Skip to content

Vingt ans d’autocensure stratégique

Pour saisir l’importance de l’avertissement du 24 juin 2026, il faut rappeler l’histoire de la politique européenne sur Taïwan. Pendant plus de vingt ans, l’Union européenne et ses États membres ont scrupuleusement évité tout ce qui pourrait être interprété comme un soutien à l’indépendance taïwanaise ou comme une critique directe des intentions chinoises. Le principe d’«une seule Chine» — que l’UE reconnaît officiellement — a servi de paravent commode pour ne pas avoir à prendre position.

Cette position reposait sur un calcul économique rationnel : la Chine est le premier ou deuxième partenaire commercial de la plupart des États membres européens. Les punitions économiques de Pékin contre ses critiques — comme la Lituanie en 2021 après qu’elle ait autorisé l’ouverture d’un bureau de représentation taïwanais — ont rappelé à chacun le prix à payer. Résultat : une autocensure collective, un évitement systématique du sujet, un faux-semblant d’«engagement constructif» qui permettait à chacun de préserver ses exportations automobiles et son accès au marché chinois.

Le tournant ukrainien et ses implications

L’invasion russe de 2022 a modifié profondément le calcul politique européen. Elle a démontré deux choses essentielles : premièrement, que l’engagement économique avec un régime autoritaire n’empêche pas l’agression — l’Allemagne achetait massivement du gaz russe le jour où les chars de Poutine ont franchi la frontière ukrainienne. Deuxièmement, que le silence face à des signaux d’alarme préalables encourage l’aggresseur. L’Europe a commencé, lentement, à recalibrer sa politique vis-à-vis des régimes autoritaires.

Ce recalibrage s’est d’abord traduit par des déclarations du Parlement européen, puis par des visites de parlementaires à Taipei, puis par des formulations de plus en plus explicites dans les documents stratégiques de l’UE. La déclaration collective du 24 juin 2026 représente un nouvel échelon dans cette évolution. Elle n’est pas arrivée du ciel : elle est le produit d’un changement d’état d’esprit qui a pris quatre ans à se cristalliser.


Je regarde cette évolution européenne avec une mélange d’impatience et de respect. D’impatience parce que cela aurait dû venir bien plus tôt. De respect parce que changer les convictions de vingt-sept gouvernements aux intérêts divergents est un exercice démocratique réellement difficile. L’Europe n’est pas un État. C’est un processus. Et parfois ce processus produit quelque chose de bien, même avec du retard.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Nouveaux
Anciens Les plus votés
Plus de contenu