Regardons la liste des dossiers où cette administration a mis le nez. L’Ukraine. La Russie. Le Groenland. Le Venezuela. Cuba. L’Iran. Israël. Le Canada.
Y a-t-il un seul de ces dossiers où la situation est aujourd’hui plus stable, plus apaisée, plus prometteuse qu’à son arrivée? Un seul? La diplomatie du coup de poing sur la table produit des manchettes spectaculaires et des résultats introuvables. On confond agitation et action, brutalité et fermeté.
Le Canada : de voisin fidèle à cible désignée
C’est peut-être le dossier qui blesse le plus, parce qu’il était le plus inutile.
Le Canada n’a jamais menacé les États-Unis. Nous avons partagé la plus longue frontière non militarisée du monde, combattu dans les mêmes guerres, échangé des milliards en biens, en services et en amitié. Et voilà qu’on nous traite comme un adversaire, qu’on parle de nous en termes de « cinquante et unième État », qu’on nous impose des tarifs comme à une puissance hostile.
Résultat? Les Canadiens ont cessé de traverser. Et ce sont les villes frontalières américaines qui agonisent. Les commerçants du nord de l’État de New York, du Vermont, du Michigan, de l’État de Washington. Ceux-là mêmes qui vivaient du tourisme canadien depuis des générations. Ils paient aujourd’hui le prix d’une insulte qu’ils n’ont pas proférée.
On ne se remet pas facilement d’avoir été humilié par un ami. Le lien de confiance, lui, ne se rétablit pas par décret.
L'ICE contre ses propres citoyens
Et pendant qu’on cherche des ennemis à l’étranger, on en fabrique à l’intérieur. Des opérations d’application des lois migratoires qui ont mené à la détention de citoyens américains. Des familles séparées. Une population qui apprend à craindre son propre gouvernement.
Une nation qui traite ses habitants avec suspicion ne devient pas plus forte. Elle devient plus seule.
Monétiser jusqu'à la parole
Il y a une cohérence troublante dans tout cela. Le pouvoir comme entreprise. La présidence comme véhicule. La parole publique elle-même transformée en produit à vendre, sur une plateforme qui porte l’ironie dans son nom même.
Tout se monnaie. Tout devient une transaction. Et à chaque transaction, il y a quelqu’un qui encaisse et quelqu’un qui paie. Devinez lequel des deux vous êtes.
À quand le réveil?
Je ne veux pas croire que le peuple américain soit aveugle. Je crois plutôt qu’on lui a raconté une histoire séduisante : celle d’un homme fort qui allait faire payer les autres. L’histoire était bonne. La facture, elle, est arrivée à la mauvaise adresse.
Le réveil viendra. Il viendra par l’épicerie, par les factures, par les commerces fermés dans les villes frontalières, par les touristes qui ne reviennent pas. La réalité économique est plus patiente et plus têtue que n’importe quel discours.
Mais entre-temps, combien de ponts brûlés faudra-t-il reconstruire? Combien de temps pour que le voisin recommence à traverser la frontière le cœur léger?
D’ici là, nous, du côté canadien, nous regardons. Avec tristesse plus qu’avec colère. Parce qu’on n’aime pas voir un ami se faire du mal.
Signé Jacques Pj Provost
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