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Un voyage de routine qui bascule dans l’inconnu

credit : saviezvousque.net (image IA)

Le 20 juillet 1968, un équipage familial composé de Ramón et Eliberto Hernandez, ainsi que de leur cousin Miguel Acosta, s’apprête à effectuer une liaison maritime ordinaire entre les îles d’El Hierro et de La Palma, dans l’archipel des Canaries. À bord de leur navire de pêche de 14 mètres de long nommé « El Fausto », ils transportent des explosifs destinés à des travaux de terrassement. Au dernier moment, un mécanicien du nom de Julio García Pino monte à bord. Ce dernier cherche désespérément un moyen de rejoindre La Palma après avoir appris que sa fille, âgée d’un mois seulement, nécessite des soins médicaux urgents.

La traversée d’environ 60 milles marins aurait dû s’achever le lendemain matin à 10 heures. Pourtant, « El Fausto » ne se présente jamais au port. Dans un premier temps, ce retard ne suscite pas d’inquiétude majeure. Une légère brume nocturne a pu réduire la visibilité, mais rien qui ne puisse perturber un marin d’expérience. Le propriétaire du bateau, Rafael Acosta, suppose alors qu’une simple panne mécanique retarde l’équipage. Les recherches officielles ne sont lancées que le 22 juillet, mais après trois jours de survol et de patrouilles infructueuses, l’espoir commence à s’estomper rapidement.

Contre toute attente, quatre jours plus tard, un retournement de situation redonne espoir aux proches des disparus. Le « Duchess », un imposant navire britannique reliant l’Amérique du Sud aux Pays-Bas, repère « El Fausto » à environ 108 milles de La Palma. L’équipage du bateau de pêche a réussi à attirer l’attention des marins britanniques en agitant une lampe de poche au milieu de la nuit.

L’incompréhensible refus de l’équipage

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Lorsque les marins du « Duchess » approchent du navire à la dérive, ils constatent que l’équipage espagnol n’a plus de nourriture, n’ayant emporté avec lui qu’une petite quantité de fruits depuis El Hierro, et que ses réserves de carburant sont totalement épuisées. Malgré cette situation précaire, les quatre hommes à bord d' »El Fausto » semblent en bonne santé physique. C’est à ce moment précis que les événements prennent une tournure particulièrement étrange et inexplicable pour les enquêteurs.

Le capitaine du « Duchess » propose tout naturellement de remorquer « El Fausto » jusqu’à son port de destination, d’autant qu’aucune anomalie mécanique majeure ne semble affecter le bateau de pêche. Pourtant, les quatre Espagnols refusent catégoriquement cette aide. Selon les témoignages des marins britanniques, l’équipage d' »El Fausto » paraît agacé, voire irrité, mais ne montre aucun signe de détresse psychologique ou de démence évidente. Face à ce refus obstiné, les Britanniques se résignent à leur fournir de l’eau, des vivres, des cigarettes ainsi que suffisamment de carburant pour effectuer les 18 heures de voyage nécessaires pour rentrer chez eux, avant de reprendre leur route.

À El Hierro, l’annonce de cette rencontre suscite un immense soulagement. Une foule se rassemble sur le quai pour accueillir les marins. Malheureusement, les 18 heures s’écoulent, puis les jours, et « El Fausto » ne réapparaît jamais. Une seconde phase de recherches de grande envergure, dirigée par les autorités espagnoles, est alors déclenchée. Des avions quadrillent les zones côtières des îles Canaries, de l’Espagne et du Portugal, mais les efforts restent vains. Le navire est officiellement déclaré perdu le 7 août.

Une macabre découverte au milieu de l’Atlantique

credit : saviezvousque.net (image IA)

Deux longs mois s’écoulent sans qu’aucun indice ne vienne éclairer le sort du navire et de ses occupants. C’est le 9 octobre qu’un nouveau coup de théâtre survient. Le cargo italien « Anna Di Maio », qui fait route vers le Venezuela, croise la route d’un bateau fantôme dérivant à 1 800 milles marins des îles Canaries, en plein océan. En s’approchant, les marins italiens lisent distinctement sur la coque le nom d' »El Fausto » et son numéro d’identification, TE-2-12-68.

Une équipe monte à bord pour inspecter l’embarcation. Les marins ne constatent aucune trace de lutte, aucune violence apparente ni aucun dégât structurel sur le bateau. Cependant, le pont est totalement désert et un silence de mort règne à bord. C’est en descendant dans la cale, plus précisément dans la salle des machines, que les sauveteurs font une découverte effroyable.

Sur place, ils découvrent les restes partiellement momifiés d’un homme entièrement nu, dans un état de décomposition très avancé. Le capitaine de l' »Anna Di Maio » transmet immédiatement un télégramme pour signaler la situation, comme le rapporte le site spécialisé Explorers Web. Le rapport initial précise que la dépouille se trouvait à proximité d’une radio éteinte et qu’aucun journal de bord n’a pu être retrouvé à bord du navire abandonné.

Le mystère des pages arrachées et le naufrage des preuves

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Bien qu’aucun document officiel de navigation n’ait été retrouvé, les marins italiens découvrent un carnet posé près du corps. Ce cahier comporte une particularité troublante : 28 pages ont été soigneusement arrachées. Sur la toute dernière page restante, un message manuscrit est adressé à l’épouse du défunt. L’auteur y détaille des instructions précises pour qu’elle puisse toucher son assurance-vie.

Les derniers mots de cette note résonnent encore aujourd’hui comme une énigme insoluble : « Ne raconte jamais à Julin tout ce qui m’est arrivé. Tu sais que Dieu a voulu ce destin pour moi. Je t’aime. » Les vérifications ultérieures permettront d’établir que Julin était le diminutif de Julio, le fils du mécanicien Julio García Pino. L’épouse de ce dernier confirmera sans l’ombre d’un doute qu’il s’agissait bien de l’écriture de son mari.

Soucieux de ramener le navire et la dépouille à bon port, l’équipage de l' »Anna Di Maio » installe un câble de remorquage. Malheureusement, peu de temps après le début de la manœuvre, « El Fausto » commence à prendre l’eau de manière inexplicable et sombre rapidement dans les abysses de l’Atlantique. Le navire emporte avec lui le corps de Julio García Pino ainsi que tous les indices matériels restés à bord, scellant à jamais les secrets de ce drame.

Des théories multiples pour une énigme persistante

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Pour les spécialistes et les historiens, les 28 pages arrachées du carnet contenaient très probablement le récit complet du calvaire enduré par les hommes d' »El Fausto ». Le message d’adieu suggère que l’épouse de Julio aurait pu comprendre toute la vérité si elle avait pu lire les pages manquantes. Mais pourquoi ont-elles été détruites, et surtout, pourquoi l’équipage a-t-il refusé l’aide salvatrice du « Duchess » en juillet 1968 ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées au fil des décennies. Certains ont imaginé que les marins tentaient de fuir clandestinement vers le Venezuela pour y refaire leur vie, ou qu’ils étaient impliqués dans un trafic illégal. Néanmoins, les enquêtes de moralité ont démontré que tous étaient des pères de famille respectables, sans antécédents et pleinement intégrés. D’autres ont évoqué une piste politique liée au Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel des Canaries (MPAIAC), en s’appuyant sur la présence d’explosifs à bord. Cette théorie s’est toutefois effondrée, le groupe terroriste n’ayant commencé ses actions violentes que plusieurs années après la disparition du navire.

Une hypothèse particulièrement sombre suggère qu’un passager clandestin ou un pirate se cachait à bord lors de la rencontre avec le « Duchess », menaçant l’équipage pour l’empêcher d’accepter le remorquage. Une explication plus rationnelle penche pour un phénomène de délire collectif provoqué par la déshydratation et la faim, altérant le jugement des marins au point de leur faire croire qu’ils pouvaient regagner la côte par leurs propres moyens. Cette thèse n’explique pourtant pas pourquoi trois des corps s’étaient volatilisés lorsque l' »Anna Di Maio » a retrouvé le bateau, laissant le mystère d' »El Fausto » entier.

Selon la source : popularmechanics.com

Le mystère d’El Fausto : l’étrange destin d’un navire fantôme et de son équipage

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