L’histoire a tendance à présenter l’ascension des dirigeants comme le fruit d’une machine bien huilée, faite d’armées, de dynasties et de manœuvres politiques, mais la réalité est que, parfois, un mensonge bien placé suffit à tout régler. Certains se sont inventé une identité de toutes pièces. D’autres ont mis en scène des soutiens divins, répandu de fausses menaces ou promis que leur dictature ne deviendrait en aucun cas la nouvelle norme. Ces petits mensonges n’ont pas tous fonctionné indéfiniment, mais ces 20 personnages montrent qu’amener les gens à croire à la bonne histoire s’est avéré remarquablement utile lorsque le pouvoir était à prendre.
1. Pisistrate
Après avoir été chassé du pouvoir, Pisistrate mit en scène l’un des coups de pub les plus insolites : il affirma qu’une femme nommée Phye était Athéna et la fit l’accompagner lors de son retour à Athènes. Des hérauts annoncèrent alors qu’Athéna elle-même avait rétabli Pisistrate dans ses fonctions, conférant ainsi à son retour une légitimité divine. Les historiens débattent encore aujourd’hui de la mesure dans laquelle les Athéniens ont pris cette histoire au pied de la lettre, mais les récits présentent bel et bien cette mise en scène comme un élément de son ascension.
2. Darius Ier
Darius Ier affirmait que l’homme qui occupait le trône de Perse en 522 av. J.-C. n’était en réalité pas Bardiya, mais un imposteur nommé Gaumata qui s’était approprié l’identité de Bardiya. Darius l’aurait donc tué. Il serait ensuite devenu roi et aurait raconté à tout le monde sa version des faits, dans laquelle il apparaissait comme un héros. Les historiens modernes pensent que Darius a probablement tué le véritable Bardiya et inventé cette histoire par la suite, mais il n’existe aucune preuve tangible permettant de l’affirmer avec certitude.
3. Alexander Balas
Alexandre Balas fit son entrée sur la scène politique en affirmant être le fils de l’ancien roi Antiochus IV. Cela ne vous dit peut-être pas grand-chose aujourd’hui, mais à l’époque, ce nom faisait partie d’un réseau familial extrêmement utile. Les auteurs antiques considéraient cette affirmation comme fausse, et même le Dictionnaire d’Oxford indique que Balas aurait revendiqué cette ascendance avant d’usurper le trône séleucide en 150 av. J.-C.
4. Andriscus
Environ vingt ans après la défaite du dernier roi de Macédoine par Rome, un homme du nom d’Andriscus fit son apparition, prétendant être Philippe, un fils jusqu’alors inconnu du roi Persée. Andriscus rassembla alors des troupes, envahit la Macédoine et en prit le contrôle en 149 av. J.-C. Rome finit par le vaincre, mais pendant une brève période, cet homme, connu sous le nom de « Pseudo-Philippe », transforma une histoire douteuse en un royaume légitime.
5. Sima Yi
À la fin des années 240, le général chinois Sima Yi fut écarté du pouvoir par Cao Shuang. Lorsque Li Sheng, un proche de Shuang, lui rendit visite, Sima Yi aurait mis en scène une démonstration spectaculaire de son déclin physique, se montrant si frêle que Li fut convaincu qu’il était à l’article de la mort. Cao Shuang baissa alors sa garde, ce qui permit à Sima Yi de mener un coup d’État en 249. Il prit le contrôle du gouvernement et jeta les bases de la dynastie de sa propre famille.
6. Henry Bolingbroke
Lorsque le futur Henri IV revint en Angleterre en 1399, son principal grief était évident : le roi Richard II s’était emparé de l’héritage qui aurait dû revenir à Henri après la mort de son père. Au départ, Henri fit croire que son retour visait à récupérer ces droits, ralliant des partisans pendant que Richard était occupé à mener une campagne militaire en Irlande. Finalement, Richard fut capturé, et Henri accepta la couronne, devenant ainsi le premier monarque de la maison de Lancastre.
7. Le Faux-Dmitri Ier
Le véritable tsarévitch Dmitri de Russie, le plus jeune fils d’Ivan le Terrible, mourut enfant en 1591. Cela n’empêcha pas un autre homme de se présenter des années plus tard en affirmant que Dmitri avait secrètement survécu. Il prétendit que les assassins s’étaient trompés de victime et se lança à la conquête de la Russie. L’imposteur entra alors dans Moscou et fut couronné tsar.
8. Šćepan Mali
Pierre III de Russie fut assassiné en 1762, mais un mystérieux étranger fit son apparition quelques années plus tard et parvint, d’une manière ou d’une autre, à convaincre la population que l’empereur défunt était encore en vie. Se faisant appeler Šćepan Mali, il parvint à rallier suffisamment de partisans pour devenir le dirigeant de facto du Monténégro. À ce jour, ses origines restent inconnues, et ce faux lien lui permit de s’emparer d’un pouvoir auquel il n’avait aucun droit légitime.
9. Yemelyan Pougatchev
Apparemment, un seul faux Pierre III n’a pas suffi au XVIIIe siècle. Le cosaque russe Yemelyan Pougatchev s’est approprié cette identité et a mené une vaste rébellion contre Catherine la Grande. À partir de 1773, ses troupes ont pris d’assaut des villes et conquis des territoires avant que tout ne s’effondre.
10. Napoléon Bonaparte
La prise du pouvoir par Napoléon en 1799 ne s’est pas limitée à une simple invasion militaire ; les conspirateurs ont d’abord fait courir le bruit qu’un complot dangereux menaçait le gouvernement, plaçant ainsi les troupes sous le commandement de Napoléon au prétexte de les protéger. Cette soi-disant situation d’urgence était manifestement une mise en scène, mais lorsque la confusion eut pris fin, le Directoire était déjà tombé.
11. Napoléon III
Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte remporta la présidence française en 1848, une règle fondamentale s’appliquait : il ne pouvait exercer qu’un seul mandat de quatre ans et ne pouvait se représenter immédiatement. Il préféra alors organiser un coup d’État en 1851, dissoudre l’Assemblée nationale et remplacer la Constitution en vigueur. Un an plus tard, il devint l’empereur Napoléon III.
12. Benito Mussolini
Les fascistes de Mussolini ont organisé la Marche sur Rome en 1922, au terme de plusieurs années de violence. À l’époque, le roi Victor-Emmanuel III avait ignoré la demande de mesures d’urgence formulée par le Premier ministre Luigi Facta. Il avait au contraire invité Mussolini à former un gouvernement, lui permettant ainsi d’être nommé Premier ministre. La propagande fasciste a par la suite transformé cet épisode en une grande histoire de triomphe.
13. François Duvalier
François Duvalier a remporté l’élection présidentielle haïtienne de 1957 avec une avance non négligeable, mais le scrutin n’était pas aussi démocratique qu’il n’y paraissait. L’armée haïtienne a ouvertement soutenu Duvalier et a contribué à lui assurer un nombre de voix supérieur à celui qu’il aurait probablement obtenu lors d’une élection libre. Une fois au pouvoir, Duvalier a rendu la supercherie démocratique encore plus difficile à ignorer : il s’est autoproclamé président à vie.
14. Ferdinand Marcos
Ferdinand Marcos a bel et bien servi pendant la Seconde Guerre mondiale, mais ses exploits réels sont une autre histoire. Il a fait des déclarations grandiloquentes concernant des médailles et le commandement d’une force de guérilla appelée « Ang Mga Maharlika ». Des documents de l’armée américaine ont réfuté des éléments importants de son parcours, et des chercheurs ultérieurs ont également mis à mal ses affirmations, concluant que bon nombre de ses récits héroïques étaient soit inexacts, soit exagérés.
15. Rafael Trujillo
Photo de presse locale. 1922
Rafael Trujillo s’est lancé dans la course à la présidence de 1930 en exerçant un contrôle suffisant sur les forces armées pour rendre toute campagne contre lui… dangereuse. Les soldats n’ont pas ménagé leurs efforts pour harceler ses rivaux et les responsables politiques jusqu’à ce que l’opposition se retire, laissant Trujillo sans véritable adversaire. Une fois investi, il s’est débarrassé de l’opposition et a dominé la République dominicaine pendant les 30 années qui ont suivi.
16. Samuel Doe
Samuel Doe avait déjà pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 1980, mais cela ne lui suffisait pas : il décida, cinq ans plus tard, de doter son gouvernement d’un mandat électoral civil. Les résultats officiels des élections de 1985 attribuaient à Doe 50,95 % des voix, mais le scrutin fut entaché d’allégations de fraude. Le dépouillement des bulletins de vote eut lieu dans un lieu tenu secret, par des collaborateurs de Doe. Beaucoup pensaient que le candidat de l’opposition, Jackson Doe, avait remporté la victoire, mais c’est Samuel Doe qui a été proclamé nouveau président du Libéria.
17. Idi Amin
Lorsqu’Idi Amin renversa le président ougandais Milton Obote en 1971, il tenta de présenter cette prise de pouvoir comme moins définitive qu’elle ne le serait en réalité. Amin se décrivait comme un soldat plutôt que comme un homme politique et affirmait que le gouvernement ne ferait que jouer un rôle de transition jusqu’à ce que des élections soient organisées. Ces élections n’eurent jamais lieu, et il s’accrocha au pouvoir jusqu’en 1979.
18. Joseph-Désiré Mobutu
Joseph-Désiré Mobutu a pris le pouvoir au Congo en 1965, prétendant dans un premier temps que son coup d’État constituait une solution temporaire à la paralysie politique. Il a déclaré que les hommes politiques avaient ruiné le pays, ajoutant que ses pouvoirs présidentiels seraient limités à cinq ans, après quoi la démocratie serait rétablie. Au lieu de cela, Mobutu a supprimé toute concurrence, s’est donné un nouveau nom et est resté au pouvoir jusqu’à ce que les rebelles le chassent en 1997.
19. Yahya Jammeh
Yahya Jammeh n’avait que 29 ans lorsqu’il a contribué à renverser le président gambien Dawda Jawara en 1994. Après coup, il a assuré à la population qu’il ne s’agirait pas d’une dictature militaire. Or, il est resté président jusqu’en 2017, transformant cette soi-disant « brève » promesse en plus de deux décennies de règne personnel.
20. Augusto Pinochet
Après le renversement de Salvador Allende par les forces armées chiliennes en 1973, le général Augusto Pinochet fit son entrée sur la scène politique à la tête d’une junte militaire composée de quatre membres. Il était initialement prévu que la direction de la junte soit assurée à tour de rôle par les chefs d’état-major des différentes armes. Dès le début de l’année 1974, Pinochet se montra clairement déterminé à empêcher cela, et la junte ne tarda pas à le maintenir à sa tête. Il devint en effet « chef suprême de la nation », puis président.