Chaque génération semble inventer un nouveau « méchant » responsable de la dépravation de ses garçons. Un livre, une chanson, un jeu ou simplement un lieu où les jeunes hommes pouvaient se retrouver sans surveillance suffisait souvent à déclencher une panique morale. Parfois, cette crainte reposait sur une réalité. Mais bien plus souvent, il s’agissait d’un enchevêtrement de snobisme de classe, de préjugés raciaux ou simplement d’un malaise face à un monde en mutation. Voici 20 choses dont les adultes étaient, à un moment ou à un autre, convaincus qu’elles mèneraient les jeunes hommes sur la mauvaise voie.
1. Mythes des dieux et des héros
Même dans la Grèce antique, les philosophes s’inquiétaient de voir les garçons imiter les mauvais comportements ancrés dans leurs récits préférés. Des dieux qui mentaient et trichaient, des héros qui tremblaient face à la mort : rien de tout cela ne semblait constituer une formation adéquate pour les futurs soldats et hommes d’État. Si l’on voulait des jeunes hommes courageux et disciplinés, mieux valait surveiller les récits avec lesquels ils grandissaient.
2. La scène publique
Les critiques anglais de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe considéraient le théâtre comme un repaire de vice. Les salles de spectacle regorgeaient de foules oisives, de costumes somptueux et de plaisanteries empreintes d’allusions grivoises. Un jeune homme qui passait son après-midi à assister à une pièce plutôt que d’apprendre un métier était, à leurs yeux, déjà à mi-chemin de la ruine.
3. Romans
Lorsque le roman a connu son essor au XVIIIe siècle, la lecture pour le plaisir a soudainement été considérée d’un œil méfiant. Les détracteurs craignaient que les lecteurs ne se perdent dans des vies fictives et ne gaspillent des heures qu’ils auraient mieux fait de consacrer au travail. Les intrigues sentimentales et les récits de richesse facile étaient jugés particulièrement dangereux, car ils donnaient aux lecteurs une vision irréaliste de la vie réelle.
4. Le plaisir solitaire
Les autorités religieuses et médicales affirmaient autrefois que le plaisir solitaire affaiblissait le corps et corrompait le caractère. Ces mises en garde s’adressaient aux deux sexes, mais elles faisaient peser un fardeau démesuré de peur et de honte sur les garçons et les jeunes hommes en particulier. Ces mythes ont perduré pendant des générations, transformant une étape normale et intime du passage à l’âge adulte en une source permanente d’angoisse.
5. Les cinémas « Penny »
Au XIXe siècle, les théâtres populaires britanniques proposaient au public ouvrier des comédies, des mélodrames et des spectacles pour quelques pièces. Les réformateurs y voyaient quelque chose de plus sinistre : des foules bruyantes, un langage grossier et une porte d’entrée vers la petite délinquance. Les garçons, affirmaient-ils, méritaient de passer leurs soirées de manière plus calme et plus « respectable ».
6. Les « penny dreadfuls »
Ces récits sordides, imprimés à bon marché, regorgeaient de pirates, de bandits de grand chemin, de meurtres et de rebondissements à n’en plus finir. Les moralistes victoriens craignaient que les garçons ne se mettent à idéaliser la criminalité après en avoir pris connaissance à travers des descriptions aussi palpitantes. Peu importait que la pauvreté et la négligence fussent les véritables causes de la délinquance juvénile. Il est bien plus facile de rejeter la faute sur un bouc émissaire que sur un problème systémique.
7. Les romans à dix cents
La version américaine des « penny dreadfuls » a essuyé les mêmes critiques. Lorsqu’un meurtre retentissant commis dans les années 1870 a été associé à un adolescent passionné de romans à sensation, les réformateurs se sont emparés de ce lien pour en faire une preuve de leur thèse. Cela a donné lieu à un titre accrocheur ; mais cela ne prouvait pas pour autant que les récits d’aventure transformaient les lecteurs en meurtriers.
8. Cigarettes
À la fin du XIXe siècle, les militants antitabac avaient de réelles préoccupations sanitaires à défendre. Mais la campagne menée contre le tabagisme s’est rapidement mêlée à des idées rigides sur la masculinité, la maîtrise de soi et ce que les « vrais hommes » devaient ou ne devaient pas faire, ce qui en a fait autant un spectacle moral qu’une initiative de santé publique.
9. Salles de billard
Les salles de billard avaient la réputation d’être des lieux propices au jeu, à l’alcool et aux mauvaises fréquentations. Certaines écoles considéraient la fréquentation de ces établissements par un élève comme une faute disciplinaire grave. Bien sûr, de nombreux jeunes hommes s’y rendaient simplement pour faire quelques parties entre amis, mais cette nuance était rarement mentionnée dans les sermons.
10. Jazz
Dans les années 1920, le jazz représentait bien plus qu’une simple musique aux yeux de ses détracteurs : il incarnait à la fois l’alcool, la danse et la libération sexuelle. Les préjugés raciaux ont largement alimenté cette vague de rejet, car le jazz était une forme d’art afro-américaine que beaucoup considéraient comme une menace directe pour l’ordre social auquel ils étaient habitués.
11. Salles de danse
Les salles de danse offraient aux jeunes quelque chose de rare : un endroit où se rencontrer et se mêler sans chaperon à l’horizon. Cette indépendance terrifiait les réformateurs, surtout lorsque l’alcool et les contacts physiques entraient en jeu. Les villes ont réagi en réglementant les horaires, la conduite et pratiquement tout ce qui se passait sur la piste de danse.
12. Les films de gangsters
Au début des années 1930, les films de gangsters donnaient une image glamour et audacieuse de la vie criminelle, dont il était impossible de détourner le regard. Les critiques craignaient que le jeune public ne considère les criminels comme des héros plutôt que comme des exemples à ne pas suivre. Ce tollé a contribué à pousser les studios à adopter une règle : le méchant doit être vaincu avant le générique de fin.
13. Bandes dessinées
Les bandes dessinées policières et d’horreur sont devenues l’ennemi public numéro un dans les années 1940 et 1950. Des personnalités publiques ont imputé la hausse de la délinquance juvénile à la violence des planches, et une enquête sénatoriale menée en 1954 a passé l’ensemble du secteur au crible. Les éditeurs ont réagi en adoptant un code d’autocensure strict qui a assaini le contenu pouvant apparaître dans les pages.
14. Télévision
La télévision a à peine eu le temps de profiter d’une période de grâce que les inquiétudes ont commencé. Dans les années 1950, les critiques craignaient que les programmes violents ne rendent les jeunes téléspectateurs plus agressifs et moins sensibles à la cruauté du monde réel, et que le fait d’assister soir après soir à des comportements répréhensibles n’amène finalement les garçons à les imiter.
15. Rock 'n' Roll
Le rock ‘n’ roll dérangeait les adultes précisément parce que les adolescents l’adoraient. Les guitares bruyantes, la danse, l’attitude rebelle : tout cela montrait clairement que les jeunes s’opposaient aux anciennes règles. Ses racines dans les traditions musicales noires ne faisaient qu’intensifier la réaction hostile, les préjugés raciaux étant en grande partie à l’origine de cette panique.
16. Flipper
Plusieurs villes américaines ont purement et simplement interdit le flipper pendant des décennies, considérant ces machines comme de simples appareils de jeu déguisés. Dès leur apparition dans les confiseries et les salles d’arcade, elles ont été associées au gaspillage de l’argent de poche et à un excès de temps libre sans surveillance ; une culpabilité par association pour tous ceux qui aimaient simplement battre des records.
17. Donjons et Dragons
Au cours de la « panique satanique » des années 1980, D&D a été accusé de tout, du culte du diable à l’incitation au suicide et à la violence. Ses règles de fantasy complexes déconcertaient tout simplement les adultes qui n’y avaient jamais joué, et cette confusion s’est transformée en une véritable peur face à un passe-temps qui n’était en réalité rien d’autre que des adolescents laissant libre cours à leur imagination.
18. Heavy Metal
Les paroles, les pochettes d’albums et les mises en scène du heavy metal ont fait l’objet d’une polémique nationale en 1985, lorsqu’une campagne très médiatisée a braqué les projecteurs du Congrès sur la musique au contenu explicite. Les chansons abordant les thèmes de la drogue, de la violence et de l’occultisme étaient considérées comme un danger moral pour les jeunes auditeurs. Cela démontrait à quelle vitesse la musique pouvait devenir « l’ennemi » dès lors que les adultes estimaient que les jeunes recevaient un mauvais message.
19. Gangsta rap
À partir de la fin des années 1980, le gangsta rap a été présenté comme un outil de recrutement pour la criminalité. Les détracteurs ont souvent confondu les paroles évoquant la violence et la pauvreté avec une apologie de celles-ci, en occultant le fait qu’il s’agissait pour l’essentiel de récits et de critiques sociales pointues.
20. Jeux vidéo violents
Les jeux vidéo sont devenus l’ennemi public numéro un au début des années 90, après la sortie de titres tels que Mortal Kombat et Night Trap. Une audition fédérale a permis de présenter aux législateurs des extraits de gameplay très explicites, ravivant ainsi la même vieille crainte : celle que ces divertissements fictifs puissent pousser les jeunes vers la violence dans la vie réelle, même s’il s’agissait clairement d’une fiction.