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Une géographie qui décide du destin des empires

Pour comprendre l’ampleur du danger qui se profile, il faut d’abord regarder une carte. Le détroit d’Ormuz est une langue d’eau de quelques dizaines de kilomètres de large, coincée entre la côte iranienne et la pointe de la péninsule d’Oman. Chaque jour, près de vingt millions de barils de pétrole traversent ce goulot d’étranglement. Chaque jour, des dizaines de méthaniers transportent du gaz naturel liquéfié vers l’Asie, vers l’Europe, vers les marchés mondiaux. Si ce passage venait à se fermer, même partiellement, même pendant quelques jours, les conséquences seraient immédiates et brutales. Le baril de brut pourrait dépasser les deux cents dollars en quelques heures. Les bourses asiatiques s’effondreraient à l’ouverture. Les compagnies aériennes annonceraient des pertes massives. Les ménages européens verraient leur facture énergétique exploser à l’approche de l’hiver. Et tout cela ne serait que le commencement.

L’Iran connaît parfaitement cette équation. Depuis des décennies, Téhéran utilise la menace de fermeture comme une arme dissuasive, comme un levier dans toutes les négociations diplomatiques. Mais jusqu’à présent, jamais le régime n’avait été acculé au point d’envisager sérieusement le passage à l’acte. Aujourd’hui, la situation est différente. Les sanctions américaines ont étranglé l’économie iranienne au-delà du supportable. L’inflation dépasse les quatre-vingts pour cent dans certaines provinces. Le rial s’effondre. La jeunesse iranienne descend dans les rues, mais le pouvoir tient encore, durci, paranoïaque, prêt à tout pour survivre. Quand un régime n’a plus rien à perdre, il devient extraordinairement dangereux. Et c’est précisément cette équation que Donald Trump refuse de comprendre, persuadé que l’écrasement économique mène toujours à la capitulation politique. L’histoire récente, de Cuba à la Corée du Nord en passant par le Venezuela, démontre exactement l’inverse. Mais l’histoire n’intéresse pas le président. Seule l’intéresse la victoire immédiate, la photo gagnante, la phrase qui frappe.

Les généraux qui ne décrochent plus le téléphone

Dans les couloirs du Pentagone, quelque chose s’est brisé ces dernières semaines. Plusieurs hauts gradés, selon des fuites parvenues dans la presse spécialisée, refusent désormais de signer certaines ordres opérationnels considérés comme trop risqués. D’autres demandent des contre-signatures juridiques avant tout déploiement supplémentaire dans le Golfe. La défiance n’est plus murmurée dans les bureaux fermés, elle s’écrit noir sur blanc dans des mémorandums internes. Le secrétaire à la Défense, nommé sur des critères de loyauté plutôt que de compétence, perd progressivement le contrôle de sa propre hiérarchie. Cette fracture interne, inédite depuis la guerre du Vietnam, traduit une réalité simple : les militaires américains comprennent qu’on les pousse vers un conflit dont les paramètres n’ont pas été pensés sérieusement, et dont les conséquences excèdent largement les capacités d’absorption de l’armée la plus puissante du monde.

Les analystes du renseignement militaire ont produit, en mars dernier, un rapport classé secret défense dont les contours ont fuité dans la presse anglo-saxonne. Le document, d’une centaine de pages, modélise différents scénarios de confrontation avec l’Iran. Aucun de ces scénarios ne se termine bien pour les États-Unis. Tous prédisent une déstabilisation régionale durable, une explosion des prix de l’énergie, une multiplication des attaques asymétriques contre les bases américaines, et une fragilisation profonde des alliances occidentales. Le rapport conclut que la doctrine de la pression maximale a échoué et qu’une désescalade rapide est nécessaire. Le président, informé des conclusions, aurait jeté le document sur son bureau en qualifiant ses auteurs de défaitistes. Voilà où nous en sommes. Voilà comment se prennent désormais les décisions qui engagent la vie de millions de personnes.

Il y a quelque chose de presque insoutenable à observer ce moment. Une lucidité partagée par presque tous, sauf par celui qui tient le détonateur. Une lucidité impuissante, étouffée, écartée d’un revers de main. Je pense aux familles de soldats déployés dans le Golfe. Je pense aux opérateurs des plateformes pétrolières. Je pense aux pêcheurs omanais. Tous prisonniers d’une décision qu’aucun d’eux n’aura prise.

 

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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