Si vous avez grandi dans les années 1980, quelqu’un vous a sans doute déjà prévenu que vous risquiez d’abîmer vos yeux en vous asseyant trop près de la télévision. Un siècle plus tôt, les médecins s’inquiétaient tout autant des trains et des vélos. Certaines de ces craintes ont été confirmées par la recherche, tandis que d’autres ressemblent aujourd’hui à de la satire. Le même débat refait surface chaque fois qu’un nouvel appareil devient populaire, généralement sous un nom accrocheur. Voici 20 troubles de santé que les médecins attribuaient aux nouvelles technologies.
1. La colonne vertébrale ferroviaire
En 1866, John Eric Erichsen, un chirurgien londonien, a publié une série de conférences consacrées à des passagers qui, après avoir réchappé à des accidents de train sans blessure apparente, ont par la suite souffert de douleurs et d’épuisement. Il a baptisé ce syndrome « colonne vertébrale du chemin de fer » et a soutenu que le choc avait endommagé leur système nerveux, ce qui a contraint les compagnies ferroviaires à verser des indemnités pendant des années. Ses notes de cas ressemblent fortement aux descriptions modernes du syndrome de stress post-traumatique.
2. La nervosité des Américains
C’est le neurologue new-yorkais George Miller Beard qui a popularisé, en 1869, le diagnostic de « neurasthénie », un mélange vague de fatigue et d’anxiété. Dans son ouvrage intitulé American Nervousness, publié en 1881, il en attribuait la responsabilité à la vie moderne et citait notamment le télégraphe et la machine à vapeur parmi les causes. Ce diagnostic est devenu à la mode auprès des patients aisés, qui avaient les moyens de s’offrir les cures de repos qui l’accompagnaient.
3. Problèmes avec la machine à coudre
Lorsque les machines à coudre à pédale se sont répandues dans les foyers et les usines dans les années 1860, certains médecins ont tiré la sonnette d’alarme quant aux conséquences que le fait d’actionner les pédales pendant des heures pourrait avoir sur les femmes. Les plaintes allaient des maux de dos à une sorte d’excitation excessive que les auteurs médicaux de l’époque décrivaient en termes très euphémiques. La plupart des couturières ont continué à coudre, car beaucoup d’entre elles étaient payées à la pièce.
4. Visage de cycliste
L’engouement pour le vélo des années 1890 a apporté aux femmes une nouvelle forme de liberté, et quelques médecins n’ont pas tardé à proposer un nouveau diagnostic. Le « visage de cycliste » était censé être une expression tendue, rougie et crispée, provoquée par l’effort nécessaire pour garder l’équilibre. Les journaux ont répété cette mise en garde si souvent qu’elle est devenue un sujet de plaisanterie récurrent, mais les femmes ont continué à faire du vélo malgré tout.
5. Crampe du télégraphiste
Le fait de taper du code Morse toute la journée provoquait chez certains opérateurs des spasmes douloureux dans les mains et les avant-bras, au point que certains avaient du mal à tenir le manipulateur. La Grande-Bretagne l’a classée comme maladie professionnelle indemnisable en 1908. Il s’agissait d’une véritable pathologie, qui correspond étroitement à ce que nous appelons aujourd’hui une lésion due à des mouvements répétitifs.
6. Yeux carrés
Dans les années 1950 et 1960, on disait aux parents que le fait de s’asseoir près du téléviseur pouvait abîmer les yeux de leurs enfants. L’Académie américaine d’ophtalmologie affirme que ce n’est pas le cas, même si cela peut provoquer une fatigue oculaire temporaire. Il y a eu une véritable alerte en 1967, lorsque General Electric a rappelé environ 90 000 téléviseurs couleur qui laissaient échapper des rayons X.
7. Dépistages et fausses couches
Au début des années 1980, une série de fausses couches chez des employées de bureau utilisant des postes de travail informatisés a suscité l’inquiétude. On craignait alors que les écrans émettent des rayonnements nocifs. Une étude fédérale menée en 1991 auprès de plus de 2 000 standardistes, publiée dans le New England Journal of Medicine, n’a toutefois révélé aucune augmentation du risque.
8. Syndrome du bâtiment malsain
Après la crise énergétique des années 1970, de nombreux immeubles de bureaux neufs ont été rendus hermétiques afin de réaliser des économies de chauffage et de climatisation. Les employés ont commencé à se plaindre de maux de tête et de démangeaisons oculaires qui disparaissaient une fois rentrés chez eux. L’Organisation mondiale de la santé a reconnu l’existence du syndrome des bâtiments malsains dans les années 1980, la mauvaise ventilation étant généralement à l’origine du problème.
9. La « Nintendinite »
En 1990, le rhumatologue Richard Brasington a écrit au New England Journal of Medicine au sujet d’une patiente souffrant d’une douleur au pouce droit. Elle avait joué à la Nintendo pendant des heures d’affilée. Il a baptisé cette affection « nintendinite », et ce nom s’est imposé bien mieux que la plupart des termes médicaux.
10. L'épisode Pokémon
Le 16 décembre 1997, un épisode de Pokémon a été diffusé au Japon, comportant une séquence de lumières rouges et bleues clignotant rapidement. Environ 685 téléspectateurs, pour la plupart des enfants, ont été transportés à l’hôpital, beaucoup d’entre eux souffrant de convulsions ou de nausées. L’émission a été suspendue pendant quatre mois, le temps que les diffuseurs élaborent de nouvelles règles concernant les images clignotantes.
11. Syndrome lié à l'utilisation d'écrans
Passer huit heures les yeux rivés sur un écran peut entraîner une sécheresse oculaire et une vision floue à la fin de la journée de travail. L’Association américaine d’optométrie parle de « syndrome de la vision informatique » ou de « fatigue oculaire numérique ». Elle recommande généralement d’appliquer la règle du 20-20-20, qui consiste à regarder toutes les 20 minutes un objet situé à 20 pieds de distance pendant 20 secondes.
12. Le « pouce BlackBerry »
Les téléphones dotés de minuscules claviers physiques ont transformé les pouces en outils de saisie pour lesquels ils n’avaient jamais été conçus. Au milieu des années 2000, les kinésithérapeutes de la main mettaient en garde les gros utilisateurs contre les douleurs et les gonflements à la base du pouce. Les chirurgiens de la main comparaient ce phénomène aux douleurs au pouce dont souffrent les nouveaux parents lorsqu’ils portent leur bébé toute la journée.
13. Wiiite aiguë
Dans une lettre adressée en 2007 au New England Journal of Medicine, le médecin espagnol Julio Bonis a décrit le cas d’un patient souffrant d’une douleur à l’épaule. Cette douleur était due à plusieurs heures passées à jouer au tennis sur la nouvelle console Nintendo Wii. Il a qualifié cette affection de « Wiiite aiguë » ; le traitement consistait à prendre de l’ibuprofène et à faire une pause avec la console.
14. Le syndrome des vibrations fantômes
Cette sensation de vibration dans votre poche lorsque votre téléphone est posé sur votre bureau a un nom. Une étude publiée en 2010 dans le BMJ, menée auprès du personnel d’un hôpital du Massachusetts, a révélé que 68 % des personnes interrogées avaient déjà ressenti des vibrations fantômes. La plupart d’entre elles ont déclaré que cela ne les dérangeait pas beaucoup.
15. Téléphones portables et cancer du cerveau
En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer a classé les champs de radiofréquences parmi les substances potentiellement cancérigènes. Cette catégorie comprend également l’extrait d’aloe vera et les légumes au vinaigre. Une étude australienne de 2016 a révélé que les taux de cancer du cerveau dans ce pays étaient restés globalement stables entre 1982 et 2012, alors que l’utilisation du téléphone portable avait explosé.
16. Syndrome lié aux éoliennes
La pédiatre Nina Pierpont a publié à compte d’auteur en 2009 un ouvrage dans lequel elle affirmait que le fait de vivre à proximité d’éoliennes provoquait des troubles du sommeil et des palpitations cardiaques. Ses conclusions s’appuyaient sur des entretiens menés auprès de 38 personnes issues de 10 familles. Les études menées par les autorités sanitaires australiennes et canadiennes n’ont pas démontré que le bruit des éoliennes était en soi une cause de maladie.
17. Le « text neck »
Le chirurgien Kenneth Hansraj a calculé en 2014 qu’incliner la tête de 60 degrés pour regarder son téléphone exerce une force d’environ 60 livres sur le cou. Une tête maintenue droite exerce quant à elle une force d’environ 10 à 12 livres, soit à peu près le poids d’une boule de bowling. Le fait de relever le téléphone à hauteur des yeux permet d’alléger considérablement cette charge.
18. La dysmorphie liée à Snapchat
En 2018, des dermatologues de l’université de Boston ont publié un article dans la revue JAMA Facial Plastic Surgery au sujet de patients qui présentaient des selfies retouchés à des chirurgiens plasticiens et leur demandaient de leur donner l’apparence de la version modifiée. Certains souhaitaient des traits qui n’existent pas dans la réalité, comme une peau sans le moindre pore. Les auteurs ont qualifié ce phénomène de « dysmorphie Snapchat ».
19. Hypersensibilité électromagnétique
Certaines personnes se plaignent de maux de tête et de fatigue qu’elles attribuent au Wi-Fi et aux antennes-relais de téléphonie mobile. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît que ces symptômes sont réels, mais n’a trouvé aucune preuve que les champs électromagnétiques en soient la cause. Quelques personnes touchées par ce problème se sont installées à Green Bank, en Virginie-Occidentale, où la présence d’un radiotélescope permet de préserver la région de la plupart des signaux sans fil.
20. Trouble lié au jeu vidéo
Le trouble lié au jeu vidéo a été inscrit dans la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé en 2019. Le diagnostic requiert au moins 12 mois de pratique du jeu vidéo au détriment du travail et des relations personnelles. Un groupe de chercheurs dirigé par Espen Aarseth a fait valoir en 2017 que cette étiquette risquait de transformer un loisir ordinaire en diagnostic.