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Une approche ciblée pour désamorcer les épisodes El Niño majeurs

credit : saviezvousque.net (image IA)

L’apparition imminente d’un cycle El Niño d’une intensité exceptionnelle menace de provoquer une vague d’événements météorologiques extrêmes à travers la planète. Entre canicules, inondations dévastatrices et sécheresses prolongées, ces manifestations s’avèrent de surcroît amplifiées par le changement climatique global causé par les activités humaines. Face à ce constat alarmant, les scientifiques s’interrogent sur la possibilité d’interrompre et de désactiver ce phénomène de réchauffement de l’océan Pacifique dès sa phase de formation.

Une étude publiée dans la revue Science Advances démontre, à l’aide de modèles informatiques performants, qu’un éclaircissement artificiel des nuages au-dessus du Pacifique pourrait neutraliser ce schéma météorologique influent s’il est exécuté au moment opportun. Contrairement aux recherches antérieures sur la géo-ingénierie solaire qui envisageaient un refroidissement global de la planète entière, ce nouveau travail propose des interventions beaucoup plus ciblées et circonscrites dans le temps.

Comme le rapporte l’AFP, Jessica Wan, chercheuse postdoctorale à l’Université de Chicago et autrice principale de l’étude, souligne l’intérêt stratégique de cette méthode. « Ces échelles de temps d’intervention plus courtes pourraient constituer un moyen très puissant pour la géo-ingénierie d’intégrer l’ensemble des réponses au changement climatique, » explique-t-elle. Cette vision marque un tournant pragmatique dans les réflexions sur l’atténuation des urgences climatiques.

L’inspiration tirée des incendies australiens et le mécanisme marin

credit : saviezvousque.net (image IA)

Des recherches antérieures avaient révélé que les feux de brousse historiques du « Black Summer », qui ont ravagé l’Australie en 2019–2020, avaient joué un rôle déterminant dans le déclenchement d’un épisode La Niña pluriannuel. La Niña représente la phase froide du cycle connu sous le nom d’Oscillation australe El Niño. Lors de ces incendies, les particules de fumée propulsées dans les nuages ont déclenché des réactions en chaîne qui ont accru la brillance des nuages, renvoyant ainsi une quantité supérieure d’énergie solaire vers l’espace.

Motivée par cette expérience naturelle involontaire, l’équipe de Jessica Wan a cherché à savoir si la géo-ingénierie solaire pouvait reproduire artificiellement un effet similaire. Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont déployé un modèle de prévision de pointe afin d’évaluer les conséquences qu’aurait eues un éclaircissement artificiel des nuages marins au-dessus d’une vaste zone rectangulaire située dans le Pacifique équatorial lors des événements El Niño majeurs de 1997-1998 et de 2015-2016.

Sur le plan technique, cette manipulation reposerait sur l’utilisation de navires équipés de buses spéciales capables de pulvériser des aérosols de sel marin dans la basse atmosphère. Ce procédé vise à augmenter la réflectivité des nuages au-dessus des zones océaniques critiques où s’amorce le réchauffement de la surface de la mer, bloquant ainsi l’accumulation de chaleur.

Calendrier stratégique et inversion des effets météorologiques terrestres

credit : saviezvousque.net (image IA)

Les épisodes El Niño se caractérisent par un réchauffement des eaux de surface dans le Pacifique tropical oriental, entraînant des répercussions planétaires majeures. On observe généralement des conditions plus sèches et des sécheresses sévères en Australie, des hivers nettement plus humides en Afrique de l’Est, ainsi qu’une élévation globale des températures moyennes mondiales. Les événements météorologiques extrêmes associés à El Niño engendrent historiquement des pertes humaines déplorables et des dégâts économiques chiffrés en milliers de milliards de dollars.

À la suite de multiples simulations, les scientifiques ont constaté que l’intervention atteignait son efficacité maximale lorsqu’elle débutait tôt dans la saison, précisément en juin, et se poursuivait jusqu’au mois de février suivant. L’étude a révélé que cet éclaircissement modélisé parvenait à inverser la majorité des anomalies de température et de précipitation. Les régions qui subissaient habituellement un réchauffement sous l’effet d’El Niño sont devenues plus fraîches, tandis que les zones normalement asséchées ont enregistré davantage de pluies, et réciproquement.

Selon un rapport relayé par l’AFP, l’intérêt fondamental de cette modélisation réside dans ses retombées directes sur les zones habitées. Jessica Wan précise ainsi que « la raison pour laquelle les gens s’intéresseraient à cela n’est pas la température dans une zone isolée du Pacifique, mais la façon dont les impacts se traduisent sur les terres ».

Limites technologiques et perturbations météorologiques globales

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Malgré ces résultats théoriques prometteurs, l’application concrète d’une telle technologie se heurte à des obstacles matériels majeurs. À l’heure actuelle, les dispositifs de pulvérisation de sel marin développés par les équipes de recherche à travers le monde ne permettent pas de projeter un volume suffisant d’aérosols dans l’atmosphère. Même si une buse technologiquement parfaite venait à être mise au point, les calculs indiquent qu’il faudrait mobiliser environ 2 400 navires en opération continue pour obtenir l’effet escompté sur l’océan Pacifique.

Outre les défis d’ingénierie monumentaux, les simulations informatiques ont mis en lumière des effets secondaires indésirables particulièrement préoccupants. Toutes les régions du globe ne bénéficieraient pas de l’inversion des conditions El Niño. Les modèles ont notamment révélé des conséquences imprévues sur la circulation atmosphérique, provoquant un réchauffement anormal au-dessus de l’Europe et de l’Asie.

Les incertitudes à long terme restent également entières quant aux répercussions globales. Comme le souligne l’autrice principale auprès de l’AFP : « L’autre réserve, selon moi, est que nous n’avons pas examiné les impacts à long terme, » notamment en ce qui concerne les conséquences d’un recours répété à l’éclaircissement des nuages marins pour supprimer continuellement les cycles El Niño successifs.

Le dilemme éthique de la géo-ingénierie face à l’urgence climatique

credit : saviezvousque.net (image IA)

La géo-ingénierie suscite de vives oppositions au sein de la communauté scientifique et politique. Ses détracteurs affirment qu’elle crée un risque moral majeur, en offrant aux pollueurs un prétexte pour maintenir leurs émissions de gaz à effet de serre sous réserve que le climat puisse être refroidi artificiellement. Cet argument met en garde contre un ralentissement dramatique des efforts de décarbonation nécessaires à la transition écologique mondiale.

Jessica Wan conteste cette vision d’exclusion mutuelle entre réduction des émissions et recherche technologique. Elle estime que la gravité de la situation climatique impose d’explorer toutes les pistes scientifiques disponibles. S’exprimant auprès de l’AFP, elle avance : « Nous avons dépassé le stade où il suffirait d’arrêter les émissions aujourd’hui pour que tout aille bien, nous sommes déjà engagés dans un réchauffement. La manière dont j’envisage la géo-ingénierie est de savoir comment réduire les pires impacts pendant que nous travaillons sur une solution à long terme. »

Face à la montée des périls météorologiques, les chercheurs plaident pour la poursuite rigoureuse des travaux d’évaluation afin d’éclairer les futures décisions publiques. « Je pense qu’il serait irresponsable de ne pas mener ces recherches, compte tenu du contexte dans lequel nous nous trouvons, » conclut la chercheuse de l’Université de Chicago.

Selon la source : phys.org

Éclaircir les nuages du Pacifique pourrait affaiblir El Niño, mais les modèles révèlent des risques pour l’Europe et l’Asie

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