L’histoire militaire regorge de commandants qui disposaient d’armées plus importantes, d’un meilleur équipement, de positions plus solides et de toutes les raisons de s’attendre à une victoire facile. Il arrive pourtant parfois que le camp qui semblait condamné trouve la bonne combinaison entre le terrain, les tactiques, le leadership et une détermination sans faille pour renverser la situation. Certaines de ces victoires ont changé le cours de guerres entières, tandis que d’autres sont devenues célèbres simplement parce que, sur le papier, c’est le camp perdant qui aurait dû l’emporter. Ces 20 batailles prouvent que des avantages écrasants ne se traduisent pas toujours par une victoire.
1. Bataille de Marathon, 490 av. J.-C.
Lorsqu’une armée d’invasion perse débarqua près de Marathon, les Athéniens se retrouvèrent face à un empire disposant de ressources bien supérieures et jouissant d’une redoutable réputation militaire. Plutôt que de rester sur la défensive, les Grecs lancèrent une attaque offensive qui désorganisa les rangs perses et repoussa une grande partie de l’armée d’invasion vers ses navires. Cette victoire devint l’un des moments marquants de l’histoire de la Grèce antique.
2. Bataille de Salamine, 480 av. J.-C.
Une décennie après la bataille de Marathon, les Perses revinrent avec une invasion d’une ampleur encore plus grande, et la situation semblait au départ désespérée pour la résistance grecque. Le commandant grec Thémistocle contribua à attirer la flotte perse dans les eaux étroites autour de Salamine, où son avantage numérique perdit grandement de son importance. La flotte grecque, plus petite, attaqua alors les navires qui peinaient à manœuvrer efficacement dans ce détroit encombré. La Perse disposait encore d’une puissance militaire considérable par la suite, mais cette défaite navale porta un coup terrible à sa campagne en Grèce.
3. Bataille de l'Hydaspe, 326 av. J.-C.
Alexandre le Grand avait passé des années à vaincre des armées plus importantes, mais la traversée de l’Hydaspe pour affronter le roi Porus constitua l’un de ses défis les plus difficiles. Porus disposait d’éléphants de guerre, de troupes aguerries et d’une solide position défensive sur la rive opposée. Pour contrer cela, Alexandre déplaça secrètement une partie de son armée en amont, traversa le fleuve par mauvais temps et contraignit Porus à livrer bataille avant que celui-ci n’ait pu réagir pleinement. Les Macédoniens remportèrent la victoire, bien que Porus se fût battu avec tant de brio qu’Alexandre lui aurait, selon certaines sources, permis de continuer à régner sur son territoire.
4. Bataille de Cannes, 216 av. J.-C.
Rome envoya une immense armée pour anéantir Hannibal après avoir subi plusieurs défaites humiliantes au cours de la deuxième guerre punique. Hannibal était largement en infériorité numérique, mais il laissa délibérément le centre romain avancer tandis que ses troupes les plus puissantes encerclaient progressivement les deux flancs. Finalement, les soldats romains se retrouvèrent encerclés, sans pratiquement aucune issue. Ce fut l’une des défaites les plus dévastatrices que Rome ait jamais subies et l’une des plus célèbres histoires d’outsider de l’histoire.
5. Bataille du pont de Stirling, 1297
Au cours de la première guerre d’indépendance écossaise, William Wallace et Andrew Moray se sont retrouvés face à une armée anglaise comptant davantage de soldats professionnels et dotée d’une puissante cavalerie lourde. Plutôt que d’affronter cette force en terrain découvert, les Écossais ont attendu que les Anglais traversent un pont étroit enjambant la rivière Forth. Une fois qu’un nombre suffisant de soldats eut traversé pour se retrouver vulnérables, l’armée écossaise a attaqué avant que le reste des troupes ne puisse leur apporter un soutien adéquat. Les avantages numériques et technologiques de l’Angleterre ne purent pas faire grand-chose alors que la majeure partie de son armée se trouvait bloquée de l’autre côté d’une rivière.
6. Bataille de Bannockburn, 1314
L’armée écossaise de Robert Bruce fit son entrée à Bannockburn face à une force anglaise bien plus imposante, menée par Édouard II. Les Écossais utilisèrent habilement des formations de lances très serrées et tirèrent parti du relief pour restreindre les mouvements de la cavalerie anglaise, empêchant ainsi l’armée adverse, pourtant plus nombreuse, d’exploiter efficacement sa puissance. La confusion s’empara des rangs anglais tandis que les Écossais continuaient à avancer. Ce qui était censé rétablir la domination anglaise devint au contraire l’une des victoires militaires les plus célèbres de l’Écosse.
7. Bataille d'Azincourt, 1415
L’armée anglaise d’Henri V était épuisée, affaiblie par la maladie et largement surpassée en nombre lorsqu’elle affronta les Français près d’Azincourt pendant la Guerre de Cent Ans. Mais de fortes pluies avaient transformé le champ de bataille en une boue épaisse, empêchant les troupes françaises en armure d’avancer efficacement. Les archers anglais et gallois en profitèrent pour déverser une pluie de flèches sur les forces ennemies qui s’approchaient, tandis que le champ de bataille devenait de plus en plus encombré. Dans ce cas précis, le fait de disposer d’un plus grand nombre de soldats n’a fait qu’accroître le chaos au lieu de garantir la victoire.
8. Siège de Malte, 1565
Les Chevaliers de l’Ordre de Malte et leurs alliés durent faire face à une gigantesque expédition ottomane, déterminée à s’emparer de Malte et à renforcer la domination ottomane sur la Méditerranée. Les défenseurs tinrent bon dans une série de fortifications pendant des mois de bombardements, d’assauts et de combats au corps à corps acharnés. Les commandants ottomans s’attendaient à ce que la résistance s’effondre bien avant l’arrivée des renforts, mais les défenseurs refusèrent de se rendre. Lorsque les renforts débarquèrent enfin en septembre, les forces ottomanes, épuisées, se retirèrent.
9. Bataille d'Okehazama, 1560
Le seigneur de guerre japonais Oda Nobunaga dut faire face à une armée d’invasion menée par Imagawa Yoshimoto, qui surpassait largement ses propres forces en nombre. Au lieu de se replier derrière ses défenses, Nobunaga lança une attaque surprise contre le camp ennemi au milieu d’un orage. Yoshimoto fut tué, et son armée, bien plus nombreuse, s’effondra rapidement dès que les commandants eurent pris conscience de ce qui s’était passé.
10. Bataille de Myeongnyang, 1597
L’amiral coréen Yi Sun-sin s’est retrouvé confronté à une situation navale qui semblait désespérée lors des invasions japonaises de la Corée. Il ne disposait que d’un très petit nombre de navires de guerre en état de marche, tandis qu’une flotte japonaise bien plus imposante marchait contre lui. Yi choisit le détroit étroit de Myeongnyang, où les courants dangereux et l’espace restreint réduisaient l’efficacité de l’avantage numérique des Japonais. Sa flotte infligea de lourdes pertes à l’ennemi et survécut, remportant ainsi l’une des victoires les plus extraordinaires de l’histoire navale, remportée par un outsider.
11. Bataille de Vienne, 1683
Vienne était assiégée par les Ottomans depuis des semaines lorsqu’une armée de secours s’approcha enfin de la ville. La coalition chrétienne, rassemblée pour venir à son secours, se trouvait confrontée à une importante force ottomane qui avait déjà encerclé l’une des principales capitales européennes et avait failli percer ses défenses. Les combats culminèrent avec un assaut massif de la cavalerie qui permit de briser les lignes ottomanes et de mettre fin au siège. Cette bataille mit un terme à une offensive ottomane de grande envergure en Europe centrale et bouleversa radicalement la situation stratégique.
12. Bataille de Trenton, 1776
À la fin de l’année 1776, l’Armée continentale de George Washington avait essuyé des défaites répétées, perdu la ville de New York et vu le moral de ses troupes s’effondrer. Washington réagit en tentant une traversée nocturne risquée du Delaware gelé, avant de lancer une attaque surprise contre les troupes hessoises stationnées à Trenton. Les Américains capturèrent des centaines de soldats tout en subissant des pertes relativement légères. La bataille de Trenton ne fut pas d’une grande envergure, mais à un moment où la Révolution semblait au bord de l’effondrement, cette victoire psychologique revêtait une importance capitale.
13. Bataille de Cowpens, 1781
Au cours de la campagne du Sud de la Guerre d’Indépendance, le commandant américain Daniel Morgan a affronté des troupes britanniques expérimentées menées par Banastre Tarleton. Morgan a disposé ses soldats en plusieurs lignes et a délibérément prévu que les rangs de tête tirent avant de se replier, sachant que les Britanniques risquaient de prendre ce mouvement pour une retraite. Les troupes de Tarleton se sont précipitées vers l’avant et se sont rapidement retrouvées face à une contre-attaque américaine coordonnée. Il en résulta une victoire écrasante des Américains qui affaiblit considérablement les forces britanniques dans le Sud.
14. Bataille de La Nouvelle-Orléans, 1815
Les forces américaines hétéroclites d’Andrew Jackson comprenaient des troupes régulières, des unités de milice, des soldats noirs libres, des alliés amérindiens et même des pirates lorsque les Britanniques s’approchèrent de La Nouvelle-Orléans. Les attaquants britanniques, des vétérans aguerris, s’attendaient à dominer les défenseurs de la ville. Au lieu de cela, ils avancèrent à découvert vers les positions américaines solidement tenues et subirent des pertes dévastatrices sous le feu nourri des fusils et de l’artillerie.
15. Bataille de San Jacinto, 1836
Après la cuisante défaite des Texans à Alamo, le chef mexicain Antonio López de Santa Anna semblait avoir la rébellion fermement sous contrôle. L’armée texane de Sam Houston, bien que moins nombreuse, finit par surprendre les forces de Santa Anna alors qu’elles se reposaient près de la rivière San Jacinto et lança une attaque surprise. La bataille elle-même fut remarquablement brève, la résistance mexicaine s’effondrant rapidement. Santa Anna fut capturé le lendemain, ce qui donna aux Texans un énorme levier pour obtenir leur indépendance.
16. Bataille d'Isandlwana, 1879
Les commandants britanniques qui envahirent le royaume zoulou disposaient de fusils modernes, d’artillerie et de la confiance d’un empire habitué à vaincre des armées aux quatre coins du monde. À Isandlwana, cependant, une imposante force zouloue utilisa sa rapidité et des tactiques d’encerclement coordonnées pour submerger un camp britannique mal positionné. La destruction d’une force impériale aussi lourdement armée stupéfia la Grande-Bretagne et fit d’Isandlwana l’une des plus grandes victoires du royaume zoulou.
17. Bataille d'Adoua, 1896
L’Italie espérait, en envahissant l’Éthiopie, établir une nouvelle colonie européenne en Afrique, mais l’empereur Ménélik II avait mis sur pied une résistance étonnamment puissante. À Adwa, les forces éthiopiennes étaient largement supérieures en nombre à l’armée italienne et mieux armées que ne l’avaient supposé de nombreux responsables européens. Lorsque les unités italiennes se retrouvèrent dispersées au cours de leur avancée, les troupes éthiopiennes les attaquèrent une à une et leur infligèrent une défaite écrasante. L’Éthiopie conserva son indépendance et devint un puissant symbole de résistance victorieuse face à l’expansion coloniale européenne.
18. Bataille de Suomussalmi, 1939-1940
Pendant la Guerre d’Hiver, l’Union soviétique a envahi la Finlande avec des effectifs bien supérieurs en soldats, chars, avions et artillerie. Dans la région de Suomussalmi, les troupes finlandaises ont mis à profit leurs skis, les forêts, les températures glaciales et leur connaissance approfondie du terrain pour isoler les colonnes soviétiques étirées le long de routes étroites. Elles ont attaqué à plusieurs reprises les sections ainsi isolées. Une opération soviétique qui semblait irrésistible sur le papier s’est soldée par la destruction ou la dispersion de formations entières.
19. Bataille de Rorke’s Drift, 1879
Quelques heures seulement après la débâcle britannique d’Isandlwana, une petite garnison postée à Rorke’s Drift se retrouva face à plusieurs milliers de guerriers zoulous. Environ 150 soldats britanniques et coloniaux fortifièrent à la hâte la mission à l’aide de sacs de maïs, de boîtes de biscuits et de tout ce qui pouvait leur servir de couverture. Les défenseurs repoussèrent des attaques répétées tout au long de la nuit, bien qu’ils fussent largement en infériorité numérique. Au lever du jour, les Zoulous s’étaient retirés, laissant derrière eux l’une des plus célèbres victoires remportées lors d’une dernière résistance dans l’histoire militaire britannique.
20. Bataille de Longewala, 1971
Au cours de la guerre indo-pakistanaise de 1971, une petite unité indienne stationnée à Longewala a dû faire face à une colonne blindée pakistanaise bien plus importante qui avançait à travers le désert du Rajasthan. Les défenseurs ont tenu leur position toute la nuit, bien qu’ils fussent largement en infériorité numérique et qu’ils n’eussent pas les moyens d’arrêter les assaillants par le seul combat au sol. À l’aube, l’aviation indienne a frappé à plusieurs reprises les chars et les véhicules pakistanais exposés dans le désert. La tentative de percée a échoué, transformant ce qui semblait au départ être une défense presque désespérée en une célèbre victoire indienne.