Quand on pense à l’histoire, on imagine souvent des bouleversements, des tragédies, des guerres. Le passé, à moins de l’avoir vécu soi-même, semble toujours étrangement chargé et obscur. Mais bien que l’histoire soit peuplée de vies qui ont pris fin pour diverses raisons – que ce soit à cause de la guerre, de l’injustice ou d’un simple coup du sort –, certaines personnes ont décidé de prendre leur destin en main. Comme vous le verrez, ces choix n’étaient pas toujours courageux ou honorables, mais ils révèlent à quel point l’orgueil, voire la folie, peuvent conduire une personne à sa propre perte.
1. Socrate
Après qu’un jury athénien eut déclaré Socrate coupable d’impiété et de corruption de la jeunesse en 399 av. J.-C., le philosophe fut condamné à mort par ingestion de ciguë. Il aurait pu proposer l’exil comme peine alternative et eut par la suite l’occasion de s’échapper, mais il estimait que se soustraire à sa peine reviendrait à enfreindre les lois selon lesquelles il avait vécu. Socrate resta donc auprès de ses compagnons et exécuta lui-même la décision du tribunal.
2. Caton le Jeune
Caton le Jeune a consacré une grande partie de sa carrière politique à s’opposer à Jules César et à défendre sa vision intransigeante de la République romaine. Après la défaite des forces républicaines en Afrique du Nord en 46 av. J.-C., il refusa d’attendre que César lui accorde son pardon, considérant cette clémence comme une autre forme de soumission. Il préféra mettre fin à ses jours à Utique plutôt que de vivre sous l’autorité de celui qu’il considérait comme un tyran.
3. Sénèque
Sénèque avait autrefois été le précepteur et le conseiller de Néron, mais son influence s’était amenuisée à mesure que le règne de l’empereur devenait de plus en plus violent. Après avoir été accusé d’implication dans la conspiration de Pison en 65 de notre ère, il reçut de Néron l’ordre de mettre fin à ses jours. Qu’il fût coupable ou non, Sénèque se plia à ce choix imposé et passa ses dernières heures à discuter de philosophie avec ses amis.
4. Pétrone
Pétrone, traditionnellement considéré comme l’auteur du Satyricon, faisait partie de la cour impériale de Néron et s’était forgé une réputation d’expert en matière de style et de goût. Lorsqu’il fut mis en cause, il comprit que l’empereur ordonnerait probablement son exécution, ce qui ne lui laissait guère d’espoir de survie. Les récits antiques racontent qu’il choisit lui-même le moment de sa mort, alors qu’il rédigeait un texte qui dénonçait la conduite privée de Néron plutôt que de louer le souverain.
5. Marc Antoine
La carrière politique et militaire de Marc Antoine s’est effondrée après la défaite de ses troupes face à Octave lors de la bataille d’Actium. Lorsque Octave fit son entrée à Alexandrie en 30 av. J.-C., Antoine reçut une fausse nouvelle selon laquelle Cléopâtre était déjà morte. Il s’infligea alors une blessure mortelle et fut conduit auprès de Cléopâtre avant de rendre son dernier souffle, préférant mettre fin à ses jours plutôt que de se rendre à son rival romain.
6. Cléopâtre
Cléopâtre VII fut capturée après qu’Octave eut vaincu les dernières forces fidèles à elle-même et à Antoine. Les auteurs antiques affirment qu’elle craignait d’être emmenée à Rome et exposée publiquement lors de la célébration de la victoire d’Octave, bien que les circonstances exactes et les circonstances de sa mort restent sujettes à débat. Elle mourut à Alexandrie en 30 av. J.-C., ayant apparemment préféré la mort à celle de devenir un symbole vivant de la conquête romaine.
7. Hannibal
Bien après la deuxième guerre punique, Hannibal resta dans le collimateur du gouvernement romain et vécut d’une cour étrangère à l’autre, cherchant refuge. Lorsque des émissaires romains exigèrent de Prusias, roi de Bithynie, qu’il le livre, le commandant vieillissant se rendit compte que sa résidence était encerclée. Selon la version traditionnelle, Hannibal préféra se donner la mort plutôt que de se laisser capturer vivant par ses ennemis de toujours, bien que les historiens continuent de débattre des détails précis de cette affaire.
8. Mithridate VI
Mithridate VI du Pont a combattu Rome pendant des décennies avant que la rébellion et la défaite militaire ne le laissent isolé dans la région de la mer Noire. Selon une tradition, il aurait tenté de s’empoisonner en 63 av. J.-C., mais aurait découvert que sa prétendue résistance au poison l’empêchait d’atteindre le résultat escompté. Il aurait alors demandé à un garde fidèle de le tuer, préférant la mort à la capture par ses ennemis.
9. Thomas More
Thomas More s’opposa à la prétention d’Henri VIII à l’autorité suprême sur l’Église d’Angleterre, bien qu’il eût d’abord tenté de se protéger en gardant le silence. Il savait qu’accepter le serment exigé pourrait lui assurer sa libération, mais il estimait que cela reviendrait à trahir sa conscience religieuse. More maintint son refus et fut exécuté pour trahison en 1535 à l’issue d’un procès dont l’équité a longtemps été remise en question.
10. Jan Hus
Le théologien tchèque Jan Hus fut convoqué devant le concile de Constance pour répondre d’accusations d’hérésie. Emprisonné bien qu’il eût reçu la promesse d’un sauf-conduit, on lui répéta à plusieurs reprises que renier ses enseignements contestés pourrait le sauver. Hus affirma qu’il ne pouvait renoncer à ses convictions tant que ses erreurs n’auraient pas été démontrées à partir des Écritures, et il fut exécuté en 1415.
11. Giordano Bruno
Giordano Bruno a passé environ sept ans emprisonné par l’Inquisition romaine, pendant que les autorités examinaient ses idées théologiques, philosophiques et cosmologiques. On lui a proposé à plusieurs reprises de se rétracter, mais il a finalement refusé de se soumettre entièrement, comme l’exigeaient ses juges. Déclaré hérétique impénitent, Bruno a été exécuté à Rome en 1600 après avoir sciemment rejeté la voie qui aurait pu lui sauver la vie.
12. Margaret Clitherow
Margaret Clitherow a été arrêtée dans l’Angleterre élisabéthaine pour avoir hébergé des prêtres catholiques, un délit traité avec une extrême sévérité à l’époque. Elle a refusé de plaider coupable ou non coupable, car un procès en bonne et due forme aurait pu contraindre ses enfants et d’autres personnes à témoigner. Cette décision l’exposait automatiquement à une condamnation à mort, mais elle a maintenu son refus malgré les avertissements répétés des autorités.
13. Thích Quảng Đức
En juin 1963, le moine bouddhiste vietnamien Thích Quảng Đức a mené à Saigon une action de protestation publique qui lui a coûté la vie, contre le traitement réservé aux bouddhistes par le gouvernement sud-vietnamien. Cet acte avait été planifié comme un message politique et religieux, et non comme une décision personnelle prise sous le coup de l’émotion. Les photographies ont fait le tour du monde et ont renforcé la pression sur le gouvernement du président Ngô Đình Diệm, même si la gravité de cette action reste un sujet difficile et controversé à aborder.
14. Jan Palach
L’étudiant Jan Palach, bouleversé par le désengagement général qui a suivi l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie et la répression du Printemps de Prague, a organisé en janvier 1969 à Prague une manifestation qui lui a coûté la vie, dans le but de s’opposer à la censure et à l’acceptation croissante de la domination soviétique. Ses funérailles ont donné lieu à une manifestation de grande ampleur, et sa mémoire est restée depuis lors associée à la résistance contre le régime communiste.
15. Bobby Sands
Bobby Sands a entamé une grève de la faim à la prison de Maze, en Irlande du Nord, en mars 1981, dans le cadre d’une campagne visant à obtenir le statut de prisonniers politiques pour les détenus républicains. Il a continué à refuser de s’alimenter même après avoir été élu au Parlement britannique pendant cette action de protestation. Sands est décédé au bout de 66 jours, ayant maintenu sa grève de la faim bien qu’il sût que le gouvernement ne céderait peut-être pas avant que sa santé ne s’effondre.
16. Yukio Mishima
Le romancier japonais Yukio Mishima a passé des années à se forger une image publique profondément nationaliste et a fini par fonder une organisation privée appelée la « Société du Bouclier ». En novembre 1970, accompagné de plusieurs partisans, il a fait irruption dans un quartier général militaire, a pris un officier en otage et a tenté de persuader les soldats de rejeter l’ordre politique d’après-guerre au Japon. Lorsque son discours a été tourné en dérision et que son appel a échoué, Mishima a mis fin à ses jours dans le cadre d’un rituel qu’il avait préparé à l’avance.
17. Adolf Hitler
À la fin du mois d’avril 1945, Adolf Hitler était confiné dans son bunker berlinois tandis que les forces soviétiques se rapprochaient et que l’Allemagne nazie s’effondrait autour de lui. Au lieu de se rendre et d’assumer la responsabilité de la guerre et des crimes de son régime, il s’est donné la mort le 30 avril. Sa décision n’était pas un acte de principe ni un sacrifice, mais une dernière tentative pour échapper à la capture, au procès et à une défaite publique.
18. Virginia Woolf
L’auteure britannique Virginia Woolf a connu, tout au long de sa vie d’adulte, des périodes récurrentes de grave maladie mentale. Au début de l’année 1941, alors que la Grande-Bretagne était en pleine Seconde Guerre mondiale, elle avait l’impression que ses symptômes réapparaissaient et elle peinait à poursuivre son travail. Le 28 mars, elle a laissé des lettres à son mari et à sa sœur avant de mettre fin à ses jours, convaincue qu’elle ne se remettrait pas d’un nouvel épisode.
19. Vincent van Gogh
Vincent van Gogh était en proie à des crises de santé mentale récurrentes, à des difficultés financières et à la crainte de devenir un fardeau permanent pour son frère Théo. Le 27 juillet 1890, il s’est tiré une balle dans la poitrine dans un champ près d’Auvers-sur-Oise et a réussi à regagner l’auberge où il séjournait. Il est décédé deux jours plus tard, avec Théo à ses côtés, laissant derrière lui une œuvre extraordinaire qui commençait tout juste à être reconnue à sa juste valeur.
20. Joseph Goebbels
Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazie, est resté à Berlin pendant les derniers jours du régime et a refusé toutes les occasions de s’enfuir. Après la mort d’Hitler, Goebbels et son épouse ont organisé le meurtre de leurs six enfants avant de mettre fin à leurs propres vies, rendant ainsi sa décision finale indissociable d’un acte de meurtre effroyable. Sa disparition reflétait un engagement absolu envers une dictature vaincue plutôt qu’un acte de courage, une loyauté digne d’admiration ou une conviction morale.