La famille royale britannique évolue au sein d’un réseau de règles auxquelles la plupart des gens ne pensent jamais, et dont un nombre surprenant n’a rien à voir avec les bonnes manières à table ou le choix de la fourchette à utiliser. Les véritables restrictions portent sur quelque chose de plus important : maintenir la Couronne à l’écart de la politique, des affaires privées, et la rendre pleinement responsable devant le public qu’elle sert. Certaines de ces règles ne s’appliquent qu’au roi lui-même. D’autres s’imposent à tout membre de la famille royale en fonction dès l’instant où il se présente pour représenter l’institution. Ensemble, elles révèlent à quel point la vie royale est en réalité minutieusement orchestrée, même dans des moments qui semblent totalement spontanés. Voici 20 choses qu’il est strictement interdit aux membres de la famille royale britannique de faire en public ou dans l’exercice de leurs fonctions officielles.
1. Dédicaces personnelles
Devant les caméras, cela peut paraître impoli. Un membre de la famille royale passe sans s’arrêter devant un carnet tendu vers lui sans le signer, et les réseaux sociaux s’enflamment, le qualifiant de « froid ». En réalité, il s’agit d’une règle. Les signatures royales ont une grande valeur et sont faciles à falsifier ; c’est pourquoi les membres de la famille royale en activité s’en tiennent aux registres officiels des visiteurs et évitent de griffonner leur nom sur des photos, des dessins ou des objets de collection appartenant à des fans.
2. Procéder à un vote public
Étonnamment, le roi et les membres de sa famille exerçant une activité professionnelle ont légalement le droit de voter. Ils choisissent simplement de ne pas le faire. C’est en s’abstenant de voter que la monarchie tient sa promesse de neutralité, quel que soit le parti vainqueur. Si personne ne sait pour qui un membre de la famille royale a voté, personne ne peut accuser la Couronne de faire preuve de partialité.
3. Faire campagne pour un parti politique
On ne verra jamais un membre de la famille royale se tenir derrière un podium, un drapeau de campagne à la main, pour inciter la foule à voter dans un sens ou dans un autre. La monarchie doit rester totalement au-dessus de la politique partisane. Même une simple apparition discrète près d’une affiche de campagne risque de transformer cette visite en un soutien involontaire.
4. Soutenir un candidat
Cela va bien au-delà de la simple campagne électorale. Une simple remarque lancée en passant, même aussi anodine que « Je pense qu’elle ferait du bon travail », pourrait être interprétée comme un aval de la part de la famille royale. Comme ce genre de commentaire revêt une importance considérable, les membres actifs de la famille royale s’entraînent à l’éviter à tout prix, en veillant à séparer totalement leur rôle public de la course électorale.
5. Critiquer publiquement la politique du gouvernement
Les membres de la famille royale apportent sans cesse leur soutien à diverses causes : la santé mentale, la protection de l’environnement, les jeunes sans-abri. Ce qu’ils ne font pas, en revanche, c’est critiquer la politique du gouvernement. Ils peuvent sensibiliser le public à un problème sans pour autant transformer cette occasion en une attaque politique contre les dirigeants actuels.
6. Opposer son veto à un projet de loi pour des raisons personnelles
Techniquement, la sanction royale reste la dernière étape avant qu’un projet de loi ne devienne une loi. Dans la pratique, aucun monarque moderne ne bloque une loi simplement parce qu’il la désapprouve personnellement. L’élaboration des lois relève de la compétence des élus, qu’ils soient populaires ou non, et le rôle de la Couronne est de formaliser le processus, et non de le juger.
7. Réunions privées répétées avec le Premier ministre
Chaque semaine, le roi s’entretient en privé avec le Premier ministre en exercice pour discuter des affaires du gouvernement. Ce qui se dit dans cette pièce reste dans cette pièce. C’est précisément cette confidentialité qui permet au monarque de s’exprimer en toute franchise.
8. Choisir un Premier ministre en fonction de ses préférences personnelles
C’est le roi qui nomme officiellement le Premier ministre, mais « officiellement » est le mot clé. Le choix ne repose pas sur la capacité de tel ou tel à le charmer lors de dîners. Il s’agit avant tout de savoir qui est en mesure de gagner la confiance de l’assemblée élue. Le monarque entérine une décision que la démocratie a déjà prise.
9. Rédiger son propre « Discours d'un roi »
Chaque année, le monarque prononce un discours du Trône qui, à première vue, semble profondément personnel. Ce n’est pas le cas. Le discours du roi expose le programme législatif du gouvernement, et non les opinions personnelles du roi.
10. Légiférer seul
Pas de décrets, pas de proclamations royales qui contournent le Parlement. Le pouvoir législatif appartient pleinement à l’assemblée législative élue, et la monarchie moderne est précisément conçue pour empêcher qu’une seule personne, qu’elle porte la couronne ou non, ne gouverne par simple décision personnelle.
11. Entrée dans l'hémicycle
En 1642, le roi Charles Ier fit irruption dans la Chambre des communes, escorté de gardes armés, à la recherche de cinq députés qu’il souhaitait faire arrêter. Depuis lors, aucun monarque n’a plus jamais mis les pieds dans cette salle. Désormais, ce sont les députés élus qui sont convoqués pour écouter le discours du monarque, une tradition qui trouve son origine directe dans ce bras de fer vieux de 400 ans.
12. Accepter de l'argent liquide lors d'un événement officiel
Lors d’une sortie publique, il arrive que quelqu’un tende une liasse de billets dans l’espoir de soutenir une cause à laquelle le membre de la famille royale est attaché. Cette offre est systématiquement refusée avec politesse. Accepter de l’argent sur-le-champ pourrait être perçu comme un pot-de-vin, une récompense ou un moyen d’obtenir un accès privilégié ; c’est pourquoi tous les dons sont gérés par les voies officielles.
13. Transmettre personnellement les dons caritatifs
Même les gestes bien intentionnés, comme remettre à un membre de la famille royale une enveloppe contenant de l’argent « pour l’œuvre caritative », ne sont pas autorisés. Les dons doivent être versés directement à l’organisation. Le fait d’exclure le membre de la famille royale de la transaction permet de garantir la transparence des flux financiers et d’éviter que celui-ci ne se retrouve dans une position délicate d’intermédiaire.
14. Accepter tous les cadeaux lors d'une randonnée
Ces bouquets de fleurs et ces cartes faites main qui donnent l’impression que ces visites de quartier se font sans effort et de manière spontanée ? Elles nécessitent en réalité bien plus de préparation qu’il n’y paraît. Les cadeaux sont de préférence signalés à l’avance, et les offrandes provenant d’inconnus avec lesquels il n’y a aucun lien préalable ne sont acceptées qu’au cas par cas.
15. Conserver tous les colis non sollicités
Envoyer un cadeau directement à une résidence royale ne garantit pas qu’il parvienne à la personne dont le nom figure sur l’enveloppe. Les colis non sollicités sont souvent contrôlés, réutilisés, donnés ou tout simplement jetés, surtout s’il n’existe aucun moyen sûr ou pratique de les stocker ou de les renvoyer.
16. Accepter de la nourriture de la part de donateurs non officiels
Cela peut paraître un peu dur de refuser une tarte faite maison offerte par un fan admiratif, mais il s’agit là d’une mesure de sécurité élémentaire. Les cadeaux périssables provenant de sources non officielles sont strictement interdits, sans exception.
17. Considérer les cadeaux de l'État comme des effets personnels
Lorsqu’un chef d’État remet un cadeau lors d’une visite officielle, cela peut sembler être un geste personnel. Ce n’est pourtant pas le cas. Ce cadeau appartient à la fonction qu’il occupe, et non à sa personne. Les cadeaux d’État non périssables sont généralement intégrés à la Collection royale ou placés en dépôt fiduciaire, plutôt que d’être emportés dans la valise de quelqu’un.
18. Vente ou échange de cadeaux officiels
Ces cadeaux officiels peuvent être exposés, conservés, prêtés ou donnés par les voies appropriées, mais ils ne peuvent en aucun cas être vendus, échangés ou monnayés à des fins personnelles. La propriété n’est pratiquement jamais transférée à la personne qui a accepté le cadeau devant les caméras. Elle reste liée à la fonction publique qui l’a reçu.
19. Transformer un cadeau d'affaires en recommandation
Il arrive que des entreprises remettent des produits à des membres de la famille royale lors de visites officielles, dans l’espoir d’en tirer un peu de prestige. Cette pratique fait l’objet d’une vigilance particulière. Le fait qu’un membre de la famille royale accepte un cadeau ne doit en aucun cas être interprété comme une promotion du produit, et les apparitions officielles ne doivent jamais servir de publicité gratuite.
20. Le mariage sans consentement
Les six premières personnes dans l’ordre de succession au trône doivent obtenir l’accord du souverain avant de se marier. Si cette étape n’est pas respectée, le mariage reste légalement valable, mais les conséquences sont lourdes : le membre de la famille royale et les enfants issus de ce mariage perdent leur place dans l’ordre de succession. Pour toute personne proche de la Couronne, c’est une décision qui peut bouleverser l’avenir de la monarchie.