorisation actuelle de 1,6 milliard de dollars, illustre l’importance cruciale du financement de la recherche fondamentale publique comme socle indispensable à l’émergence, des années plus tard, de champions industriels privés capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Cette trajectoire mérite d’être étudiée attentivement par les décideurs publics européens qui cherchent, avec un succès jusqu’ici mitigé, à reproduire ailleurs sur le continent les conditions ayant permis l’émergence de ces quelques réussites néerlandaises dans le secteur si stratégique des semi-conducteurs.
Si les gouvernements européens veulent vraiment plus d’entreprises comme Nearfield Instruments, ils devraient s’inspirer directement de cette recette néerlandaise: financer patiemment la recherche fondamentale publique, plutôt que de multiplier les effets d’annonce sur la souveraineté technologique sans y consacrer les moyens budgétaires nécessaires sur la durée.
Les prochaines étapes annoncées par l'entreprise
Une expansion mondiale de la production annoncée
Selon le communiqué officiel de Nearfield Instruments, les fonds levés serviront notamment à accélérer la feuille de route d’innovation de l’entreprise, à établir des centres d’excellence en applications à l’échelle mondiale, à étendre significativement les capacités de production, et à renforcer l’organisation de support client à l’international.
L’entreprise prévoit également d’approfondir sa collaboration en recherche et développement avec les principaux fabricants mondiaux de semi-conducteurs, une orientation stratégique qui confirme sa volonté de s’ancrer durablement dans les chaînes d’approvisionnement les plus critiques de l’industrie des puces avancées.
Un calendrier d’exécution qui reste à préciser
L’entreprise n’a pas communiqué de calendrier précis quant à la mise en œuvre concrète de ces différents axes de développement, une réserve habituelle pour ce type d’annonce financière mais qui laisse néanmoins plusieurs questions ouvertes sur le rythme réel d’exécution de cette stratégie d’expansion internationale.
Les prochains mois permettront de vérifier si Nearfield parvient effectivement à transformer cette manne financière exceptionnelle en gains de parts de marché tangibles face à une concurrence internationale qui ne restera certainement pas inactive face à la montée en puissance de ce nouvel acteur néerlandais du secteur.
Je resterai attentif à la manière dont Nearfield transformera concrètement cet argent en résultats industriels mesurables: une levée de fonds record ne vaut, au fond, que par ce qu’elle permet réellement de construire dans les années qui suivent son annonce.
Le précédent ASML, une leçon d'histoire industrielle à ne pas oublier
Un géant mondial parti lui aussi d’un pari modeste
Il est impossible de raconter l’histoire de Nearfield Instruments sans évoquer celle d’ASML, le fabricant néerlandais de machines de lithographie qui domine aujourd’hui, sans concurrent sérieux, la production des équipements les plus avancés utilisés pour graver les puces électroniques les plus sophistiquées de la planète.
ASML n’est pas née géante: l’entreprise a mis des décennies à construire son monopole technologique actuel, en s’appuyant sur un écosystème néerlandais de recherche publique et de financement patient très proche de celui qui soutient aujourd’hui Nearfield Instruments dans son propre segment de la métrologie des semi-conducteurs.
Une filiation industrielle assumée par les acteurs eux-mêmes
Les dirigeants de Nearfield Instruments ne cachent d’ailleurs pas s’inspirer directement du modèle de croissance d’ASML, un rapprochement qui n’a rien d’anodin dans un pays où la réussite de ce fabricant de machines de lithographie est devenue une véritable référence nationale en matière de politique industrielle technologique.
Cette filiation historique donne une crédibilité supplémentaire au pari des investisseurs qui viennent d’injecter 380 millions de dollars dans l’entreprise: parier sur Nearfield, c’est aussi parier sur la capacité prouvée des Pays-Bas à transformer une expertise scientifique de niche en position industrielle dominante à l’échelle mondiale.
Je trouve cette comparaison avec ASML à la fois inspirante et risquée à manier: elle donne de l’espoir légitime, mais elle peut aussi devenir un raccourci paresseux si l’on oublie que chaque entreprise doit encore prouver, par ses propres résultats industriels, qu’elle mérite un tel parallèle historique.
Ce que cette histoire révèle sur la fragilité des chaînes d'approvisionnement mondiales
Une dépendance stratégique que peu de gouvernements avaient anticipée
La pandémie de COVID-19 puis les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont brutalement révélé, ces dernières années, à quel point l’économie mondiale entière dépend d’un nombre extrêmement restreint de fournisseurs pour les équipements les plus critiques de fabrication des semi-conducteurs avancés.
Dans ce contexte, une entreprise comme Nearfield Instruments, qui propose une alternative crédible dans le segment spécifique de la métrologie par microscopie à force atomique, prend une importance stratégique qui dépasse largement sa taille actuelle relativement modeste sur le plan des effectifs et du chiffre d’affaires.
Diversifier l’offre pour réduire les risques systémiques
Plusieurs gouvernements occidentaux, dont ceux des Pays-Bas et de l’Union européenne, ont explicitement fait de la diversification des chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs une priorité de politique industrielle, notamment via des instruments comme le Chips Act européen destiné à renforcer la souveraineté technologique du continent.
Le succès financier de Nearfield Instruments s’inscrit directement dans cette logique de réduction des risques systémiques: plus il existe d’acteurs crédibles capables de fournir des équipements de métrologie de pointe, moins l’industrie mondiale des puces reste vulnérable à la défaillance ou aux décisions stratégiques d’un seul fournisseur dominant.
Cette dimension géopolitique de la diversification industrielle me paraît sous-estimée dans la couverture médiatique de cette levée de fonds: on retient les chiffres et la valorisation, mais on oublie trop souvent que la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales dépend directement de ce type d’investissement patient et méthodique.
Le rôle discret mais décisif de l'État néerlandais dans cette réussite
TNO, l’institut de recherche public à l’origine de l’entreprise
Il est essentiel de rappeler que Nearfield Instruments n’est pas née dans un garage californien, mais comme une émanation directe du TNO, l’organisation néerlandaise de recherche scientifique appliquée financée par l’État, qui a incubé la technologie fondatrice de l’entreprise avant sa création formelle en 2016.
Ce modèle de transfert technologique, où la recherche publique fondamentale débouche progressivement sur une entreprise privée capable de lever des centaines de millions de dollars, illustre une politique industrielle patiente que peu de pays européens parviennent à reproduire avec un tel succès sur la durée.
Invest-NL, le bras financier public toujours présent au capital
La présence continue d’Invest-NL, le fonds d’investissement public néerlandais, parmi les investisseurs de cette levée de série D démontre que l’État néerlandais n’a pas simplement lancé cette entreprise avant de s’en désintéresser, mais continue d’accompagner financièrement sa croissance à chaque étape critique de son développement.
Cette continuité de l’engagement public, rarement mise en avant dans les communiqués de presse centrés sur les montants records et les valorisations spectaculaires, mérite pourtant d’être soulignée comme l’un des facteurs structurels les plus importants du succès actuel de Nearfield Instruments.
Je trouve regrettable que ce rôle de l’État néerlandais soit si peu documenté dans la couverture médiatique internationale de cette levée de fonds: on célèbre les investisseurs privés prestigieux, mais on oublie trop souvent l’architecture publique patiente qui a rendu possible, dès le départ, l’existence même de cette entreprise.
Pourquoi cette histoire mérite votre attention, même si vous ne travaillez pas dans la tech
Un exemple concret de ce que finance vraiment l’argent de l’IA
Si vous suivez de loin l’actualité de l’intelligence artificielle, cette levée de fonds mérite votre attention car elle illustre concrètement où va une partie considérable des capitaux mondiaux mobilisés autour de cette révolution technologique: non pas uniquement vers les start-up qui développent des chatbots, mais aussi et surtout vers l’infrastructure matérielle qui rend ces innovations physiquement possibles.
Comprendre cette dimension invisible de l’économie de l’intelligence artificielle permet de mieux saisir pourquoi certains pays et certaines régions, comme les Pays-Bas avec leur écosystème autour d’ASML et de Nearfield, occupent une position stratégique disproportionnée par rapport à leur taille dans la géopolitique technologique mondiale actuelle.
Un rappel que l’innovation ne se limite pas à la Silicon Valley
Cette histoire rappelle enfin, avec des chiffres concrets et vérifiables, que l’innovation technologique de rupture ne se limite pas géographiquement à la seule Californie, mais peut aussi émerger d’un institut de recherche public néerlandais, à condition que les bonnes conditions de financement et de soutien industriel soient réunies sur la durée.
C’est précisément ce type de réussite, patiente et méthodique, qui mérite d’être davantage mise en lumière face à la fascination souvent excessive du débat public pour les seules success stories américaines les plus médiatisées du secteur technologique mondial.
Je referme cette lettre en espérant qu’elle vous aura convaincu d’une chose simple: la prochaine grande réussite technologique européenne ne viendra peut-être pas d’une application grand public spectaculaire, mais d’un laboratoire discret quelque part à Rotterdam, occupé à mesurer des atomes avec une précision que peu d’entre nous peuvent même imaginer.
Conclusion : une lettre qui se termine sur un appel à la vigilance et à la fierté
Célébrer sans naïveté
Cette levée de fonds de 380 millions de dollars mérite d’être célébrée comme une réussite néerlandaise et, plus largement, européenne, dans un secteur stratégique où le continent a longtemps semblé condamné à un rôle secondaire face aux géants américains et asiatiques des semi-conducteurs.
Cette célébration doit toutefois s’accompagner d’une vigilance constante sur la structure réelle du capital qui finance ces réussites, sur la capacité opérationnelle de l’entreprise à transformer cet argent en résultats industriels durables, et sur la cyclicité inhérente à un secteur qui a déjà connu, par le passé, des retournements de conjoncture brutaux.
Un dossier à suivre dans les prochains mois
Je continuerai à suivre attentivement l’évolution de ce dossier, convaincu que l’histoire de Nearfield Instruments, encore largement méconnue du grand public, mérite une attention bien supérieure à celle qu’elle a reçue jusqu’ici dans le débat médiatique généraliste consacré à l’intelligence artificielle et à ses multiples ramifications industrielles.
Reste à voir, dans les prochains trimestres, si cette entreprise néerlandaise saura confirmer ses ambitions affichées et s’imposer durablement comme l’un des acteurs de référence mondiaux dans ce segment aussi stratégique que méconnu de la métrologie des semi-conducteurs avancés.
En signant cette lettre ouverte, je veux surtout transmettre une conviction simple: la souveraineté technologique ne se construit pas seulement dans les discours des sommets internationaux, mais bien dans des laboratoires comme celui de Nearfield, patiemment, atome par atome, année après année.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Nearfield Instruments secures $380 million Series D funding — Nearfield Instruments, 22 juin 2026
Site officiel de Nearfield Instruments
Sources secondaires
Nearfield Instruments raises $380 million Series D — TechCrunch, 2 juillet 2026
Nearfield Instruments raises US$380M in record Dutch deep-tech round — DIGITIMES, 23 juin 2026
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