Il y a quelques siècles, la flatterie portait souvent sur des aspects que l’on s’efforce aujourd’hui d’éviter à tout prix, comme la maladie et la déchéance. Les critères de beauté suivaient ce qui était rare et coûteux à l’époque, et les compliments suivaient de près. Une dent pourrie ou un visage qui n’avait jamais vu le soleil pouvaient tous deux être interprétés comme des signes de bonne éducation. Rien de tout cela n’était destiné à être une insulte, même si cela passerait aujourd’hui pour telle. Voici 20 compliments qui constituaient autrefois de véritables éloges, mais qui feraient aujourd’hui sourciller.
1. « Tes dents sont d'un noir magnifique »
Dans l’Angleterre élisabéthaine, le sucre était si cher que seuls les riches pouvaient s’en offrir suffisamment pour se carier les dents. Avoir les dents noircies était la preuve que l’on mangeait comme la reine, et ceux qui n’avaient pas naturellement les dents cariées utilisaient parfois de la suie pour imiter cet aspect. Avoir les dents blanches laissait entendre que l’on n’avait jamais eu les moyens de les abîmer.
2. « Tes yeux brillent plus que le soleil »
Les poètes de la Renaissance construisaient des poèmes d’amour entiers en comparant le corps d’une femme à des objets précieux, trait par trait. Les yeux étaient comparés aux étoiles, les lèvres au corail et les dents à des colliers de perles. Ces comparaisons étaient si courantes que Shakespeare finit par écrire un sonnet se moquant de l’absurdité qu’elles avaient prise.
3. « Tu as l'air délicieusement tuberculeux »
Au début du XIXe siècle, la peau pâle, la silhouette mince et les joues rougies par la tuberculose étaient devenues le modèle de beauté pour les femmes dans toute la Grande-Bretagne. Les femmes en bonne santé utilisaient du maquillage et portaient des corsets serrés pour imiter l’apparence de celles qui mouraient de cette maladie.
4. « Tu as un mollet très viril »
Les hommes de l’époque géorgienne et de la Régence portaient des bas arrivant aux genoux qui laissaient leurs mollets entièrement visibles, et un mollet bien galbé avait alors la même importance qu’une mâchoire bien dessinée aujourd’hui. Ceux qui ne disposaient pas de cette musculature naturelle achetaient des bas rembourrés, parfois appelés « mollets duveteux », pour compenser ce manque. Une publicité datant des années 1780 promettait des mollets aussi magnifiquement galbés que la nature pouvait les créer.
5. « Tu as bien grandi »
Pendant la majeure partie de la Renaissance et de l’époque baroque, une silhouette plus ronde était perçue comme un signe de richesse et de bonne santé plutôt que comme un manque de discipline. Des peintres comme Rubens ont bâti toute leur carrière sur des corps aux formes douces et arrondies, considérés comme l’idéal de beauté. Se faire dire que l’on avait l’air bien nourri revenait presque à se faire dire que l’on avait l’air prospère.
6. « Quel front haut et noble ! »
À la Renaissance, les femmes s’épilaient la racine des cheveux et les sourcils pour donner l’impression d’avoir un front plus haut, car un front large était considéré comme un signe d’élégance. Les portraits de l’époque, y compris certains des plus célèbres, montrent des fronts bien plus hauts que ce qui est naturel. Une racine des cheveux basse était perçue comme un signe de manque de raffinement, plus proche de ce qu’aurait une femme de condition modeste.
7. « Tu ne sens pas si mauvais que ça »
Se laver régulièrement n’était pas courant dans une grande partie de l’Europe médiévale et du début de l’époque moderne ; remarquer qu’une personne ne dégageait pas d’odeur forte constituait donc une véritable observation. Les archives de la cour et les lettres personnelles de l’époque mentionnent parfois une odeur de propreté comme un motif spécifique d’éloge. Le parfum servait principalement à remédier à un problème avec lequel la plupart des gens devaient simplement composer.
8. « Vous formeriez une belle famille »
Dans les traditions de séduction rurales de l’Europe préindustrielle, comparer un conjoint potentiel à du bétail n’était pas tant considéré comme impoli que comme une démarche pratique. Une carrure large et robuste était évaluée de la même manière qu’on évaluerait un animal robuste et de bonne race sur un marché. Dans ces communautés, le mariage était souvent autant une question de travail et de procréation que d’affection.
9. « Pas la moindre trace sur ton visage »
La variole avait laissé des cicatrices sur une grande partie de la population avant que la vaccination ne se généralise ; un teint sans marque méritait donc d’être souligné. Entendre dire que son visage était « net » signifiait avoir survécu à l’une des maladies les plus meurtrières de l’époque sans séquelles visibles.
10. « Ces hanches si larges et si pratiques »
À l’époque victorienne, les relations amoureuses pouvaient se montrer d’une franchise saisissante en matière de procréation, et les hanches larges étaient parfois directement présentées comme un atout pratique plutôt que comme un trait physique à admirer en silence. Les manuels sur le mariage de l’époque décrivaient parfois l’épouse idéale en des termes qui s’apparentaient davantage à une fiche de poste. La romance et la procréation n’étaient pas aussi dissociées qu’aujourd’hui.
11. « Ta taille tient dans deux mains »
À l’époque victorienne, le laçage extrême permettait d’obtenir des tailles si fines qu’un homme aurait pu, dit-on, les enserrer de ses mains, ce qui était devenu un véritable sujet de fierté. Certaines femmes étaient admirées pour des mensurations qui, aujourd’hui, seraient considérées comme un problème de santé. Plus le corset était serré, plus il suscitait d’admiration.
12. « Quelle belle écriture ! »
Avant l’apparition des machines à écrire, la calligraphie d’une personne en disait long sur son niveau d’éducation et sa maîtrise de soi, et les lettres de cour victoriennes faisaient souvent des compliments sur l’écriture, comme on complimente aujourd’hui un sourire. Une écriture brouillonne suggérait un caractère désordonné. Les prétendants jugeaient parfois une lettre d’amour autant sur son écriture que sur son contenu.
13. « Comme tu es délicate »
Les évanouissements, la fragilité physique et une impression générale de délicatesse étaient considérés comme des signes de raffinement chez les femmes de la haute société victorienne, car la robustesse était associée au travail manuel. Une femme sujette aux évanouissements était perçue comme trop délicate pour le monde rude qui l’entourait.
14. « You Say So Little »
Les manuels de bonnes manières victoriens présentaient le silence et la réserve chez les femmes comme un idéal méritant d’être loué sans réserve. Une femme qui parlait rarement en présence d’hommes était souvent décrite comme particulièrement bien élevée. Dans ce contexte, le silence était perçu comme une marque de retenue plutôt que de désintérêt.
15. « Ces petits pieds si parfaits »
Dans la Chine impériale, le bandage des pieds permettait d’obtenir des pieds suffisamment petits pour être célébrés dans la poésie et agrémentés de chaussures brodées avec raffinement ; cette pratique était directement liée au statut social et à l’attrait matrimonial. Ailleurs dans le monde, l’Europe victorienne a développé sa propre obsession, plus modérée, pour les petits pieds, privilégiant des chaussures étroites qui ont transformé la façon dont les femmes marchaient. Ces deux traditions considéraient la taille des pieds comme un élément méritant d’être loué en détail.
16. « Tu montes magnifiquement à cheval »
Au sein de la noblesse terrienne, la maîtrise de l’équitation était considérée comme un signe de bonne éducation, et complimenter quelqu’un sur sa façon de monter constituait une véritable forme de séduction. La posture à cheval en disait long sur la discipline et l’éducation d’une personne, ce que la conversation seule ne pouvait pas révéler. Une mauvaise assise à cheval pouvait rapidement gâcher une impression par ailleurs favorable.
17. « Tu as bien grossi ! »
Dans l’Europe du début de l’époque moderne, l’embonpoint chez les hommes revêtait une réelle importance sociale, car seuls les plus aisés pouvaient se permettre de manger régulièrement suffisamment pour prendre du poids. Les journaux intimes de l’époque rapportent que les hommes remarquaient l’augmentation du poids de leurs semblables avec une certaine bienveillance. Une silhouette élancée suggérait que l’on était plus proche de la faim que d’une vie aisée.
18. « Quelle magnifique perruque ! »
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, une perruque poudrée sophistiquée en disait plus long sur le statut d’un homme que ses propres cheveux n’auraient jamais pu le faire. Plus elle était volumineuse, blanche et richement bouclée, plus celui qui la portait semblait riche ; de nombreux hommes se rasaient même la tête uniquement pour pouvoir la porter correctement. Une belle chevelure naturelle avait bien moins d’importance qu’une belle chevelure appartenant à quelqu’un d’autre.
19. « Comme tu as l'air simple et soigné ! »
Dans la Nouvelle-Angleterre puritaine, une tenue sobre et modeste était considérée comme un compliment en soi, indépendamment de toute autre caractéristique de l’apparence physique. Se démarquer par sa tenue vestimentaire suscitait la méfiance, tandis que se fondre dans la masse était perçu comme un signe de bonne moralité. Se voir dire que l’on avait l’air suffisamment simple était, dans ce milieu, un véritable motif de fierté.
20. « Ces cheveux naturellement blonds »
À Venise, à la Renaissance, les femmes passaient des après-midi entiers sur les terrasses des toits, les cheveux enduits de préparations décolorantes et tirés à travers des chapeaux sans couronne, de sorte que seuls leurs cheveux s’exposaient au soleil tandis que leur visage restait couvert. Les recettes de ce procédé, dont certaines comprenaient de l’alun et du soufre, circulaient dans des manuels ménagers imprimés, aux côtés des remèdes contre la fièvre.