Skip to content

Une mémoire qu’on avait enterrée trop vite

L’idée que la gauche américaine serait par nature hostile à la religion est une fiction relativement récente, fabriquée dans les années 1980 par les stratèges de la Religious Right et amplifiée pendant les présidences de Ronald Reagan et George W. Bush. Mais l’histoire réelle est totalement différente. Le mouvement abolitionniste, qui a mené à l’abolition de l’esclavage, était profondément religieux dans son inspiration. Les Quakers, les méthodistes, certains baptistes ont joué un rôle absolument central dans cette mobilisation. Le mouvement des droits civiques des années 1950 et 1960, mené par des pasteurs comme Martin Luther King Jr., Ralph Abernathy, Fred Shuttlesworth, est né dans les églises noires du Sud. Le Social Gospel, ce mouvement chrétien progressiste de la fin du XIXe siècle, a inspiré une grande partie des réformes du New Deal sous Franklin Roosevelt. Les syndicats catholiques, les travailleurs juifs engagés dans les luttes ouvrières, les protestants libéraux qui ont soutenu la lutte contre la pauvreté, tous ces acteurs religieux progressistes ont façonné l’Amérique moderne au moins autant que la droite religieuse. Cette mémoire-là avait été effacée, marginalisée, ridiculisée. Et c’est cette mémoire que des candidats comme James Talarico au Texas, le sénateur Raphael Warnock en Géorgie, le gouverneur Josh Shapiro en Pennsylvanie ou le gouverneur Andy Beshear au Kentucky sont en train de réactiver. Ils ne créent pas quelque chose de nouveau. Ils redécouvrent quelque chose d’ancien. Ils renouent avec une tradition qui a toujours existé, mais qu’on avait laissée dormir trop longtemps.

Quand James Talarico cite l’évangile pour parler de justice

James Talarico, séminariste presbytérien et candidat démocrate au Sénat du Texas, incarne plus que quiconque ce renouveau. Sa rhétorique politique est imprégnée de références bibliques, mais des références qui dérangent profondément la droite religieuse. Il cite Jésus chassant les marchands du temple. Il rappelle le commandement d’aimer son prochain. Il évoque le devoir d’accueil de l’étranger, la défense des veuves et des orphelins, la dénonciation de l’idolâtrie de l’argent. Toutes ces références sont des références chrétiennes profondément traditionnelles, mais lorsqu’elles sont prononcées par un démocrate, elles deviennent subversives. Parce qu’elles révèlent un mensonge fondamental de la droite religieuse américaine : l’évangile n’a jamais été un manifeste pour la baisse d’impôts des plus riches, le démantèlement des protections sociales, ou la stigmatisation des minorités. Talarico fait face à Ken Paxton, le procureur général républicain du Texas, dont la carrière personnelle est pourtant marquée par de multiples scandales éthiques et juridiques. Paxton attaque Talarico sur les questions trans, sur sa théologie qu’il qualifie de « fausse », sur son prétendu progressisme déguisé. Mais l’image est devenue presque caricaturale : un homme accusé de corruption multiple qui donne des leçons de moralité à un séminariste. Et les électeurs texans, même les plus conservateurs, commencent à voir ce contraste avec lucidité.

Cette image de Talarico face à Paxton, je ne peux pas m’empêcher d’y penser comme à une scène quasi biblique. D’un côté, le jeune homme qui étudie les textes sacrés, qui parle de justice, qui veut servir. De l’autre, l’homme de pouvoir entaché de scandales, qui invoque la morale pour préserver sa position. C’est tellement archétypal que ça en devient presque suspect. Mais c’est la réalité. Et je trouve ça touchant, et un peu effrayant aussi. Parce que je me demande, est-ce que les électeurs vont vraiment voir cette différence? Est-ce que la machine médiatique conservatrice ne va pas réussir, encore une fois, à brouiller les pistes, à faire passer le séminariste pour un dangereux gauchiste et le politicien corrompu pour un défenseur des valeurs? On a vu ça tant de fois. La capacité de la droite américaine à inverser le récit, à transformer les victimes en coupables et les exploiteurs en sauveurs, est proprement phénoménale. Et pourtant, là, quelque chose me dit que ça va être différent. Que les Américains, fatigués par dix ans de chaos, fatigués par les promesses non tenues, fatigués par l’hypocrisie omniprésente, sont peut-être prêts à entendre une autre voix. Une voix qui parle de morale sans cynisme. Une voix qui parle de foi sans manipulation. Une voix qui propose une vision plus large que la guerre culturelle perpétuelle. Si Talarico gagne au Texas, et c’est un grand « si » évidemment, ce sera plus qu’une victoire électorale. Ce sera un symptôme. Le symptôme qu’une page se tourne, lentement, douloureusement, mais réellement.

Sources

Alex Henderson, « Democrats are making an old GOP line of attack their own — and it’s working », AlterNet, 10 juin 2026. E.J. Dionne Jr., tribune dans le New York Times, juin 2026. Reportages sur les campagnes de James Talarico (Texas), Raphael Warnock et Jon Ossoff (Géorgie), Josh Shapiro (Pennsylvanie), Andy Beshear (Kentucky).

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Newest
Oldest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
Plus de contenu