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L’économiste qui a vu deux crises de l’intérieur

Mark Carney n’est pas un politicien classique. Né à Fort Smith dans les Territoires du Nord-Ouest en 1965, formé à Harvard puis Oxford, il a passé treize ans chez Goldman Sachs avant de devenir gouverneur de la Banque du Canada en 2008 — au moment exact où Lehman Brothers s’effondrait. Il a piloté la réponse canadienne à la crise financière, puis a été recruté en 2013 par David Cameron pour diriger la Banque d’Angleterre, premier non-Britannique à occuper ce poste. Il y est resté jusqu’en 2020, traversant le Brexit avec une froideur de chirurgien. Quand il est devenu chef du Parti libéral du Canada le 9 mars 2025, puis premier ministre cinq jours plus tard, il avait derrière lui trois décennies de négociations face à des hommes habitués à imposer leur tempo.

Cette trajectoire change tout. Carney n’a pas appris la diplomatie dans les manuels du Quai d’Orsay ou du Foreign Office. Il l’a apprise dans les salles des marchés, où celui qui montre sa main perd, où celui qui s’excuse paie, où celui qui menace doit pouvoir exécuter. Quand Trump impose en mars 2025 des tarifs de 25 % sur l’acier et l’aluminium canadiens, Carney ne pleure pas. Il réplique avec des contre-tarifs ciblés sur les produits américains exportés depuis les États-clés du collège électoral républicain. Bourbon du Kentucky. Motos Harley-Davidson. Jus d’orange de Floride. Le message n’est pas envoyé à Trump. Il est envoyé aux sénateurs et gouverneurs qui peuvent faire pression sur Trump. C’est de la diplomatie de banquier central appliquée à la politique étrangère.

Trois décennies à lire les chiffres sans cligner. Et soudain, un homme qui sait que Trump est une variable, pas un destin.

La rupture du paradigme libéral

Pendant des décennies, le Parti libéral du Canada a vendu la même histoire : le Canada est l’ami fiable des États-Unis, le partenaire raisonnable, le voisin qui adoucit les angles. Cette histoire a fonctionné de Pearson à Trudeau père, de Chrétien à Trudeau fils. Elle est morte le 4 mars 2025, quand Trump a signé les tarifs sans même prévenir Ottawa. Carney l’a actée publiquement le 27 mars 2025 par cette phrase devenue historique : « L’ancienne relation que nous avions avec les États-Unis, basée sur une intégration croissante de nos économies et une coopération étroite en matière de sécurité et militaire, est terminée. » Aucun premier ministre canadien n’avait prononcé ces mots depuis 1812.

La rupture n’est pas rhétorique. Carney a immédiatement ouvert des négociations commerciales avec l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon. Il a annoncé un plan de réarmement à 30,9 milliards de dollars canadiens pour atteindre 2 % du PIB en défense dès 2025, cinq ans avant l’échéance initialement prévue. Il a réorienté les chaînes d’approvisionnement énergétique vers l’Europe et l’Asie. Chaque décision dit la même chose : si Washington devient imprévisible, Ottawa diversifie. Ce n’est pas de l’antiaméricanisme. C’est de la souveraineté redécouverte par contrainte. Et Trump, qui s’attendait à un Canada docile mendiant des exemptions tarifaires, s’est retrouvé devant un partenaire qui négocie d’autres portes pendant qu’il claque la sienne.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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