ÉDITORIAL : La Chine entraîne secrètement des soldats russes en guerre NRBC — l’Occident doit réagir
Un décret signé par Belousov en août 2025
Selon les sources de Reuters — deux officiels européens et des documents examinés par l’agence — la formation s’appuyait sur un accord bilatéral signé le 2 juillet 2025, dont les signataires russes et chinois étaient respectivement le major général Rustam Khusainov et le colonel supérieur chinois Sun Dayun. Cet accord prévoyait des formations dans les deux sens — des militaires russes en Chine et des militaires chinois en Russie — avec une clause explicite interdisant toute couverture médiatique dans les deux pays et toute divulgation à des tiers. La volonté de clandestinité est donc inscrite dans le texte même de l’accord. Ce n’est pas un partenariat militaire dont on revendique la paternité.
La formation de novembre 2025 à Pékin était supervisée par deux figures de haut rang : côté russe, le colonel général Rustam Muradov, vice-commandant en chef des forces terrestres russes — un officier de très haut rang impliqué dans les opérations en Ukraine ; côté chinois, le major général Li Jinsun, directeur de l’Académie militaire de défense radiologique, chimique et biologique de l’Armée populaire de libération. La présence de ces deux hommes au même programme souligne l’importance stratégique accordée à cette coopération par les deux régimes.
Ce qu’on apprend à Beijing en trois semaines
Les rapports des formations, consultés par Reuters, décrivent des sessions couvrant la reconnaissance chimique, la reconnaissance radiologique, la protection des systèmes de ventilation contre la contamination, et la manipulation de simulateurs de défense NRBC. Des soldats russes ont été photographiés écoutant des instructeurs chinois devant des maquettes de réacteurs nucléaires. D’autres rapports mentionnent des formations à Nanjing sur les engins explosifs improvisés, le déminage, et le déminage des munitions non explosées.
Ces formations ne sont pas anodines dans le contexte ukrainien. La guerre en Ukraine a produit une contamination massive du territoire par des mines terrestres et des munitions non explosées. Les compétences NRBC, longtemps négligées dans une armée russe qui a souffert d’une décrépitude institutionnelle profonde, représentent un domaine où la formation chinoise peut avoir une valeur militaire directe. Un rapport d’un officier russe cité par Reuters notait cependant avec franchise que les instructeurs chinois « manquaient d’expérience de combat » — aveu que les forces chinoises n’ont pas eu la guerre pour forgeur.
Des soldats russes devant des maquettes de réacteurs nucléaires, formés par des instructeurs chinois. Si cette image ne hante pas les salles de sécurité des capitales occidentales, je ne sais pas ce qui le fera.
Les généraux impliqués : la carte du qui-fait-quoi
Muradov : le vice-commandant en chef qui dirige la délégation
La présence du colonel général Rustam Muradov à la tête de la délégation russe est le signal le plus fort de l’importance accordée à cette coopération. Muradov n’est pas un bureaucrate de la formation militaire — c’est le vice-commandant en chef des forces terrestres russes, un homme directement impliqué dans la planification et l’exécution des opérations en Ukraine. Sa présence à Pékin pour superviser une formation NRBC signifie que cette coopération est considérée comme stratégiquement pertinente pour l’effort de guerre en cours — pas pour une hypothétique guerre future.
Le major général russe Vitaly Gerasimov (à ne pas confondre avec le général Valery Gerasimov, chef d’état-major) a également participé à un cours à Bengbu, dans la province d’Anhui. Ces formations en province, loin des projecteurs diplomatiques, illustrent la profondeur de la coopération : ce n’est pas un programme de vitrine diplomatique, c’est un programme de formation opérationnelle réparti dans plusieurs installations militaires chinoises.
Li Jinsun : le directeur de l’académie NRBC de l’APL
Côté chinois, la présence du major général Li Jinsun — directeur de l’Académie militaire de défense radiologique, chimique et biologique de l’APL — lors de l’ouverture d’un des cours est particulièrement révélatrice. Cette académie est la principale institution chinoise de formation à la guerre NRBC. Le fait qu’un général de cette stature préside l’ouverture du programme de formation pour des soldats russes démontre que la décision de coopérer ne venait pas des échelons intermédiaires — elle était validée au sommet de la hiérarchie militaire.
Ces généraux n’agissent pas de leur propre chef. En Chine, où le Parti communiste contrôle l’armée populaire de libération directement sous l’autorité du président Xi Jinping, une coopération de cette nature ne peut exister qu’avec l’aval du niveau le plus élevé du pouvoir. La question de la responsabilité de Pékin dans cette coopération ne souffre donc aucune ambiguïté.
Xi Jinping dit : la Chine est neutre. Xi Jinping fait : ses généraux forment les soldats de Poutine à la guerre chimique et radiologique. L’écart entre les mots et les actes est désormais documenté, signé, daté.
La réaction de l'UE : Kallas sonne l'alarme le 15 juin
La confirmation bruxelloise et ses implications
Le 15 juin 2026, la cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, Kaja Kallas, avait déclaré que Bruxelles avait confirmé par ses propres canaux que la formation avait bien eu lieu. Cette déclaration est importante pour plusieurs raisons. D’abord, elle indique que les services de renseignement européens — qui travaillent à la fois individuellement et collectivement — avaient accès à des informations indépendantes corroborant les conclusions de Reuters. Ensuite, la décision de Kallas de confirmer publiquement ces informations est un acte politique délibéré : elle signale à Pékin que l’UE a vu ce qui se passe et qu’elle en tirera des conséquences.
Kallas a ajouté que l’UE évaluait maintenant les implications de ces révélations. Cette évaluation, à l’heure où cet article est écrit, est encore en cours. Mais un officiel bruxellois cité par Reuters avait été particulièrement direct : l’UE devait cesser de voir la Chine principalement sous un angle économique et reconnaître son rôle de « habilitateur décisif » de la guerre en Ukraine. C’est une rupture conceptuelle majeure dans la manière dont Bruxelles encadrait traditionnellement ses relations avec Pékin — entre partenaire commercial, concurrent systémique et rival.
L’UE et les sanctions chinoises déjà en vigueur
L’Union européenne avait déjà, avant ces révélations, imposé des sanctions à des entreprises chinoises soupçonnées de soutenir l’effort de guerre russe — notamment des fabricants de composants électroniques à double usage utilisés dans les missiles et les drones russes. Ces sanctions avaient suscité des protestations diplomatiques chinoises mais peu d’effets concrets sur les flux commerciaux. La révélation de la formation militaire directe ajoute une dimension qualitativement différente : il ne s’agit plus de composants électroniques, il s’agit de soldats.
La question qui se pose désormais à Bruxelles est celle du calibrage de la réponse. Les sanctions économiques massives sur la Chine comporteraient des coûts économiques considérables pour les économies européennes — la Chine reste le deuxième partenaire commercial de l’UE. Mais ne pas réagir de manière substantielle reviendrait à envoyer le signal que la coopération militaire sino-russe peut se poursuivre impunément, au mépris des règles de l’ordre international.
L’Europe est face à son grand choix. Continuer à traiter la Chine principalement comme un partenaire commercial pendant qu’elle forme les soldats qui tuent des Ukrainiens — ou avoir le courage de nommer la réalité et d’en tirer les conséquences. Ce courage-là manque encore.
La réaction de Pékin : déni et contre-offensive rhétorique
« Totalement infondé » — le déni officiel chinois
La réponse officielle de Pékin aux révélations de Reuters et de Kallas a suivi un script bien rodé. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que les allégations étaient « totalement infondées » et que la position de la Chine sur la crise ukrainienne « était restée constante ». Pékin a qualifié les propos de Kallas de « pure calomnie ». C’est le langage du déni systématique qui caractérise la diplomatie publique chinoise face aux accusations — ni démenti documenté, ni confirmation implicite, mais une réfutation catégorique assortie d’une contre-accusation de mauvaise foi.
Ce déni est d’autant plus intenable que Reuters a publié des documents, des noms, des dates et des signatures. Ce n’est pas une allégation anonyme — c’est un dossier. Face à un dossier, le déni politique peut fonctionner à court terme dans les forums diplomatiques, mais il ne résiste pas à l’analyse des experts de la sécurité internationale, qui disposent maintenant de preuves documentaires de la coopération.
La Chine, médiateur de paix autoproclamé
Pékin continue de se présenter officiellement comme un médiateur de paix potentiel dans le conflit ukrainien. Cette posture — entretenue notamment par un « plan de paix » en 12 points publié en 2023 que ni l’Ukraine ni l’Occident n’ont pris au sérieux — est devenue difficile à maintenir face aux preuves de coopération militaire directe. Un médiateur crédible ne forme pas les soldats de l’une des parties au conflit en secret, en veillant à ne pas laisser de traces médiatiques.
Cette contradiction entre le discours diplomatique et les actes militaires est précisément ce que les capitales occidentales doivent pointer avec insistance. Pékin ne peut pas être simultanément un médiateur de bonne foi et un facilitateur militaire de la Russie. Ce choix lui appartient. Mais les conséquences de ce choix doivent lui appartenir aussi — et elles doivent être rendues visibles, tangibles, et coûteuses.
La Chine se présente comme médiateur pendant que ses généraux forment les soldats russes. C’est de la médiation à géométrie variable — elle soutient l’agresseur tout en prétendant vouloir la paix. Cette imposture mérite d’être démantelée systématiquement dans chaque forum international.
La réaction de Moscou : un contre-sens révélateur
Kartapolov : « un non-sens complet »
Du côté russe, la réaction a été encore plus inepte que le déni chinois. Le député Andrei Kartapolov, président de la commission de la défense du parlement russe, a déclaré à RTVI que le rapport sur la formation était « un non-sens complet » et que l’armée russe n’avait « rien à apprendre de la Chine ». Cette déclaration est doublement révélatrice : d’abord, elle porte la marque de l’orgueil blessé d’une puissance qui n’aime pas admettre dépendre d’une autre. Ensuite, elle ne nie pas formellement la formation — elle affirme seulement qu’elle serait inutile.
Cette nuance n’a pas échappé aux analystes. Si la formation n’avait pas eu lieu, la réponse évidente aurait été de nier les faits. Au lieu de cela, Kartapolov nie l’utilité. C’est un glissement sémantique qui ressemble davantage à une confirmation implicite qu’à un démenti solide. Les ministères de la Défense russe et chinois ont, eux, refusé de commenter — ce silence éloquent complétant le tableau.
La logique russe : des partenaires nécessaires malgré l’humiliation
La position russe dans cette coopération est paradoxale. Moscou, qui se voit comme une grande puissance militaire, doit accepter de recevoir des formations de la Chine — un pays avec lequel elle entretient une relation historiquement marquée par la méfiance, voire l’hostilité. L’affirmation de Kartapolov que la Russie n’a « rien à apprendre » de la Chine trahit précisément ce malaise. Mais la pression de la guerre, la dégradation des forces russes après quatre ans de conflit à haute intensité, et les lacunes capacitaires dans le domaine NRBC ont rendu cette coopération nécessaire aux yeux du ministère de Belousov.
C’est une humiliation silencieuse que Poutine doit gérer en interne. Un régime qui a fondé sa légitimité sur la puissance militaire russe et la fierté nationale — en martelant que la Russie est la deuxième armée du monde — est dans une position inconfortable quand il doit envoyer ses officiers se faire former à l’étranger par une puissance asiatique sur des compétences basiques de protection.
Kartapolov dit que la Russie n’a rien à apprendre de la Chine. Et pourtant, les généraux étaient là, à Beijing, à prendre des notes devant des maquettes de réacteurs nucléaires. L’orgueil russe est intact. Les lacunes opérationnelles, elles, l’étaient aussi.
La coopération militaire sino-russe dans son contexte global
Un axe Pékin-Moscou qui dépasse l’Ukraine
La formation NRBC n’est que la pointe visible d’un iceberg de coopération militaire entre la Chine et la Russie qui s’est accéléré depuis 2022. Les deux pays ont intensifié leurs exercices militaires conjoints — notamment les patrouilles aériennes stratégiques avec des bombardiers nucléaires dans le Pacifique occidental et au-dessus de la mer du Japon. Ils ont approfondi leurs coopérations dans le domaine des satellites de reconnaissance, de la navigation GPS alternativement GLONASS et BeiDou, et dans certains secteurs de la défense antimissile.
Cette convergence stratégique n’est pas une alliance formelle — les deux pays maintiennent officiellement qu’ils ne sont pas des alliés. Mais elle produit des effets concrets qui ressemblent de plus en plus à une alliance fonctionnelle : coordination des opérations diplomatiques dans les forums internationaux, synchronisation des discours sur la « multipolarité » et le déclin de l’hégémonie américaine, et maintenant coopération militaire directe sur des capacités de combat.
La Corée du Nord et l’Iran complètent le tableau
La coopération sino-russe s’inscrit dans une dynamique plus large que certains analystes qualifient d’« axe des autocrates ». La Corée du Nord a fourni à la Russie des obus d’artillerie et, selon des évaluations occidentales, des soldats pour combattre en Ukraine — et reçoit en échange du pétrole, des technologies et une protection diplomatique dans les forums internationaux. L’Iran a fourni les designs des drones Shahed et des composants essentiels à la production russe de drones.
Ces four acteurs — Russie, Chine, Iran, Corée du Nord — représentent collectivement une remise en question structurelle de l’ordre international libéral construit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Ukraine est le premier terrain de bataille de cette confrontation systémique. La manière dont l’Occident répondra à cette révélation chinoise déterminera en partie si d’autres confrontations suivront ailleurs dans le monde.
La Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord — quatre régimes qui n’ont en commun que la haine de l’ordre mondial que l’Occident a construit. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une coalition. Et nous devons la traiter comme telle.
Ce que cela signifie pour la guerre en Ukraine
Des soldats russes mieux formés en NRBC : une menace concrète
La valeur militaire directe de la formation NRBC fournie par la Chine pour les opérations en Ukraine est réelle mais doit être nuancée. En Ukraine, la guerre se déroule principalement sous forme de combat d’infanterie, d’artillerie, de drones et de défense aérienne — pas de guerre chimique ou biologique à grande échelle. La formation en défense NRBC permet néanmoins aux forces russes de mieux se protéger dans des environnements contaminés, d’être plus efficaces lors d’opérations dans des zones industrielles touchées par des explosions libérant des produits chimiques, et d’être théoriquement mieux préparées si l’escalade vers des armes non conventionnelles devait se produire.
Ce dernier point est le plus préoccupant. La rhétorique nucléaire de Poutine, les capacités chimiques que la Russie a historiquement utilisées — notamment contre Alexei Navalny et d’autres opposants — et la formation NRBC reçue de la Chine se combinent pour dessiner un profil d’escalade potentielle que les planificateurs de l’OTAN ne peuvent pas ignorer.
L’aide militaire de Pékin : en-dessous du seuil létal, pour l’instant
Jusqu’à ce rapport de Reuters, la Chine avait soigneusement maintenu son soutien à la Russie en-dessous d’un seuil dit « létal » — c’est-à-dire qu’elle ne livrait pas d’armes directement utilisées pour tuer des Ukrainiens. Elle fournissait des composants électroniques à double usage, des technologies duales, des financements via des banques non sanctionnées, et des flux commerciaux qui compensaient les effets des sanctions occidentales. La formation NRBC s’approche dangereusement de ce seuil : former des soldats qui vont combattre en Ukraine, c’est contribuer directement à la capacité de combat russe même sans livrer d’armes.
Cette ligne que Pékin s’évertue à maintenir — pour éviter des sanctions économiques massives de la part de l’Occident — est de plus en plus difficile à tenir. Et si la Chine continue de progresser le long de ce continuum de soutien militaire sans en subir les conséquences économiques, la tentation de franchir le seuil létal augmentera avec le temps.
En-dessous du seuil létal, pour l’instant. Ces quatre mots « pour l’instant » sont les plus importants de l’analyse. L’Occident doit faire en sorte que le coût de franchir ce seuil soit clairement communiqué à Pékin — avant qu’il ne le franchisse.
Ce que l'Occident doit faire maintenant
Sanctionner les entités impliquées dans la formation militaire
La réponse de l’Occident à cette révélation doit être proportionnée à la gravité des faits. Des sanctions ciblées sur les entités militaires chinoises directement impliquées — notamment l’Académie militaire de défense radiologique, chimique et biologique et ses responsables — seraient un premier signal clair. Ces sanctions auraient certes un impact limité puisque ces entités n’ont pas d’actifs en Occident, mais elles constitueraient un précédent important et enverraient un message aux entités qui ont des liens économiques avec l’Occident et qui pourraient être tentées de participer à des coopérations militaires similaires.
La deuxième mesure indispensable est le renforcement des mécanismes d’export control sur les technologies à double usage susceptibles de bénéficier à la coopération militaire sino-russe. Les États-Unis ont déjà mis en place un cadre étendu, mais les alliés européens ont encore des failles que Pékin continue d’exploiter via des pays tiers et des entreprises écrans.
Redéfinir publiquement la neutralité de Pékin comme un mensonge politique
La mesure la plus importante est peut-être symbolique mais politiquement cruciale : les dirigeants occidentaux doivent cesser d’entretenir le mythe de la neutralité chinoise dans leurs communications publiques. Chaque fois qu’un dirigeant occidental dit « nous espérons que la Chine jouera un rôle constructif » ou « nous invitons la Chine à user de son influence », il valide implicitement l’image de médiateur que Pékin cherche à projeter. Après les révélations du 1er juillet 2026, ce discours n’est plus tenable. Kaja Kallas a montré la voie en nommant la Chine « habilitateur décisif ». Cette terminologie doit être adoptée par l’ensemble des dirigeants de l’OTAN et de l’UE.
Ce changement de langage n’est pas anodin. Dans la diplomatie internationale, les mots définissent les cadres d’action. En maintenant le mythe de la neutralité chinoise, l’Occident a offert à Pékin une protection diplomatique dont elle a largement profité pour approfondir sa coopération avec Moscou. Il est temps de retirer cette protection.
Kaja Kallas a dit « habilitateur décisif ». Ce vocabulaire doit infuser toutes les communications des 32 nations de l’OTAN. La neutralité chinoise est morte le 2 juillet 2025, le jour où ses officiers ont signé l’accord de formation avec Moscou. Il est temps de l’enterrer officiellement.
Les implications pour Taïwan et la sécurité indo-pacifique
Ce que la coopération Chine-Russie dit aux alliés asiatiques de Washington
La coopération militaire sino-russe a des implications qui dépassent largement le théâtre européen. Pour les alliés asiatiques des États-Unis — Japon, Corée du Sud, Australie, Philippines, et bien sûr Taïwan — elle illustre que la Chine est prête à violer les normes internationales en soutenant une guerre d’agression, tant que le coût en est supportable. Cette leçon alimente directement les calculs de Pékin sur Taïwan : si l’Occident tolère la coopération militaire sino-russe sur l’Ukraine sans réponse substantielle, pourquoi s’attendrait-il à une réponse différente face à une action militaire chinoise sur Taïwan ?
Les alliés asiatiques ont noté avec attention la révélation de Reuters. Le Japon, qui partage avec l’Ukraine la vulnérabilité d’être la cible potentielle d’un voisin autoritaire aux ambitions irrédentistes, a réagi avec une inquiétude particulière. La Corée du Sud, qui doit gérer simultanément les provocations nord-coréennes et le rapprochement sino-russe, a également intensifié ses consultations avec ses alliés américains et européens.
Le G7 et la mise en cohérence des positions
Le sommet du G7 en France, tenu fin juin 2026, était précisément l’occasion pour les grandes démocraties de mettre en cohérence leurs positions sur le rôle de la Chine dans la guerre en Ukraine. Le sommet de l’OTAN à Ankara, prévu les 7 et 8 juillet 2026, doit aller plus loin : adopter un langage commun sur la Chine en tant que facilitateur de l’agression russe, et définir des mécanismes de coordination pour la réponse collective. Ce n’est pas une déclaration de guerre contre Pékin. C’est de la clarté — et la clarté est le début de la dissuasion.
La révélation du 1er juillet 2026 est un moment charnière. Elle offre aux démocraties l’opportunité d’ajuster leur diagnostic sur la Chine avant que la situation ne se détériore davantage. Manquer cette occasion serait une erreur stratégique dont les conséquences se feront sentir bien au-delà de l’Ukraine et bien au-delà de cette décennie.
Le G7 a été une occasion. L’OTAN à Ankara sera une autre. Si l’Occident ne se met pas d’accord sur un langage commun sur la Chine après le 1er juillet 2026, je crains que nous ne comprenions que trop tard ce que signifie laisser un habilitateur décisif opérer sans conséquences.
La question des sanctions économiques : peser le coût de l'inaction
Le commerce contre la sécurité : un faux dilemme
L’argument invoqué pour ne pas sanctionner sévèrement la Chine est économique : la Chine est le deuxième partenaire commercial de l’Union européenne, et des sanctions massives coûteraient des centaines de milliards d’euros à des économies européennes déjà affaiblies. Cet argument est réel mais incomplet. Il compare le coût certain des sanctions à court terme au coût incertain d’une inaction à long terme — une asymétrie dans le calcul qui profite systématiquement aux décideurs frileux.
Le coût de l’inaction est pourtant considérable : si la Chine renforce la capacité militaire russe au point que la Russie remporte une victoire en Ukraine, les conséquences économiques pour l’Europe — réarmement massif, déstabilisation des frontières orientales, flux de réfugiés, coût humanitaire — dépasseront largement le coût des sanctions commerciales contre Pékin. C’est un calcul stratégique que les économistes européens peinent à intégrer parce qu’il exige de raisonner sur des décennies, pas sur des trimestres.
Des sanctions ciblées et progressives : la voie du réalisme
La voie réaliste n’est pas de choisir entre le commerce et la sécurité, mais de concevoir des sanctions ciblées et progressives qui augmentent le coût de la coopération militaire sino-russe sans déclencher un découplage économique catastrophique. Cela implique des sanctions précises sur les entités et individus impliqués dans la coopération militaire, des restrictions renforcées sur les technologies à double usage, et une coordination internationale pour s’assurer que ces sanctions ne soient pas contournées via des pays tiers.
La Chine, qui a des intérêts économiques considérables à préserver avec l’Occident, est sensible à cette pression ciblée. Elle n’est pas immunisée contre les coûts économiques. Mais elle ne les subira que si l’Occident les impose avec cohérence et unité — pas si chaque pays membre fait des calculs individuels à court terme qui préservent ses intérêts commerciaux particuliers.
Le commerce avec la Chine n’est pas gratuit. Il inclut maintenant un coût caché : financer indirectement la formation des soldats qui combattent en Ukraine. Ce coût, personne ne le comptabilise dans les bilans commerciaux. Il est temps de commencer.
Ce que Zelensky a dit de la Chine
Une dénonciation constante, peu écoutée
Le président Zelensky dénonce depuis des mois le soutien chinois à la Russie. Il a à plusieurs reprises appelé Pékin à cesser de fournir à Moscou les composants électroniques et les technologies qui alimentent la production de drones et de missiles. Ces appels ont eu peu d’écho dans les discours officiels des gouvernements européens, qui préféraient soigner leurs relations commerciales avec la Chine plutôt que de suivre le chef d’État d’un pays en guerre dans des confrontations diplomatiques inconfortables.
La révélation de la formation NRBC — documentée, signée, datée — change la donne. Elle ne laisse plus à l’Europe et à ses alliés la possibilité de prétendre que le soutien chinois à la Russie est ambigu, indirect, ou inférieur au seuil de l’inacceptable. Il est désormais direct, militaire, approuvé au sommet de la hiérarchie, et lié à la guerre qui fait rage à quelques centaines de kilomètres des frontières orientales de l’Union européenne.
La solidarité avec Kyiv comme acte stratégique
Soutenir Zelensky et l’Ukraine dans ce contexte n’est pas seulement un acte moral — c’est un acte stratégique. C’est rappeler à la Chine, à la Corée du Nord, à l’Iran, et à tous les régimes autoritaires qui observent attentivement que l’agression militaire a un coût, que les démocrates résistent, et que l’ordre international basé sur les règles peut survivre aux tentatives de le détruire. Si cette leçon s’imprime dans les calculs de Pékin avant qu’il ne prenne une décision irréversible sur Taïwan, elle aura peut-être sauvé des vies bien au-delà du continent européen.
La révélation du 1er juillet 2026 est un test. Un test de la volonté politique de l’Occident à nommer ses ennemis clairement, à défendre ses valeurs cohéremment, et à agir en conséquence. Zelensky et l’Ukraine ont fait leur part. Ils tiennent depuis plus de quatre ans contre une agression militaire soutenue par trois puissances qui ne lui veulent aucun bien. Il est maintenant temps que l’Occident soit à la hauteur du moment.
Zelensky l’a dit depuis le début. La Chine n’est pas neutre. Il a fallu un décret signé par Belousov et des généraux en photos à Beijing pour que certains en Europe daignent l’entendre. Cette surdité sélective a un coût — payé par des soldats ukrainiens, pas par des diplomates.
L'éditorial comme acte politique : pourquoi écrire ce texte maintenant
La complaisance n’est plus une option
J’écris cet éditorial le 1er juillet 2026, le jour même où Reuters publie son enquête. Je l’écris parce que je crois que la complaisance occidentale face à la montée en puissance de l’axe sino-russe a déjà coûté trop cher à l’Ukraine. Chaque mois où l’Occident a hésité à nommer la Chine clairement a été un mois de plus où Pékin a pu approfondir sa coopération avec Moscou sans en subir les conséquences. Cette complaisance n’est pas de la sagesse diplomatique. C’est de la lâcheté habillée en pragmatisme.
Les faits révélés aujourd’hui par Reuters méritent une réponse à la hauteur de leur gravité. Non pas des déclarations de préoccupation, non pas des consultations bilatérales discrètes, non pas des rapports évalués en interne — mais des actes visibles, des positions publiques claires, et des coûts tangibles pour les parties impliquées. C’est ce qu’exige la situation. C’est ce que l’histoire retiendra si l’Occident décide de se montrer à la hauteur de ce moment.
Ce que je demande à ceux qui liront cet éditorial
À vous qui lisez ces lignes — citoyens, élus, fonctionnaires, journalistes — je demande ceci : ne laissez pas cette révélation se noyer dans le flux d’informations de juillet. Ne la traitez pas comme un fait divers géopolitique de plus dans une actualité saturée. Comprenez ce qu’elle signifie : la Chine forme activement les soldats de Poutine. Ce n’est pas de l’abstraction géopolitique. Ce sont des hommes qui retourneront sur les champs de bataille ukrainiens mieux préparés à opérer dans des environnements contaminés, mieux préparés à la guerre que Poutine continue de mener contre un peuple qui veut juste vivre libre.
L’Ukraine résiste. Elle intercepte ses 130 drones chaque nuit, elle frappe les hangars de Saky, elle tient le front dans le Donbas. Elle mérite que l’Occident soit aussi courageux, aussi clair et aussi déterminé dans ses salles de réunion que les soldats ukrainiens le sont dans leurs tranchées.
Je suis chroniqueur, pas général. Mais je sais ceci : écrire sans conviction dans un moment charnière, c’est aussi une forme de collaboration. Cet éditorial est mon refus de cette collaboration-là.
La réponse que les démocraties doivent apporter à la révélation du 1er juillet
Une diplomatie de vérité face à la diplomatie du mensonge
La réponse la plus urgente que les démocraties occidentales doivent apporter à la révélation de Reuters n’est pas une réponse militaire. C’est une réponse de transparence. Publier les évaluations de renseignement, partager les documents avec les alliés, nommer les entités impliquées — c’est défaire le travail de dissimulation que la Chine et la Russie ont investi dans cet accord. Chaque lumière projetée sur cette coopération est un coût pour les deux régimes qui l’ont voulue secrète.
Cette transparence stratégique doit être coordonnée. Si chaque pays publie ses informations en ordre dispersé, l’impact est diluent. Si les 27 membres de l’UE, les alliés de l’OTAN et les partenaires du Pacifique — Japon, Australie, Corée du Sud — alignent leurs communications sur un narratif commun, le message adressé à Pékin sera d’une toute autre portée. C’est le genre de coordination qui distingue une alliance fonctionnelle d’une collection de politiques étrangères individuelles.
Renforcer le soutien à l’Ukraine comme réponse directe
La réponse la plus directe à la coopération sino-russe est d’augmenter le soutien militaire et économique à l’Ukraine. Si la Chine renforce les capacités militaires russes, la réponse logique est de renforcer les capacités ukrainiennes en proportion. Le Royaume-Uni avait annoncé en juin 2026 un paquet de 752 millions de livres incluant 150 000 drones et plus de 350 missiles et radars. C’est la direction correcte. Il faut maintenant que les autres grands alliés — notamment l’Allemagne, la France et les États-Unis — suivent avec des engagements comparables.
Cette escalade dans le soutien n’est pas une escalade militaire vers la Russie. C’est une réponse proportionnée à l’escalade de soutien que la Chine apporte à Moscou. Si l’Occident refuse d’augmenter son aide quand la Chine augmente la sienne, la balance penchera inévit ablement en faveur de la Russie — non pas parce que la Russie est plus forte, mais parce que l’Occident aura choisi de perdre.
Chaque fois que la Chine approfondit sa coopération militaire avec la Russie, l’Occident doit approfondir son soutien à l’Ukraine en proportion. C’est la seule logique de réponse qui soit à la fois proportionnée, juste et stratégiquement cohérente.
Conclusion : le 1er juillet 2026, un jour qui ne doit pas passer inaperçu
Ce que Reuters a changé
La publication de l’enquête de Reuters le 1er juillet 2026 marque un avant et un après dans la compréhension publique du rôle de la Chine dans la guerre en Ukraine. Avant : on savait que la Chine aidait la Russie économiquement, qu’elle fournissait des composants, qu’elle absorbait des exportations russes que l’Occident sanctionnait. Après : on sait que la Chine forme militairement les soldats russes, que cette formation a été approuvée par un décret ministériel daté, et que des généraux de haut rang des deux pays y ont participé directement.
Cette différence de degré est une différence de nature. Et elle appelle une réponse de nature différente de la part de l’Occident. Non pas l’habituel « nous exprimons nos préoccupations » — mais une réponse qui signifie quelque chose pour les artisans de cette coopération, pour les soldats ukrainiens, et pour les régimes qui observent si l’Occident a encore la volonté de défendre l’ordre qu’il a construit.
La guerre n’est pas perdue. La lâcheté peut l’être.
L’Ukraine ne perd pas cette guerre. Sur les champs de bataille du Donbas, dans le ciel nocturne de Kyiv, dans les hangars de Saky, dans les raffineries russes touchées par des drones — partout, les signaux sont ceux d’une résistance qui tient. L’avancée russe a ralenti de 77 % en moins d’un an. La défense aérienne intercepte plus de 86 % des attaques nocturnes. Et Zelensky continue d’agir, de frapper, de proposer.
Ce qui peut faire perdre cette guerre à l’Occident, ce n’est pas la Russie ni la Chine. C’est la lâcheté. La lâcheté de ne pas nommer les choses clairement. La lâcheté de préférer les bonnes relations commerciales à la vérité. La lâcheté de laisser des soldats ukrainiens mourir pendant que des diplomates débattent du ton à adopter avec Pékin. Cette lâcheté-là, nous pouvons la choisir. Mais si nous la choisissons, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
Le 1er juillet 2026 est un point de non-retour. La Chine a choisi son camp. Il est maintenant temps que l’Occident choisisse le sien — clairement, sans ambiguïté, sans délai supplémentaire. L’histoire jugera ceux qui auront choisi le silence.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Reuters — EXCLUSIVE: Russia approved secret China military training at top level — 1er juillet 2026
China Daily — Position officielle chinoise sur la crise ukrainienne — 25 juin 2026
Euromaidan Press — China secretly trained 200 Russian troops in 2025 — 19 mai 2026
Sources secondaires
Foreign Policy — Analyses géopolitiques sur la coopération sino-russe — juillet 2026
The Guardian — Couverture internationale de la guerre en Ukraine — juillet 2026
Al Jazeera — Réactions internationales à la révélation Reuters — juillet 2026
Axios — Analyses de la politique étrangère américaine et de la Chine — juillet 2026
19FortyFive — Analyse des implications militaires de la coopération sino-russe — juillet 2026
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