Ivan Potanin et les banques : le réseau financier de la guerre
Ivan Potanin n’est pas une figure quelconque. Il est le fils de Vladimir Potanin, président de Norilsk Nickel, l’un des oligarques les plus riches de Russie et proche du Kremlin. Norilsk Nickel est un producteur majeur de nickel, palladium et cuivre — des matériaux stratégiques pour les industries militaire et électronique mondiales. La désignation d’Ivan Potanin avait pour objectif d’augmenter le coût personnel pour les proches du régime de Poutine. Son retrait de la liste, sans explication, réduit ce coût. Et dans la logique des sanctions, réduire le coût sans demander de contrepartie, c’est affaiblir le levier.
Les dirigeants de Novikombank, Sovcombank et Bank Otkritie représentent une autre dimension. Ces banques sanctionnées jouent un rôle dans le financement de l’économie de guerre russe — Novikombank en particulier est connue pour ses liens avec le complexe militaro-industriel. Retirer leurs dirigeants de la liste SDN sans contrepartie vérifiable ouvre des voies de contournement potentielles : des personnes autorisées à nouveau à interagir avec des contreparties américaines peuvent faciliter des transactions que les entités elles-mêmes ne peuvent pas directement effectuer. Ce n’est peut-être pas l’intention. Mais c’est l’effet potentiel.
IDA Asansor et les pétroliers : le contournement facilité
La société turque IDA Asansor — un fabricant d’ascenseurs — avait été sanctionnée pour avoir contourné les sanctions et fourni des biens à l’industrie de défense russe. Que Washington retire une telle entreprise de la liste SDN, sans annoncer qu’elle a cessé ses activités problématiques, sans condition ni contrepartie, envoie un signal aux autres entreprises turques, indiennes ou chinoises qui cherchent des marchés russes : les sanctions américaines sur les tiers facilitateurs sont réversibles. Elles dépendent de la politique du moment, pas de critères transparents et permanents. Ce message, si jamais il est bien reçu dans les salles de conseil d’entreprise d’Istanbul, de Mumbai ou de Shenzhen, est désastreux pour l’efficacité du régime de sanctions.
Les deux pétroliers retirés — le Vyacheslav Arshinov et le Gennady Egorov — étaient liés à la Compagnie d’État de Transport Russe. Leur retrait de la liste facilite leur accès aux ports, aux assurances et aux marchés financiers. Dans un contexte où la flotte fantôme russe opère déjà massivement en marge des sanctions, ajouter deux navires supplémentaires dans la colonne des entités autorisées ne change pas radicalement la donne — mais contribue à l’impression que le régime de sanctions est un instrument flexible plutôt qu’un cadre rigide.
Retirer IDA Asansor de la liste SDN sans condition, c’est dire aux contourneurs de sanctions du monde entier que la punition est temporaire. C’est l’inverse d’un effet dissuasif. Et dans une guerre qui dure depuis plus de 1 500 jours, les effets dissuasifs manqués s’accumulent.
Le contexte géopolitique : la diplomatie de l'après-accord iranien
Trump, l’Iran et les alliances commerciales à consolider
Ces suppressions ne surgissent pas dans le vide. Elles s’inscrivent dans la logique diplomatique de l’après-accord États-Unis-Iran du 17 juin 2026. Donald Trump cherche à consolider des alliances commerciales dans un contexte de normalisation des tensions avec Téhéran — un processus qui implique de recalibrer les relations avec des pays comme la Turquie et l’Inde, acteurs essentiels dans la région. La levée des sanctions sur des entreprises indiennes et des sociétés turques peut être lue comme un geste de bonne volonté envers ces partenaires — un signal que Washington est prêt à utiliser la liste SDN comme monnaie d’échange dans la diplomatie régionale.
Cette lecture, si elle est correcte, est inquiétante pour l’Ukraine. Elle signifie que les sanctions contre la Russie — un outil conçu pour punir l’agression et financer la résistance ukrainienne — deviennent une variable d’ajustement dans une politique étrangère globale qui n’a pas forcément l’Ukraine comme priorité principale. Trump a toujours eu une vision holiste de la politique étrangère : l’Ukraine est une pièce sur l’échiquier, pas l’objectif principal. Et quand les pièces se déplacent pour d’autres raisons — accord iranien, alliances commerciales, balance des prix pétroliers — l’Ukraine en supporte les conséquences.
La cohérence perdue : sanctionner Rosneft, libérer ses intermédiaires
La contradiction interne de la politique américaine est particulièrement frappante dans la séquence du 17-24 juin 2026. Le 17 juin, les sanctions sur le pétrole russe sont réactivées — visant directement Rosneft et Lukoil. Le 24 juin, Washington retire de la liste SDN des individus et des entités liés aux réseaux financiers qui alimentent l’économie de guerre russe. D’un côté, on ferme le robinet principal. De l’autre, on rouvre quelques tuyaux secondaires. Ce n’est peut-être pas coordonné de cette manière en interne — les décisions de sanctions impliquent plusieurs agences et peuvent ne pas être cohérentes entre elles. Mais l’effet cumulatif, vu de Kyiv ou de Bruxelles, est celui d’une politique incohérente.
Cette incohérence n’est pas seulement un problème pratique d’efficacité des sanctions. Elle est un problème de crédibilité. La crédibilité d’un régime de sanctions repose sur la certitude que les règles sont appliquées de manière cohérente et prévisible. Si les entreprises et les individus savent que la désignation peut être levée sans condition, à tout moment, pour des raisons diplomatiques opaques, ils calculent en conséquence. Et leur calcul sera : le risque de rester dans le réseau russe est gérable, temporaire, négociable. Ce calcul est le contraire de l’effet dissuasif recherché.
Sanctionner avec la main droite, désanctionner avec la main gauche. L’incohérence de Washington n’est pas un accident de bureaucratie — c’est une caractéristique structurelle d’une politique qui n’a pas l’Ukraine comme priorité absolue. Et ça, il faut avoir le courage de le dire.
Ce que Kyiv surveille — et ce qu'elle exige
La vigie ukrainienne : Vlasyuk et ses équipes
La résilience ukrainienne dans le domaine des sanctions est l’un des phénomènes les moins commentés de cette guerre. Le bureau du commissaire Vlasyuk surveille chaque modification de la liste SDN, chaque mouvement des registres OFAC, chaque variation des flux pétroliers russes. Cette surveillance en temps réel est devenue une référence internationale — des journalistes, des chercheurs, des gouvernements consultent les analyses ukrainiennes pour comprendre ce qui se passe dans les arcanes des sanctions américaines. C’est un renversement remarquable : l’Ukraine, sous les bombes, est devenue un centre d’expertise mondiale sur les sanctions contre son propre envahisseur.
Cette expertise a une valeur pratique immédiate : elle permet à Kyiv de documenter publiquement les décisions américaines que Washington ne communique pas, créant une pression de transparence indirecte sur le gouvernement américain. Quand le bureau de Vlasyuk confirme la réactivation des sanctions pétrolières avant tout communiqué officiel américain, il force implicitement Washington à reconnaître la décision. Cette utilisation de la transparence comme outil de pression diplomatique est subtile mais efficace.
Ce que l’Ukraine demande : des normes, pas des exceptions
La demande ukrainienne sur les sanctions est articulée avec précision. Kyiv ne demande pas à Washington de maintenir des entités sur la liste SDN à perpétuité. Elle demande que les retraits soient fondés sur des critères clairs et publics : preuves de changement de comportement, coopération avec les enquêtes sur les violations, cessation documentée des activités problématiques. Et elle demande que ces critères soient annoncés publiquement, de sorte que les décisions soient soumises à un minimum d’examen démocratique. Ces exigences ne sont pas révolutionnaires. Elles sont le minimum attendu d’une politique de sanctions qui prétend à la sérieux.
Dans ce contexte, la levée des sanctions sur quatre entreprises indiennes le 1er juillet 2026 est symptomatique. Ces entreprises avaient été sanctionnées pour avoir fourni une aide financière au gouvernement russe. Ont-elles cessé ces activités ? La décision est-elle conditionnelle ? Y a-t-il des engagements de leur part ? La réponse officielle est : silence. Et ce silence, pour l’Ukraine, est une trahison partielle d’une architecture qu’elle comptait voir renforcée, pas allégée.
Kyiv surveille la liste SDN mieux que Washington ne l’annonce. Cette inversion des rôles dit tout : l’Ukraine, c’est celle qui subit les conséquences directes de chaque modification. Et c’est précisément pourquoi son expertise mérite d’être prise au sérieux par ses alliés.
La leçon pour l'ordre mondial des sanctions
Quand les normes deviennent négociables, les sanctions perdent leur mordant
L’efficacité des sanctions repose sur une mécanique simple : les acteurs cibles calculent que le coût des comportements sanctionnés dépasse le bénéfice. Ce calcul tient tant que les sanctions sont prévisibles, transparentes et cohérentes. Quand elles commencent à être perçues comme négociables — retirables via des canaux diplomatiques, modifiables selon les besoins du moment — le calcul change. Les acteurs rationaux, qu’il s’agisse d’oligarques russes, de banques ou d’entreprises tiers facilitateurs, adaptent leur comportement en conséquence : ils évitent les comportements les plus grossièrement visibles, mais maintiennent leurs activités dans les zones grises que les suppressions silencieuses ont créées.
Ce phénomène n’est pas propre aux sanctions contre la Russie. Il a été observé dans les sanctions contre l’Iran, contre la Corée du Nord, contre le Venezuela. Mais dans le cas russe, les enjeux sont particulièrement élevés : chaque dollar de financement que Moscou perd ou gagne peut se traduire en résultats militaires réels sur un front où chaque tonne de munitions compte. L’érosion silencieuse des sanctions, même marginale, a un coût humain. Et ce coût est payé, comme toujours, par des gens qui ne sont pas dans les salles de conseil où ces décisions se prennent.
La solidité du G7 face aux pressions divergentes
Le régime de sanctions G7 contre la Russie a démontré une solidité remarquable depuis 2022 — malgré les résistances hongroises en Europe, malgré les ambivalences de Trump, malgré les pressions économiques sur les États membres. Cette solidité n’est pas acquise : elle se négocie, se défend, se maintient activement à chaque paquet de sanctions. Les suppressions silencieuses de la liste SDN américaine testent cette solidité. Elles ne la brisent pas — mais elles l’érodent. Et une solidarité érodée progressivement est, à terme, aussi fragile qu’une solidarité inexistante.
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les autres alliés ont une responsabilité ici : ne pas laisser passer les suppressions sans au moins questionner leur justification. Le silence des alliés face aux suppressions américaines de la liste SDN est aussi problématique que le silence des alliés face à la répression turque à Ankara. Dans les deux cas, le message envoyé est : nous acceptons. Nous ne demandons pas d’explication. Et ce message, répété assez souvent, devient une autorisation.
Le G7 a construit un régime de sanctions remarquable contre toute attente. Ce serait dommage de le laisser s’éroder par une accumulation de suppressions silencieuses. La robustesse d’un système se mesure aussi à ce qu’il refuse de tolérer en son sein.
Les sanctions indiennes : le piège du partenariat stratégique
Washington entre New Delhi et Kyiv : un équilibre impossible
La levée des sanctions sur quatre entreprises indiennes le 1er juillet 2026 illustre un dilemme structurel de la politique américaine : comment maintenir la pression économique sur la Russie tout en préservant le partenariat stratégique avec l’Inde, acteur clé dans la compétition avec la Chine ? L’Inde est le plus grand acheteur de pétrole russe après la Chine. Elle a refusé de condamner l’invasion russe de l’Ukraine aux Nations Unies. Et elle continue d’entretenir des relations commerciales et militaires significatives avec Moscou. Dans ce contexte, sanctionner des entreprises indiennes pour leur aide au gouvernement russe crée invariablement des tensions diplomatiques que Washington ne veut pas gérer indéfiniment.
La levée de ces sanctions après « un dialogue soutenu » illustre ce que les diplomates appellent la fatigue des sanctions contre les tiers. Sanctionner des pays alliés ou partenaires pour leur commerce avec des pays eux-mêmes sanctionnés est politiquement et juridiquement complexe. Ces sanctions secondaires existent dans l’arsenal américain — mais elles sont utilisées avec parcimonie contre des partenaires stratégiques. Et cette parcimonie a un coût : elle envoie le signal que les tiers importants peuvent se permettre d’aider la Russie sans conséquences durables.
La pression diplomatique comme substitut aux sanctions
Le « dialogue soutenu » entre Washington et New Delhi mentionné dans les rapports ukrainiens est une reconnaissance implicite que les sanctions ont été utilisées comme levier de négociation plutôt que comme mesure punitive. C’est une pratique connue — la sanction comme étape dans un dialogue, pas comme verdict irrévocable. Elle peut produire des résultats : si New Delhi a donné des engagements sur la réduction de ses achats de pétrole russe ou sur ses liens avec les entreprises sanctionnées russes, la levée était justifiée. Mais aucun engagement n’a été annoncé publiquement. Aucune condition n’a été rendue transparente. Et c’est précisément le problème.
L’Ukraine observe ce jeu avec une lucidité acide. Elle sait que Washington ne peut pas se permettre de froisser New Delhi à un moment où la compétition avec la Chine est la priorité numéro un de la politique étrangère américaine. Elle sait que ses propres intérêts passent après ce calcul stratégique plus large. Et elle le dit — pas à voix haute, pas officiellement, mais dans ses rapports techniques, dans ses demandes de transparence, dans la vigilance de Vlasyuk.
Washington ne peut pas froisser New Delhi et faire plaisir à Kyiv en même temps. Ce dilemme est réel et je ne le minimise pas. Mais le résoudre dans l’opacité, sans explication publique, sans critères transparents, c’est choisir la facilité diplomatique au détriment de la légitimité démocratique. Ce choix a un prix.
Ce qui devrait changer : recommandations d'un chroniqueur frustré
La transparence obligatoire comme standard minimal
Je ne suis pas décideur politique. Je suis chroniqueur. Mais j’ai des opinions, et je les assume. Voici ce que je pense devrait changer dans la politique américaine de sanctions contre la Russie. Premièrement : toute suppression de la liste SDN concernant une entité désignée en lien avec la guerre en Ukraine devrait être accompagnée d’une explication publique minimale. Pas un roman — mais un paragraphe. Quel comportement a changé ? Quelle condition a été satisfaite ? Quelle garantie a été obtenue ? Cette transparence ne compromettrait pas la sécurité nationale. Elle renforcerait la crédibilité du régime de sanctions.
Deuxièmement : les retraits diplomatiquement motivés — comme la levée des sanctions sur des entreprises indiennes dans le contexte de l’accord avec l’Inde — devraient être accompagnés d’engagements vérifiables de la part des entreprises concernées. Si une entreprise indienne a aidé la Russie à contourner les sanctions, sa réhabilitation devrait passer par un audit de ses pratiques, pas par une négociation diplomatique opaque. Ce standard existe dans d’autres contextes réglementaires — le droit de la concurrence, les accords d’intégrité dans les marchés publics. Il peut s’appliquer aux sanctions.
L’Ukraine comme partenaire, pas comme bénéficiaire passif
La leçon la plus importante de la gestion ukrainienne des sanctions est peut-être celle-ci : l’Ukraine devrait être formellement associée aux décisions de modification de la liste SDN qui la concernent directement. Non pas comme décideur final — la politique étrangère américaine reste une prérogative américaine — mais comme consultant systématique, dont l’avis est sollicité et documenté. Le bureau de Vlasyuk dispose d’une expertise que les agences américaines n’ont pas. Ce serait du gaspillage stratégique de ne pas l’utiliser.
Cette association formelle n’est pas utopique. Elle pourrait prendre la forme d’un mécanisme de consultation préalable sur les modifications de la liste SDN liées au conflit ukrainien — avec un délai de réponse, un forum d’échange bilatéral, et une obligation de justification en cas de désaccord. Ce mécanisme renforcerait à la fois la qualité des décisions américaines et la confiance de Kyiv envers son allié. Dans une guerre qui dure depuis plus de quatre ans, cette confiance vaut quelque chose.
L’Ukraine mérite d’être consultée avant que Washington efface des noms d’une liste qui a été construite, en partie, pour la protéger. C’est une question de respect — et dans les relations entre alliés, le respect est aussi une forme de stratégie.
L'impact concret : du nom effacé à l'argent qui circule
Ce que le retrait d’un nom change opérationnellement
Quand l’OFAC retire une entité de la liste SDN, les conséquences immédiates sont concrètes. Les actifs gelés sont libérés. Les comptes bancaires correspondants redeviennent accessibles. Les entreprises américaines et leurs filiales peuvent de nouveau traiter avec l’entité. Les assureurs maritimes peuvent couvrir les navires concernés. Dans le cas de personnalitsés comme Ivan Potanin, cela signifie que des opérations financières auparavant impossibles redeviennent envisageables. Le montant exact des actifs libérés n’est pas public — mais pour des dirigeants de Norilsk Nickel et de banques sanctionnées, il n’est probablement pas négligeable.
L’effet de réseau est peut-être plus important encore. Dans le monde des sanctions, la liste SDN a une valeur de signal bien au-delà des restrictions formelles qu’elle impose. Des entreprises et des institutions financières du monde entier utilisent cette liste comme référence pour leur politique de conformité interne — pratique dite « dé-risking ». Quand une entité disparaît de la liste, ces institutions revièrent leur propre évaluation des risques. Le retrait d’Ivan Potanin de la liste SDN peut ainsi ouvrir des portes dans des banques suisses, des fonds d’investissement londoniens ou des bourses asiatiques qui avaient adopté des restrictions précautionneuses allà au-delà des exigences légales strictes.
Six suppressions de liste qui font 6 % de système érodé
Chaque suppression individuelle semble mineure. Mais quand on les compte — en juin 2026, des dizaines de noms liés à la guerre en Ukraine ont été retirés dans des vagues successives — l’effet cumulatif devient significatif. Le régime de sanctions est un système : son efficacité dépend de sa cohérence et de son étendue. Si l’on retire régulièrement des noms sans explication ni contrepartie, on réduit progressivement la surface de contrainte exercée sur l’économie de guerre russe. Ces suppressions peuvent sembler insignifiantes prises isolement. Combinées, elles constituent une érosion réelle.
C’est exactement ce que les services ukrainiens de surveillance documentent : non pas l’effondrement spectaculaire du régime de sanctions, mais son érosion progressive, discrète, cumulative. Cette érosion est le scénario que Poutine a toujours escompté — non pas une rupture brutale de la solidarité occidentale, mais une lassitude accumulée qui finit par rendre les sanctions symboliques plutôt que mordantes. Chaque suppression silencieuse contribue à ce scénario. Et chaque suppression silencieuse mérite d’être nommée.
L’usure n’est pas un effondrement. C’est pire : c’est une digestion lente de ce qui aurait dû rester intact. Poutine a compris que les démocraties se lassent. Chaque nom effacé sans explication lui donne raison un peu plus.
Conclusion : des noms effacés, une question posée
La liste SDN comme baromètre de la conviction occidentale
La liste SDN n’est pas seulement un instrument économique. Elle est un baromètre de la conviction occidentale envers sa propre politique sur l’Ukraine. Chaque entrée représente une décision : nous pensons que cette entité contribue à l’agression russe, et nous l’excluons de notre système économique. Chaque suppression représente une décision inverse : nous avons changé d’avis, ou les circonstances ont changé, ou quelque chose d’autre a pris le dessus. Ces décisions devraient être publiques, justifiées, et ouvertes à l’examen. Elles ne le sont pas. Et tant qu’elles ne le seront pas, la liste SDN restera ce qu’elle est en train de devenir : un instrument flexible plutôt qu’un cadre rigide.
En juin-juillet 2026, pendant que des soldats ukrainiens mourraient sur les lignes de front de la région de Zaporizhzhia et de la région de Kherson, l’OFAC effaçait discrètement des noms de sa liste noire. Il n’y a pas de lien causal direct entre ces deux faits. Mais il y a un lien moral : les sanctions sont l’un des outils que les démocraties utilisent pour réduire la capacité de Poutine à faire cette guerre. Les affaiblir sans explication, même marginalement, même silencieusement, c’est contribuer à sa prolongation. Et cette contribution-là méritait d’être nommée.
Ce que je retiens de cette chronique
Je retiens que la guerre des sanctions est aussi importante que la guerre des tranchées — et qu’elle se joue en grande partie dans les coulisses, loin des caméras, dans les colonnes de la liste SDN et les registres de l’OFAC. Je retiens que l’Ukraine est, dans ce combat, à la fois l’acteur le plus vigilant et le moins consulté. Et je retiens que la transparence — ce minimum démocratique qu’on demande aux gouvernements sur leurs décisions les plus ordinaires — est trop souvent absente des décisions les plus extraordinaires, celles qui touchent à la guerre et à la paix.
Les noms effacés de la liste SDN le 24 juin 2026 ne feront peut-être pas la une demain. Mais ils méritaient au moins une chronique.
Le silence de Washington sur ses propres décisions de sanctions est lui-même une décision politique. Et cette décision, chaque semaine, dit à Kyiv : vous comptez, mais pas autant que les autres calculs. L’Ukraine mérite un allié qui le dise autrement.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Sources
Sources primaires
Patrika — US lifts sanctions on four Indian companies over Russia aid allegations — 1er juillet 2026
Sources secondaires
RBC Ukraine — US resumes sanctions against Russian oil — 26 juin 2026
Euronews — Temperatures rise over sanctions against Russia — 26 juin 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.