Un décret interne signé par Belousov
Au cœur de la révélation de Reuters se trouve un document classifié russe — un décret interne émis par le ministre russe de la Défense Andreï Belousov en août 2025. Ce document autorise explicitement l’envoi d’une délégation des forces armées russes en Chine pour participer à des exercices dans des installations de l’Armée populaire de libération. Il s’agit d’une approbation formelle au plus haut niveau du ministère de la Défense russe — pas d’une initiative locale ou d’un échange informel.
Reuters a vu ce document. Il fait état d’une session de trois semaines dans une installation militaire à Pékin, en novembre 2025. Les soldats russes y ont été formés sur la protection radiologique, la reconnaissance chimique, la reconnaissance biologique et la protection des systèmes de ventilation contre la contamination. Un autre rapport cité par Reuters sur la formation à Nanjing a loué « le niveau des équipements, l’utilisation de simulateurs et la haute connaissance théorique des instructeurs » — tout en notant, non sans ironie, le « manque d’expérience au combat » de la Chine.
Les soldats formés ont rejoint le front ukrainien
L’élément le plus alarmant du rapport de Reuters est celui-ci : certains des quelque 200 militaires russes formés en Chine ont depuis rejoint la guerre en Ukraine. Cela signifie que des soldats ayant reçu une formation spécialisée en guerre radiologique, chimique et biologique sont potentiellement déployés sur des positions en contact direct avec les forces ukrainiennes. Cette information, si confirmée, devrait déclencher une réponse diplomatique et sécuritaire immédiate de la part des alliés de l’Ukraine.
Des soldats entraînés à la guerre chimique et biologique sur le champ de bataille ukrainien. C’est la phrase que je veux que chacun lise lentement. Pas dans le contexte d’une analyse géopolitique abstraite. Dans le contexte réel d’une guerre qui se passe en ce moment, à quelques heures d’avion d’ici. Cette formation a des conséquences concrètes pour des soldats ukrainiens qui se battent pour survivre.
Les généraux impliqués : noms, grades, rôles
Le côté russe : Muradov en tête
Reuters identifie avec précision les généraux russes impliqués dans cette opération. Le plus haut gradé du côté russe est le colonel général Rustam Muradov, commandant adjoint des forces terrestres russes, qui a conduit la délégation russe. Sa présence à ce niveau signale l’importance stratégique accordée par Moscou à cette coopération. On retrouve aussi le major général Rustam Khusainov, qui a cosigné un accord le 2 juillet avec son homologue chinois, ainsi que le major général Vitaly Gerasimov, qui a participé à un cours à Bengbu, ville qui abrite des installations militaires spécialisées de l’APL.
La participation de Muradov est particulièrement significative. Commandant adjoint des forces terrestres — c’est un poste au sommet de la hiérarchie militaire russe. Sa présence à Pékin pour superviser cette formation indique que ce programme n’était pas une opération périphérique. C’était une priorité institutionnelle de l’armée russe, validée au niveau le plus élevé, intégrée à la planification stratégique de la guerre.
Le côté chinois : Li Jinsun et l’Académie NBC
Du côté chinois, la figure centrale est le major général Li Jinsun, directeur de l’Académie militaire de défense radiologique, chimique et biologique de l’APL — l’institution spécialisée de l’armée chinoise dans exactement le type de formation dispensée aux Russes. Sa participation à l’ouverture de l’un des cours est documentée dans les rapports vus par Reuters. Le colonel principal Sun Dayun a cosigné l’accord du 2 juillet côté chinois. La présence du directeur de l’Académie NBC à l’inauguration des cours n’est pas protocolaire. C’est un acte d’engagement institutionnel de la Chine dans cette coopération militaire.
Ces noms ne sont pas des détails. Ce sont des preuves. Quand le commandant adjoint des forces terrestres russes et le directeur de l’Académie NBC de l’APL se retrouvent ensemble à Pékin pour ouvrir un programme de formation en guerre chimique et biologique pour des soldats russes en guerre, on n’est plus dans la coopération diplomatique floue. On est dans une alliance militaire concrète.
Kaja Kallas : Bruxelles confirme et évalue ses options
Une déclaration européenne sans précédent
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a pris position publiquement le 15 juin 2026 — deux semaines avant la publication de Reuters. Elle a déclaré que Bruxelles avait confirmé par ses propres canaux que la formation avait eu lieu et qu’elle en évaluait les implications. Plus important encore, elle a qualifié la Chine de « facilitateur décisif » de la guerre russe contre l’Ukraine. Cette formulation n’est pas anodine dans le vocabulaire diplomatique européen. Elle implique une responsabilité directe — et ouvre la voie à des mesures punitives.
Cette déclaration de Kallas est intervenue deux semaines avant la publication officielle de Reuters. Cela signifie que les gouvernements européens savaient. Ils avaient confirmé les faits par leurs propres canaux de renseignement. Et ils discutaient déjà en interne des mesures supplémentaires à prendre. L’UE a déjà imposé des sanctions à des entreprises chinoises qu’elle accuse de soutenir l’effort de guerre russe. Cette formation militaire clandestine pourrait justifier une escalade significative de ces sanctions.
La réponse officielle de Pékin : déni catégorique
Le ministère des Affaires étrangères chinois a répondu à Reuters par une déclaration lapidaire : « The relevant allegations are entirely unfounded. » Pékin a ajouté que sa position sur la crise en Ukraine reste « inchangée ». Du côté russe, le général Andrei Kartapolov a qualifié le rapport de « complete nonsense », affirmant que l’armée russe n’avait rien à apprendre de la Chine. Ces démentis sont formels. Ils ne répondent cependant pas à la question des documents internes russes vus par Reuters, ni à la confirmation indépendante des deux sources européennes.
« Entirely unfounded. » C’est la formule standard du déni diplomatique chinois. Elle ne répond pas aux documents. Elle ne répond pas aux sources européennes. Elle ne répond pas à la déclaration de Kallas. Dans le monde des relations internationales, un déni sans preuve contraire n’efface pas une accusation avec preuves. Et Reuters a les preuves.
La formation : trois semaines à Pékin, Nanjing et Bengbu
Le contenu opérationnel des cours
Le rapport de Reuters décrit en détail le contenu de la formation dispensée aux soldats russes. À Pékin, les militaires russes ont suivi des cours magistraux d’instructeurs chinois, ont examiné un modèle de réacteur nucléaire, ont été formés sur la « reconnaissance chimique », la « reconnaissance radiologique » et la protection des systèmes de ventilation contre la contamination. Ces formations sont spécifiquement conçues pour permettre à des unités militaires d’opérer dans des environnements où des agents chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires ont été utilisés.
À Nanjing et Bengbu, d’autres aspects de la formation ont été couverts. Un rapport interne russe sur la formation à Nanjing a loué la qualité des équipements et l’usage de simulateurs modernes. Ce même rapport notait, avec une certaine lucidité, le manque d’expérience au combat des instructeurs chinois — une note qui révèle la dimension d’échange mutuel de cette coopération : la Chine apporte la technologie, la Russie apporte l’expérience du terrain.
Un accord formel signé le 2 juillet
Reuters révèle aussi l’existence d’un accord formel cosigné le 2 juillet par le major général russe Rustam Khusainov et le colonel principal chinois Sun Dayun. Cet accord institutionnalise la coopération militaire sino-russe dans le domaine NRBC. Ce n’est pas une poignée de main informelle entre officiers. C’est un document signé, daté, archivé — et maintenant entre les mains de Reuters et de plusieurs gouvernements européens. La question n’est plus de savoir si cette coopération a eu lieu. Elle a eu lieu. La question est de savoir ce que l’Occident va faire maintenant.
Cet accord signé le 2 juillet me préoccupe au-delà de la formation elle-même. Il signifie que la Chine et la Russie ont formalisé leur coopération militaire NBC dans un document institutionnel. Que ce n’est pas un épisode isolé. Que c’est le début d’une structure. Une alliance militaire non-conventionnelle qui pourrait s’approfondir — et dont l’Ukraine est la première victime directe.
L'axe sino-russe : une alliance qui évolue vers quelque chose de plus grave
De la coopération économique à la coopération militaire NBC
La relation sino-russe a connu une escalade progressive depuis 2022. Dans un premier temps, la Chine a maintenu des liens commerciaux avec Moscou malgré les sanctions occidentales, fournissant des composantes technologiques à double usage que l’armée russe a intégrées dans des systèmes d’armes. Puis des entreprises chinoises ont été sanctionnées par l’UE pour soutien direct à l’effort de guerre. Maintenant, Reuters révèle une formation militaire directe, dans des installations de l’APL, sur les techniques les plus dangereuses de la guerre moderne.
Cette progression n’est pas accidentelle. Elle reflète une stratégie chinoise délibérée : rester officiellement neutre tout en soutenant activement la Russie, en calibrant le degré de soutien pour rester en deçà du seuil qui déclencherait des sanctions économiques paralysantes. Mais la ligne a été franchie. Former des soldats à la guerre biologique et chimique, c’est dépasser la fourniture de composantes électroniques. C’est entrer dans la coopération militaire directe. Et l’Occident ne peut plus prétendre qu’il ne le sait pas.
Les implications pour Taiwan et la sécurité indo-pacifique
Cette révélation doit être lue dans un contexte plus large. La Chine observe attentivement comment la communauté internationale réagit à l’agression russe en Ukraine. Si cette formation clandestine est suivie de conséquences diplomatiques limitées, Pékin tirera une conclusion simple : le soutien militaire indirect à un agresseur est sans coût réel. Ce calcul a des implications directes pour Taiwan, pour la mer de Chine méridionale, pour la sécurité de toute la région indo-pacifique. La fermeté ou la faiblesse de la réponse occidentale à cette révélation sera lue, à Pékin, comme un signal sur ce que l’Occident est prêt à tolérer.
La Chine joue une partie d’échecs à plusieurs plateaux. Elle soutient la Russie en Ukraine. Elle observe la réponse occidentale. Elle évalue ses propres marges de manœuvre pour Taiwan. Ces trois réalités sont liées. Et chaque fois que l’Occident hésite face à la Chine sur le dossier russe, il envoie un signal à Pékin sur sa détermination sur le dossier taïwanais. Les demi-mesures ont un coût stratégique immense.
Ce que dit l'ICDS et les think tanks de défense sur l'alliance sino-russe
Une relation structurelle, pas conjoncturelle
L’International Centre for Defence and Security (ICDS) a analysé en profondeur la relation sino-russe. Sa conclusion centrale : même si le partenariat sino-russe a peut-être atteint son pic en termes d’affinités idéologiques, il reste fonctionnellement robuste sur le plan stratégique. Les deux puissances partagent un objectif commun : affaiblir l’ordre mondial libéral dirigé par l’Occident. Cette convergence est plus forte que leurs différences tactiques ou leurs rivalités régionales en Asie centrale.
La formation militaire révélée par Reuters s’inscrit dans cette logique. Ce n’est pas la Chine qui « aide la Russie par amitié ». C’est la Chine qui renforce un partenaire stratégique contre un Occident qu’elle considère comme son principal rival à long terme. En formant des soldats russes aux techniques NBC, la Chine investit dans la capacité de nuisance russe — et par extension, dans la déstabilisation durable de l’Europe. L’Ukraine est le laboratoire. Le monde entier est l’audience.
La Corée du Nord et l’Iran : un triangle des menaces
Cette formation sino-russe s’inscrit dans un tableau plus large. La Corée du Nord a fourni des munitions et des missiles balistiques à la Russie depuis 2023. L’Iran a fourni des drones Shahed qui frappent quotidiennement des villes ukrainiennes. Et maintenant, la Chine fournit une formation militaire spécialisée dans les techniques les plus dangereuses du spectre militaire. Ces trois acteurs — Chine, Corée du Nord, Iran — forment un réseau de soutien à l’agression russe qui devrait être traité collectivement par l’Occident, pas séparément. Ce sont les mêmes puissances qui menacent l’ordre international libéral sur plusieurs fronts simultanés.
Corée du Nord. Iran. Chine. Russie. Ces quatre noms apparaissent ensemble de plus en plus souvent dans les rapports de renseignement et les analyses stratégiques. Ce n’est pas une coïncidence. C’est la formation d’un bloc révisionniste qui partage un objectif commun : mettre fin à l’hégémonie occidentale. Et ils ne se cachent même plus pour travailler ensemble.
L'Ukraine face à une menace NBC renforcée
Un risque opérationnel immédiat
La présence potentielle de soldats russes formés aux techniques NBC (nucléaire, biologique, chimique) sur le front ukrainien pose un problème opérationnel concret pour les forces de défense ukrainiennes. Non pas parce qu’elle rend une attaque NBC imminente ou certaine — mais parce qu’elle améliore les capacités russes de protection et de déploiement dans des environnements NBC. Des soldats qui savent protéger leurs propres unités contre les agents chimiques peuvent opérer plus efficacement dans des zones où de tels agents ont été utilisés — et sont donc plus difficiles à neutraliser avec certains types de munitions.
L’Ukraine fait face à une armée russe qui s’améliore techniquement malgré ses pertes massives. Les drones. Les missiles. La guerre électronique. Et maintenant, les compétences NBC. Chaque amélioration de la capacité russe signifie des défis supplémentaires pour des soldats ukrainiens qui se battent avec des ressources humaines et matérielles plus limitées. C’est pourquoi le soutien occidental continu — en armement, en formation, en renseignement — reste indispensable.
Les alliés de l’Ukraine doivent répondre
Face à cette révélation, les alliés de l’Ukraine ont plusieurs leviers. Le premier : sanctionner directement les institutions et généraux chinois impliqués, en particulier le major général Li Jinsun et son Académie NBC. Le deuxième : approfondir les enquêtes sur les réseaux de transfert technologique entre la Chine et la Russie. Le troisième : partager le renseignement disponible avec les forces ukrainiennes pour que celles-ci puissent adapter leurs défenses. Ces mesures ne nécessitent pas de déclaration de guerre. Elles nécessitent de la détermination politique — la ressource la plus rare dans les capitales occidentales.
La communauté internationale a une tendance à fragmenter ses réponses. On sanctionne une entreprise ici, on convoque un ambassadeur là. Face à une coopération militaire aussi systématique que celle révélée par Reuters, une réponse fragmentée est insuffisante. Il faut une doctrine de réponse coordonnée — et il faut l’appliquer maintenant, pas après la prochaine révélation.
La réaction internationale : entre indignation et prudence calculée
L’Europe entre confirmation et hésitation
Kaja Kallas a confirmé les faits le 15 juin. L’UE « évalue ses implications ». Deux semaines plus tard, Reuters publie les détails. L’UE est donc dans une position inconfortable : elle ne peut plus prétendre ne pas savoir, mais elle hésite à aller jusqu’à des sanctions directement ciblées sur des généraux chinois — une escalade diplomatique sans précédent avec la deuxième économie mondiale. Ce calcul prudentiel est compréhensible. Il n’est pas nécessairement juste.
Les conséquences économiques d’une confrontation diplomatique avec Pékin sur ce dossier seraient substantielles pour les économies européennes. La Chine est un partenaire commercial majeur pour l’Allemagne, la France, l’Italie. Mais les coûts de l’inaction sont aussi réels : en laissant Pékin renforcer impunément la machine de guerre russe, l’Europe accepte de voir la guerre se prolonger, les villes ukrainiennes continuer d’être frappées, et un précédent dangereux s’installer dans les relations internationales.
Les États-Unis et l’administration Trump
La réaction américaine à cette révélation est encore plus complexe. L’administration Trump, qui entretient des relations ambivalentes avec la Chine sur les questions commerciales, devra décider si elle traite cette formation militaire comme une menace stratégique majeure ou comme un dossier parmi d’autres dans ses négociations avec Pékin. La logique transactionnelle de Trump pourrait le conduire à utiliser cette révélation comme levier dans les négociations commerciales avec la Chine — ce qui serait une erreur stratégique grave. La coopération militaire NBC n’est pas un sujet de négociation tarifaire. C’est une question de sécurité internationale fondamentale.
Trump devra choisir : est-ce que la formation militaire chinoise de soldats russes spécialisés en guerre biologique est un sujet de deal, ou une ligne rouge? Je n’ai pas de réponse certaine à cette question. Mais je sais ce que j’espère. Et j’espère que cette fois, même Trump comprendra que certaines choses ne se négocient pas.
L'Ukraine résiste — et le monde doit comprendre pourquoi ça compte
Une guerre qui se mondialise davantage chaque semaine
La révélation de Reuters du 1er juillet 2026 illustre une réalité que certains en Occident refusent encore d’accepter : la guerre en Ukraine n’est plus une guerre régionale. C’est un conflit dans lequel s’affrontent des systèmes — démocratie contre autocratie, ordre libéral international contre révisionnisme — avec des acteurs de plusieurs continents. La Corée du Nord fournit des munitions. L’Iran fournit des drones. La Chine forme des soldats. Et l’Ukraine, avec ses partenaires occidentaux, fait face à cette coalition de facto avec une résilience qui force l’admiration.
Cette guerre dure depuis plus de quatre ans. Elle a coûté des centaines de milliers de vies. Elle a détruit des villes entières. Elle a produit des millions de réfugiés. Et l’Ukraine est toujours debout. Les drones ukrainiens frappent Moscou. L’armée ukrainienne tient ses lignes. L’industrie de défense ukrainienne produit ses propres armes. Ce n’est pas malgré l’aide occidentale imparfaite. C’est grâce à la détermination d’un peuple qui a choisi de ne pas s’incliner.
Zelensky : la cible d’une coalition mondiale
Derrière chaque soldat formé en Chine, chaque drone iranien, chaque obus nord-coréen, il y a une intention commune : épuiser l’Ukraine. Briser sa volonté. Faire craquer sa défense. Et derrière chaque frappe ukrainienne sur une raffinerie russe, chaque ligne défensive tenue, chaque drone abattu au-dessus de Kyiv, il y a Volodymyr Zelensky et les femmes et les hommes qui combattent sous ses ordres. Face à une coalition de puissances autoritaires qui soutiennent la Russie, l’Ukraine est la ligne de front de la démocratie. Cette réalité ne devrait pas être oublié — ni par les capitales occidentales, ni par les citoyens qui élisent leurs dirigeants.
Je pense à Zelensky face à cette accumulation. Un empire qui l’attaque. La Chine qui forme ses ennemis. L’Iran qui envoie ses drones. La Corée du Nord qui fournit ses obus. Et lui, qui tient. Qui refuse de plier. Qui frappe en retour. Dans l’histoire longue de ce conflit, quand elle sera écrite, cette résistance sera l’une des pages les plus remarquables du XXIe siècle.
Que faire maintenant : les réponses que l'Occident doit donner
Des sanctions ciblées sur les institutions et généraux chinois impliqués
La première réponse attendue est la plus directe : l’UE et les États-Unis doivent sanctionner les institutions et individus chinois impliqués dans cette formation. Le major général Li Jinsun et son Académie NBC de l’APL sont des cibles évidentes. Ces sanctions enverraient un signal clair à Pékin : la coopération militaire avec un État agresseur a un coût. Elle ne peut pas rester sans conséquence. La réponse de Kallas le 15 juin a posé le diagnostic. Il faut maintenant que les mesures suivent le diagnostic.
La deuxième réponse : approfondir les sanctions déjà imposées aux entreprises chinoises qui soutiennent l’effort de guerre russe. L’UE a déjà commencé ce travail. Mais la révélation de Reuters montre que le soutien chinois va au-delà des composantes technologiques — il inclut désormais une formation militaire spécialisée. Les sanctions doivent être calibrées en conséquence. Et les alliés américains, européens, britanniques, japonais et australiens doivent coordonner leurs réponses pour en maximiser l’impact.
Renforcer le soutien à l’Ukraine sans délai
Face à une armée russe qui améliore ses capacités avec l’aide de la Chine, la réponse la plus directe pour soutenir l’Ukraine est de renforcer et accélérer les livraisons d’armements. Des systèmes de défense aérienne supplémentaires pour protéger les villes. Des munitions à longue portée pour continuer à frapper les infrastructures russes. Des équipements de protection NBC pour les soldats ukrainiens qui pourraient faire face à des unités russes formées en Chine. Et la confiscation des 300 milliards de réserves russes gelées pour financer directement la défense et la reconstruction ukrainiennes. Ce ne sont pas des vœux pieux. Ce sont des décisions politiques concrètes, possibles maintenant.
L’Occident a tous les outils pour répondre à ce que Reuters a révélé. Ce qui manque, ce n’est pas la capacité — c’est la volonté. Et la volonté, en démocratie, se construit aussi par des chroniqueurs qui disent la vérité, même quand elle est inconfortable. Cette formation chinoise de soldats russes est une menace réelle. La réponse doit être réelle aussi.
Ce que dit le renseignement européen — et ce qu'il ne dit pas encore
Deux sources européennes indépendantes
Le rapport de Reuters repose sur deux responsables européens indépendants et sur des documents classifiés russes. Cette base est solide. Mais elle soulève aussi des questions sur ce que les services de renseignement européens savent encore et n’ont pas encore publié. Si deux sources européennes ont confirmé cette formation à Reuters, combien d’autres éléments sur la coopération sino-russe sont encore dans les coffres des services de renseignement, attendant une décision politique pour être rendus publics?
La déclaration de Kallas le 15 juin — deux semaines avant Reuters — suggère que les gouvernements européens avaient déjà accès à ces informations depuis un certain temps. Cette chronologie soulève des questions légitimes : quand ont-ils su? Ont-ils immédiatement informé leurs partenaires? Et quelles mesures ont été prises dans cet intervalle? La transparence sur ces questions n’est pas seulement une exigence démocratique. C’est une nécessité stratégique pour maintenir la crédibilité des institutions européennes face à leurs propres citoyens.
Ce que Reuters ne peut pas encore confirmer
Reuters est explicitement prudent dans son rapport : il confirme la formation de novembre 2025, les généraux impliqués, le décret de Belousov. Il confirme que certains soldats formés ont rejoint le front. Mais il ne confirme pas que des agents chimiques ou biologiques ont été utilisés sur le champ de bataille ukrainien par ces unités. Cette distinction est importante. La formation à la défense NBC ne signifie pas nécessairement une intention d’emploi offensif. Mais elle signifie une préparation à opérer dans un environnement NBC — ce qui en soi est un signal d’alarme sérieux.
Reuters a fait son travail avec rigueur. Ce que j’apprécie dans ce rapport, c’est précisément ce qu’il ne dit pas : il ne prétend pas confirmer des attaques chimiques imminentes. Il documente ce qui est documentable. C’est la différence entre le journalisme et la propagande. Et c’est aussi pourquoi ce rapport mérite d’être pris au sérieux — et agi sur.
Perspectives : la guerre qui vient après la révélation
La Chine a franchi une ligne — les conséquences restent à venir
Cette révélation marque un point de rupture dans les relations sino-occidentales sur le dossier ukrainien. Avant Reuters, Pékin pouvait maintenir l’ambiguïté de sa « neutralité officielle ». Après Reuters, cette ambiguïté est impossible à maintenir. La Chine a secrètement formé des soldats russes à la guerre NBC, avec l’approbation du ministre de la Défense et la participation de généraux de haut rang. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas un épisode isolé. C’est de la coopération militaire directe avec un État agresseur.
Les conséquences diplomatiques de cette révélation dépendront entièrement de la réponse de l’Occident. Si l’UE et les États-Unis répondent avec des sanctions ciblées et une pression diplomatique soutenue, ils établissent un précédent de responsabilité qui dissuadera peut-être la Chine d’aller plus loin. Si la réponse est timorée, Pékin tirera la conclusion qu’elle peut approfondir cette coopération sans conséquence. Cette décision appartient aux gouvernements. Mais la pression pour qu’ils agissent appartient aux citoyens, aux journalistes, aux analystes — et aux chroniqueurs.
L’Ukraine continuera de se battre — quoi qu’il arrive
Quelle que soit la réponse occidentale, l’Ukraine continuera de se battre. Elle l’a prouvé depuis plus de quatre ans. Elle l’a prouvé quand les États-Unis ont coupé leur aide. Elle l’a prouvé quand les villes ont été bombardées. Elle le prouvera encore face à une armée russe partiellement formée par la Chine. Mais cette guerre ne devrait pas être un fardeau que l’Ukraine porte seule. La révélation de Reuters du 1er juillet 2026 devrait rappeler à chaque gouvernement occidental que cette guerre est aussi leur guerre — et que le coût de ne pas l’avoir gagnée sera bien plus élevé que le coût de la gagner maintenant.
Après plus de quatre ans, il m’arrive encore d’être révolté par ce que cette guerre révèle sur le monde. La Chine qui forme des soldats. La Corée du Nord qui envoie des obus. L’Iran qui envoie des drones. Et l’Ukraine qui résiste, seule, au nom de valeurs que l’Occident dit défendre mais peine parfois à défendre vraiment. Cette révolution — tenir debout quand tout pousse à s’incliner — est peut-être le plus grand legs de l’Ukraine pour l’histoire du XXIe siècle.
Le précédent juridique international : une formation qui viole les normes de la guerre
Le droit international humanitaire et la formation NBC
La formation dispensée par la Chine aux soldats russes soulève des questions sérieuses de droit international. La Convention sur les armes chimiques et la Convention sur les armes biologiques interdisent le développement, la production, le stockage et l’emploi d’armes chimiques et biologiques. Former des soldats en guerre aux techniques de reconnaissance et de protection NBC n’est pas en soi une violation de ces conventions — la défense est permise. Mais former des soldats à opérer dans des environnements NBC tout en sachant qu’ils rejoindront un champ de bataille actif soulève des questions sérieuses sur l’intention.
De plus, l’accord signé le 2 juillet entre Khusainov et Sun Dayun institutionnalise une coopération militaire directe entre un État agresseur et une puissance qui prétend être neutre. Même si cet accord ne viole pas formellement une convention spécifique, il constitue une violation grave de l’esprit du droit international — et devrait faire l’objet d’une enquête formelle devant les instances multilatérales compétentes. La Cour pénale internationale, les organes de surveillance des conventions NBC, les structures de l’ONU : tous ont un rôle à jouer.
Les précédents historiques qui éclairent la situation
L’histoire offre des précédents à cette situation. Durant la Guerre froide, les deux superpuissances ont formé et équipé des forces proxy à travers le monde. Ces formations ont souvent conduit à des violations graves des droits humains et des prolongations de conflits qui auraient pu se terminer plus tôt. La formation sino-russe de novembre 2025 s’inscrit dans cette logique de guerre par procuration renforcée. La différence, c’est qu’aujourd’hui, le droit international est mieux défini, les obligations des États plus claires, et les outils de responsabilisation plus développés. Ce qui manque, c’est la volonté politique de les utiliser.
Je ne suis pas juriste. Mais je suis persuadé que la communauté internationale a les instruments légaux pour répondre à cette coopération militaire clandestine. Ce qui fait défaut, ce n’est pas le droit. C’est le courage politique de l’appliquer face à la deuxième économie mondiale. Et ce courage se construit d’abord dans l’opinion publique — dans les salles de rédaction, dans les parlements, dans les conversations citoyennes.
Conclusion : Le monde sait — maintenant, il doit agir
La révélation ne suffit pas — l’action est nécessaire
Reuters a révélé ce que les gouvernements européens savaient déjà. Les documents existent. Les généraux sont nommés. Les soldats ont été formés. Certains sont sur le front. L’équation est simple : la Chine a aidé la Russie à mieux se battre en Ukraine. Cette aide est documentée, confirmée par des sources indépendantes, inscrite dans des accords formels. La question n’est plus « est-ce que c’est vrai ». La question est : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant? »
L’Occident a les outils. Les sanctions. Les confiscations d’actifs. Les livraisons d’armes. Le renseignement partagé. Il a aussi quelque chose de plus rare : des preuves publiées, accessibles à tous, qui rendent l’inaction politiquement intenable. L’Ukraine, de son côté, continue de se battre. Elle n’a pas attendu que l’Occident décide. Elle frappe. Elle tient. Elle avance. Le minimum que l’Occident peut faire, c’est de tenir à côté d’elle.
Le 1er juillet 2026, Reuters a publié quelque chose qui devrait changer des choses. La Chine a formé des soldats russes à la guerre NBC. Les preuves existent. Les généraux sont nommés. Les documents ont été vus. L’Ukraine se bat. Le reste — sanctionner, confisquer, armer, agir — n’est qu’une question de décision politique. Et les décisions politiques, dans une démocratie, commencent par des citoyens qui comprennent ce qui se passe.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
The Epoch Times — Allies to Announce Billions in Defense Investment Plans at NATO Summit — 2026
Kyiv Independent — Russian officials attack Kyiv Independent reporting on the conflict — juin 2026
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