Les tabous alimentaires en disent long sur les personnes qui les respectaient. Ils nous révèlent ce que les sociétés craignaient, ce que les dirigeants voulaient contrôler et ce qui était considéré comme un comportement « convenable » à table. Certaines de ces anciennes règles alimentaires trouvaient leur origine dans la religion, d’autres dans les pressions sociales liées à la classe sociale, et d’autres encore dans une compréhension très approximative de la santé et de la science. Certaines de ces idées persistent encore dans des contextes culturels ou religieux restreints, mais elles n’influencent plus les repas quotidiens comme elles le faisaient autrefois. Voici 20 tabous alimentaires historiques dont nous sommes heureux qu’ils aient pour la plupart disparu de nos assiettes.
1. Les tomates toxiques
On trouve aujourd’hui des tomates partout, de la sauce à pizza à la salsa, en passant par la bouteille de ketchup qui trône dans la porte du réfrigérateur. Dans certaines régions de l’Europe du début de l’époque moderne, cependant, les gens avaient tendance à éviter ce fruit parce qu’il appartenait à la famille des solanacées. Comme certaines plantes de cette famille sont toxiques, la tomate s’est retrouvée affublée d’une réputation effrayante.
2. Les pommes de terre ont été tenues pour responsables de la maladie
Les pommes de terre font aujourd’hui partie des aliments réconfortants incontournables, mais dans certaines régions d’Europe, elles étaient autrefois considérées comme étranges, de bas de gamme, voire dangereuses. En France, certains associaient les pommes de terre à des maladies, notamment la lèpre, avant qu’elles ne deviennent finalement un légume de tous les jours auquel on faisait confiance.
3. Les aubergines étaient autrefois appelées « pommes folles »
L’aubergine portait autrefois le surnom évocateur de « pomme folle ». Tout comme la tomate et la pomme de terre, elle appartient à la famille des solanacées, ce qui inquiétait certains Européens. D’autres cultures consommaient déjà l’aubergine depuis des siècles, mais la méfiance continuait de peser sur elle dans les régions où elle était encore peu connue.
4. Le café, c'est pour ceux qui vont jusqu'au bout
Le café a toujours eu le don de rassembler les gens, et c’est précisément ce qui inquiétait certains dirigeants. Les cafés offraient aux gens un lieu où discuter, débattre, échanger des potins et parfois se plaindre des autorités. On comprend donc pourquoi certains responsables ont tenté de fermer ces espaces de rencontre.
5. Le chocolat a déclenché un débat religieux
Lorsque le chocolat a fait son apparition en Europe, les gens ne se sont pas contentés de se demander s’il avait bon goût. Ils se sont également demandé si le fait d’en boire pendant un jeûne religieux constituait une infraction aux règles. Comme le chocolat était souvent servi sous forme de boisson, il se retrouvait dans une étrange zone grise, à mi-chemin entre l’aliment, la boisson et le remède.
6. La margarine était jugée en fonction de sa couleur
La margarine a autrefois été à l’origine d’une polémique étonnamment vive concernant son aspect. Aux États-Unis, certaines lois limitaient la commercialisation de la margarine jaune, car elle ressemblait trop au beurre, et les producteurs laitiers n’appréciaient guère cette concurrence.
7. L'absinthe
L’absinthe s’est forgé une réputation sinistre sous le nom de « fée verte ». On lui attribuait des hallucinations, la folie et la dépravation morale. Aujourd’hui, l’absinthe est considérée comme un alcool fort, et non comme un moyen magique de sombrer dans le chaos.
8. On décourageait les femmes romaines de boire du vin
Dans la tradition romaine primitive, les femmes étaient censées éviter certaines sortes de vin, même si les historiens ne s’accordent pas encore sur l’étendue réelle de cette règle. Ce tabou était lié à des notions de respectabilité, de contrôle du foyer et de pureté rituelle.
9. Les fèves sont devenues suspectes sur le plan spirituel
Les fèves semblent aujourd’hui tout à fait inoffensives, surtout accompagnées d’huile d’olive, de citron et d’un peu de sel. Certains anciens disciples de Pythagore les auraient évitées pour des raisons liées à l’âme, à la mort, à l’impureté rituelle ou à un malaise physique. Aujourd’hui, on les associe généralement à une citation d’Hannibal Lecter.
10. Les prêtres romains
Le flamen Dialis, un prêtre de haut rang dédié à Jupiter dans la Rome antique, devait respecter une longue liste de règles. Il ne devait ni toucher ni même nommer certaines choses, notamment les haricots, la viande crue et les chèvres. Il ne s’agissait certes pas d’un régime alimentaire romain classique, mais cela montre à quel point l’alimentation pouvait être étroitement liée au devoir sacré.
11. Certains prêtres égyptiens évitaient de manger du poisson
Dans certains contextes sacerdotaux ou liés au temple, le poisson pouvait être considéré comme un aliment sensible sur le plan rituel ou interdit. Cela dit, cette règle variait en fonction de l’époque, du lieu et du contexte religieux.
12. Autrefois, le Carême impliquait de renoncer à bien plus que la viande
Les règles alimentaires actuelles du Carême peuvent sembler assez faciles à respecter par rapport aux anciennes pratiques chrétiennes occidentales. Dans l’Europe médiévale, le Carême pouvait impliquer de s’abstenir de viande, d’œufs, de produits laitiers et de graisses animales, ce qui limitait considérablement la cuisine quotidienne. C’est l’une des raisons pour lesquelles les repas copieux précédant le Carême revêtaient une telle importance : les gens voulaient en effet utiliser tout leur beurre, leur lait et leurs œufs avant le début du jeûne.
13. Jours de jeûne
Autrefois, le jeûne religieux ne se limitait pas à quelques vendredis au printemps. Dans de nombreuses communautés catholiques, la consommation de viande et de certains produits d’origine animale était restreinte lors d’une longue liste de jours de jeûne, de veillées et de fêtes saisonnières. C’était le calendrier qui déterminait ce qui se trouvait dans la marmite, ce qui faisait que le poisson, les céréales, les légumes et les légumineuses occupaient une place bien plus importante dans les repas quotidiens.
14. Autrefois, la communion exigeait un jeûne beaucoup plus long
Autrefois, les catholiques qui se préparaient à la communion observaient un jeûne bien plus strict que la plupart d’entre eux aujourd’hui. Pendant longtemps, la règle imposait généralement de jeûner à partir de minuit avant de recevoir la communion, et selon certaines pratiques plus anciennes, il fallait même s’abstenir de boire de l’eau. Des changements ultérieurs ont raccourci la durée du jeûne, ce qui a permis de l’adapter plus facilement aux rythmes de vie actuels.
15. Le Japon a longtemps considéré la viande avec méfiance
Pendant une grande partie de l’histoire du Japon, la consommation de viande pouvait être perçue comme moralement, religieusement ou socialement inacceptable. Les conceptions bouddhistes relatives à l’abattage des animaux, les croyances en matière de pureté et le respect des animaux de travail ont tous influencé la façon dont les gens percevaient la viande. La situation n’a jamais été parfaitement homogène, mais la viande a été de plus en plus largement acceptée par la société au cours de la période de modernisation du Japon.
16. Le bœuf était associé à des préjugés en Chine
Dans la Chine prémoderne, les bovins étaient des animaux de trait précieux, notamment dans l’agriculture. C’est pourquoi, dans de nombreuses communautés, la consommation de viande de bœuf pouvait être considérée comme un gaspillage ou comme moralement discutable. Les gens en mangeaient tout de même dans certains endroits et dans certaines circonstances, mais ce plat revêtait souvent une importance particulière que les autres viandes n’avaient pas.
17. La viande de cheval était associée à des pratiques païennes
Dans certaines régions de l’Europe chrétienne médiévale, la viande de cheval revêtait une signification qui allait au-delà de la simple dimension culinaire. Le sacrifice et la consommation de chevaux étaient associés à certaines traditions préchrétiennes ; c’est pourquoi les dirigeants de l’Église ont découragé ces coutumes à mesure que le christianisme se répandait. Au fil du temps, le fait de ne pas consommer de viande de cheval a pu devenir un signe d’identité religieuse, et non plus seulement une question de goût personnel.
18. Le pulque n'était pas une boisson à consommer à la légère
Le pulque, une boisson fermentée à base d’agave originaire du centre du Mexique, revêtait autrefois une grande importance sacrée et sociale. Dans la société aztèque, il était associé aux rituels, à l’âge et au statut social. Ce n’était pas simplement une boisson que tout le monde consommait à la légère.
19. La viande de chevreuil et le pouvoir des classes sociales
Dans l’Angleterre médiévale, le « venison » était bien plus que de la simple viande de cerf. Il était étroitement lié à la terre, aux privilèges, au pouvoir royal et au droit de chasse. Les lois forestières protégeaient le gibier au profit des rois et des nobles, tandis que les gens du peuple s’exposaient à de lourdes sanctions en cas de braconnage.
20. Les dîners de gala pourraient faire l'objet de restrictions légales
Certaines lois somptuaires visaient à limiter le caractère fastueux des repas. Dans certaines régions de l’Europe médiévale et du début de l’époque moderne, des règles limitaient parfois le nombre de plats, de services ou d’excès de banquet dont les gens pouvaient faire étalage. Aujourd’hui, une table de fête débordante de nourriture peut poser un problème de place dans le réfrigérateur, mais au moins, ce n’est généralement pas un problème d’ordre juridique.