Le tragique naufrage du HMS Edinburgh au printemps 1942

Le 28 avril 1942, le croiseur de la Royal Navy HMS Edinburgh quitte la Russie à destination des États-Unis. À son bord se trouve une cargaison stratégique de la plus haute importance : 465 lingots d’or expédiés par le gouvernement de Joseph Staline. Ce précieux trésor devait servir de paiement aux Américains pour le matériel de guerre fourni à l’Union soviétique dans le cadre de l’effort de guerre contre l’Allemagne nazie.
Quelques jours seulement après son départ, le convoi est repéré par l’aviation allemande. La Kriegsmarine déploie immédiatement des sous-marins et trois destroyers pour intercepter le bâtiment britannique. Comme en témoignent les récits de marins présents sur les dragueurs de mines d’escorte, deux torpilles tirées par un U-boot frappent de plein fouet le HMS Edinburgh, lui infligeant des dégâts majeurs et coûtant la vie à 58 membres d’équipage.
Malgré les tentatives des navires d’escorte pour remorquer le croiseur désemparé vers un port plus sûr, une nouvelle attaque allemande porte le coup de grâce. Pour éviter que le bâtiment et sa cargaison ne tombent entre les mains de l’ennemi, le convoi prend la décision de saborder le navire. Le HMS Edinburgh sombre alors dans les eaux glacées de la mer de Barents, à près de 240 mètres de profondeur et à environ 320 kilomètres au large de Mourmansk, emportant avec lui près de cinq tonnes d’or pur.
Quarante ans de blocages diplomatiques et d’assurances

Dans les années qui suivent le conflit, la récupération du trésor englouti n’apparaît pas comme une priorité absolue. La cargaison d’or était en effet couverte par le contrat War Risks Insurance signé en 1942 par la délégation commerciale soviétique à Londres. Selon les recherches de l’historienne Michele Blagg de l’Institut d’histoire britannique contemporaine, l’aspect financier immédiat était réglé par les assurances.
Un premier contrat de renflouement est rédigé dès 1954, mais le projet est rapidement mis entre parenthèses. L’Union soviétique fait preuve d’une grande réticence à coopérer avec les autorités britanniques. De plus, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer le respect du navire en tant que sépulture militaire pour les 58 marins disparus, sans compter les doutes profonds sur la faisabilité technique d’une telle plongée à cette époque.
L’affaire reste au point mort jusqu’à la fin des années 1970, moment où le chasseur de trésors Keith Jessop intervient via sa société Jessop Marine Recoveries. Pour concrétiser le projet, l’explorateur met en place un consortium international réunissant l’entreprise de plongée britannique Wharton & Williams, l’armateur allemand Offshore Services Association et la firme britannique de relevés maritimes Racal-Decca, obtenant enfin un contrat officiel auprès du gouvernement britannique grâce aux démarches tenaces de Keith Jessop.
La localisation minutieuse de l’épave au fond de la mer de Barents

Avant de pouvoir extraire le moindre lingot, l’équipe d’expédition doit résoudre un défi de taille : situer précisément l’épave. Les chercheurs recoupent méticuleusement les témoignages des survivants, les journaux de bord de l’époque et les rapports de pêcheurs norvégiens pour délimiter une zone de recherche plausible dans le secteur du naufrage.
En avril 1981, le navire de recherche commence son peignage de la zone à l’aide d’échosondeurs et de sonars à balayage. Le 14 mai 1981, un véhicule sous-marin télécommandé (ROV) est immergé pour inspecter une anomalie détectée au fond du gouffre. Les images confirment le succès : le HMS Edinburgh repose sur son flanc bord, mais sa structure demeure dans un état de conservation remarquable.
Afin de préparer au mieux l’intervention des plongeurs, l’équipe se rend au musée Imperial War Museum de Londres pour examiner le sister-ship de l’épave, le HMS Belfast. L’étude détaillée des plans et des compartiments internes de ce navire jumeau permet de reconstituer l’architecture exacte du HMS Edinburgh et d’anticiper les déplacements à l’intérieur du bâtiment noyé.
Une expédition de plongée extrême dans les profondeurs de l’Arctique

À la fin du mois d’août 1981, le navire d’assistance Stephaniturm appareille vers le site de l’épave avec une équipe de plongeurs chevronnés, des techniciens spécialisés et des observateurs officiels des gouvernements britannique et soviétique. Les plongeurs doivent opérer dans des conditions environnementales extrêmement régulées, vivant et travaillant jusqu’à 30 jours consécutifs dans des caissons de saturation hyperbares. Pour éviter les risques mortels de la narcose à l’azote à 240 mètres de profondeur, ils respirent un mélange gazeux spécifique d’hélium et d’oxygène.
Initialement, les plans prévoyaient de pénétrer dans le croiseur par la brèche laissée par la torpille allemande. Malheureusement, d’imposants amas de débris obstruent l’accès, contraignant les techniciens à découper directement la coque en acier. L’équipe passe une semaine entière à se frayer un passage vers la chambre des bombes, un espace dangereux qui abritait encore des munitions réelles intactes. Selon des propos recueillis par The Scotsman auprès de Ric Wharton, cofondateur de Wharton & Williams, cette opération sous-marine constituait « l’équivalent maritime d’un pas sur la Lune », affirmant qu’il s’agissait « sans aucun doute de la plus grande chasse au trésor du XXe siècle ».
Les efforts intenses et répétés finissent par porter leurs fruits le 16 septembre 1981. Le plongeur Jon Rossier, alors âgé de 27 ans, parvient à atteindre le stock de métaux précieux et lance par radio une phrase désormais célèbre : « J’ai trouvé l’or ! J’ai trouvé l’or ! ».
Le bilan spectaculaire du renflouement du siècle

La remontée du trésor s’organise à un rythme soutenu au moyen d’une cage métallique treuillée depuis la surface, transportant environ 40 lingots par voyage. Chaque barre d’or pèse près de 10,4 kilogrammes (23 livres). Assistant aux opérations depuis le navire de surface, l’observateur soviétique Igo Ilijn commente l’événement en qualifiant le précieux chargement de « tout meilleur or soviétique », d’après les dépêches de l’époque.
Avant que la détérioration soudaine des conditions météorologiques arctiques ne force le Stephaniturm à abandonner la zone, l’équipe réussit la prouesse d’extraire 431 des 465 lingots d’or piégés dans l’épave. Le butin fait l’objet d’un partage rigoureux : 161 lingots sont attribués au consortium d’entreprise à titre de rémunération pour la réussite de l’opération, tandis que le reste du stock est partagé équitablement entre le gouvernement soviétique et le ministère britannique du Commerce.
L’histoire ne s’arrête pas là. En 1986, le consortium organise une seconde expédition sur le site du HMS Edinburgh pour récupérer une nouvelle partie de la cargaison restante. Lors de cette ultime plongée, 29 lingots supplémentaires sont ramenés à la surface. Aujourd’hui, seuls cinq lingots sur les 465 initiaux reposent encore au fond de la mer de Barents, scellant définitivement la mémoire de ce qui demeure la plus spectaculaire opération de renflouement de trésor de l’histoire moderne.
Selon la source : popularmechanics.com
De l’or soviétique est resté piégé 40 ans dans un sous-marin englouti, avant un sauvetage audacieux