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Une opération invisible

Le 22 mai, à Nove

Le 22 mai 2026, un bataillon mécanisé de la 3e brigade d’assaut ukrainienne attaque les positions russes autour du village de Nove, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lyman, dans l’oblast de Donetsk. Deux autres brigades l’appuient, la 60e et la 66e mécanisées, rattachées pour l’occasion au 3e corps d’armée. Ce jour-là, les drones russes sont massivement brouillés; seuls les appareils à fibre optique parviennent encore à voler, et ce sont eux qui touchent les cinq véhicules ukrainiens perdus dans l’assaut.

Puis, pendant trois mois, plus rien. Aucun communiqué de l’état-major ukrainien. Aucun rapport d’analystes. Rien du côté russe non plus. Les premiers fragments d’information ne remontent à la surface qu’à la fin août, et le tableau complet n’est devenu public que cette semaine.

La plus importante opération ukrainienne de l’année s’est déroulée dans un silence quasi total, pendant que le monde entier regardait ailleurs.

Ce qui a été repris

Les estimations varient selon les cartographes, et il faut les donner telles quelles. Le cartographe Clément Molin évalue le terrain repris à plus de 200 km². Le compte AKM Mapping l’établit à 151 km². Konrad Muzyka, de Rochan Consulting, l’estime autour de 240 km². La fourchette honnête est donc de 150 à 240 kilomètres carrés.

Pour situer l’ordre de grandeur : c’est, au bas mot, l’équivalent de la superficie de l’île de Montréal, repris à un adversaire qui dispose sur le papier d’un avantage en hommes et en puissance de feu dans tout le Donetsk.

Dans une guerre où l’on compte les gains en centaines de mètres, deux cent quarante kilomètres carrés, ce n’est pas une nuance.

Le piège du saillant
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Le piège du saillant

Dix-huit mois de préparation russe effacés

Pour comprendre la portée de l’affaire, il faut regarder ce que les Russes essayaient de construire. La 20e armée interarmes tenait au nord de Lyman un saillant d’environ 100 km², coincé entre les rivières Nitrius et Jerebets. Ce saillant devait servir de base de départ à une offensive sur Lyman, puis vers Izioum et Sloviansk, avec l’objectif de menacer la route de ravitaillement nord du Donbass.

Il aura fallu dix-huit mois aux forces russes pour installer les conditions de cette poussée. Selon le cartographe Vitaly, elles viennent d’en perdre l’équivalent d’un an et demi de progression. Sloviansk et Kramatorsk sont les deux dernières grandes villes libres de l’oblast de Donetsk : le siège par le nord qui se préparait n’aura pas lieu dans les conditions envisagées.

Dix-huit mois pour bâtir la route de Sloviansk. Trois mois pour la reperdre.

Trop loin, trop vite

Le mécanisme de la défaite russe est presque scolaire. La 20e armée interarmes s’est avancée trop profondément dans une poche étroite, particulièrement exposée à son extrémité occidentale, là où elle avait franchi la Nitrius. Les Ukrainiens, retranchés sur un terrain favorable, ont patiemment grignoté ses lignes de ravitaillement en attendant le moment de la contre-attaque.

Vitaly décrit une position devenue politiquement et institutionnellement impossible à abandonner pour le commandement russe, sans jamais être assez large pour être tenable militairement. Chaque nouvelle unité envoyée pour la consolider venait renforcer une ligne qui existait davantage dans les rapports que sur le terrain. Le même analyste résume l’affaire d’une formule : ce ne sont pas les véhicules blindés qui ont emporté la décision, ils sont apparus parce que les conditions qui rendaient leur circulation impossible avaient déjà disparu.

Les Russes ne se sont pas fait déloger d’un saillant. Ils se sont fait refermer dessus.

Le silence comme arme
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Le silence comme arme

Même les correspondants de guerre russes n’ont rien vu

C’est le volet le plus inhabituel de cette histoire, et celui qui mérite l’attention d’un lecteur occidental. Ce qui a fait fonctionner le piège, c’est que personne n’en a parlé. L’état-major ukrainien s’est tu. Les analystes pro-ukrainiens, qui cartographient normalement la moindre avancée en quelques heures, se sont tus jusqu’à la fin août. Les Russes aussi.

L’observateur Andrew Perpetua, qui a suivi les autres opérations discrètes ukrainiennes autour de Koupiansk et dans le sud du Donetsk, juge celle-ci encore mieux protégée : même les correspondants russes les mieux informés semblaient l’ignorer. Il attribue cette étanchéité à une forme d’action collective de la communauté du renseignement en source ouverte, qui a choisi de ne pas en parler.

Une centaine d’analystes bénévoles répartis sur trois continents ont volontairement fermé leur clavier pendant trois mois. C’est de la discipline opérationnelle exercée par des civils.

Sviatohirsk, ou la mesure du mensonge

Il y a un exemple qui vaut mieux qu’une démonstration. Vladimir Poutine a récemment annoncé la prise de Sviatohirsk. Le 7 septembre, le commandant du 3e corps d’armée, le général de brigade Andrii Biletsky, se promenait dans la ville devant une caméra.

Perpetua en tire une règle de lecture : le mensonge russe est le plus épais exactement là où les forces russes reculent. Du côté des canaux militaires russes, le ton commence d’ailleurs à changer. Rybar, l’un des plus suivis, évoque désormais des « problèmes » près de Lyman et concède que les forces russes ne contrôlent même pas l’espace aérien immédiat de la ligne de front.

Quand le chef d’un État annonce une conquête et qu’un général adverse s’y promène trois jours plus tard, il ne s’agit plus de propagande. C’est une panne de renseignement.

Ce que les analystes ne s'entendent pas à dire
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Ce que les analystes ne s’entendent pas à dire

Une victoire majeure, ou un succès sans effet stratégique?

L’honnêteté impose de rapporter le désaccord, parce qu’il est net. Clément Molin y voit l’une des victoires ukrainiennes les plus importantes de 2026, qui retardera l’offensive sur le nord du Donbass. L’observateur Thorkill, qui a suivi le secteur de bout en bout, qualifie l’opération de succès à l’échelle opérationnelle et l’estime plus significative que les gains du 7e corps de réaction rapide près de Velyka Novossilka en juillet — mais conclut, dans le même texte, qu’elle ne changera rien à la situation ukrainienne sur la direction qui compte le plus en ce moment : l’agglomération de Kramatorsk.

Thorkill est aussi le plus prudent sur la chronologie : il situe la percée décisive aux 17 et 18 août, et rappelle que durant juillet et le début d’août, les attaques du 3e corps ont été repoussées par la 144e division de fusiliers motorisés russe. Il reconnaît ne pas savoir ce qui a fait basculer la situation, et note que les sources divergent : certaines évoquent un retrait russe, d’autres le nient, d’autres parlent d’unités partiellement coupées. Ce qu’il peut confirmer par imagerie satellite, ce sont les reprises de Serednié et de Zelena Dolyna.

Un analyste qui écrit noir sur blanc ce qu’il ignore vaut dix analystes qui expliquent tout.

L’opération n’est pas terminée

Le 3e corps d’armée a coupé le saillant il y a environ trois semaines, atteignant la lisière nord de Kolodiazi et piégeant un nombre indéterminé de soldats russes entre l’avant-garde ukrainienne et l’ancienne tête de pont. La plupart des encerclés semblent s’être échappés. Molin prévient qu’il reste vraisemblablement des soldats russes dans une vaste zone : les villages à l’ouest ont été nettoyés, mais pas les rideaux d’arbres.

Une deuxième attaque mécanisée a été lancée le 24 août. Le 3e corps passe toutefois vraisemblablement de l’attaque à la consolidation, avec la tâche ingrate de nettoyer une zone grise qui était un saillant russe il y a quatre mois.

Les combats continuent au nord de Lyman. Mais pour l’instant, ils continuent aux conditions ukrainiennes.

Signé : Maxime Marquette, chroniqueurLe 12 septembre 2026

Encadré de transparence du chroniqueur
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Encadré de transparence du chroniqueur

Positionnement éditorial

Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon travail consiste à décortiquer les dynamiques géopolitiques et stratégiques et à proposer une lecture critique des événements. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du reportage; je prétends à la lucidité analytique. L’auteur assume une position éditoriale de soutien à la défense ukrainienne; cette position ne modifie pas le traitement des données ni la restitution des désaccords entre analystes.

Méthodologie et sources

Cet article s’appuie sur le travail de terrain du journaliste militaire David Axe pour Euromaidan Press, et sur les publications des cartographes et analystes en source ouverte qu’il cite : Clément Molin, Thorkill, Vitaly, Andrew Perpetua, le compte AKM Mapping et Konrad Muzyka de Rochan Consulting.

Aucune de ces données n’a été confirmée par une source officielle des deux belligérants. L’état-major ukrainien n’a rien publié sur cette opération; le ministère russe de la Défense en nie l’essentiel. Les estimations de terrain repris varient de 151 à 240 km² selon les méthodes, et cette fourchette est rapportée intégralement plutôt que réduite à un chiffre unique. Les reprises de Serednié et de Zelena Dolyna sont les seules confirmées par imagerie satellite.

Nature de l’analyse

Le désaccord entre analystes sur la portée stratégique de l’opération est réel et rapporté comme tel : cet article ne tranche pas entre la lecture de Molin, qui y voit une victoire majeure, et celle de Thorkill, qui juge l’effet nul sur l’axe de Kramatorsk. La comparaison de superficie avec l’île de Montréal est une équivalence approximative fournie à titre indicatif.

Aucun gouvernement, parti politique ou organisation n’a commandé, payé, relu ou approuvé ce texte.

ANALYSE : 240 km² repris au nord de Lyman — la contre-offensive que personne n’a rapportée pendant trois mois

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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