Les institutions religieuses et les gouvernements ont souvent été interdépendants, mais cela ne les a pas empêchés de se livrer à une concurrence acharnée autour des lois, des terres, de l’éducation, des nominations et de la loyauté du peuple. Certains conflits se sont soldés par des compromis négociés, tandis que d’autres ont conduit à des excommunications, des exécutions, des révolutions ou des années de résistance armée. Ni les responsables ecclésiastiques ni les dirigeants politiques n’ont toujours détenu le monopole de la morale, car les deux camps défendaient parfois des principes tout en cherchant à préserver leur richesse et leur influence. Ces affrontements mettent en lumière vingt luttes épiques entre l’Église et l’État.
1. La querelle des investitures
Le pape Grégoire VII et le roi Henri IV se sont affrontés sur la question de savoir si les souverains laïques pouvaient nommer les évêques et leur remettre les insignes de leur charge. Leur conflit s’est prolongé au-delà de leur vie et a finalement abouti au concordat de Worms en 1122, qui a réparti les pouvoirs de nomination entre les autorités religieuses et laïques.
2. Henri II contre Thomas Becket
Le roi Henri II s’attendait à ce que Thomas Becket soutienne l’autorité royale après l’avoir nommé archevêque de Cantorbéry. Au lieu de cela, Becket défendit les tribunaux ecclésiastiques et s’opposa aux réformes juridiques proposées par le roi. Quatre chevaliers l’assassinèrent à l’intérieur de la cathédrale de Cantorbéry en 1170, provoquant un tollé général et contraignant Henri à faire pénitence en public plusieurs années plus tard.
3. Le roi Jean défie le pape Innocent III
Le roi Jean d’Angleterre refusa la nomination par le pape Innocent III de Stephen Langton au poste d’archevêque de Cantorbéry. Confronté à des pressions politiques et militaires, Jean céda son royaume à l’autorité papale en 1213 et le récupéra sous forme de fief papal.
4. Philippe IV fait arrêter un pape
Le pape Boniface VIII affirmait que l’autorité spirituelle primait sur le pouvoir temporel, notamment lors de son différend avec le roi Philippe IV de France au sujet de l’imposition du clergé. Les agents de Philippe IV s’emparèrent de Boniface à Anagni en 1303 et le retinrent brièvement, avant que les habitants ne le libèrent.
5. Les hussites défient l'Église et l'Empire
L’exécution du réformateur Jan Hus pour hérésie en 1415 a suscité la colère de nombreux partisans en Bohême. Des divisions internes ont fini par affaiblir le mouvement, mais les hussites modérés ont obtenu des concessions religieuses tout à fait inhabituelles dans l’Europe médiévale.
6. Henri VIII rompt avec Rome
La demande d’Henri VIII visant à obtenir l’annulation de son mariage avec Catherine d’Aragon donna lieu à un conflit entre l’autorité papale et l’autorité royale. Après le refus de Rome d’accorder l’annulation, le Parlement proclama le roi chef suprême de l’Église d’Angleterre. Les monastères furent dissous, leurs biens transférés, et toute résistance au nouvel ordre religieux pouvait être punie comme un acte de trahison.
7. Élisabeth Ire face à l'opposition du pape
Élisabeth Ire rétablit la suprématie royale protestante après son accession au trône d’Angleterre en 1558. Le pape Pie V l’excommunia en 1570 et déclara que ses sujets catholiques étaient libérés de leur allégeance envers elle. Cette décision renforça la méfiance du gouvernement à l’égard des catholiques, en particulier après plusieurs complots visant à remplacer Élisabeth par Marie, reine d’Écosse.
8. La révolte néerlandaise s'oppose au pouvoir religieux
Le roi d’Espagne Philippe II tenta de préserver l’autorité catholique tout en renforçant son contrôle politique sur les Pays-Bas. La résistance protestante, le mécontentement face à la fiscalité et l’opposition à un gouvernement centralisé se combinèrent pour donner lieu à une révolte prolongée.
9. Galilée face à l'Inquisition
Galilée défendit publiquement le modèle copernicien, selon lequel la Terre tournait autour du Soleil. Les autorités ecclésiastiques l’avaient mis en garde contre le fait de présenter l’héliocentrisme comme un fait physique avéré, et la publication ultérieure de son ouvrage lui valut d’être jugé par l’Inquisition romaine en 1633. Il fut reconnu comme fortement soupçonné d’hérésie, contraint de se rétracter et assigné à résidence.
10. Joseph II réorganise l'Église
L’empereur du Saint-Empire romain germanique Joseph II estimait que les institutions religieuses devaient servir les intérêts concrets de l’État. Il ferma des centaines de monastères contemplatifs, réorganisa les diocèses, réglementa les séminaires et imposa des restrictions aux communications avec Rome.
11. La France révolutionnaire contrôle le clergé
La Révolution française a nationalisé les biens de l’Église et adopté la Constitution civile du clergé en 1790. Les prêtres et les évêques sont devenus des fonctionnaires de l’État tenus de prêter serment d’allégeance au nouvel ordre politique, ce qui a creusé un profond fossé entre le clergé coopérant et celui qui résistait.
12. Napoléon emprisonne le pape Pie VII
Napoléon rétablit dans un premier temps les relations avec l’Église catholique grâce au Concordat de 1801. Cette coopération prit fin lorsque l’empereur exigea un contrôle accru et annexa des territoires papaux. Pie VII excommunia les responsables, ce qui poussa les forces de Napoléon à l’arrêter en 1809 et à le maintenir sous bonne garde jusqu’à ce que la position politique de l’empereur commence à s’effriter.
13. Les lois de réforme mexicaines brisent le pouvoir de l'Église
Dans les années 1850, les libéraux mexicains, menés par Benito Juárez, ont cherché à réduire les vastes privilèges économiques et juridiques dont jouissait l’Église catholique. Leurs lois de réforme ont nationalisé les biens de l’Église, instauré le mariage civil et limité la compétence des tribunaux ecclésiastiques.
14. L'unification italienne met fin aux États pontificaux
Avant l’unification de l’Italie, les papes régnaient sur un vaste territoire couvrant le centre du pays. Les forces nationalistes italiennes ont progressivement annexé la plupart des terres papales et se sont emparées de Rome en 1870, après le retrait des troupes françaises.
15. Bismarck lance le « Kulturkampf »
Le chancelier allemand Otto von Bismarck considérait l’influence politique organisée du catholicisme comme une menace potentielle pour l’empire nouvellement unifié. Son gouvernement a renforcé le contrôle de l’État sur l’éducation, a imposé des restrictions aux ordres religieux et a mis en place des mesures de contrôle sur la formation et les nominations du clergé.
16. La France supprime la religion de l'enseignement public
Les dirigeants de la Troisième République française considéraient l’Église catholique comme étroitement liée à la monarchie et au pouvoir politique conservateur. À la fin du XIXe siècle, les gouvernements républicains ont développé l’enseignement laïque et restreint les activités pédagogiques des congrégations religieuses.
17. La République portugaise face au catholicisme
La monarchie portugaise avait entretenu des liens étroits avec l’Église catholique, ce qui fit de la religion une cible de choix après la prise du pouvoir par les républicains en 1910. Le nouveau gouvernement expulsa les ordres religieux, sécularisa l’enseignement et sépara les institutions ecclésiastiques de l’État.
18. Le gouvernement soviétique s'en prend à la religion organisée
Après la Révolution russe, le gouvernement bolchevique a instauré la séparation de l’Église et de l’État, tout en confisquant les biens religieux et en promouvant l’athéisme d’État. Le clergé orthodoxe et les fidèles ont été victimes d’arrestations, de fermetures d’églises, d’exécutions et de campagnes visant à réduire la pratique religieuse.
19. La guerre des Cristeros au Mexique dégénère en violences
Dans les années 1920, le président Plutarco Elías Calles a appliqué de manière stricte les dispositions anticléricales de la Constitution mexicaine. Les restrictions imposées au clergé et au culte public ont suscité une résistance catholique, qui a débouché sur une rébellion rurale armée connue sous le nom de « guerre des Cristeros ».
20. Le conflit religieux en Espagne attise la guerre civile
La Deuxième République espagnole a mis en place des réformes laïques touchant l’éducation, le mariage, les ordres religieux et les biens de l’Église. La violence anticléricale et les attaques contre le clergé ont poussé une grande partie de la hiérarchie catholique à se ranger du côté des nationalistes après le déclenchement de la guerre civile en 1936.