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Une nouvelle approche de la perception du temps

credit : saviezvousque.net (image IA)

Lorsque l’on tente d’écraser une mouche, l’insecte s’échappe bien souvent avant même que la main ne l’atteigne, donnant l’impression que notre mouvement le plus vif est à peine perçu. Pour expliquer ce phénomène, une idée simple a longtemps prévalu : certains animaux fonctionneraient sur une horloge interne plus rapide que la nôtre, capturant davantage d’images de leur environnement à chaque seconde.

Pourtant, cette explication séduisante masquerait une réalité bien plus complexe. Pendant des décennies, les scientifiques se sont appuyés sur une mesure unique pour comparer la perception du temps chez les animaux : la fréquence de fusion critique du papillotement, soit la vitesse à laquelle une lumière clignotante se brouille pour former une lueur continue. Ce seuil est ainsi devenu la norme de référence dans le domaine.

Cependant, une nouvelle étude scientifique affirme que cette mesure ne capture qu’une fraction infime du traitement visuel et a discrètement induit les chercheurs en erreur pendant des années. Ishan Singhal, chercheur postdoctoral à l’Université du Sussex, et ses collègues proposent une approche plus vaste qu’ils nomment le « paysage temporel », définissant la manière dont les perceptions d’une créature sont assemblées et actualisées au fur et à mesure que le monde évolue.

Les cinq dimensions mesurables du paysage temporel

L’équipe d’Ishan Singhal divise ce paysage temporel en cinq éléments distincts et mesurables, fonctionnant comme autant de fenêtres qu’il est possible de tester en laboratoire. La première de ces fenêtres observe la manière dont un animal relie des éléments visuels et sonores séparés pour en faire un instant unique, tandis qu’une deuxième mesure la rapidité avec laquelle une nouvelle information écrase celle qui la précédait l’instant d’avant.

Le troisième critère évalue la durée pendant laquelle l’attention reste fixée sur un objet précis. La quatrième fenêtre, quant à elle, s’intéresse à la persistance d’une image dans l’esprit de l’animal après que l’objet lui-même a disparu de son champ de vision.

Enfin, le dernier paramètre chronomètre combien de temps une perception se maintient avant que le cerveau ne l’échange contre la suivante. Selon les chercheurs, les différentes espèces affichent des durées extrêmement variables pour chacune de ces fenêtres. Cette variation démontre que les animaux ne se contentent pas de voir plus vite ou plus lentement, mais qu’ils organisent le flux brut de l’expérience selon des schémas fondamentalement différents.

Reconstituer les informations manquantes : l’exemple des sons

credit : saviezvousque.net (image IA)

L’une de ces fenêtres perceptives a pu être mise en évidence grâce à une expérience sonore astucieuse impliquant des écureuils et des étourneaux. Les scientifiques ont diffusé à ces animaux des enregistrements de cris propres à leur espèce, en y insérant des salves de grésillements au beau milieu des appels.

Contre toute attente, les animaux ont réagi comme si les parasites sonores n’existaient pas, répondant à l’appel de manière naturelle. Leur système auditif semble capable de combler les lacunes, de la même façon qu’un être humain parvient à reconstituer un mot masqué par une toux soudaine au cours d’une conversation.

Toutefois, cette capacité de reconstitution possède ses limites. Si la durée du grésillement dépasse un certain seuil, l’effet d’illusion se brise. Ce point de rupture intervient beaucoup plus tôt chez les oiseaux et les écureuils que chez les humains, ce qui indique précisément aux chercheurs combien de temps une perception reste modifiable avant de se figer définitivement.

Illusions d’optique et tromperies visuelles inter-espèces

credit : saviezvousque.net (image IA)

Les illusions d’optique constituent également des outils redoutables pour comprendre ces mécanismes. Lorsqu’un flash apparaît à côté d’un objet en mouvement, l’œil humain perçoit ce flash comme s’il traînait à l’arrière, même si les deux éléments se trouvent au même endroit. D’autres animaux tombent dans le même piège visuel, mais le flash fantôme n’apparaît pas à la même position pour eux, et des différences existent même entre les souris et les humains quant à la perception d’un mouvement fluide à partir d’images fixes.

Le cas du paon illustre parfaitement ces astuces temporelles. Lorsqu’un mâle déploie ses plumes et les fait frissonner lors de sa parade, les ocelles scintillants semblent flotter devant le reste de la traîne, comme détachés des plumes qui les portent. Il s’agit en réalité d’une illusion de profondeur uniquement basée sur la synchronisation et le temps.

Face à ces découvertes, l’ancien critère d’évaluation montre ses limites. Une revue scientifique portant sur la mesure du papillotement a souligné à quel point ce chiffre unique pouvait être trompeur. Savoir qu’un coléoptère enregistre jusqu’à environ 500 flashs par seconde contre une soixantaine pour l’humain ne permettait pas de comprendre les profondes différences sous-jacentes dans la construction de leur vision du monde.

Des implications vitales pour la cohabitation avec la faune

credit : saviezvousque.net (image IA)

Les retombées de cette étude dépassent largement le cadre strict de la biologie fondamentale. Comprendre comment un oiseau perçoit les mouvements rapides pourrait transformer la façon dont nous implantons les éoliennes. En effet, la rotation rapide des pales peut devenir presque invisible pour certaines espèces, provoquant de nombreuses collisions mortelles.

Cette même logique s’applique partout où la faune et les machines humaines se partagent un territoire. La fenêtre d’attention ou la persistance visuelle d’une créature détermine ce qu’elle est capable d’esquiver ou de poursuivre. Or, jusqu’à présent, les ingénieurs et les concepteurs disposaient de très peu de données de ce type pour adapter leurs infrastructures aux capacités réelles des animaux.

Pour la toute première fois, les chercheurs possèdent une méthode structurée pour mesurer et comparer la manière dont les différents animaux vivent le temps. Comme l’indiquent les travaux publiés dans la revue Trends in Cognitive Sciences, l’univers dans lequel évolue un étourneau, seconde après seconde, est désormais un territoire qu’il est possible de cartographier avec précision.

Selon la source : earth.com

Les animaux pourraient percevoir le temps différemment des humains

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