Introduction et méthodologie de l’analyse

Une récente revue systématique pilotée par un chercheur montréalais indique que la majorité des personnes âgées consommant des suppléments de calcium ou de vitamine D dans le but de réduire leur risque de fractures n’en retireraient probablement aucun bénéfice. Les conclusions de cette étude suggèrent que l’utilisation préventive de ces produits devrait faire l’objet d’une discussion systématique avec un professionnel de la santé.
Pour formuler ces observations, l’équipe de recherche a procédé à l’analyse rigoureuse de soixante-neuf essais contrôlés randomisés. Ce vaste corpus a permis de regrouper un peu plus de 153 000 participants. L’objectif scientifique de la démarche consistait à évaluer l’impact réel des compléments alimentaires à base de calcium, de vitamine D, ou d’une association de ces deux substances, sur la réduction du nombre de fractures et de chutes. Ces données ont été systématiquement comparées aux résultats obtenus avec un placebo ou à l’absence totale de traitement.
Absence de bénéfices significatifs pour la population générale

L’analyse des réductions du risque absolu et des seuils considérés comme cliniquement significatifs a conduit les scientifiques à un constat clair. Les auteurs de l’étude écrivent que « cette étude n’a mis en évidence que peu ou pas d’effets bénéfiques liés à la prise de suppléments de calcium, de vitamine D ou d’une combinaison des deux sur la prévention des fractures et des chutes ». Face à ces observations, les chercheurs poursuivent en affirmant que ces résultats « ne justifient pas la prise systématique de suppléments de calcium, de vitamine D ou d’une combinaison des deux pour prévenir les fractures ou les chutes ».
Le pharmacien Olivier Massé, rattaché à l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôpital du Sacré-Cœur, confirme cette dynamique observée en milieu clinique. « Il y a plein d’indications valides de prendre (ces suppléments), mais il y a aussi plein de patients qui les prennent sans grande raison », a dit M. Massé. Il précise que pour une part importante de la patientèle, « outre qu’ils se sont fait dire une fois qu’il fallait absolument prendre de la vitamine D et du calcium, ils n’ont pas d’indications très claires ».
Exceptions cliniques et contre-indications spécifiques

Les conclusions de cette revue systématique comportent toutefois des limites précises quant aux profils des patients concernés. Les chercheurs préviennent que « ces résultats ne sont peut-être pas généralisables aux personnes atteintes de troubles osseux spécifiques, ni à celles qui suivent un traitement médicamenteux contre l’ostéoporose ou qui prennent des corticostéroïdes à long terme ». Ces exceptions englobent également les personnes recevant une supplémentation en raison de maladies endocriniennes précises ou à la suite d’une chirurgie bariatrique.
Olivier Massé insiste sur l’importance de maintenir les prescriptions lorsque la condition médicale l’exige. « En effet », a dit M. Massé, « le message clé, ce n’est pas que tout le monde qui prend du calcium ou de la vitamine D maintenant devrait nécessairement arrêter ». Il souligne la pertinence des traitements ciblés : « Donc, il y a encore plein de bonnes raisons de prendre du calcium et de la vitamine D », a-t-il affirmé, avant de résumer l’apport de l’étude : « Nous, ce qu’on vient de démontrer, c’est que pour monsieur et madame tout-le-monde, peut-être que ce n’est pas si utile que ça de prescrire une supplémentation chez une population adulte. »
Effets indésirables et appel à la réévaluation des recommandations

Au-delà de l’efficacité préventive remise en question, l’équipe de recherche souligne que la consommation de ces suppléments engendre des effets secondaires non négligeables. Les auteurs de l’étude rappellent « que les compléments alimentaires à base de calcium sont souvent difficiles à avaler et mal tolérés chez les personnes âgées, provoquant fréquemment des effets indésirables gastro-intestinaux tels que la constipation, des ballonnements, des douleurs abdominales ou des crampes ».
S’appuyant sur l’ensemble de ces données probantes, les scientifiques invitent formellement les cliniciens, les groupes d’experts chargés de l’élaboration des recommandations et les organismes de réglementation à « réévaluer leurs recommandations générales concernant la supplémentation en calcium et en vitamine D à la lumière des données actuelles ». Cette démarche vise à actualiser les standards de pratique médicale en fonction des connaissances les plus récentes.
Implications sur les prescriptions et alternatives démontrées

L’enjeu financier et administratif lié à ces prescriptions demeure important au sein du système de santé. La vitamine D se classe d’ailleurs parmi les dix produits générant le plus de réclamations annuelles auprès de la RAMQ. « On est toujours en faveur d’un processus de décision partagé », a dit M. Massé. Il recommande aux patients d’initier un dialogue : « Donc, surtout si les patients ont eu une prescription de calcium vitamine D, ça serait une très bonne idée de requestionner leurs professionnels de la santé à savoir si c’est toujours pertinent de continuer ou non. » Il a conclu que pour les patients présentant un faible risque et ne justifiant d’aucune indication médicale spécifique, « la supplémentation de calcium et de vitamine D ne semble pas diminuer les fractures et les chutes ».
Dans l’optique de proposer des solutions de prévention efficaces, les auteurs de l’étude orientent les praticiens et les patients vers des alternatives validées cliniquement. Ils rappellent que seuls les traitements médicamenteux spécifiques et l’activité physique ont démontré une certaine efficacité pour réduire le risque de fractures. En matière d’exercice physique, ils précisent que ce sont plus spécifiquement les activités axées sur l’équilibre ou la résistance qui offrent des résultats tangibles.
Selon la source : lenouvelliste.ca
Suppléments de calcium et de vitamine D : une revue systématique remet en question leur utilité pour prévenir les fractures
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