On nous présente généralement l’histoire à travers des dates, des guerres, des perruques poudrées et des personnages aux visages douloureusement graves sur leurs portraits. Mais derrière tout ce faste, les gens étaient tout aussi mesquins, drôles, théâtraux et susceptibles que nous le sommes aujourd’hui. Ils descendaient en flammes leurs rivaux au Parlement, dans les romans, les pièces de théâtre, les lettres, les salons, les tavernes et les dîners. Certaines insultes célèbres laissent derrière elles des traces écrites confuses, et quelques-unes survivent davantage sous forme d’anecdotes appréciées que de transcriptions irréfutables, ce qui, honnêtement, les rend encore plus humaines. Voici 20 insultes historiques qui envoient encore un peu de fumée.
1. « Toi, lettre superflue »
Traiter quelqu’un de « toi, fils de pute de Z, toi, lettre inutile » est un petit chef-d’œuvre tellement singulier qu’il n’a presque pas besoin d’être traduit. Dans Le Roi Lear, Shakespeare a donné à la lettre Z une connotation d’échec personnel, ce qui représente un niveau de mesquinerie que la plupart des discussions de groupe ne peuvent que rêver d’atteindre.
2. « Ne me cache pas le soleil »
On raconte que Diogène, alors qu’Alexandre le Grand se tenait devant lui et lui offrait toutes sortes de faveurs, ne lui demanda qu’une seule chose : « Pousse-toi. » Cette insulte est drôle, car elle traite l’un des plus grands égos de l’histoire comme une lampe mal placée.
3. « Espèce de maigrichon, espèce de peau d'elfe »
Shakespeare ne s’est pas contenté d’une seule insulte alors qu’il aurait pu en lancer douze. Dans Henri IV, 1re partie, Falstaff se fait traiter de « maigrichon », de « peau d’elfe » et de « langue de bœuf séchée », ce qui ressemble moins à une dispute qu’à quelqu’un qui décharge avec rage le contenu d’un garde-manger médiéval.
4. « Pas assez beau pour me séduire »
Le célèbre rejet initial d’Elizabeth Bennet par M. Darcy est savoureux, car il est à la fois si maîtrisé et si grossier. « Tolérable » est peut-être le mot le plus glacial de la langue anglaise lorsqu’il est prononcé par un homme riche lors d’un bal, persuadé que personne d’important ne peut l’entendre.
5. « Demain, je serai sobre »
L’échange entre Churchill et Bessie Braddock a été rapporté sous de nombreuses formes, ce qui est généralement un signe qu’il faut rester sur ses gardes. Pourtant, la formule de cette pique est restée dans les mémoires : « Vous avez peut-être raison ce soir, mais demain, c’est vous qui serez dans l’embarras. »
6. « S'il y en a un »
L’anecdote raconte que George Bernard Shaw aurait offert à Churchill des billets pour une première et lui aurait dit d’amener un ami, « si tu en as un ». La réponse que Churchill lui aurait donnée, promettant d’assister à la deuxième représentation « s’il y en a une », est une critique théâtrale à la pointe de la baïonnette.
7. « Pas d’ennemis, juste des amis qu’on n’apprécie pas »
La remarque d’Oscar Wilde selon laquelle Shaw n’avait pas d’ennemis parce qu’aucun de ses amis ne l’aimait est une cruauté raffinée enrobée de velours. Elle semble presque polie jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’elle a discrètement fait disparaître toute atmosphère de bien-être social de la pièce.
8. « Un esprit des plus faibles »
Dans La Nuit des rois, Shakespeare nous présente « une membrane pie-mère des plus fragiles », ce qui revient en gros à dire, de manière un peu sophistiquée, que le cerveau de ce personnage n’est pas vraiment le pilier de l’équipe. Cette insulte nous fait aujourd’hui sourire, car elle habille la bêtise d’un latin médical avant de la laisser tituber sur scène.
9. « Je suis tout à fait pour l'exécution »
Calvin Coolidge était surnommé « Silent Cal » ; ainsi, quand il prenait la parole, ses propos avaient généralement du poids. Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de l’exécution d’un chanteur, il aurait répondu qu’il y était tout à fait favorable, une petite phrase qui fait l’effet d’une trappe brutale.
10. « Tes principes ou ta maîtresse »
La réplique de Benjamin Disraeli sur le fait de mourir à la potence ou de mort naturelle fait partie de ces insultes politiques qui font toujours leur effet. Qu’elle ait été peaufinée au fil des répétitions ou non, la chute fonctionne parce qu’elle transforme une menace en un choix entre le principe public et le scandale privé.
11. « Il y a de quoi rester modeste »
On attribue souvent à Winston Churchill cette phrase selon laquelle Clement Attlee était « un homme modeste, qui avait de quoi l’être ». C’est le genre d’insulte qui arrive en s’habillant d’un beau costume, puis qui, sans faire de bruit, dérobe l’argenterie. Le plus drôle, c’est la douceur avec laquelle elle s’y prend, comme si elle ne faisait que tenir une conversation polie tout en balayant de la table l’ensemble du parcours professionnel de quelqu’un.
12. « De grandes émotions, de grands mots »
La querelle entre Faulkner et Hemingway avait tout d’une joute entre deux hommes brillants qui s’efforçaient de ne pas admettre qu’ils se respectaient mutuellement. Après que Faulkner eut critiqué le vocabulaire d’Hemingway, ce dernier riposta en affirmant que les grandes émotions n’avaient pas besoin de grands mots, ce qui constituait à la fois une défense et une réplique cinglante.
13. « En incluant « et » et « le » »
La pique de Mary McCarthy à l’encontre de Lillian Hellman est presque trop cinglante pour qu’on puisse y toucher : elle a déclaré que chaque mot écrit par Hellman était un mensonge, « y compris “et” et “le” ». Cette insulte est drôle car elle ne laisse même pas aux mots les plus insignifiants un recoin où se réfugier. Elle a également eu de réelles répercussions, puisque Hellman a poursuivi McCarthy pour diffamation après que cette remarque eut été diffusée dans l’émission The Dick Cavett Show.
14. « Ne jamais oublier un visage »
On attribue également à Groucho cette réplique : « Je n’oublie jamais un visage, mais dans ton cas, je ferai volontiers une exception. » C’est une réplique vive, absurde et théâtrale, le genre d’insulte qui s’accompagne presque naturellement d’un coup de tambour.
15. « Recueil de cantiques mal relié »
Oscar Wilde a un jour décrit une femme sans élégance comme lui rappelant « un livre de cantiques mal relié », une image si singulièrement vivante qu’elle devient de plus en plus drôle à mesure qu’on y réfléchit. On imagine tout de suite ce pauvre livre : guindé, rigide, et en quelque sorte recouvert d’une couche de déception.
16. « La beauté, c'est une question de pureté jusqu'au plus profond de soi »
La phrase de Dorothy Parker « La beauté n’est que superficielle, mais la laideur va jusqu’à l’os » a le claquement sec d’un fermoir de sac à main. C’est dur, cela ne fait aucun doute, mais la formulation est si impeccable qu’on pourrait presque entendre la salle marquer une pause avant d’éclater de rire.
17. « Plus de fond, moins de forme »
La phrase de Gertrude dans Hamlet — « plus de fond, moins de forme » — est l’ancêtre raffiné de l’expression « allez droit au but ». Elle n’est pas tapageuse, mais elle a cette pointe d’ironie propre à celui qui a fait preuve de patience exactement aussi longtemps que la société l’exigeait.
18. « Une soirée tout simplement merveilleuse »
La phrase de Groucho « J’ai passé une soirée absolument merveilleuse, mais ce n’était pas celle-ci » est le genre de réplique de sortie que l’on aimerait avoir sous la main lors d’une soirée ratée. Elle semble charmante jusqu’à ce que l’on en saisisse le sens, moment où toute la soirée s’effondre comme une chaise pliante bon marché.
19. « Le crâne d’un imbécile »
Shakespeare avait le don de donner à ses insultes un caractère à la fois ancien et d’une actualité déconcertante. Dans La Nuit des rois, souhaiter que Jupiter remplisse le crâne de quelqu’un de matière grise revient en substance à dire : « Que le ciel comble les lacunes. »
20. « Tolérable »
Parfois, la plus petite des insultes survit parce qu’elle sait voyager léger. « Tolérable » n’est ni un cri, ni un juron, ni une humiliation publique retentissante, mais sous la plume de Jane Austen, ce mot devient l’expression d’un homme qui sous-estime celle qui finira par bouleverser toute sa vie.