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De la paranoïa moderne aux drames oubliés de l’histoire

credit : saviezvousque.net (image IA)

Aujourd’hui, au fil des publications sur les réseaux sociaux, il est fréquent de croiser des avertissements alarmants concernant les risques sanitaires. Qu’il s’agisse de rappels de produits en raison de contaminations bactériennes, comme des épidémies de parasites provoquant de graves troubles intestinaux signalées par CNN, la sécurité de ce que nous consommons reste une préoccupation centrale. La régulation des marchés rappelle constamment que le secteur agroalimentaire nécessite un contrôle strict avant toute manipulation de nourriture.

Parallèlement, à l’approche de l’automne, de nombreuses rumeurs circulent sur Internet incitant les parents à vérifier minutieusement les friandises de leurs enfants après la récolte de Halloween, de peur qu’elles ne soient empoisonnées. Bien que ces inquiétudes semblent modernes, la paranoïa autour des bonbons et l’exigence d’une réglementation stricte trouvent leurs racines communes dans un événement tragique survenu au milieu du XIXe siècle.

C’est en effet l’empoisonnement aux bonbons de Bradford en 1858 qui a mis en lumière l’absence totale de contrôle sur l’industrie pharmaceutique et alimentaire de la Grande-Bretagne victorienne. Ce drame marquant, qui ressemble à une fiction sombre issue d’un roman de Charles Dickens, a poussé la société britannique à exiger des réformes majeures.

« Humbug Billy » et la fabrication artisanale de la tromperie

credit : saviezvousque.net (image IA)

Au cœur de ce drame se trouve un vendeur ambulant nommé William Hardaker, plus connu sous le surnom de « Humbug Billy ». Comme le rapporte le média Popular Mechanics, cet homme tirait son pseudonyme de la confiserie phare qu’il commercialisait : le « humbug ». Bien que ce terme soit surtout célèbre auprès du grand public grâce au conte Un chant de Noël, le humbug était dès les années 1820 une friandise dure et bouillie très populaire en Grande-Bretagne.

La recette traditionnelle de ces bonbons consistait à mélanger de l’eau, de la gomme et du sucre pour former une pâte qui séchait jusqu’à durcir. Généralement parfumés à la menthe poivrée, ils connaissaient aussi des variantes régionales comme l’anis ou la cannelle en Australie. N’étant pas confiseur lui-même, William Hardaker achetait ses produits auprès d’un fabricant nommé Joseph Neal, situé dans la rue Stone Street à Bradford, avant de les revendre au marché de Greenmarket (renommé plus tard Kirkgate Market, qui a fermé ses portes en juin 2026).

Afin de réduire ses coûts de production face au prix élevé du sucre, Joseph Neal modifiait régulièrement la formule d’origine. Il utilisait un subterfuge courant à l’époque victorienne en remplaçant une partie du sucre par du gypse en poudre, surnommé familièrement « daft ». Cette substance peu coûteuse est aujourd’hui plus connue sous le nom de plâtre de Paris.

L’enchaînement de négligences et la faille de la loi de 1851

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À la fin du mois d’octobre 1858, peu avant le marché du samedi 30 octobre, Joseph Neal devait préparer un nouveau lot de bonbons pour Hardaker mais manquait de plâtre de Paris. Il demanda alors à son locataire de parcourir environ huit kilomètres pour aller chercher la poudre chez un apothicaire local, Charles Hodgson. Sur place, le commerçant était absent et avait laissé sa boutique sous la responsabilité de son apprenti, le jeune William Goddard.

Cherchant à satisfaire la commande de douze livres de poudre, l’apprenti se rendit dans l’arrière-boutique. Selon des informations rapportées par la BBC, il s’est retrouvé face à « deux fûts non marqués de poudre blanche dans la pièce ». Ignorant la différence entre les produits, Goddard remplit le sac sans réaliser que l’un des tonneaux contenait du plâtre de Paris inoffensif, tandis que l’autre renfermait de l’arsenic hautement toxique.

Pourtant, le danger de l’arsenic était parfaitement connu à l’époque victorienne, où il entrait dans la fabrication de bougies et de teintures. Le Parlement britannique avait même voté la Loi sur l’arsenic de 1851 (Arsenic Act 1851), qui obligeait les vendeurs à consigner chaque transaction dans un registre écrit et interdisait la vente aux inconnus ou aux mineurs sans témoin identifié. Toutefois, cette loi présentait une lacune majeure : elle ne définissait pas le statut de pharmacien et ne contrôlait pas qui avait le droit de vendre ces substances, permettant à un simple apprenti d’accéder sans surveillance à ce poison mortel.

Lors de la livraison du lot le 30 octobre 1858, William Hardaker remarqua que les bonbons présentaient une couleur plus sombre que d’habitude. Joseph Neal le rassura en affirmant en avoir goûté et les avoir trouvés excellents — bien qu’il ait ensuite souffert de vomissements violents sans faire le lien avec les friandises. Prudent quant à l’aspect défectueux de la marchandise, Hardaker négocia une remise financière. Ayant obtenu un prix réduit, le marchand s’empressa d’installer son étal au marché où les friandises se vendirent très rapidement.

L’hécatombe de Bradford et les preuves scientifiques de la tragédie

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Dès le lendemain, le 31 octobre 1858, le drame éclata à Bradford. De nombreux enfants tombèrent gravement malades et commencèrent à mourir, comme l’ont rapporté les archives de presse conservées sur Newspapers.com. Parmi les premières victimes figuraient le jeune Joseph Scott (14 ans), Elijah Wright (9 ans), ainsi que deux frères, Orlando Burran (5 ans) et John Henry Burran (2 ans). Si plusieurs médecins ont d’abord pensé à des maladies infectieuses, le Dr John Henry Bell a immédiatement soupçonné un empoisonnement massif.

Constatant que tous les membres de la famille Burran avaient consommé les bonbons achetés la veille au Greenmarket, le Dr Bell fit analyser un échantillon. Selon les détails publiés par Mental Floss, il utilisa le test de Reinsch, une méthode consistant à « chauffer l’échantillon avec des bandes de cuivre ». L’expérience confirma rapidement la présence d’une quantité létale d’arsenic dans les confiseries.

Au 4 novembre, le bilan s’élevait déjà à 18 morts. Lors de son interrogatoire par les forces de l’ordre, William Hardaker estima avoir vendu environ un millier de ces bonbons en une seule journée. Le journal Bradford Observer qualifia l’événement de « plus terrible calamité ayant jamais frappé le district ». Le bilan officiel s’est stabilisé à 20 décès et environ 200 personnes gravement malades, mais les historiens soulignent que l’impact réel fut probablement plus vaste, des bonbons empoisonnés ayant été retrouvés jusqu’à Leeds et Bolton.

Pour toute question médicale concernant l’ingestion de substances toxiques, il est impératif de consulter immédiatement un professionnel de santé qualifié.

Un procès scandaleux et la relaxe générale des accusés

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L’enquête de police remonta rapidement la chaîne des responsabilités. Les autorités ont d’abord arrêté l’apprenti William Goddard pour avoir délivré le produit mortel, puis l’apothicaire Charles Hodgson. De son côté, le confiseur Joseph Neal tenta de fuir les forces de l’ordre avant d’être capturé à son tour. Les trois hommes devaient répondre de la mort de 20 personnes, dont de très jeunes enfants âgés pour certains de seulement 17 mois.

Le procès s’est ouvert en décembre 1858 sous la présidence du juge Baron Warren. Cependant, les décisions de justice provoquèrent la stupeur générale. Le juge a immédiatement abandonné les poursuites contre le confiseur Joseph Neal, estimant qu’il n’était pas présent lors de l’achat de la poudre. Il a ensuite libéré l’apprenti William Goddard, considérant qu’il n’avait fait qu’exécuter les ordres de son maître en tant que simple employé.

Seul l’apothicaire Charles Hodgson resta sur le banc des accusés pour la suite des audiences. Néanmoins, avant même la fin des débats, le juge Baron Warren déclara qu’aucune charge légale ne pouvait être retenue contre lui et prononça sa relaxe pure et simple. Aucun des acteurs de cette chaîne de négligences ne fut donc condamné par la justice britannique.

La prise de conscience législative et le destin de « Humbug Billy »

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L’indignation publique suscitée par cette affaire et la décision de justice servirent d’électrochoc pour la Grande-Bretagne. Alors que des militants et des scientifiques réclamaient des contrôles renforcés depuis plus de trente ans, cette catastrophe incita enfin le Parlement à agir. L’événement mena directement à l’adoption de la Loi sur l’altération des aliments et des boissons de 1860 (Adulteration of Food or Drink Act) et à la Loi sur la pharmacie de 1868 (Pharmacy Act), imposant enfin un cadre strict pour la profession de pharmacien et la vente des produits toxiques.

De son côté, le vendeur ambulant William Hardaker n’est pas sorti indemne de cette tragédie. Ayant lui-même consommé l’un de ses bonbons empoisonnés, il a souffert d’une paralysie partielle touchant la moitié de son corps. Il est mort quelques années plus tard, en 1866, et a été enterré dans une tombe anonyme. Selon des articles publiés par la BBC et Popular Mechanics, sa sépulture n’a été localisée qu’en mars 2026.

Cette histoire tragique a également été immortalise par une célèbre caricature satirique publiée dans le magazine Punch, intitulée « The Great Lozenge-Maker. A Hint to Paterfamilias » (« Le Grand Fabricant de Pastilles. Un conseil au père de famille »). Dessinée par John Leech, l’illustrateur original du roman Un chant de Noël de Charles Dickens, la gravure montre un squelette touillant une marmite de bonbons, entouré d’un pot de plâtre de Paris et d’un pot d’arsenic. Cet événement marquant reste aujourd’hui un rappel fondamental de la nécessité d’une réglementation stricte dans l’industrie alimentaire.

Selon la source : popularmechanics.com

En voulant économiser sur le sucre, un confiseur a causé la mort de 20 personnes et changé l’histoire

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