On enseigne souvent la science comme un chemin tout tracé, de la question à la réponse, mais ce n’est presque jamais ainsi que les choses se passent dans la réalité. L’histoire véritable des découvertes est parsemée d’échantillons contaminés, de données mal interprétées, d’expériences ratées et d’idées erronées auxquelles on s’accrochait obstinément, mais qui, d’une manière ou d’une autre, ont fini par mener aux bonnes conclusions. Les chercheurs qui ont commis ces erreurs n’étaient ni négligents ni incompétents. La plupart d’entre eux faisaient exactement ce que font les scientifiques, et quelque chose a déraillé d’une manière qui s’est avérée d’une importance capitale. Voici 20 exemples où se tromper a mené à quelque chose de bien plus intéressant que si l’on avait vu juste.
1. La pénicilline
En 1928, Alexander Fleming a laissé une boîte de Pétri contenant des bactéries staphylococciques à l’air libre avant de partir en vacances ; à son retour, une moisissure avait contaminé la boîte et détruit tout ce qui s’y trouvait. Il s’agissait de Penicillium notatum, et c’est ainsi que l’ère des antibiotiques a commencé, simplement parce qu’un scientifique avait oublié de ranger avant de partir en vacances.
2. Radiographies
En 1895, Wilhelm Röntgen remarqua qu’un écran fluorescent situé à l’autre bout de la pièce brillait, alors même que son appareil à rayons cathodiques était entièrement blindé. Ce qui traversait ce blindage s’avéra être un rayonnement électromagnétique qui allait devenir l’un des outils diagnostiques les plus essentiels de la médecine.
3. Radioactivité
Henri Becquerel avait laissé des sels d’uranium sur une plaque photographique dans un tiroir après que le temps nuageux eut contrarié l’expérience qu’il avait prévue à la lumière du soleil ; lorsqu’il développa la plaque malgré tout, il découvrit une image très nette que l’uranium avait produite de lui-même. C’est parce que la météo n’était pas de la partie que l’étude de la radioactivité a vu le jour.
4. Caoutchouc vulcanisé
En 1839, Charles Goodyear a versé un mélange de caoutchouc et de soufre sur une cuisinière chaude et a constaté que le résultat était solide, souple et résistant à la chaleur, contrairement au caoutchouc naturel. Il cherchait à obtenir ce résultat depuis des années, et la réponse lui est venue par hasard, sur une cuisinière chaude.
5. Le four à micro-ondes
En 1945, chez Raytheon, Percy Spencer remarqua qu’une barre chocolatée dans sa poche avait fondu alors qu’il se tenait près d’un magnétron en marche. Loin de s’en irriter, il se mit à faire des expériences avec d’autres aliments. En l’espace de quelques années, cette barre chocolatée fondue allait devenir l’un des appareils électroménagers les plus courants au monde.
6. Téflon
En 1938, chez DuPont, Roy Plunkett a ouvert un récipient qui semblait vide et a découvert que le tétrafluoroéthylène s’était polymérisé en un solide cireux qu’il n’avait pas cherché à fabriquer. Ce solide est devenu le Téflon, que l’on retrouve aujourd’hui partout, des engins spatiaux aux poêles antiadhésives.
7. Saccharine
En 1879, Constantin Fahlberg s’est mis à table sans s’être lavé les mains après avoir manipulé des dérivés du goudron de houille, et il a remarqué que tout ce qu’il touchait avait un goût inhabituellement sucré. Il est retourné au laboratoire le soir même pour identifier le composé responsable, et c’est ainsi qu’il a découvert la saccharine, le premier édulcorant artificiel.
8. Le protoxyde d'azote comme anesthésique
À la fin du XVIIIe siècle, Humphry Davy suggéra que l’oxyde nitreux pourrait être utile en chirurgie, car il semblait éliminer la douleur, mais cette observation fut ignorée pendant des décennies, tandis que ce gaz devenait un divertissement très prisé lors des fêtes. Horace Wells assista à l’une de ces démonstrations en 1844, vit quelqu’un se blesser sans rien ressentir et fut finalement à l’origine de l’introduction de l’anesthésie dans la pratique clinique.
9. Le LSD et la recherche sur les psychédéliques
En 1943, Albert Hofmann a accidentellement ingéré une infime quantité d’un composé d’acide lysergique aux Laboratoires Sandoz, et les effets ressentis lors de son retour à vélo l’ont incité à mener des recherches de manière délibérée dès le lendemain. Le LSD est devenu un outil de recherche psychiatrique majeur et connaît aujourd’hui un regain d’intérêt clinique important dans le traitement de la dépression et des addictions.
10. Rayonnement fossile de fond
En 1964, Arno Penzias et Robert Wilson ont passé des mois à tenter d’éliminer un sifflement persistant provenant d’une antenne des Bell Labs, allant jusqu’à chasser les pigeons de la parabole, avant de se rendre compte que ce bruit ne provenait pas de l’équipement. Il s’agissait en fait de la rémanence thermique du Big Bang, et c’est cette tentative infructueuse de dépannage qui leur a valu le prix Nobel de physique.
11. Warfarine
Dans les années 1920, dans le nord des États-Unis, des bovins mouraient d’hémorragies incontrôlables provoquées par la consommation de foin de mélilot fermenté, et l’équipe de Karl Link a passé des années à isoler le composé responsable. La version synthétique de ce composé est devenue la warfarine, l’un des anticoagulants les plus prescrits de l’histoire.
12. L'iproniazide et les antidépresseurs
L’iproniazide était un médicament antituberculeux dont les patients semblaient toujours exceptionnellement joyeux et pleins d’énergie, même lorsque la maladie elle-même ne s’améliorait pas. Cette observation en a fait l’un des premiers antidépresseurs et a donné naissance à toute la classe des inhibiteurs de la monoamine oxydase.
13. Minoxidil
Le minoxidil a été mis au point dans les années 1960 comme médicament oral contre l’hypertension artérielle, et les patients n’ont cessé de signaler que leurs cheveux repoussaient là où ils avaient cessé de pousser. Ce médicament cardiovasculaire a trouvé une seconde vie en tant que traitement topique contre la chute des cheveux et est commercialisé sous le nom de Rogaine depuis 1988.
14. Sildénafil
À la fin des années 1980, Pfizer a étudié le sildénafil comme traitement contre l’angine de poitrine et a constaté qu’il n’était pas particulièrement efficace ; cependant, les participants masculins se sont montrés particulièrement réticents à rendre leurs comprimés non utilisés. Les chercheurs ont approfondi cette question, et c’est ainsi que le Viagra est né d’un essai cardiovasculaire qui s’était soldé par un échec.
15. Silly Putty
Pendant la Seconde Guerre mondiale, James Wright a mis au point chez General Electric un composé élastique et extensible alors qu’il tentait de développer du caoutchouc synthétique, mais ce produit s’est avéré inutilisable pour cet usage. Il est resté inutilisé pendant des années jusqu’à ce qu’un spécialiste du marketing, Peter Hodgson, le conditionne dans des œufs en plastique et en fasse l’un des jouets les plus emblématiques du siècle.
16. Verre de sécurité
En 1903, Édouard Bénédictus fit tomber un flacon en verre dans son laboratoire parisien et constata qu’il conservait sa forme au lieu de se briser, car une solution de nitrate de cellulose s’était séchée et recouvrait l’intérieur. Il fit plus tard le lien entre ce souvenir et les rapports faisant état de blessures causées par les pare-brise lors d’accidents de voiture, et c’est à partir de ce simple flacon tombé qu’il mit au point le verre feuilleté de sécurité.
17. Cisplatine
Au cours de ses expériences sur les champs électriques menées dans les années 1960, Barnett Rosenberg remarqua que les bactéries avaient cessé de se diviser ; il attribua d’abord ce phénomène au courant électrique, alors qu’il s’agissait en réalité d’un composé de platine qui se dissolvait sur ses électrodes. La correction de cette erreur d’interprétation a directement conduit à la découverte du cisplatine, qui reste aujourd’hui l’un des médicaments de chimiothérapie les plus importants.
18. Velcro
En 1941, George de Mestral est rentré d’une randonnée couvert de graines de bardane ; après en avoir observé une au microscope, il a découvert de minuscules crochets qui s’accrochaient aux boucles du tissu et de la fourrure. Il a passé des années à mettre au point une version artificielle de ce mécanisme, et depuis, le Velcro sert à fixer des objets les uns aux autres.
19. La chlorpromazine et les médicaments antipsychotiques
La chlorpromazine était un antihistaminique utilisé en préopératoire jusqu’à ce que le chirurgien Henri Laborit remarque que les patients à qui on l’administrait faisaient preuve d’une indifférence inhabituelle envers leur environnement et suggère de l’essayer en psychiatrie. Testée sur des patients atteints de psychoses graves à Paris en 1952, elle est devenue le premier médicament antipsychotique efficace et a révolutionné les soins psychiatriques.
20. Le stimulateur cardiaque
En 1956, alors qu’il construisait un enregistreur de sons cardiaques, Wilson Greatbatch a utilisé la mauvaise résistance, ce qui a conduit le circuit à produire une impulsion électrique rythmique au lieu d’enregistrer quoi que ce soit. Il a remarqué que ce schéma ressemblait au rythme cardiaque humain et a passé les deux années suivantes à transformer cette erreur de montage en un stimulateur cardiaque implantable.