Depuis des siècles, on prédit la fin du mariage. Chaque fois que les couples ont acquis davantage d’autonomie pour choisir leur conjoint, gérer leur budget, décider d’avoir ou non des enfants, ou encore déterminer quand ils pouvaient se séparer, quelqu’un a averti que la vie familiale était en train de s’effondrer. Ces craintes n’étaient pas partagées par tout le monde, même si elles revenaient régulièrement dans les lois, les sermons, les journaux, les campagnes politiques et les conseils sur la conduite que devaient adopter les couples respectables. De nombreux choix autrefois qualifiés d’égoïstes, d’ contre-nature ou carrément dangereux font désormais partie intégrante de la vie conjugale. Ces 20 exemples montrent à quel point la liberté individuelle a souvent été confondue avec une menace pour le mariage.
1. Se marier par amour
L’amour et l’affection existaient certes dans les mariages d’autrefois, même s’ils n’étaient pas toujours les principales raisons qui poussaient les gens à choisir un conjoint. À mesure que le mariage d’amour se généralisait, les détracteurs craignaient que les jeunes ne négligent leur famille, ne ferment les yeux sur des différences majeures et ne s’engagent pour la vie sur la base de sentiments susceptibles de s’estomper.
2. Traiter les conjoints sur un pied d'égalité
Le mariage reposait traditionnellement sur l’autorité juridique et financière du mari ; l’idée d’un couple entre partenaires égaux mettait donc certaines personnes profondément mal à l’aise. Les opposants craignaient que le fait de discuter et de négocier les questions domestiques ne remplace le sens du devoir, tandis que l’égalité de parole des épouses risquait d’affaiblir la position bien établie du mari au sein du foyer.
3. Permettre aux épouses de posséder des biens immobiliers
Sous le régime de la « coverture », l’identité juridique d’une femme mariée était en grande partie subordonnée à celle de son mari, ce qui limitait son contrôle sur ses biens et ses contrats. Lorsque des réformes ont permis aux épouses de posséder des biens à titre individuel, les détracteurs ont affirmé que cette propriété distincte créerait des intérêts financiers contradictoires au sein du foyer.
4. Permettre aux épouses de conserver leurs revenus
Une femme qui travaillait n’avait pas toujours le droit légal de disposer de l’argent qu’elle gagnait. Son salaire pouvait être considéré comme la propriété de son mari. Les détracteurs craignaient que les revenus personnels ne rendent les femmes moins dépendantes et moins dociles, tout en leur donnant les moyens concrets de partir.
5. Les femmes mariées qui travaillent
Les femmes qui travaillaient étaient accusées de négliger leur foyer, d’affaiblir les hommes qui subvenaient aux besoins de la famille et de prendre des emplois à des hommes qui en auraient soi-disant davantage besoin. Pendant la Grande Dépression, les « barrières au mariage » en vigueur dans les administrations publiques et les entreprises privées ont limité, voire mis fin, à l’emploi de nombreuses femmes après leur mariage.
6. Permettre aux femmes d'accéder à l'enseignement supérieur
Les opposants à l’enseignement supérieur pour les femmes affirmaient que des études sérieuses pouvaient nuire à leur santé, les dissuader de se marier ou les rendre trop ambitieuses pour la vie domestique. L’université pouvait également susciter chez une femme des attentes plus élevées en matière de complicité intellectuelle, d’indépendance et de participation significative aux décisions du foyer. Ces attentes remettaient en cause l’idée reçue selon laquelle une bonne épouse devait se plier au jugement de son mari et faire du mariage le centre de son identité.
7. L'éducation mixte
La mixité a suscité de nombreuses inquiétudes concernant les relations inappropriées, l’évolution des rôles entre les sexes et le fait que les femmes deviendraient moins aptes à assumer leurs rôles traditionnels d’épouse et de mère. Certains détracteurs estimaient que les classes mixtes créeraient des distractions amoureuses ou encourageraient les femmes à poursuivre des objectifs au-delà du foyer.
8. Le droit de vote des femmes
Les arguments opposés au droit de vote des femmes faisaient souvent valoir que la politique éloignerait les femmes de leur foyer et créerait des tensions entre conjoints. Une épouse qui assistait à des réunions, suivait les débats publics ou se forgeait ses propres opinions politiques semblait sortir du rôle qui lui était attribué.
9. Conserver son nom de naissance
Le fait qu’une femme prenne le nom de famille de son mari était largement considéré comme la preuve que le couple formait désormais une seule et même entité sociale. Les femmes qui conservaient leur nom de jeune fille, à l’instar de la réformatrice du XIXe siècle Lucy Stone, étaient accusées de rejeter l’unité conjugale ou de remettre en cause la place qui revenait de droit au mari au sein du foyer.
10. Reconnaître le mérite des épouses en leur attribuant la paternité de leurs travaux
Autrefois, les femmes se heurtaient à des obstacles courants lorsqu’elles sollicitaient un crédit, un prêt immobilier ou tout autre type de prêt sans l’aide de leur mari. Les prêteurs avaient souvent tendance à ne pas prendre en compte ou à sous-estimer les revenus d’une femme mariée, et certaines femmes devaient obtenir la signature de leur mari même lorsqu’elles gagnaient leur propre argent. Permettre aux épouses de se constituer un historique financier à leur nom remettait en cause l’idée selon laquelle le mari devait parler au nom de l’ensemble du foyer chaque fois que des décisions financières importantes devaient être prises.
11. Utilisation d'un moyen de contraception
La contraception a dissocié les relations sexuelles conjugales de la parentalité automatique, ce qui a suscité une opposition juridique, religieuse et morale. Les détracteurs affirmaient que la contraception encourageait l’égoïsme, affaiblissait le lien entre le mariage et la procréation, et permettait aux couples d’échapper aux responsabilités liées à la vie conjugale.
12. Limiter la taille de la famille
Les couples qui choisissaient délibérément d’avoir moins d’enfants étaient parfois accusés de privilégier leur confort au détriment de leur devoir envers la société. À une époque où la baisse du taux de natalité suscitait des inquiétudes, les décisions familiales privées devenaient des enjeux publics liés à la religion, à la puissance nationale, à la classe sociale et aux préjugés raciaux.
13. Opter pour un mariage sans enfants
On a longtemps considéré que le mariage devait nécessairement déboucher sur la parentalité, que chaque couple souhaite ou non avoir des enfants. À mesure que le choix de ne pas avoir d’enfants faisait l’objet de discussions plus ouvertes, les détracteurs qualifiaient les couples sans enfants d’égoïstes, d’immatures ou de peu disposés à accepter les sacrifices que la vie d’adulte respectable était censée exiger.
14. La cohabitation avant le mariage
La cohabitation avant le mariage était autrefois largement considérée comme scandaleuse, voire carrément immorale. Ses détracteurs estimaient que les couples qui vivaient ensemble perdraient toute raison de se marier et s’habitueraient à une relation qu’ils pourraient quitter sans conséquences juridiques ni sociales. Le fait de partager un logement avant le mariage suggérait également que les règles traditionnelles de la cour et les attentes en matière d’intimité n’avaient plus l’autorité qu’elles avaient autrefois.
15. Faciliter le divorce
Les lois traditionnelles sur le divorce exigeaient souvent que l’un des conjoints prouve l’adultère, la cruauté, l’abandon ou tout autre motif valable. Les détracteurs de la réforme ont averti que la suppression de ces obstacles rendrait le mariage « jetable » et encouragerait les couples à fuir les problèmes du quotidien.
16. Introduction au divorce sans faute
Le divorce sans faute a suscité une nouvelle vague d’avertissements selon lesquels les époux se sépareraient dès les premiers signes de difficultés. Les détracteurs craignaient que le fait de ne plus avoir à prouver une faute n’affaiblisse l’engagement et ne rende la séparation beaucoup trop facile.
17. Mariage interconfessionnel
On avertissait les couples interconfessionnels que les différences liées au culte, aux fêtes, à l’alimentation, à la loyauté familiale et aux enfants rendraient impossible un mariage harmonieux. Les familles et les communautés religieuses considéraient parfois un mariage en dehors de la foi comme un rejet des traditions communes ou la perte de futurs membres. Une relation entre deux personnes pouvait rapidement se transformer en un débat plus large sur la question de savoir si les deux conjoints pouvaient honorer leurs origines tout en fondant un foyer ensemble.
18. Le mariage interracial
Les mariages interraciaux se heurtaient à des interdictions légales et à une vive opposition sociale, fondées sur la suprématie blanche et des idées erronées concernant la pureté raciale. Les partisans de ces restrictions affirmaient que le fait de séparer les personnes de races différentes protégeait les familles, les communautés et le mariage lui-même. Aux États-Unis, les dernières interdictions en vigueur au niveau des États ont été abrogées en 1967.
19. Reconnaissance du mariage entre personnes du même sexe
Les opposants affirmaient que le fait d’autoriser les couples homosexuels à se marier modifierait l’institution du mariage et l’affaiblirait pour les couples hétérosexuels. Le débat présentait souvent le mariage comme un statut restreint qui perdrait en quelque sorte de sa valeur si davantage de personnes étaient autorisées à y accéder. La reconnaissance à l’échelle nationale a été obtenue aux États-Unis en 2015.
20. Considérer la violence conjugale comme un délit
La violence et la contrainte sexuelle au sein du mariage étaient souvent considérées comme des affaires privées relevant de la sphère familiale, tandis que les anciennes traditions juridiques accordaient aux maris une large protection les soustrayant à toute responsabilité. Les autorités faisaient parfois passer la vie privée de la famille et la préservation du mariage avant la sécurité d’un conjoint victime de maltraitance. Les réformateurs ont remis en cause cette approche et ont établi un principe juridique fondamental : le mariage n’annule ni le consentement, ni la sécurité personnelle, ni les droits dont jouit chacun des conjoints.