Le paysan médiéval a une triste réputation. On l’imagine dans la boue et la peste, menant une vie courte et misérable, passée à s’incliner devant un noble qui l’observe du haut de son cheval. Une grande partie de cette image tient la route, mais la réalité est moins manichéenne. Certains aspects de leur vie quotidienne sembleraient attrayants à quiconque a déjà répondu à un e-mail professionnel un samedi soir, tandis que d’autres pousseraient un homme moderne à se précipiter à l’hôpital le plus proche. Voici 10 choses qu’ils maîtrisaient mieux que nous, et 10 choses qui étaient sans aucun doute pires.
1. Un calendrier rempli de jours de congé
Le calendrier liturgique regorgeait de jours de fête, et la plupart d’entre eux étaient synonymes d’absence de travail aux champs. L’économiste Juliet Schor a fait valoir que, à certaines époques, les paysans anglais travaillaient davantage près de 150 jours par an que les 250 que la plupart d’entre nous effectuons aujourd’hui. Ce chiffre fait l’objet de débats parmi les historiens, mais personne ne conteste que les jours fériés étaient fréquents et que les congés non rémunérés ne faisaient l’objet d’aucune négociation.
2. Un travail qui suivait le rythme des saisons
Les moissons étaient éprouvantes, et tout le monde savait qu’elles allaient arriver. L’hiver, en revanche, ralentissait la vie jusqu’à la paralyser presque complètement, les réparations et les travaux à l’intérieur occupant les courtes journées. L’année avait un rythme et une structure bien définis. La vie moderne, quant à elle, ne change pratiquement pas au fil des saisons.
3. Pas de trajet domicile-travail
Tu t’es rendu à pied jusqu’au terrain. C’était tout le trajet, qui durait quelques minutes en passant devant les maisons de gens que tu connaissais depuis toujours. Personne ne passait deux heures par jour assis dans une voiture pour se rendre à un endroit où il n’avait pas envie d’être, et personne ne déménageait pour raccourcir son trajet en voiture.
4. Droits réels sur les terres communales
Avant que le remembrement ne vienne en supprimer la majeure partie, les villageois pouvaient faire paître leurs animaux sur des pâturages communs et glaner les restes de céréales dans les champs moissonnés. Le bois de chauffage provenait du même système. Il ne s’agissait pas là de faveurs accordées par le seigneur, mais de droits coutumiers défendus devant les tribunaux seigneuriaux.
5. Tout le monde savait qui tu étais
La vie au village impliquait une surveillance constante, ce qui posait ses propres problèmes. Mais cela signifiait aussi qu’une veuve sans ressources n’était pas laissée à elle-même et qu’on veillait sur un voisin malade pendant sa convalescence. La solitude telle qu’on la connaît aujourd’hui aurait été un concept inconcevable dans un village de deux cents habitants.
6. De la bière au petit-déjeuner
La bière légère faisait partie des aliments de base quotidiens ; elle était brassée à la maison par des femmes qui en vendaient souvent le surplus. Elle était plus sûre qu’une eau de qualité douteuse et apportait de véritables calories. Les enfants en buvaient aussi, dans des versions plus légères. Personne n’avait à s’expliquer s’il en buvait une tasse à dix heures du matin.
7. Des aliments provenant d'à un demi-mile de là
La plupart des repas se composaient de pain et de potage, auxquels on ajoutait ce que le potager produisait. L’alimentation était monotone et souvent pauvre en calories, mais elle était, par définition, non transformée. Aucun de ses ingrédients n’avait parcouru quatre mille miles ni transité par une usine.
8. Lumière du jour : définir l'horaire
Les bougies coûtaient cher, si bien que la plupart des activités s’arrêtaient au coucher du soleil. L’historien Roger Ekirch a montré que les gens dormaient souvent en deux temps, se réveillant au milieu de la nuit pour profiter d’une heure de calme avant de se recoucher. Personne ne passait son temps à faire défiler son téléphone à une heure du matin par choix.
9. Des résultats visibles
On pouvait se tenir au bord d’un champ que l’on venait de labourer et constater le fruit de sa journée de travail. Le travail était éreintant, mais il n’avait rien d’abstrait. De nombreux métiers d’aujourd’hui se terminent à la fin de la semaine sans qu’on puisse montrer du doigt un résultat concret, ni savoir clairement si les choses ont avancé.
10. Moins de décisions à prendre
Les options étaient rares, ce qui signifiait que personne ne se tourmentait à l’idée d’un changement de carrière ni ne passait ses soirées à comparer les annonces de location dans des villes qu’il n’avait jamais visitées. L’absence d’options éliminait toute une catégorie d’angoisses pour lesquelles la vie moderne a dû inventer de nouveaux mots.
Voici maintenant 10 raisons pour lesquelles ils n’avaient certainement pas la vie plus facile.
1. Des enfants mouraient sans cesse
Entre un quart et un tiers des enfants n’atteignaient pas leur cinquième anniversaire, selon la région et la décennie. Les parents s’attendaient à devoir enterrer certains de leurs enfants et donnaient souvent aux suivants le prénom de ceux qui étaient décédés. C’est principalement pour cette raison que les chiffres relatifs à l’espérance de vie semblent si brutaux. Les adultes qui avaient survécu à l’enfance atteignaient souvent la soixantaine en assez bonne santé.
2. La peste a bel et bien éclaté
La peste noire a fait son apparition en Europe en 1347 et a emporté, en l’espace de quatre ans, entre un tiers et la moitié de la population. Des villages entiers se sont vidés de leurs habitants et n’ont jamais été repeuplés. On ne disposait d’aucune explication ni d’aucun traitement digne de ce nom. Elle est revenue à plusieurs reprises au cours des trois cents années qui ont suivi.
3. La famine était un fléau récurrent
La Grande Famine de 1315-1317 a fait suite à des années de pluies incessantes et a anéanti les récoltes dans toute l’Europe du Nord. Des millions de personnes ont péri, et les survivants ont consommé les semences dont ils avaient besoin pour le printemps. Un seul été désastreux suffisait à provoquer une telle catastrophe, et il n’existait aucune chaîne d’approvisionnement pour en atténuer les effets.
4. Tu appartenais légalement à quelqu'un
Les serfs ne pouvaient pas quitter le domaine ni marier leur fille sans l’autorisation du seigneur et sans s’acquitter d’une redevance. Dans certaines régions, ils ne pouvaient même pas moudre leur propre céréale. Des amendes étaient dues en cas de décès et de mariage. Partir sans autorisation faisait de vous un fugitif, et le tribunal seigneurial se mettait alors à votre recherche. Qualifier tout cela d’« emploi » serait pour le moins généreux.
5. La médecine reposait surtout sur des suppositions
Les saignées et les cataplasmes à base de plantes constituaient les remèdes habituels, le reste étant confié à la prière. Les interventions chirurgicales se pratiquaient sans anesthésie et, le plus souvent, sans grande connaissance des infections. Une plaie qu’une clinique moderne aurait nettoyée en dix minutes pouvait vous tuer lentement en trois semaines, sous les yeux de tous ceux qui vous entouraient.
6. L'accouchement était une épreuve périlleuse
Les femmes accouchaient chez elles, assistées par des sages-femmes, sans aucune possibilité d’intervention chirurgicale en cas de complication. Les estimations concernant la mortalité maternelle varient selon les régions, mais le risque augmentait à chaque grossesse. La plupart des femmes en avaient plusieurs. Perdre sa mère lors d’un accouchement était suffisamment courant pour que la plupart des villages puissent en citer plusieurs exemples, et les belles-mères apparaissent constamment dans les registres.
7. Des maisons envahies par la fumée
De nombreuses maisons paysannes étaient équipées d’un foyer central et d’un trou dans le toit à la place d’une cheminée. Respirer cet air chaque hiver causait de réels dommages aux poumons et aux yeux. Si l’on ajoute à cela un sol en terre battue et le fait que le bétail partageait les lieux pendant les mois d’hiver, la situation s’aggravait encore davantage.
8. En hiver, on mangeait le même plat pendant des mois
Une fois les réserves constituées à l’automne, on se nourrissait de ce qu’on avait jusqu’au printemps. Cela signifiait des céréales et de la viande salée si l’on avait de la chance, avec pratiquement rien de frais. Des carences nutritionnelles apparaissaient immanquablement chaque année à la même saison, et tout le monde savait à peu près quand les réserves commenceraient à s’épuiser.
9. Le passage des armées
Les paysans n’étaient pas des soldats, mais ils vivaient là où se déroulaient les guerres. Les troupes d’incursion brûlaient les récoltes et volaient le bétail délibérément, car affamer une région était une stratégie militaire légitime. Un village pouvait perdre en un après-midi le fruit d’une année entière de travail. Il n’y avait personne vers qui se tourner et rien à réclamer par la suite.
10. Poux et puces pour la vie
Les parasites constituaient un problème permanent plutôt qu’un désagrément ponctuel. On se lavait, certes, mais pas avec un produit capable d’éliminer ce qui vivait dans la literie. Les vêtements étaient en laine et rarement lavés, ce qui convenait parfaitement aux puces. Il est difficile d’imaginer ce qu’était la vie avec un tel inconfort permanent et latent quand on vit dans une maison équipée d’eau chaude.