Une image vaut mille mots. Vous avez sans doute déjà entendu cette expression. Vous avez probablement aussi entendu dire que « l’art imite la vie ». Et comme la plupart d’entre nous le savent, la vie, malheureusement, n’est pas toujours rose. Les artistes que nous avons admirés à travers l’histoire le savent eux aussi très bien, c’est pourquoi ils ont souvent su illustrer avec une justesse poignante des scènes d’angoisse et de tragédie. Des exécutions aux maladies, en passant par les pertes, les naufrages et la guerre, les 20 œuvres d’art de cette liste racontent des histoires poignantes. Attention : certaines d’entre elles peuvent être bouleversantes.
1. Guernica, de Pablo Picasso
Picasso a réalisé « Guernica » en réaction au bombardement de la ville basque de Guernica, survenu en avril 1937 pendant la guerre civile espagnole. Des avions allemands et italiens, venus en renfort des forces de Francisco Franco, ont attaqué la ville, tuant des civils et la réduisant en grande partie en ruines. Plutôt que de représenter la destruction sous la forme d’une scène de bataille traditionnelle, Picasso a peuplé cette immense toile en noir et blanc de personnages blessés, de parents en deuil et d’animaux terrifiés.
2. « Le Radeau de la Méduse » de Théodore Géricault
Ce tableau gigantesque s’inspire du naufrage, survenu en 1816, de la frégate française « Méduse », dont le capitaine avait obtenu son poste grâce à ses relations politiques malgré son manque d’expérience. Environ 150 personnes avaient été placées sur un radeau de fortune, mais seules 15 d’entre elles survécurent après près de deux semaines de famine, de déshydratation, de violences et d’exposition aux intempéries. Géricault interrogea les survivants et étudia les restes humains tout en préparant une œuvre qui dénonçait également l’incompétence à l’origine de la catastrophe.
3. « Le 3 mai 1808 » de Francisco Goya
Le tableau de Goya représente des soldats français en train d’exécuter des civils espagnols à la suite d’un soulèvement contre l’occupation de Madrid par Napoléon. La victime au centre lève les bras, tandis que des corps gisent déjà à ses pieds et que d’autres attendent leur tour. Bien que Goya ait peint cette scène en 1814, six ans après les faits, son sujet s’inspire directement des exécutions de masse perpétrées dans la nuit du 3 mai 1808.
4. L'exécution de Lady Jane Grey, de Paul Delaroche
Lady Jane Grey fut placée sur le trône d’Angleterre en juillet 1553 dans le but d’empêcher Marie Tudor, de confession catholique, de devenir reine. Son règne ne dura que neuf jours ; elle fut finalement condamnée pour trahison et décapitée en 1554, alors qu’elle avait environ 16 ou 17 ans. Delaroche représente l’adolescente, les yeux bandés, tendant la main vers le billot tandis qu’un serviteur guide sa main dans cette direction.
5. « Ophelia » de John Everett Millais
Millais dépeint les derniers instants d’Ophélie, la jeune femme de la pièce Hamlet de Shakespeare qui se noie après avoir connu le chagrin, le rejet et la détresse psychologique. Elizabeth Siddal a posé pour ce tableau allongée dans une baignoire remplie d’eau, que l’on maintenait à température grâce à des lampes placées en dessous. Il semblerait que les lampes se soient éteintes au cours d’une séance et que Siddal soit tombée gravement malade après être restée dans l’eau froide tandis que Millais continuait à travailler.
6. La Mort de Marat, de Jacques-Louis David
Jean-Paul Marat, journaliste radical et figure politique de la Révolution française, fut assassiné dans sa baignoire le 13 juillet 1793. Charlotte Corday parvint à pénétrer chez lui en prétendant détenir des informations sur ses ennemis politiques, puis le poignarda alors qu’il travaillait. David, qui connaissait Marat et partageait ses convictions révolutionnaires, transforma la scène du crime en une image de sacrifice et de deuil public.
7. L'exécution de l'empereur Maximilien, d'Édouard Manet
Maximilien d’Autriche devint empereur du Mexique en 1864 grâce au soutien militaire de Napoléon III de France. Après le retrait des forces françaises, l’armée républicaine le fit prisonnier et il fut exécuté aux côtés des généraux Miguel Miramón et Tomás Mejía en juin 1867. Manet réalisa plusieurs versions de cet événement, mais les autorités françaises firent interdire une lithographie sur ce sujet, car les uniformes y représentés impliquaient la France dans cette intervention ratée.
8. Le Massacre de Chios, d'Eugène Delacroix
Delacroix s’est inspiré pour ce tableau des atrocités commises à l’encontre des civils grecs sur l’île de Chios pendant la guerre d’indépendance grecque. Les forces ottomanes ont attaqué l’île en 1822, tuant des milliers d’habitants et réduisant de nombreux autres en esclavage. Plutôt que de se concentrer sur une seule figure héroïque, l’artiste a peuplé la toile de civils blessés, en deuil et captifs, en attente d’un destin incertain.
9. « Beata Beatrix » de Dante Gabriel Rossetti
Rossetti s’est inspiré de son épouse, l’artiste et poétesse Elizabeth Siddal, décédée en 1862 des suites d’une overdose de laudanum, pour créer le personnage central. Il l’a représentée sous les traits de Béatrice, cette femme défunte idéalisée dans les écrits du poète italien Dante Alighieri. Le pavot blanc porté par un oiseau fait référence à la substance dérivée de l’opium liée à la mort de Siddal, faisant de ce tableau à la fois une scène littéraire et un hommage personnel.
10. Chatterton, d'Henry Wallis
Thomas Chatterton était un écrivain anglais de grand talent qui composait des poèmes qu’il attribuait à tort à un auteur médiéval fictif. Confronté à des difficultés financières et au rejet de ses pairs, il mourut empoisonné en 1770, à l’âge de 17 ans seulement ; le suicide a longtemps été considéré comme l’explication la plus probable de sa mort. Wallis l’a représenté allongé à côté de papiers déchirés et d’une bouteille vide, transformant ainsi la mort du jeune écrivain en une critique du sort réservé par la société aux artistes démunis.
11. « La colonne brisée » de Frida Kahlo
Kahlo a peint La colonne brisée après avoir subi une opération de la colonne vertébrale en 1944 afin de remédier aux séquelles d’un terrible accident de bus auquel elle avait survécu lorsqu’elle était adolescente. Elle y représente son torse ouvert en deux, avec une colonne classique endommagée symbolisant sa colonne vertébrale et des clous recouvrant sa peau. Le corset médical qui entoure son corps fait référence aux dispositifs de maintien contraignants qu’elle portait régulièrement alors qu’elle souffrait de douleurs chroniques intenses.
12. « Le dernier jour de Pompéi », de Karl Bryullov
Le tableau monumental de Bryullov évoque les dernières heures de Pompéi lors de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C. Les habitants fuient sous un ciel assombri tandis que les bâtiments s’effondrent, que des familles sont séparées et que d’autres prennent conscience qu’ils ne pourront peut-être pas s’échapper. Bien que l’artiste ait achevé cette œuvre en 1833, il a étudié la ville mise au jour et y a intégré des détails inspirés d’objets et de restes humains qui y ont été découverts, reliant ainsi cette scène dramatique à une véritable catastrophe antique.
13. « Ivan le Terrible et son fils Ivan », d'Ilya Repin
Repin représente Ivan le Terrible serrant dans ses bras son fils mortellement blessé après l’avoir frappé au cours d’une dispute. Les circonstances historiques exactes de la mort du prince en 1581 restent controversées, mais le tableau présente cet événement comme un moment d’horreur et de remords immédiats. L’expression terrifiée d’Ivan contraste avec le corps exsangue de son fils, mettant ainsi l’accent sur les conséquences dévastatrices d’une violence incontrôlée plutôt que sur le pouvoir royal.
14. « La mort du général Wolfe », de Benjamin West
Le tableau de Benjamin West, datant de 1770, représente les derniers instants du général britannique James Wolfe lors de la bataille des Plaines d’Abraham en 1759. Wolfe fut mortellement blessé peu avant d’apprendre que ses troupes avaient vaincu les Français aux portes de la ville de Québec. Bien que West ait mis en scène cette scène dans un souci d’effet dramatique plutôt que de rigueur historique, le tableau témoigne du terrible tribut payé pour une victoire qui a bouleversé l’équilibre des pouvoirs dans une grande partie de l’Amérique du Nord.
15. « Le Cri » d'Edvard Munch
Munch a grandi dans un environnement marqué par la maladie et le deuil : il a perdu sa mère, emportée par la tuberculose, à l’âge de cinq ans, puis sa sœur Sophie, victime de la même maladie, quelques années plus tard. Des membres de sa famille ont également souffert de troubles mentaux, tandis que Munch lui-même a connu l’anxiété, la dépression et des périodes d’instabilité émotionnelle. « Le Cri » est né de cette préoccupation plus générale liée à la peur, à l’isolement, à la maladie et à la mort, inspirée par un moment d’effroi et de panique terrifiants.
16. « Aux portes de l'éternité », de Vincent van Gogh
Van Gogh est revenu à plusieurs reprises sur l’image d’un vieil homme assis, la tête entre les mains, pour finalement en réaliser une version peinte en 1890. Il l’a achevée alors qu’il suivait un traitement à l’hôpital psychiatrique de Saint-Rémy, où son état mental était instable et l’empêchait parfois de peindre. Van Gogh est décédé plus tard cette même année des suites d’une blessure par balle, ce qui confère au personnage désespéré de l’œuvre une place particulièrement douloureuse dans ses derniers mois.
17. Le jardin de l'asile, de Vincent van Gogh
Le jardin représenté dans ce tableau appartenait à l’hôpital de Saint-Paul-de-Mausole, où Van Gogh s’était fait admettre en mai 1889 en raison de la détérioration de sa santé mentale. Lors de crises aiguës, il était confiné à l’intérieur et contraint, pendant un certain temps, de se limiter au dessin après avoir ingéré de la peinture. Malgré cela, il resta remarquablement productif, réalisant environ 150 tableaux au cours de l’année qu’il passa dans cet établissement.
18. « L'ange blessé », d'Hugo Simberg
Simberg a peint deux garçons à l’air grave transportant sur une civière, à travers un paysage dépouillé, un ange blessé et aux yeux bandés. Il a réalisé cette œuvre après avoir passé une longue période à se remettre d’une maladie, bien qu’il ait refusé de donner aux spectateurs une interprétation unique de sa signification. L’aile abîmée de l’ange et les expressions graves des enfants ont fait que ce tableau est désormais étroitement associé à la souffrance, à la vulnérabilité et à la guérison.
19. « La Dame de Shalott », de John William Waterhouse
Waterhouse s’est inspiré du poème d’Alfred, Lord Tennyson, qui raconte l’histoire d’une femme condamnée à vivre seule dans une tour sous le poids d’une mystérieuse malédiction. Lorsqu’elle finit par tourner son regard vers le monde extérieur et part à la recherche de Sir Lancelot, la malédiction se réalise. Le tableau la représente au moment où elle entame son voyage en bateau vers Camelot, un périple qui s’achèvera par sa mort avant même qu’elle n’atteigne la cité.
20. La Mort de Socrate, de Jacques-Louis David
Le tableau de David, datant de 1787, représente les derniers instants du philosophe grec Socrate, condamné à mort par un tribunal athénien en 399 av. J.-C. Plutôt que de renoncer à ses enseignements, il accepta sa peine et se prépara à boire une coupe de ciguë empoisonnée. Ses disciples, qui l’entourent, réagissent avec chagrin et incrédulité, tandis que Socrate, imperturbable, tend la main vers la coupe qui mettra fin à sa vie.