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Le chiffre du SIPRI

Quatre années de hausse consécutives

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, le SIPRI, a publié ses estimations des forces nucléaires mondiales. Au 1er janvier 2026, la Russie disposait de 1 796 ogives nucléaires déployées sur des missiles et des systèmes de livraison — le nombre le plus élevé depuis 2017.

La progression est régulière et documentée année après année : 1 588 ogives déployées en 2022, 1 674 en 2023, 1 710 en 2024, 1 718 en 2025, puis 1 796 en 2026. Quatre années consécutives de hausse, soit une augmentation d’environ 14 % par rapport aux niveaux de 2020.

Pendant que le monde regarde les tranchées du Donbass, l’arsenal qui compte vraiment grossit dans les silos.

L’inventaire complet

Le total russe s’établit à environ 5 420 ogives : 1 796 déployées, 2 604 en stockage central, et quelque 1 020 retirées du service et en attente de démantèlement. C’est le plus gros inventaire nucléaire au monde. La Russie détient aussi le plus important stock d’ogives non stratégiques de la planète, généralement estimé à bien plus d’un millier.

À titre de comparaison, les États-Unis maintiennent environ 1 770 ogives déployées, la France 280 et le Royaume-Uni 120. Sur le total mondial estimé à 12 187 ogives en janvier 2026, environ 9 745 se trouvent dans des stocks militaires utilisables, dont 4 012 effectivement déployées. Entre 2 100 et 2 200 de ces dernières sont maintenues en état d’alerte opérationnelle élevée sur des missiles balistiques.

Deux pays détiennent à eux seuls environ 83 % des ogives disponibles pour un usage militaire. Ce chiffre-là n’a pas changé depuis la guerre froide.

Le contexte que personne ne mentionne
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Le contexte que personne ne mentionne

New START est mort en février

Voici l’élément décisif, et il est passé presque inaperçu dans nos médias. Le traité New START, dernier accord bilatéral limitant les forces nucléaires stratégiques américaines et russes, a expiré en février 2026. Il plafonnait chaque partie à 1 550 ogives stratégiques déployées, sur 700 vecteurs de livraison déployés.

Après son expiration, Moscou a déclaré qu’elle continuerait à respecter ces plafonds tant que Washington en ferait autant. C’est une déclaration unilatérale, pas une obligation juridique. Il n’y a plus d’accord contraignant, plus de régime d’inspection mutuelle, plus de vérification indépendante.

Pour la première fois depuis des décennies, les deux plus grands arsenaux de la planète fonctionnent sur une promesse verbale.

Une dépendance croissante à l’arme nucléaire

Le SIPRI relève une tendance plus large et plus inquiétante que le seul décompte : les États dotés s’appuient de plus en plus sur l’arme nucléaire comme instrument de sécurité et de politique étrangère. Ce n’est plus une assurance de dernier recours rangée au sous-sol; c’est redevenu un outil de négociation quotidien.

La France en fournit un exemple révélateur : elle a annoncé son intention d’augmenter le nombre de ses ogives et a cessé de communiquer publiquement la taille de son arsenal. La transparence recule partout en même temps que les chiffres montent.

Quand les États recommencent à cacher leurs chiffres, c’est rarement parce qu’ils diminuent.

Ce que la Russie construit
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Ce que la Russie construit

Les programmes qui marchent, et ceux qui ne marchent pas

L’honnêteté impose de rapporter les deux côtés du bilan technique russe, parce qu’il n’est pas uniforme. Un nouvel essai du missile balistique intercontinental Sarmat a échoué en 2025; les sanctions occidentales et les besoins concurrents liés à la guerre en Ukraine semblent avoir affecté le programme. En revanche, le Bourevestnik, missile de croisière à propulsion nucléaire longtemps raillé pour ses ratés, aurait réussi un essai en vol de plus de 14 000 kilomètres en 2025.

La Russie a par ailleurs entrepris la construction d’une base avancée en Biélorussie pour son missile balistique de portée intermédiaire Orechnik, à capacité duale — c’est-à-dire capable de porter une charge conventionnelle ou nucléaire. L’Orechnik a été employé contre l’Ukraine avec des charges conventionnelles, le plus récemment en mai 2026.

Un missile qui peut porter les deux charges, posté en Biélorussie : l’ambiguïté est le message.

Ce que dit Washington

En mars 2026, le commandant du Commandement stratégique américain, le général Richard A. Correll, a déclaré devant le Congrès que le stock russe comptait environ 4 600 ogives, dont 2 600 pour les forces stratégiques. Le SIPRI juge ce chiffre légèrement élevé et l’estime plutôt autour de 4 400 pour le stock militaire.

L’écart entre les deux estimations est révélateur de l’état du dossier : sans inspections, on en est réduit à comparer des évaluations de services de renseignement et d’instituts indépendants qui ne s’entendent pas à quelques centaines d’ogives près.

Quelques centaines d’ogives d’incertitude, c’est plus que l’arsenal complet de la France.

Le reste du tableau
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Le reste du tableau

La Chine et l’Inde bougent aussi

La Russie n’est pas seule à monter. La Chine est passée d’environ 600 à 620 ogives en un an, et surtout son nombre d’ogives déployées est monté de 24 à 34. C’est l’arsenal qui croît le plus vite au monde. L’Inde, elle, voit pour la première fois le SIPRI lui attribuer des ogives déployées — douze — sur un arsenal estimé à environ 190.

Ces chiffres sont petits en valeur absolue. Ils signalent un changement de doctrine : des pays qui gardaient traditionnellement leurs ogives séparées de leurs vecteurs commencent à les monter dessus.

Une ogive en entrepôt est une police d’assurance. Une ogive sur un missile est une intention.

Pourquoi ça devrait nous concerner

Il faut finir par relier ce dossier à celui que nous suivons depuis des semaines. La hausse russe ne se produit pas dans le vide : elle accompagne une guerre conventionnelle de quatre ans, une campagne de drones documentée contre treize pays de l’OTAN, des frappes hebdomadaires sur des postes-frontières européens, et une fenêtre de risque identifiée par les analystes pour la fin de la décennie.

L’arme nucléaire n’a pas servi une seule fois depuis 1945, et c’est probablement l’accomplissement le plus important de l’histoire diplomatique moderne. Mais cet accomplissement reposait sur une architecture : des traités, des inspections, des lignes directes, des décomptes vérifiés. Cette architecture vient d’être démantelée, pièce par pièce, pendant que l’attention était ailleurs.

Ce n’est pas le nombre d’ogives qui devrait inquiéter. C’est qu’il n’y ait plus personne pour les compter.

Signé : Maxime Marquette, chroniqueur Le 12 septembre 2026

Encadré de transparence du chroniqueur
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Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon travail consiste à décortiquer les dynamiques géopolitiques et stratégiques et à proposer une lecture critique des événements. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du reportage; je prétends à la lucidité analytique.

Méthodologie et sources

Les données chiffrées de cet article proviennent du SIPRI Yearbook 2026, publié par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, institution indépendante et référence établie sur les forces nucléaires mondiales. Il s’agit d’estimations, non de décomptes officiels. Aucun État doté ne publie d’inventaire vérifiable de son arsenal, et le SIPRI travaille par recoupement de sources ouvertes, d’imagerie et de déclarations officielles.

L’estimation américaine citée provient du témoignage du commandant du Commandement stratégique devant le Congrès en mars 2026. L’écart entre cette estimation et celle du SIPRI est rapporté tel quel plutôt que résolu arbitrairement.

Les données du Congressional Research Service et de la Federation of American Scientists convergent avec celles du SIPRI sur l’ordre de grandeur des ogives déployées russes et américaines.

Nature de l’analyse

Le lien établi entre la hausse des ogives déployées, l’expiration de New START et la dégradation générale de l’architecture de contrôle des armements relève de l’interprétation de l’auteur. Une lecture alternative existe et mérite d’être connue : la hausse des ogives déployées peut résulter de cycles de maintenance et de modernisation plutôt que d’une décision stratégique d’escalade, et les plafonds de New START demeurent respectés de fait par les deux parties selon leurs déclarations.

Cet article décrit un état documenté au 12 septembre 2026. Aucun gouvernement, parti politique ou organisation n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.

ANALYSE : 1 796 ogives déployées — la Russie n’a jamais été aussi armée depuis 2017

Sources

SIPRI, « Increasing focus on nuclear weapons amid heightened escalation risks — new SIPRI Yearbook out now », 2026

SIPRI, SIPRI Yearbook 2026, chapitre 8 : World Nuclear Forces

Ukrainska Pravda, « Russia deploys highest number of nuclear warheads in nine years », 12 septembre 2026

UA.News, « Russia is expanding its nuclear arsenal amid the war against Ukraine », septembre 2026

Congressional Research Service, « Russia’s Nuclear Weapons », 2026 (estimations de la Federation of American Scientists, plafonds de New START, expiration du traité en février 2026)

Al Jazeera, « Nuclear risks rise as powers expand and modernise arsenals: SIPRI study », 8 juin 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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