Pendant des siècles, une femme n’avait pas toujours besoin de commettre un crime pour perdre sa liberté ; parfois, il suffisait qu’un mari, un parent, un frère ou une sœur, ou encore un proche influent, la fasse enfermer. Ces 20 femmes ont été confinées dans des lieux aussi variés que des châteaux royaux, des couvents, des chambres à coucher ou encore des hôpitaux, ce qui montre à quel point elles n’avaient guère leur mot à dire sur leur propre vie.
1. Blanche Monnier
Dans la France des années 1870, le seul « crime » de Blanche Monnier fut de s’opposer au mariage que sa mère voulait lui imposer. Elle disparut peu après, et la police ne la retrouva que 25 ans plus tard, en 1901. Âgée alors de 52 ans, elle fut retrouvée nue et émaciée, allongée sur un matelas en décomposition. Ses volets avaient été cadenassés et elle avait maigri jusqu’à ne plus peser que 55 livres. Sa mère, Louise, et son frère Marcel en étaient responsables.
2. Jeanne de Castille
Le père de la reine Jeanne, Ferdinand II d’Aragon, l’enferma en 1509 tout en prenant les rênes du gouvernement en son nom. À la mort de ce dernier, le fils de Jeanne, Charles, ne la libéra même pas, poursuivant ainsi cet arrangement afin de s’assurer que sa mère reste reine, essentiellement de nom, tandis que lui détenait le pouvoir. Elle passa le reste de sa longue vie à Tordesillas, où elle mourut en 1555.
3. Sophie-Dorothée de Celle
Le mariage désastreux de Sophie-Dorothée avec Georges-Louis de Hanovre prit fin en 1694 à la suite d’allégations concernant sa relation avec le comte Philippe-Christophe von Königsmarck. Son mari divorça d’elle, mais alla encore plus loin en la faisant envoyer au château d’Ahlden. Son propre père accepta cet arrangement : elle ne revit jamais ses enfants et y resta jusqu’à sa mort, en 1726.
4. Camille Claudel
La sculptrice Camille Claudel a été internée dans un établissement psychiatrique en 1913, peu après le décès de son père. Sa mère et son frère ont joué un rôle déterminant dans le maintien de son internement, alors même que les médecins avaient par la suite laissé entendre qu’une libération était envisageable. Elle est néanmoins restée internée jusqu’à sa mort, en 1943.
5. Elizabeth Packard
Elizabeth Packard a publiquement contesté la théologie calviniste stricte de son mari, Théophile. Ce dernier a réagi en remettant en cause sa santé mentale et, en 1860, la loi de l’Illinois lui a permis de la faire interner sans qu’elle bénéficie des mêmes protections juridiques qu’un homme aurait eues. Mme Packard y a passé trois ans, puis a survécu à une nouvelle tentative de Théophile visant à la confiner chez elle, avant qu’un jury ne la déclare immédiatement saine d’esprit en 1864.
6. Mary Todd Lincoln
Une décennie après l’assassinat de Lincoln, Robert, le fils survivant de Mary Todd Lincoln, de plus en plus inquiet face à son comportement, engagea une procédure d’internement pour aliénation mentale. En 1875, un jury la déclara aliénée et elle fut envoyée à Bellevue Place. Elle s’opposa farouchement à cette décision et quitta l’établissement moins de quatre mois plus tard pour aller vivre chez sa sœur. Cette stratégie porta ses fruits : une nouvelle audience lui permit de recouvrer la gestion légale de ses affaires.
7. Edith Lanchester
La socialiste victorienne Edith Lanchester a provoqué un véritable scandale en 1895 : elle souhaitait vivre avec son petit ami sans l’épouser. Bien que cela semble aujourd’hui tout à fait normal, à l’époque, cette décision a failli lui coûter la vie. Son père, trois de ses frères et un psychiatre l’ont déclarée aliénée. Ils l’ont alors menottée et envoyée à l’asile du Priory. Heureusement, l’indignation suscitée par les journaux a permis d’obtenir sa libération en l’espace de quelques jours.
8. Rosina Bulwer Lytton
Rosina Bulwer Lytton était séparée de son mari, Edward Bulwer-Lytton, depuis des années, mais leur querelle prit une tournure particulièrement déplaisante en 1858. Après qu’elle l’eut attaqué publiquement pendant sa campagne électorale, des dispositions furent prises pour la faire interner dans un asile privé. Sous la pression de l’opinion publique et grâce à l’intervention de celle-ci, elle fut libérée au bout de quelques semaines seulement.
9. Marie Esquiron
La féministe française Marie Esquiron avait déjà été victime d’un internement forcé à l’âge de 21 ans, lorsque son père l’avait fait admettre à la Maison Blanche. Elle fut toutefois à nouveau internée en 1890, dans un contexte de violents conflits familiaux liés à son mariage et à ses biens. Elle accusa publiquement son père d’avoir détourné le système, mais ses protestations ne furent considérées par les médecins que comme une preuve supplémentaire de sa maladie mentale.
10. Louisa Nottidge
La famille de Louisa Nottidge s’est montrée très inquiète après qu’elle eut rejoint, dans les années 1840, la communauté religieuse controversée connue sous le nom d’Agapemone. Ainsi, sur ordre de sa mère, des membres masculins de sa famille l’ont enlevée de force en 1846, l’ont enfermée dans une maison à Londres et l’ont fait déclarer aliénée. Après s’être échappée de l’asile de Moorcroft House (et avoir même été rattrapée), elle a finalement recouvré sa liberté en 1848. Elle a même réussi à faire condamner ses proches pour séquestration.
11. Rosemary Kennedy
En 1941, Joseph Kennedy a secrètement pris en charge financièrement une lobotomie pour sa fille Rosemary, alors âgée de 23 ans, dans l’espoir que cela permettrait de contrôler son comportement. L’opération a eu l’effet inverse, la laissant gravement handicapée, à la suite de quoi il l’a immédiatement fait interner. Il a également caché cette histoire à sa famille pendant des années, et elle a passé la majeure partie de sa vie à St. Coletta avant que ses frères et sœurs ne reprennent contact avec elle.
12. La princesse Alice de Battenberg
La princesse Alice, mère du prince Philippe, a traversé une grave crise psychique vers 1930 et s’est vu diagnostiquer une schizophrénie. Bien qu’elle ait affirmé être saine d’esprit et tenté de partir, elle a été emmenée de force dans un sanatorium. Sigmund Freud lui-même a contribué à ces mauvais traitements : des rayons X ont été dirigés vers ses ovaires à la suite d’une suggestion de sa part selon laquelle la frustration sexuelle serait à l’origine de son état.
13. Frances Farmer
La vie tourmentée de l’actrice Frances Farmer a fait la une des journaux pendant des années, mais une chose est sûre : sa mère, Lillian, a eu recours aux tribunaux lors des crises psychiatriques de sa fille. En 1944, Lillian a demandé que Frances Farmer soit déclarée aliénée, ce qui a conduit à son internement à Washington. Pire encore, elle a sollicité une nouvelle audience qui a abouti à un nouvel internement en 1945.
14. Lucia Joyce
Lucia Joyce avait suivi une formation sérieuse de danseuse avant que son état de santé mentale ne se détériore, alors qu’elle était dans la vingtaine. À la suite d’un incident violent survenu lors de la fête organisée pour les 50 ans de James Joyce en 1932, son frère Giorgio l’emmena dans un asile, marquant ainsi le début de plusieurs décennies d’internement dans divers établissements en Europe et en Angleterre. Elle passa les trente dernières années de sa vie à l’hôpital St Andrew’s, où elle décéda en 1982.
15. Rose Williams
Tennessee Williams avait une sœur aînée, Rose. Celle-ci a développé de graves troubles psychiatriques dans les années 1930 et a finalement été internée. En 1943, elle a subi une lobotomie qui l’a laissée gravement handicapée ; elle est ensuite restée internée pendant plus de 50 ans. Tennessee a été anéanti par cette nouvelle et a par la suite consacré une grande partie de sa succession à financer ses soins.
16. Violet Gibson
L’aristocrate irlandaise Violet Gibson est devenue célèbre après avoir tiré sur Benito Mussolini en 1926, manquant de peu de lui porter un coup fatal. Une fois qu’l’Italie l’eut remise à la garde de ses proches, sa sœur Constance l’accompagna en Grande-Bretagne, où des démarches furent entreprises pour la faire déclarer aliénée. Gibson passa le reste de sa vie à l’hôpital St Andrew’s.
17. Arcangela Tarabotti
Elena Cassandra Tarabotti n’avait aucune envie d’embrasser une vocation religieuse, mais son père l’envoya dans un couvent bénédictin vénitien alors qu’elle était encore jeune. À l’âge de 16 ans, elle fut contrainte de mener une vie monastique. Elle y trouva toutefois un certain sens à sa vie : elle écrivit La tyrannie paternelle et d’autres ouvrages condamnant les pères qui, en réalité, emprisonnaient leurs filles réticentes derrière les murs du couvent.
18. Marguerite De La Rocque
Au cours d’une expédition française au Canada dans les années 1540, la noble Marguerite de La Rocque entama une liaison avec un jeune homme qui voyageait à bord du navire. Jean-François de La Rocque de Roberval, qui était un proche parent, la punit en l’abandonnant sur une île du golfe du Saint-Laurent. Son amant et un serviteur se retrouvèrent également là-bas et y trouvèrent la mort, tout comme le bébé de Marguerite, mais elle parvint tant bien que mal à survivre jusqu’à ce que des pêcheurs la sauvent et la ramènent en France.
19. Arbella Stuart
En raison de ses origines royales, le choix du mari d’Arbella Stuart revêtait une importance particulière, d’autant plus qu’elle s’était mariée en secret avec William Seymour, un autre prétendant au trône, en 1610, sans l’autorisation du roi Jacques Ier. Jacques, cousin d’Arbella, les sépara et la fit assigner à résidence. Après une tentative d’évasion qui tourna mal en 1611, elle fut emprisonnée à la Tour de Londres et ne retrouva jamais sa liberté. Elle y mourut en 1615.
20. Nerissa Bowes-Lyon
Nerissa Bowes-Lyon, cousine germaine de la reine Élisabeth II, souffrait de graves troubles du développement et fut admise à l’hôpital Royal Earlswood avec sa sœur Katherine en 1941. Mais ce qui rend son histoire encore plus tragique, c’est la façon dont elle a disparu des registres publics de la famille : l’édition de 1963 du Burke’s Peerage mentionnait son décès en 1940, alors qu’elle était toujours internée. Elle est restée à Earlswood jusqu’à son décès effectif en 1986.