La société victorienne avait établi tout un ensemble de règles précises concernant ce que les gens devaient faire après le décès d’une personne, et bon nombre de ces coutumes peuvent paraître particulièrement étranges aujourd’hui. Le deuil n’était pas simplement une expérience privée, car les vêtements, les bijoux, les photographies, les habitudes domestiques, la papeterie et même le comportement en société pouvaient tous indiquer qu’une personne était décédée. Certaines pratiques étaient d’ordre pratique, tandis que d’autres étaient profondément sentimentales, mais prises dans leur ensemble, elles créaient une culture dans laquelle la mort était très présente.
1. La photographie post-mortem a permis de conserver les défunts dans l'album de famille
La photographie post mortem peut sembler effrayante à nos yeux d’aujourd’hui, mais ces clichés constituaient une véritable tradition victorienne. Loin d’être prises en secret ou dans le cadre d’une sorte de plaisanterie macabre, ces photographies offraient aux familles la possibilité d’immortaliser le décès d’un proche ou d’un ami. Pour beaucoup, c’était également la dernière photo qu’ils auraient de leur être cher.
2. Les bijoux de deuil peuvent contenir des cheveux humains
Les cheveux humains ne se retrouvaient pas uniquement sur des colliers à médaillon. Les bijoux de deuil victoriens pouvaient également intégrer des cheveux, permettant ainsi aux amis et aux proches de porter une partie de leurs êtres chers disparus autour de leur cou ou à leur poignet. Les bijoux en cheveux étaient très prisés car ils ne se dégradaient pas aussi rapidement que d’autres matériaux et pouvaient être tissés pour former des motifs décoratifs.
3. Les veuves portaient des vêtements de deuil noirs très élaborés
La façon dont une veuve victorienne s’habillait était devenue un symbole visible de son deuil. Les attentes variaient selon l’époque, le lieu, la culture, la fortune familiale et les circonstances, mais les vêtements de deuil étaient néanmoins considérés comme l’une des manifestations les plus visibles du deuil d’un être cher. La tenue de deuil stricte comprenait des robes noires, des tissus épais, des voiles, des bonnets et divers accessoires de deuil.
4. Le deuil pourrait se diviser en plusieurs étapes
Les règles victoriennes en matière de deuil étaient étrangement précises quant à la manière dont le chagrin devait être manifesté au monde extérieur. Plutôt que de considérer le deuil comme une longue période de chagrin, on attendait des personnes en deuil qu’elles passent par différentes étapes, souvent définies par la tenue vestimentaire et les pratiques sociales. Le deuil initial pouvait être très strict.
5. Il arrivait parfois que l'on couvre les miroirs après un décès
Le fait de couvrir les miroirs après un décès est généralement associé à d’anciennes traditions funéraires. Mais certaines familles victoriennes ont perpétué cette coutume. Les croyances concernant les miroirs allaient de l’idée que des esprits s’attachaient aux reflets dans le verre à celle selon laquelle les personnes en deuil se préoccupaient trop de leur apparence après le décès d’un proche.
6. Les horloges pourraient s'arrêter au moment du décès
Les superstitions victoriennes liées au deuil imposaient autrefois aux familles d’arrêter les horloges de leur domicile à l’heure exacte du décès d’un proche. Les horloges devenaient alors des rappels figés du moment où la personne s’éteignait. Et les proches devaient vivre sous l’ombre immobile de ces chiffres.
7. Les défunts étaient souvent conservés à la maison avant leur inhumation
Avant l’apparition des entreprises de pompes funèbres et des funérailles planifiées à l’avance, les gens mouraient généralement chez eux et y restaient jusqu’à leur inhumation. Les funérailles étaient généralement beaucoup plus simples qu’elles ne peuvent l’être aujourd’hui, le défunt restant chez lui, à la vue de tous, pendant les jours précédant les funérailles. Les corps restaient généralement exposés au domicile pendant un certain temps.
8. Les « biscuits funéraires » existaient bel et bien
Les biscuits funéraires constituaient une tradition curieusement particulière selon laquelle les personnes en deuil recevaient une friandise emballée ou décorée après le décès d’un proche. Souvent très simples, ces friandises étaient offertes en guise de souvenir ou de témoignage de la cérémonie funéraire elle-même. Les différences régionales et les traditions locales ont donné naissance à des dizaines de variétés différentes.
9. Les avis de décès pourraient comporter des bordures noires spectaculaires
Dans la Grande-Bretagne victorienne, le papier à lettres et les documents bordés de noir se sont largement répandus pour annoncer les décès. La bordure noire ne passait pas inaperçue. Elle indiquait à toute personne qui prenait le document en main que l’expéditeur était en deuil.
10. La papeterie de deuil faisait partie des règles de bienséance
Les règles de deuil à l’époque victorienne régissaient pratiquement tous les aspects de la vie, y compris les usages épistolaires. Les lettres de deuil devaient parfois être rédigées sur du papier à lettres bordé de noir et étaient souvent soumises à des règles sociales strictes liées au deuil. La correspondance était soumise à des restrictions complexes.
11. Les bagues de deuil pourraient servir à honorer la mémoire des défunts
Les bagues commémoratives permettaient aux Victoriens de garder près d’eux un souvenir de leurs proches disparus, à l’instar des médaillons de deuil. Ces bagues pouvaient comporter des inscriptions, des dates, des motifs symboliques ou des mèches de cheveux du défunt. Certaines familles faisaient réaliser des bagues spécialement à cette occasion, après le décès d’un proche.
12. Les cheveux pourraient être transformés en œuvres d'art commémoratives très élaborées
L’art victorien de la création d’objets en cheveux constituait un art à part entière : des mèches de cheveux étaient tissées pour former de magnifiques objets commémoratifs qui ressemblaient à des bijoux ou à des objets de décoration. Des artistes qualifiés savaient façonner les cheveux pour en faire des couronnes, des fleurs, des chaînes, des cordons décoratifs et d’autres objets d’art funéraire. Si certaines de ces créations étaient encadrées à des fins commémoratives, d’autres pouvaient être portées comme des bijoux.
13. Les couronnes funéraires pourraient être fabriquées à partir de cheveux
Les couronnes funéraires constituaient une autre forme d’art qui intégrait parfois l’élément de deuil préféré de la Grande-Bretagne victorienne : les cheveux. Les amis et les membres de la famille pouvaient faire tresser leurs cheveux pour en faire des couronnes commémoratives élaborées, destinées à être exposées comme décorations. Ces couronnes de fabrication minutieuse étaient généralement présentées sous verre.
14. Les enfants portaient eux aussi des vêtements de deuil
Les enfants n’échappaient pas aux traditions victoriennes en matière de deuil. Les garçons et les filles pouvaient porter des vêtements de deuil spécifiques, selon leur degré de parenté avec la personne décédée. Les usages pouvaient varier en fonction du lieu et de la culture.
15. Les voiles de deuil peuvent masquer le visage
Les voiles de deuil victoriens servaient à couvrir le visage des veuves, afin de rappeler visuellement leur perte. La complexité et la taille des voiles portés par les veuves variaient en fonction de la date du décès et du degré de rigueur avec lequel chacune observait les traditions de deuil. Certains voiles se contentaient de retenir les cheveux ou reposaient simplement sur le bonnet de la femme.
16. Les cartes commémoratives ont transformé la mort en souvenirs
Les familles victoriennes commandaient parfois des cartes commémoratives après le décès d’un proche. Ces cartes pouvaient présenter des motifs très élaborés et être ornées d’images du défunt, de noms, de dates, de fleurs, de poèmes, d’iconographie religieuse et de bordures de deuil. Les familles qui les recevaient les conservaient parfois.
17. Une tenue de deuil peut se porter pendant longtemps
Les Victoriens pouvaient passer des mois à faire le deuil d’un proche. Les règles étaient bien plus strictes pour les membres de la famille proche, comme les épouses, qui pouvaient être amenées à porter des vêtements de deuil pendant un an, voire plus dans les cas extrêmes. Les familles les plus aisées pouvaient acheter ou faire confectionner plusieurs tenues de deuil, qui les accompagnaient au fil des différentes phases du deuil.
18. Le crêpe noir est devenu le tissu de deuil par excellence
On ne parlerait pas des codes du deuil à l’époque victorienne sans évoquer le crêpe noir, le tissu de deuil par excellence. Porté principalement par les veuves en grand deuil, le crêpe noir était un tissu bon marché au fini mat caractéristique. Il absorbait la lumière au lieu de la refléter.
19. On s'attendait à ce que le deuil modifie les comportements sociaux
L’apparence revêtait une grande importance pendant le deuil à l’époque victorienne, en particulier parmi les classes aisées. Mais ce que l’on faisait tout en portant ces vêtements entièrement noirs comptait également. On attendait des personnes en deuil qu’elles limitent certaines activités sociales pendant cette période et qu’elles se retirent de la vie publique.
20. La mort occupait une place étonnamment importante dans la vie quotidienne
Ce qui est peut-être le plus étrange dans le deuil victorien, c’est le nombre d’objets et de gestes quotidiens qui pouvaient être associés à la mort. Tout, des bijoux aux vêtements en passant par les divertissements et les invitations, était dicté par des coutumes arbitraires et des superstitions auxquelles les gens d’aujourd’hui ne se confient tout simplement plus. On comprend aisément pourquoi le deuil victorien peut paraître à la fois fascinant et profondément étrange aux yeux d’un public moderne.